Publié dans Histoire d'écriture, L'alphabet de l'herbe, Le poème est une femme, Poésie

Tout est de passage

Tout est de passage
le laurier-rose sur lequel tu as veillé avant chaque aurore
les jardins pourtant destinés à refleurir
les cerises accrochées aux oreilles
les bourgeons d’or du frêne
la paume de la main tendue
le soupir dans les cheveux
le rêve dans le sommeil
tandis que la lumière joue avec ta nuque
ta hanche contre le drap
le temps ce félin
qui traverse nos vies
en dévidant leur pelote
sous ses pattes
Tout est de passage
et surtout ma plume sur le papier
qui laisse comme seule preuve
de l’éphémère
un poème
qui je l’espère peut-être
suspendra un instant
dans un regard
un regard
dans un instant

avant de disparaître

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Au fil de ma vie, écritothérapie, Histoire d'écriture, Journal de la lumière, Le journal des confins, Le poème est une femme, Le temps de l'écriture, Poésie, Poésie-thérapie

Ce bercement…

Reprendre mon cahier et écrire.
C’est tout ce qui importe.
En face de moi, ce tableau avec le bleu et l’ocre du port,
un trois-mâts, deux barques, un phare, des nuages…
C’est là que je dois aller. Au loin. Au large. Rompre les liens.
Je n’ai jamais vraiment regardé ce tableau quand j’y pense…
La baie. La virgule d’une mouette qui brasse l’infini.
Et si je l’imitais ?
M’accrocher à la crête d’une majuscule.
M’allonger sur la vague d’une phrase.
À me laisser bercer ainsi
par l’écriture,
à rêver mon poème
comme le prolongement de mon corps
qui vogue au fil de l’encre marine
sur le blanc,
je m’aperçois que c’est moi qui berce l’écriture.
J’initie cette douce ondulation avec mon simple désir.
L’étrange mouvement de ma main,
d’où vient-il ?
Quelle est cette vibration ?
Descend-elle des étoiles,
d’une immense paume invisible ?
Il est une lunaison de l’écriture
que mon souffle éclaire.
Oui, c’est vraiment là que je dois emmener mon poème,
jusqu’à la dernière étincelle avant l’azur.
Puis, une fois que mon poème sera suffisamment loin,
devenu un frêle point qui danse
à la lisière où le monde s’efface,
je ferai signe à mon prochain
avec l’ultime lueur du silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Histoire d'écriture

Pourquoi suis-je devenue biographe ?

Publié dans Histoire d'écriture

La terrasse blanche

Après avoir traversé le labyrinthe
de la ville sous la lumière ardente,
être arrivée la première
au rendez-vous,
pris place à la terrasse
noire de monde et si bruyante,

après avoir envisagé que cette situation
pouvait être un test de sa fidélité,
et, dans l’attente,
commandé un cappucino
pour lire ce message à la seconde suivante :
– J’annule notre rencontre !
Une réunion m’est tombée dessus…
Nous nous verrons un autre jour…,

après avoir bu son cappucino en une gorgée,
avalé la lie de son amertume,
après s’être dit
d’une voix si basse, si lasse :
– Il y aura toujours des après, des plus tard, des trop tard…,
la voici désormais de retour,
déboutonnant sa robe de velours,
délaçant ses sandales
autour de ses pieds gonflés,

et, prenant place
entre soleil et silence,
sur la terrasse blanche
de son cahier,
qui voit-elle avancer,
fidèle envers son invitation,
se déhanchant dans la lumière bleue
de l’encre ?

Elle-même,

plus heureuse.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Art-thérapie

L’enfant retrouvé

À l’heure où les messages pour la Fête des Mères débordent sur les réseaux sociaux, je tiens, ce soir, à m’adresser dans ce post à toutes les femmes qui ne se sentent plus ou pas mères pour différentes raisons :

-Leurs enfants ne leur parlent plus et ont coupé les ponts avec elles

-Leurs enfants sont partis à l’autre bout de la terre et ne leur donnent des nouvelles que très rarement

-Leurs enfants leur ont été enlevés

-L’un de leurs enfants, malade, dans le coma, drogué, dément, ne les reconnaît plus

-L’un de leurs enfants est décédé

-L’un de leurs enfants n’est pas né ou ne peut être conçu

Le savez-vous ? L’impossibilité ou la perte d’un enfant ne fait pas perdre à une femme sa capacité (ou son don, son talent) à être mère.

Soyez à la fois pour vous-même la mère et l’enfant.

Remplissez-vous de votre propre enfance. Renouez contact avec l’enfant intérieur qui attend patiemment en vous votre reconnaissance.

Concrètement, comment ?

-Ouvrez grand un cahier et dessinez ensemble. La main gauche, la main enfantine, pose les encres. La main droite, la main maternelle, dessine les traits. Et voilà une maison, une grille bordée de fleurs, un chemin secret qui tremble…

-Écrivez vos dialogues à deux sur tout et rien : Où va, ce nuage Maman ? – Vers une autre fenêtre où tu regardes… Conversez face à cette fenêtre. Que voyez-vous ? Un hippopotame ailé ?

-Allez ensemble à la boulangerie, à la plage, au Musée des Oiseaux

-Sautez dans les flaques puis démarrez la machine à laver en vous grondant tendrement : Cela suffit pour aujourd’hui ! Mais on recommencera demain, promis !

-Faites de la pâte à modeler, donnez un visage comique aux monstres qui vous tourmentent

-Remplissez la salle de bain de bulles de savon

-Cuisinez un plat de votre enfance bien gras, bien sucré et régalez-vous jusqu’à l’écœurement

-Recopiez dans votre journal intime avec votre main la moins habile un poème de Maurice Carême

La liste est loin d’être exhaustive.

N’oubliez pas : une bêtise, un grain de folie peuvent vous donner accès à vos rêves.

Entrez par toutes les portes que votre chagrin vous avait interdites.

C’est ainsi que vous donnerez vie à votre vie.

@L’Encre au fil des jours

@Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, écritothérapie

Le lait bleu

À l’heure où les messages pour la Fête des Mères débordent sur les réseaux sociaux, je tiens, ce soir, à m’adresser dans ce post à tous ceux qui se sentent délaissés par cette fête parce qu’ils sont délaissés par leur mère et ce, pour différents raisons :

-À tous les enfants nés sous X qui méconnaissent le nom de leur mère

-À tous les enfants écartés de leur mère pour cause de maltraitance

-À tous les enfants incompris, abandonnés physiquement et/ou psychiquement par leur mère

-À tous les enfants qui n’ont pas eu « une mère suffisamment bonne » selon l’expression du pédiatre Winnicott

-À tous les orphelins

-À tous les enfants dont la mère est malade, placée

-À tous les enfants qui ne reconnaissent plus leur mère partie très loin d’eux, pour le pays d’Alzheimer

Le savez-vous ? Nous intériorisons tous, quelle que soit notre enfance, une mère idéale pour soi.

Aussi, créez-vous votre propre Fête des Mères en vous désignant une mère parmi les personnes, stars qui vous inspirent. Notez son prénom sur un cahier et adressez-lui une lettre de gratitude dans laquelle vous décrivez comment et pourquoi cette personne est une mère spirituelle pour vous.

Et soyez aussi votre propre mère. Nourrissez l’enfant intérieur qui est en vous au lait bleu.

Qu’est-ce que le lait bleu ?

Le lait bleu est ce qui nourrit votre âme.

Il y a le lait bleu de l’encre

le lait bleu de la gouache

le lait bleu d’un poème

le lait bleu d’un ciel d’été sur un tableau

le lait bleu de la musique

le lait bleu des prochaines vacances

le lait bleu de votre propre joie à exister

le lait bleu de votre pouvoir personnel à enfanter et à allaiter – un enfant, un rêve, un projet…

Quel est votre lait ? Qu’est-ce qui vous fortifie ?

En vous le donnant, vous vous placerez en toute confiance sur le sein de la Vie.

@L’Encre au fil des jours

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Ecrire pour autrui

Le prix d’une biographie

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La plume retombée

La plume
traverse la page.
Elle vole comme un oiseau à fleur de terre,
effleurant si légèrement le papier.
Puis, dans l’espace au-delà du point final, elle retombe.
Elle ne fait désormais plus partie du ciel.
Il ne reste que le souvenir de la vie qu’elle a déposé là,
entre deux feuilles,
c’est-à-dire un nid de mots tressés,
destiné à un autre oiseau de passage
– ton regard,
peut-être,
qui sait ? – …

Géraldine Andrée

Publié dans écritothérapie, Dialogue avec ma page, Histoire d'écriture, Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Récit de Vie

Viens, mon ombre, je t’invite à boire un cappuccino !

Viens, mon ombre, je t’invite à boire un cappuccino chez moi. Il fait beau dans mon salon. 
Assieds-toi juste en face de moi, au soleil.
Qu’as-tu à me dire ? Quels silences ? Quels interdits ? Quels non-dits ?
Confie-moi ce qui te hante.
Raconte-moi ce que tu n’as pu évoquer au bon moment.
Les regrets de l’inaccompli.
Les remords de l’inachevé.
L’inéluctable sentiment qu’il est à jamais trop tard.
Je vais tout noter sur ce cahier blanc.
Cette transparente matinée de printemps est idéale pour les confidences.

Je sais, mon ombre, que toi et moi, nous avons longtemps été ennemies.
Je voulais te laisser sur le seuil et fermer la porte, te laisser pleurer à l’infini, sans te secourir.
Mais aujourd’hui, je souhaite me racheter. Et si nous nous réconcilions ?
Je peux éclairer avec mes yeux toutes tes angoisses, t’apporter mon regard, t’apaiser avec mon souffle.
Ta présence fidèle malgré mes rejets répétés m’a beaucoup appris sur moi-même.
Aujourd’hui, je suis devenue beaucoup plus tolérante et j’accepte que tu me révèles toutes ces parts cachées de moi-même, que tu me désignes ce qui doit être percé à jour et exploré – quels abcès, quelles blessures, quels cauchemars.
Invite-moi, à ton tour, à entrer dans ma douleur en suivant la trace de mes cicatrices intérieures.
Je sais que tu peux remettre sur la table – à côté de ce cappuccino que j’ai bien sucré pour que tu oublies le goût amer de la vie -, les conversations interrompues avec Lui, quelques jours avant qu’il ne meure, tout ce que l’on ne s’est jamais dit et que l’on ne se dira plus, l’essentiel,

ces choses muettes pour toujours 
la dernière promenade où il m’a désigné l’arbre centenaire
et alors j’aurais dû savoir qu’il me désignait l’éternité parce qu’il allait disparaître
mais pourquoi n’ai-je pas respecté ma prémonition obéi à mon instinct

Oui, mon ombre, je vais faire pour toi la liste de tous les j’aurais dû, les actes manqués, les situations condamnées à être irrésolues.
Finalement, j’ai de la chance de t’avoir, mon ombre.
Il est un récit qui m’a profondément marquée dans mon enfance :
L’Homme qui a perdu son ombre d’Adelbert von Chamisso. Ce récit raconte la sombre destinée du héros Peter Schlemihl, qui échange son ombre, sur la requête de l’homme en gris, contre la bourse de Fortunatus. Quel effroi pour Peter condamné à errer sur la terre sans que son double soit projeté sur le sol ! C’était comme s’il était infirme, amputé de lui-même.

Et me reviennent en mémoire ces vacances espagnoles. Alors que j’avance sur le petit sentier qui mène à la mer, tu es projetée, mon ombre, en plus grand sur la pierre ensoleillée. Je comprends ainsi que tu seras l’amie qui m’accompagnera tant que je marcherai, que j’avancerai sur le chemin, que je vivrai.

Toi, mon alliée, tu me montres l’autre côté de moi-même, le reflet de mon passage que je laisse sur toute chose en ce monde. Si tu existes, tu es la preuve que je suis éclairée.
Il m’est impossible d’être uniquement Lumière. Sinon, je serais une scène que des projecteurs éclaireraient pour personne. Je ne peux être uniquement zénitude, beauté, bonté. En effet, la bonté coexiste avec la révolte car la révolte invite à être plus généreux envers soi-même et les autres, en demandant davantage à l’Univers. De même, un rayon de soleil illumine davantage une flaque noire, comme l’écrivait Etty Hillesum, puisqu’il en perce toutes les ténèbres.

La laideur d’une rue au petit matin m’invite à chercher la fleur au-dessus d’une grille. C’est parce que j’ai vu la laideur que je prends davantage conscience de la beauté inhérente à toute chose, pourtant condamnée à la flétrissure.
C’est parce qu’il y a de la lumière que tu existes, mon ombre. La lumière te sculpte, t’effile. Elle me permet de prendre réaliser que, de même que tu t’accroches à mes pas, tu suis le mouvement de ma main sur la page. Tu es là, ineffaçable, inaliénable parce que si tu t’en vas, la clarté disparaît avec toi. C’est toi qui condenses la flamme de la bougie dans l’instant de mon regard.

Aussi, prenons ensemble ce cappuccino, mon ombre.
Et rions avec gratitude de mon erreur qui m’a incitée à te confondre avec la solitude.
En vérité, il n’en est rien,
car c’est grâce à toi que j’existe. 
Chaque matin désormais, je répondrai aux signes que tu me fais.
Et j’écrirai.

Géraldine Andrée

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Promenons-nous dans le jardin de l’Ariadne grâce aux ondes de RCF Corsica

L’interview à RCF Corsica concernant la publication de la biographie En Suivant l’Ariadne de Marie-Hélène Ferracci et Géraldine Andrée (Muller)/ L’Encre au fil des jours ; écrivain privé-biographe, coach littéraire

« Par ce récit, jardin de l’Ariadne, je te redonne ta dignité. Tu es bien plus qu’un nom. Tu es un trait d’union.« 

« Merci Géraldine pour ce merveilleux accompagnement durant ces beaux mois!

Nous célébrons une si belle naissance grâce aux ondes de RCF CORSICA !

Bravo et Merci Géraldine ! Merci à Laetitia de RCF Corsica !« 

Marie-Hélène Ferracci