Publié dans Journal d'une maison de retraite

Ici

Ta chambre est douce avec ses rideaux tirés, ses ombres mordorées.
J’ai posé sur une serviette en papier la barquette de fraises que je t’ai achetée et il m’a semblé que la couleur des fruits éclairait d’une lueur supplémentaire chaque bobine de fil destinée à coudre quelques robes invisibles…

Les deux fleurs que j’ai disposées dans un petit gobelet en plastique, il y a de cela trois semaines, sont encore bien ouvertes.

J’ai voulu retrouver le poème que j’ai écrit sur elles.

Le voici : https://quevivelavie.wordpress.com/2019/05/31/les-fleurs-de-ta-chambre/

Puis, je suis redescendue dans la salle de séjour.

Ici, tout est possible. On retrouve dans les conversations des maisons depuis longtemps vendues qui ouvrent leur porte, des défunts qui revivent. On peut demander à son voisin la couleur du ciel de Saint-Loup, le prénom du bébé parti.

Les seules nouvelles fraîches sont les fleurs qui apparaissent, les roses bien rouges désormais.

Tu m’as dit :

-Après le dîner, on ira cueillir de la lavande et on en mettra entre les draps.

J’ai opiné. Après tout, peu importe que tu te sois trompée de demeure et d’époque.

Ici, le temps est étranger au temps extérieur.

Il peut se dérouler en arrière, singulière bobine que la mémoire ravive.

Ici, on est ailleurs.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Mon aïeul, mon ami., Un cahier blanc pour mon deuil

Tu me regardes

Tu me regardes toujours sur la photo,
que je me décale à gauche ou à droite,
que je reste assise ou que je me lève,
que je m’approche ou que je m’éloigne,
que je rêve ou que je sois consciente des épreuves de mes veilles,
tu me regardes.

Et même lorsque je me tourne vers la fenêtre
pour écrire sans te voir,
pour ne faire confiance qu’à ma mémoire,
tu me regardes à travers ces mots
qui brillent dans leur encre noire.

La page est ce cadre
où m’apparaît
à chaque reflet du jour
ton visage.
Je n’ai alors

plus le droit
de te juger sans égard
car il me semble
que je vois les choses
qui nous entourent

avec ton regard.

Géraldine Andrée

Dans le cadre de la page, ton invisible regard.
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Ecrire, se dit-elle.

Ecrire, se dit-elle.

Le miroitement de l’encre où elle se reconnaît.

Les mots qu’elle trouve dans le blanc de la page et qui la surprennent par leur éclat de jais.

Ce crépitement de la pointe de la plume contre le grain du papier à l’heure où tout s’absente encore.

Bruit frêle

de la vérité qui approche

et traverse la porte.

Je suis vivante, écrit-elle.

Seule phrase qui importe.

 

Géraldine Andrée

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Créavie : Notre mission de vie

On se dit souvent qu’on a une mission de vie singulière qu’il nous faut absolument dire, écrire, formuler pour trouver qui l’on est vraiment.

Et si ? Et si l’on n’avait pas de mission de vie ?

Si notre mission consistait uniquement à être là, dans l’instant que l’on apprécie pleinement ?

Aimer ; respirer ; sourire ; écouter ; s’allonger dans l’herbe ; être conscient de la terre qui nous porte ; s’aventurer en rêve dans les couleurs des lisières qui se mêlent sous un pinceau invisible…

Et si notre mission consistait à être en vie pour nous sentir tout simplement vivant ?

Prenez un carnet et écrivez à chaque ligne ce que vous aimez dans l’instant présent ; ce qui vous donne confiance en cette seconde-ci et pas en une autre.

N’est-ce pas cela notre mission de vie à tous, laisser s’exprimer notre vie

dans un humble merci

à Maintenant et Ici ?

 

Géraldine Andrée

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L’élue d’entre toutes

Une fois
que la pluie
cesse

j’élis
entre
toutes

une seule
goutte
qui luit

tremble
vacille
puis se brise

dans son silence
ne laissant
sur un caillou

blanc
que quelques
étincelles

vite
évanouies
au soleil

De la goutte
qui se balance
entre

le regard
et l’absence
il ne reste

un instant
plus tard
nulle trace

mais son souvenir
unique
tremble

longtemps
sur la vitre
de ma mémoire

Géraldine Andrée
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