Publié dans Créavie, Le cahier de mon âme, Méditations pour un rêve

J’écris pour retrouver le murmure de l’eau de mon enfance

J’écris pour retrouver le murmure de l’eau de mon enfance.
J’en ai bien souvenance :
il était vif et brillant au soleil,
riche de pétales, de brindilles, de branchettes,
de feux qu’allumait en lui le reflet du ciel.
Parfois, il s’enroulait autour d’une souche
puis reprenait sa course
entre les lèvres de la rive,
toujours plus rapide,
toujours plus ivre.
Et s’il disparaissait un instant
sous un peu de limon
ou quelques racines,
c’était pour mieux rejaillir
et faire signe
par des méandres
qui se dessinaient sous mon doigt
et il me semblait
que c’était moi l’artiste.
Souvent, la lumière
de l’encre qui sèche
doucement au soleil
me le rappelle
mais le silence
me prouve
qu’il n’est pas encore là.
Alors, je recommence.
Je recommence.

J’écris pour retrouver le murmure de l’eau de mon enfance.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Cahier du matin, Méditations pour un rêve, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Un jour, je partirai

Rêve d’un départ ; départ d’un rêve…

Un jour, je partirai.
Je préparerai mes bagages avec ces menus gestes que seul le silence m’a appris.
Je passerai devant chaque seuil sans réveiller personne.
C’est à peine si mon ombre dérangera la lumière de l’aurore sur le carrelage.
Je confierai à l’armoire mes journaux intimes – mon coeur s’étonnera d’être délivré de toutes ces vieilles histoires -, verserai de l’eau jusqu’au bord de la bouteille, entourerai de bleu ciel dans mon rêve le point de ma destinée puis, lorsque le carillon aura sonné son heure ultime,
je disparaîtrai en ne vous laissant comme signe
que le dessin de mon pas
sur la terre fine de l’allée.

Géraldine

Publié dans Art-thérapie, Cahier du matin, Créavie, Journal créatif, Journal de nuages

Créavie : Carnet de nuages

Mon projet pour l’année nouvelle : le carnet de nuages ; garder trace de ce qui se dessine dans le ciel.

M’acheter un carnet pour faire une liste des nuages que je vois chaque jour;

noter leurs déliés sur la page du ciel ;

que s’efface enfin la frontière

entre l’écriture et le dessin ;

et que ma plume épouse à chaque phrase

la grâce légère d’un nuage.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de mon jardin

1939

Un long été qui, même mort, vit encore, dans une mémoire, quelque part… En ce temps, tu n’avais que dix ans.

L’été semblait ne jamais devoir s’achever cette année-là.
Les abeilles volaient dans la lumière rousse.
Les parfums des chemins se levaient à chaque pas.
Le soleil glissait ses rayons dans l’échancrure des maillots de bain
et l’eau des fontaines répandait sur les mains sa joie douce.
Le jardin nous parlait jusque tard dans la nuit.
Chacune de ses paroles était un souffle, une stridulation, un cri de cigale ou de grillon ajoutant sa note à la chaîne des étoiles.
Les rires des enfants bourdonnaient aussi naturellement que ces ailes qui annoncent les fleurs de loin.
On remplissait les pots de confiture et de miel
pour la morte-saison qui paraissait aussi improbable qu’un rêve.

J’ignore encore aujourd’hui le signe qui nous prit en traîtres.
Ce ne fut, je crois, ni un regard de regret, ni un sourire d’adieu, encore moins un sanglot,
peut-être tout juste une ombre un peu plus longue que d’habitude,
un instant de solitude secrète,
ou la première goutte de pluie fraîche sur la mèche d’une fillette.


Et encore, rien n’est moins sûr.
Alors, comment expliquer cette vilaine froidure
qui s’invita avec son linceul sur notre seuil ?
Je ne sais.
Mais qu’importe ! 


Quand je me souviens de cet été infini,
il me semble que j’ai laissé ouverte 
la porte
de la maison qui n’est plus
sur le temps d’aujourd’hui.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ce chemin de Toi à Moi, Le cahier de mon âme, Méditations pour un rêve, Mon aïeul, mon ami., Poésie

Ton nom

Ton nom
Guy
Est un pont
Entre le silence
D’ici
Et les chants
De là-bas
Une seule
Syllabe
Et j’approche
Le mystère
De ta présence
Autre part
Toute une constellation
Luit
Désormais
Guy
Dans ton nom

Géraldine
Poème écrit pour mon père
Décédé dans la nuit
Du 11 au 12 novembre 2018