Qui es-tu
lorsque tu sors
de toi-même
As-tu déjà
été Toi
pour rejoindre
le monde
Es-tu encore
l'enfant
que tu fus
Es-tu toujours
la femme
que tu es devenue
avec ses secrets
ses désirs
ses brûlures
Une autre
Qui
Est-ce toi
qui vois
les lumières
des vitrines
à sept heures
du matin
ces pigeons
qui picorent
près des bancs
déserts
et qui déposent
la trace
verdâtre
de leur passage
comme preuve
qu'ils existent
aussi
Est-ce Toi
qui détournes
le regard
des sacs
poubelle
de la veille
Ou est-ce Toi
cette femme
qui se rend
au bureau
en talons hauts
et dont le sillage
parfumé
à l'eau
de violette
te suit
jusqu'à la gare
Tu peux entrer
dans ce bistrot
commander
un café-crème
te regarder
longtemps
dans la glace
des toilettes
ôter
cette mèche
devant tes yeux
es-tu sûre
de te reconnaître
Qui dit
qu'il n'y a pas
quelqu'un
quelque part
dans le monde
qui te ressemble
ou qui est
ce Toi
éprouvant
ressentant
vibrant
par tous ses pores
ouverts
Qui dit
que tu n'es pas en quête
de cet autre
toi-même
qui t'attend
ici
dans un immeuble
de cette ville
ou dans une ville
plus lointaine
Moscou
Londres
Auckland
Qui dit
qu'il n'y a pas
un peu de Toi
dans chaque
regard
tels
les fragments
d'un miroir
éclaté
après une dispute
dans une chambre
d'hôtel
et qu'il te faut
reconstituer
patiemment
réunifier
seconde
après seconde
avec du fil
d'or
Toi
comme lui
comme elle
comme nous
tous
nous faisons
de notre mieux
pour vivre
aimer
sentir
notre cœur
battre
au fond
de notre poitrine
Tous nos souffles
se suspendent
sur le même
fil
comme les perles
d'un collier
infini
Alors
peut-être
que tu es
Toi
lorsque
tu ajoutes
ton souffle
à chaque souffle
funambule
au-dessus
du monde
afin que
si l'un
se rompt
sur la terre
l'autre
le prolonge
de fenêtre
en fenêtre
Géraldine Andrée
Étiquette : voyage
Souvenirs de Voyage: Beauté et Émotions Capturées
Ce qui était extraordinaire durant ce voyage
- les pierres brunes des maisons dans le soleil
- les cours à l’ombre
- les rideaux baissés de la terrasse
- ce formidable arbre de fleurs flamboyantes penché sur le mur d’une maison, épaule ardente et secourable pour celui qui passe
- le feuillage rouge qui a frôlé la fenêtre du TGV et il m’a semblé que la vitre s’embrasait
- les roches grises des montagnes escarpées
- l’échancrure bleue de la mer à droite, fine dentelle déliée derrière les pins parasols
- le cactus échevelé dans un jardin
- la lumière à fleur de peau, juste assez pour me sentir divinement protégée
- le vrombissement continu du train en arrière-plan de l’écriture, cette baie sur l’océan du papier
Un voyage donne toujours sur un autre voyage, comme ce cahier qui s’ouvre sur le souvenir de mes premières vacances dans le sud.
J’avais alors cinq ans dans ma robe à volants.
Géraldine
Au confluent de l’écriture et de la mémoire
Journal de lecture : Souvenir d’enfance 3
Le 31 Juillet 2025
Voici le dernier billet de journaling sur La Rivière au bord de l’eau d’Opal Whiteley.
Je pourrais écrire chaque jour un billet de lecture au sujet de cet étrange livre. Nous pourrions nous asseoir ensemble dans le ciel et écrire pour l’éternité un billet au sujet du Journal d’une enfant d’ailleurs.
Et comme toute fin est un commencement, j’espère vous avoir guidés vers ce livre caché, puis diffamé si longtemps et qui n’attend que d’être rouvert aujourd’hui (car les gens stigmatisent toujours ce qu’ils ne comprennent pas).

OPAL reconstituant son journal
Opal trouve refuge dans la cathédrale de la forêt. C’est là qu’elle déchiffre les lettres déposées par les fées sous les feuilles. Tout est enchanté et enchanteur dans cette forêt qui symbolise l’imaginaire de la fillette. Elle récupère des forces en contemplant un œuf moucheté près d’une racine ou l’immense voûte du feuillage.
Autant sa mère est sévère, injuste et maltraitante, autant la forêt est douce, harmonieuse et accueillante.
Même les animaux sauvages ou qui sont connotés négativement sont affectueux : le rat Jupiter Chatterton Zeus est de velours ; le corbeau Lars Porsenna de Clusium aime retrouver toutes les choses qui se sont égarées ; les cochons apprécient d’être lavés.
Moi aussi, je me réfugiais dans le jardin quand j’étais « brouillée » avec mes parents. Comme Opal disparaît dans les grands bois pour écrire, je me tapissais à l’ombre du noisetier et j’écrivais des histoires dans la terre avec un bâton. Tout le jardin m’envoyait des lettres tracées avec le gris des ombres et entourées par le feutre d’or du soleil.

un extrait de mon journal de lecture sur le journal d’opal
Le soir, après avoir été si proche du souffle du noisetier, je m’endormais inspirée.
« Et dans la musique il y avait les scintillements du ciel et les tintements de la terre. »
Parce que la nature entretient une longue conversation avec nous, si nous voulons bien l’entendre.
Les feuilles nous regardent ; les arbres se penchent vers soi ; les chemins mènent à chaque grain de terre habitée dans le journal d’Opal.
Moi aussi, petite, j’adorais faire entrer dans mes histoires le chêne, le forsythia, le chat. Je faisais de grands moulinets avec mes bras lorsque les rebondissements se précipitaient. Chaque fleur était une adjuvante qui m’aidait à échapper à l’œil sarcastique du vieux hibou de pierre.
Dans l’ombre du soir, le sentier incendié par le crépuscule devenait ma lampe d’Aladin.
Je crois que, lorsqu’on écrit sa vérité – invisible et inaudible pour autrui, très souvent -, les voix du ciel nous font croire qu’elles naissent de la terre.
« Et nous avons continué jusqu’à la colline où la lune arrivait. Maintenant, je suis une joueuse de flûte pour le vent. »
Rien n’est perdu. Quand j’éteins mon portable, j’écoute s’égrener les notes de ma flûte intérieure et « il y a de la splendeur et du bonheur partout. »
Bien à vous,
Géraldine
La mémoire au bord de l’écriture
Journal de lecture : Souvenir d’enfance 2
Le 31 Juillet 2025

Par quel mystère Opal affirme-t-elle qu’elle vient de France ?
Ses origines françaises sont-elles réelles ou rêvées ?
Je reconnais à son écriture ses origines nobles : connaissance de noms latins, grecs, d’écrivains, d’artistes, de personnages historiques dont elle célèbre dans la forêt les anniversaires de naissance et de mort (comme Saint Louis).
Ne seraient-ce pas des réminiscences d’une vie antérieure en France où Opal était la fille de parents gentils, aimables, aimants ? Ce qui n’est pas le cas dans sa vie américaine.
Le milieu dans lequel la fillette vit se confronte à l’univers de ses rêves. Et, pourtant, elle sait dépasser cette contradiction pour faire du milieu brutal des bûcherons un espace de magie, de féérie, de poésie où tous les miracles sont possibles. Opal vit davantage sa vie rêvée que sa vie réelle et il me vient cette expression du poète Gérard de Nerval, que j’ai toujours aimée :
« l’épanchement du songe dans la vie réelle ».
J’aime suivre la promenade d’Opal qui part en quête des fées cachées parmi les fleurs et les fougères.
La rêverie d’Opal m’est tellement familière !
Le jardin de mon enfance m’offrait, à moi aussi, des réminiscences de vie antérieure.
Que devenait ma bicyclette rouge ? Une calèche.
Ses roues ? Des chevaux.
Le sentier bleu qui menait jusqu’à la corde à linge ? Mille lieues que je traversais pour me rendre d’un château à l’autre.
J’étais une comtesse en voyage et pourquoi pas, s’il vous plaît, la Comtesse de Ségur qui partait en villégiature pour écrire Les Petites Filles modèles… Il n’y avait rien de présomptueux dans mon imagination ! Je transgressais enfin les limites de ma petitesse.
Mais, avant d’atteindre cette destination suprême, que de distance à parcourir !
Je m’élançais dans les allées, tournais autour du vieux chêne, m’écartais des taillis d’où je craignais que ne surgissent les voleurs de grand chemin, passais de l’ombre au soleil, du soleil à l’ombre et frôlais les rosiers en criant à ma bicyclette :
« Allez ! Mon cheval Tremblecour ! Tu es fort ! Les épines ne te font rien ! »
Quand le soleil basculait derrière la lisière du Crève-Cœur, je faisais halte pour le gîte et le couvert à L’Auberge du chat qui ronfle, la maison de mes parents qui avaient recueilli Félix, le chat gris.
J’élargissais le temps et l’espace, dans ce jardin qui cohabitait difficilement avec la zone industrielle l’encerclant avec l’incessant vrombissement de ses voitures, le roulement métallique de ses caddies de supermarché et les odeurs de la station-essence, tout près du grand sapin qui, j’en suis certaine,
« disait malgré tout un poème »
comme le grand pin,
l’ami d’Opal.
Géraldine
L’écriture au bord de la mémoire
Journal de lecture : Souvenir d’enfance 1
Le 29 Juillet 2025
S’il y a bien un livre que je découvre aujourd’hui et que j’aurais aimé lire, enfant, c’est
Journal d’une enfant d’ailleurs ou La Rivière au bord de l’eau d’Opal Whiteley.

Titre insolite, comme l’est l’autrice. La version pour petits s’intitule Les Yeux des pommes de terre. Cet ouvrage existait à ma naissance. Pourtant, je ne l’ai jamais rencontré, ni en librairie, ni en bibliothèque, comme s’il devait être caché.
Je l’ai découvert en lisant Ateliers d’écriture de la psychiatre Nayla Chidiac, réalisés avec des patients de l’hôpital Sainte-Anne.
Et je l’ai acheté dans la librairie en ligne, La Cause des livres d’Emmaüs.
Dérangeant, oui, ce livre l’est. Il bouscule l’ordre social et familial établi dans une Amérique du début du vingtième siècle.
Je pense que certains livres nous sont destinés et que leur lecture est écrite dans notre vie, inscrite dans notre cheminement intérieur.
Pourquoi ai-je rencontré Journal d’une enfant d’ailleurs ?
Il y a une part d’Opal en moi qui ai aussi la sensation de venir d’ailleurs, d’un autre pays, d’une autre planète. Opal décrit comment elle vient de très loin, d’une famille française aristocrate et qu’elle a ensuite été adoptée par une famille de bûcherons aux États-Unis. Je me suis moi-même inventé une famille médiévale. Ma mère s’appelait Thècle.
Je me demande si ce sentiment d’étrangeté n’est pas toujours partagé, comme celui de la solitude ?
Plus tard, j’imaginais que j’avais une famille très aimante qui s’était installée dans l’armoire de ma chambre, une famille du continent de Marmousie.
Il y a des auteurs qui sont nos frères ou nos sœurs spirituels. Il en est ainsi pour Opal avec moi.
La fillette essaie chaque jour de faire plaisir à sa mère, mais « cela tombe toujours à côté » et elle se fait battre comme plâtre. Seule, l’écriture la console, la cajole, la berce. Pour moi aussi, l’écriture fut une mère inconditionnelle, m’allaitant avec le lait des mots.
Le journal d’Opal est un journal de résilience, un journal kintsugi car Opal l’a soigneusement reconstitué, fragment par fragment, durant des années pour qu’il soit publié, bien longtemps après que sa sœur l’a déchiré en mille morceaux.
Mon journal était mon meilleur ami (il l’est toujours). Un ami intime que je saluais quand je rentrais chez lui, puis quand je le quittais après une longue visite.
Il était une porte qui s’ouvrait avec une petite clé d’or sur le royaume de mon cœur.
Le fil de son encre a participé à la cicatrisation de mon être psychique blessé.
Opal écrit son journal, même lorsqu’elle est recluse, punie, sous le lit. Alors, elle accède à l’infini :
« J’entends des chansons – les berceuses des arbres. Mon derrière me fait un peu mal mais je suis heureuse d’écouter la musique du soir du bel univers de Dieu. Je suis vraiment heureuse de vivre.»
À demain pour la suite.
Géraldine
Le verbe de l’herbe : une poésie de Géraldine Andrée
Son rêve ?
S’effacer
dans l’écriture
Que tout le monde
se demande
Où est-elle
donc ?
Que l’aile
tremblante
d’un rayon
de soleil
montre
sa trace
qui se confond
avec les majuscules
des tiges
les virgules
des pétales
de lys
la phrase
saccadée
du chemin
Et que chacun
se dise
À présent
elle est
le verbe
de l’herbe
vive
et ce point
de rosée
qui s’étale
sur le buvard
du jardin
Géraldine Andrée
Tous les journaux intimes de ma vie
Écrire aujourd’hui ma gratitude pour tous les journaux intimes de ma vie :
- Le cahier fleuri de mes treize ans, celui qui se fermait avec une petite clé d’or et qui m’a fait découvrir mon pays intime-rien-qu’à-moi.
- Le cahier violet de la marque Majuscule dans lequel je jetais mes cris de révolte, dans une écriture si désordonnée, si tourmentée qu’elle était illisible – autre manière de me protéger et d’empêcher l’accès de ces pages à ma famille. Plus tard, c’est moi qui ne pouvais plus me relire, retrouver mon ancien Moi. Cahier dont le langage codé m’a interdit de revenir sur mes traces. Preuve de la vanité parfois de se relire. On ne se retrouve plus car on n’est plus celle qui a écrit ici.
- Le cahier de velours rouge qui m’a permis de réfléchir sur ma liaison toxique avec cet homme dans La Maison Blanche. Un cahier de peine, de solitude et d’exclusion quand j’y songe. L’histoire d’une jeune femme incomprise.
- Le cahier Leuchtturm beige – journal de mon voyage à Florence. Une liste d’affaires à emporter, de monuments à visiter. Quelques poèmes gribouillés. Jamais réécrits.
- Les cahiers bleus, de la marque Clairefontaine à spirale, dans lesquels j’ai mis en scène mes rêves – séjour au bord de la mer, commencer à vivre de mon écriture… Et ceux-ci, de page en page, se sont matérialisés.
- Un cahier blanc pour mon deuil, qui regroupe des poèmes composés pour surmonter la mort de mon père.
- Le cahier rose du confinement, journal d’écriture sur l’écriture, véritable laboratoire d’expérimentation littéraire.
- Le bullet-journal vert sur lequel j’ai inscrit et défini mes objectifs pour les incarner dans la matière du papier – premier mot, premier pas vers la réalisation de soi.
- Le cahier d’artiste noir où j’ai initié mes séances de ©Journal créatif en m’aidant du livre Le Nouveau Journal Créatif, d’Anne-Marie Jobin. Ce cahier a agi comme un miroir, en me renvoyant mon regard inconditionnellement tolérant envers moi-même, qui m’autorise enfin à dessiner avec ma main non dominante – celle de l’enfance.
- Et le prochain cahier de demain ? Quel sera-t-il ? Je ne sais mais, en fermant les yeux, j’imagine la douceur du papier, sa petite musique quand ma plume va à son contact. Sa couverture avec, peut-être, les étoiles dorées du Petit Prince de Saint-Exupéry ? Ciel de l’écriture. Écrirai-je un poème qui se déhanche ? Un fragment de vie ? Un état d’âme ? Une anecdote intéressante ? Ou cette simple gratitude :
« Merci à ce cahier qui commence. Tout est à écrire. Donc, tout est à vivre. »
Merci à tous ces cahiers qui m’ont fait devenir celle que je suis : écrivaine de vie.
Géraldine Andrée
Lâcher prise
Je tiens
ta main
Je sais
que c’est
l’ultime
fois
que je touche
ta peau
tes veines
tes ongles
s’enfonçant
dans ta paume
comme
s’ils s’accrochaient
à la branche
de la vie
derrière
les barreaux
de la cage
de ton lit
Je ne veux pas
lâcher
tes doigts
car j’ai bien
conscience
que cet abandon
sera
définitif
Mais est-ce
un abandon
quand ta main
inerte
au cœur
de la mienne
n’a plus rien
à me dire
Pourtant
je tiens
ta main
déjà froide
Je la réchauffe
avec le sel
de mon chagrin
Que le sang
qui bat
sous ma peau
remette
en mouvement
le tien
Aujourd’hui
ma main
tente
de maintenir
en vie
ta main
qui m’a bercée
habillée
nourrie
mais qui m’a aussi
donné des claques
ta main
qui m’a laissée
dans cette cour
d’école
d’où j’entends résonner
mon cri d’enfant
Reviens
Ta main
qui était aussi aimante
que violente
caressante
qu’inaccessible
Ta main
dont j’aurais tellement
aimé
qu’elle me guide
plus loin
***
Lâcher
ta main
parce qu’il n’y a
plus rien
à faire
plus rien
à vivre
que tout
est écrit
ainsi
Il se fait tard
J’ai sommeil
La petite
lampe
veille
On me dit
de partir
de desserrer
ta main
de la poser
sur le drap
car tu te trouves
tout au bord
de l’embarcadère
et qu’il n’est bien
ni pour toi
ni pour moi
de te retenir
d’entraver
ton départ
Ton lit
est un bateau
qui doit
se défaire
de tout lien
pour voguer
vers l’autre
côté
Tu partiras
quand tu le décideras
Alors
j’imprime
en ma mémoire
le grain
de ta peau
qui me rappellera
que j’ai été
ton enfant
Je détache
mes doigts
des tiens
comme d’un bouquet
défait
Je revêts
mon manteau
j’enroule
mon écharpe
autour
de ma gorge
nouée
Je franchis
le seuil
de la porte
en sachant
que demain
on aura joint
tes mains
Je sors dans les bruits
et les lumières de la ville
et je me dis
Il me faut t’écrire
c’est-à-dire tracer
des lignes et des lignes de vie
pour te faire signe
de là où je suis
car c’est peut-être moi
qui suis trop loin
Géraldine Andrée

L’Importance de Créer pour le Plaisir
Le vrai luxe, c’est de “créer” sans se soucier de “produire”, de “montrer”. Écrire, dessiner, peindre, chanter gratuitement, sans intention autre que celle d’écrire, de dessiner, de peindre, de chanter. Faire de la création un processus, un chemin le long duquel la destination n’importe pas.
Pour moi, c’est
- Écrire dans mon journal en ignorant l’enjeu littéraire ; me raconter, épancher mes émotions et mes problématiques du moment, tout simplement.
- Colorier un mandala tout le dimanche après-midi ; poser une touche de peinture sur chaque pétale.
- Calligraphier un titre avec mes feutres de couleur.
- Tracer un alphabet de lignes, puis me demander quelle est l’histoire racontée. Quelle myriade de possibles !
- Arranger un bouquet de fleurs,
pour le plaisir, juste pour le plaisir d’”être” en “créant”. Je crois qu’à ce moment-là, c’est moi qui deviens l’œuvre accomplie et que tout ce que je crée me regarde exister.
Géraldine
Écriture : trouver son espace où que l’on soit
Pendant longtemps, j’ai cherché la chambre d’écriture idéale.
Serait-elle à fleur du lac de mon enfance ? La trouverais-je, cachée par les feuillages, au fond d’un vieux domaine ? Ou ses fenêtres donneraient-elles sur ce port italien, le long duquel les pêcheurs déploient leurs filets d’or, à leur retour à l’aurore ?
Un jour, je fus si lasse que j’ai cessé de la chercher. Je me suis contentée d’emporter mon carnet partout où j’allais.
Et j’ai découvert que l’écriture était une chambre en elle-même, dans laquelle je pouvais me réfugier, assise sur le siège d’un métro, dans le brouhaha d’une cafétéria, derrière les vitres opaques d’une salle d’attente.
La page était un haut lieu de silence sacré, où que je sois, y compris dans ce gourbi réservé en urgence, au rez-de-chaussée d’un hôtel bon marché, où j’entendais les fêtards ivres rentrer tard en vociférant.
Son seuil immaculé m’accueillait à la table d’un restaurant de péage, au milieu des miettes de pain et des bouteilles de soda vide, devant un amant laconique.
Je le sais, maintenant : la chambre d’écriture n’existe pas. Néanmoins, ma quête n’est pas vaine.
Il suffit pour cela que je m’avance sans crainte vers le cœur de cette chambre profonde,
c’est-à-dire vers la lueur d’un haïku aussi frêle que des ailes de luciole qui danse sur le monde.
Et je peux l’écrire haut et fort, avec une encre qui vibre :
Je suis au bon endroit,
partout où j’écris.
Géraldine Andrée
