Publié dans Grapho-thérapie, Le journal des confins, musique, Poésie-thérapie

Sans titre

Quand j’écris
je suis la vague
qui danse

entre
deux pages
deux rivages

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, C'est ma vie !, Journal d'instants, Journal de mon jardin, L'alphabet de l'herbe, Poésie, Poésie-thérapie

Je suis née ici

Je suis née ici pour écrire
la couleur de la terre quand les brumes se lèvent
le frêle bruit des feuilles foulées
les noisettes dans les tabliers des écoliers

le givre au bord des fenêtres
les étincelles bleues de la neige sous le pas
le craquement du bois
la flamme qui traverse un murmure d’ami

la nouvelle constellation de bourgeons
la seconde qui ajoute son éclat à la seconde précédente
un souffle si large qu’il rassemble toutes les fleurs
pendant que le petit nuage blanc prend tout son temps

l’explosion silencieuse du foin dans l’air
la porte du jardin ouverte jusque tard dans la nuit
les mirabelles fendues
d’où sourdent quelques gouttes de sucre

Je suis née ici pour écrire
la ronde des visages mêlée à celle des saisons
la perpétuelle enfance qui recommence
dans la mémoire

Je suis née ici pour relire
le journal de ma grand-mère
en faire un livre d’heures
où sonne le temps du retour

de ce que l’on croyait à jamais perdu
une joie un espoir
une étoile vibrante
que découvre soudain la nue

Je suis née ici pour écrire
dans les traces de ma grand-mère
en allée là-bas
faire de chaque souvenir un présent

qui dure

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Ton pas

Tu marches sans cesse dans ma mémoire 

Je me souviens de tes pas  

Ton pas qui se fait lourd au retour des courses 
Ton pas à côté du mien lors d’une ultime promenade, le mois qui précède ton départ pour là-bas, son écho régulier sur le trottoir 
Ton pas quand tu traînes des branches noires pour le grand feu d’été, fin août, sur le chemin de l’ancien jardin 
Ton pas qui ne cesse d’approcher le seuil de ma chambre dès que je suis seule avec mon premier amoureux, ton pas qui m’épie, me met en garde ; ton pas qui me traque et qui m’agace 
Ton pas pendant que tu déambules derrière ma porte, à la fin de ta vie ; je ne sais alors ce que tu cherches, sans doute quelque chose que tu as perdu depuis longtemps et qui à moi aussi m’échappe 
Ton pas lorsque tu réfléchis, mains derrière le dos ; le pas traînant de ton souci, de tes non-dits 
Ton pas qui fait retentir chaque marche d’escalier et craquer les parquets 
Ton pas qui foule les feuilles tombées, disperse les plumes détachées des oiseaux 
Ton pas qui m’effraie, enfant, car il m’avertit que tu vas me gronder 
Ton pas qui m’empêche de rêver, de jouer, qui vient m’annoncer l’heure de me mettre au travail 
Ton pas, métronome du temps où je dois abandonner la vivacité de mon rire et redevenir sage 
Ton pas qui interrompt mon songe de joie, mes escapades dans d’autres vies, mes voyages sur des océans de couleur 

Je pense à ton pas qui a longé les couloirs de l’hôpital, jusqu’à cette salle blanche où tu as cessé brutalement de respirer – tu avais mis pour cela des chaussettes propres 
Je t’entendais toujours revenir 
Je ne t’ai pas entendu partir, cette nuit-là 
Je veux croire 
que ton pas, si pesant souvent et si lent, s’est fait plume, flocon, poussière de soleil, un soir de novembre  
Peut-être que tu t’es délivré de cette manière de te déplacer propre à cette vie ; peut-être que cela ne t’était plus utile et que tu t’es élancé comme les ailes de ce papillon moucheté qui voletait au bord de la fenêtre de ta chambre, trois semaines avant ton départ 
Peut-être que tu as traversé les murs, sans adresser de signe d’au revoir à nos regards 
J’ose espérer que tu t’es élevé au-dessus de ces océans de couleur dont je te soutenais l’existence malgré ton refus d’y croire 
 

Ton pas en tout cas 
est là 
Il martèle chacun de mes jours 
Il permet – j’en suis certaine – 
à chacun de mes poèmes 
de s’écrire, 
d’advenir
lentement
mais sûrement, 
de laisser sa trace 
dans ma vie 
Telle est ton absence 
Tu entres en moi 
et tu ne sors pas 
C’est pour cela, 
je crois, 
que je ne mets pas  
de point 
final 
au souvenir 
de ton pas 

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Le cahier à clé

Je souhaite réserver ce post à un support unique : le cahier à clé. On le juge désuet et, pourtant, c’est ainsi que l’on représente dans l’imaginaire collectif le journal intime. Démodé et éternel, le cahier à clé est un refuge efficace, un asile rassurant pour la découverte de soi. Dans ce cahier, tout ce que vous écrivez vous est exclusivement réservé et interdit au regard extérieur ; d’où l’importance de l’adjectif intime qui caractérise le journal. Vos pages ne s’adressent qu’à vous-même. La clé donne à vos écrits ce côté secret qui préserve votre territoire psychologique et émotionnel de l’intrusion d’autrui. 

Je me souviens avoir acheté mon premier journal intime à l’âge de quatorze ans. Je revois sa reliure fleurie, sa petite serrure et sa fine clé dorée. J’étais fière de posséder un espace enfin à moi. Je me réappropriais mon pouvoir. J’excluais de ma chambre toute intrusion parentale et familiale. Mon cahier était devenu une autre chambre, “une chambre à soi” comme le dit Virginia Woolf. Je le fermais dès le dernier mot et je cachais la clé dans le tiroir de ma table de nuit. Je n’appartenais plus aux autres. Je ne me sentais plus si effacée, inutile, transparente. J’avais la force d’une voix pour moi – la mienne. Je possédais une richesse que nul ne pouvait me dérober et qui consistait en la faculté de me confier quotidiennement à la page.  

Grâce à cette clé, je commençais à cerner mes limites, à distinguer ce qui m’appartenait et ce qui ne m’appartenait pas dans les jugements que les autres portaient sur moi. Un seul mot et je dessinais les contours de mon identité dont je n’avais eu jusqu’à cette découverte qu’une conscience flottante. Je parlais pour moi ; je m’adressais à moi sans témoin. Je devenais l’auteur de ma vie d’adolescente puisque je pouvais me délester de mes peines et parler de mes rêves pour les concrétiser un peu plus chaque jour. Je partais à la conquête de moi-même. 

Pourquoi ce petit récit ? Pour vous montrer que, peu importe le regard des autres, c’est le vôtre qui compte. 

Aussi, choisissez votre cahier non pas parce vous voulez bien y écrire mais parce que vous vous sentirez bien en y écrivant – et surtout en sécurité, inconditionnellement accepté par la page et donc par vous-même. 

Le cahier à clé est particulièrement indiqué si votre entourage est constamment présent, vous sollicite beaucoup et si vous avez peu d’espace à vous. Il est alors nécessaire de protéger ce que vous écrivez car le but de votre voyage est l’exploration d’une contrée singulière, unique : votre être. 

Et même si vous vivez seul, la clé de votre cahier peut être riche symboliquement pour votre inconscient. Elle peut représenter le seuil à franchir de l’extérieur à l’intérieur de votre être, du monde à votre âme. Le cliquetis de la clé qui fait céder la serrure, le balancement de la chaînette vous rappelleront peut-être une porte qui s’ouvre. 

Alors, posez chez vous – dans votre journal – vos bagages trop lourds, vos jugements, vos croyances, les faux habits qui vous empêchent d’avancer librement parce qu’ils vous serrent trop. Vos pas se font légers. Vous pouvez maintenant avancer ! 

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Créavie, Grapho-thérapie

Bilan du défi L’Art de la créativité de Julia Cameron

A chaque jour, l’aube de la page. Écrire guérit.
  •  Ce bilan m’a appris à être assidue envers mes projets et fidèle envers moi-même.
  • « Un pas à la fois« , telle est la devise de Julia. C’est le pas qui fait le chemin.
  • Une oeuvre se construit mot après mot, note après note, touche après touche. Pour moi, c’est « une page à la fois ». Même vingt courtes minutes d’écriture permettent au roman d’avancer.
  • Les pages du matin sont mon miroir. Je peux, en écrivant, poser un regard honnête sur moi-même chaque jour.
  • Écrire trois pages chaque matin, c’est faire la toilette de mon âme.
  • « Vas-y doucement« . Voilà ce que se répète Julia quand elle est découragée par la tâche. L’inspiration est rarement un éclair, une fulgurance. L’inspiration est une petite lampe régulièrement allumée. Pour créer, il suffit de s’annoncer présent pour la page, la toile, l’instrument.
  • La promenade permet de laisser aller l’esprit. Je reviens de chaque promenade avec des éclats inattendus, nés de mes observations.
    • En écrivant, je développe ma foi. Je m’autorise à demander pour recevoir. Il y a une oreille attentive cachée dans la page. Un jour ou l’autre, la solution apparaît. Elle suit la trace de ma plume pour se présenter à moi quand le temps est venu. Comme Julia Cameron, je demande au Très Vaste : « Mon Dieu, tu t’occupes de la qualité. Je m’occupe de la quantité. »

      L’essentiel
      est que je sois fidèle
      à la plume et à la feuille.
  • Poser chaque jour des gestes simples. La création artistique est humble. De cette manière, j’écarte naturellement la compétition vaine et stérile qui assèche l’élan créateur.
  • Même lorsque le défi est fini, il continue car je peux utiliser partout, à tout instant ces trois outils :

– pages du matin
-promenade-rendez-vous avec l’artiste (temps de détente et de liberté que l’on s’offre à soi-même pour renouveler sa réserve d’images, le puits de son inconscient).
Je suis ma propre source de créativité.
« Éloignez-vous des gourous. Toutes vos réponses se trouvent à l’intérieur de vous » déclare Julia dans l’Épilogue de son ouvrage.

Chaque jour, à l’encre, on peut tracer son chemin.

Géraldine Andrée

L’écriture quotidienne permet de se réapproprier sa vie, d’en être vraiment l’auteur.
Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie

Perce-silence

Cela fait si longtemps que j’écris.
Et soudain, à un instant
que le temps
a choisi,

une réponse
apparaît
dans la neige
de la page,

comme
une première
fleur
qui a persévéré

avec patience
cachée sous
le silence
et voici

que je suis fière
d’intituler
ma feuille
d’aujourd’hui

Perce-silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Le journal de mes autres vies, Le journal des confins

Écrire la nuit

Écrire la nuit au rythme de la musique
des poésies, des récits
et me souvenir de ces longs voyages nocturnes
avec des morceaux d’Enya
qui remplissaient l’habitacle de la voiture.

La route s’éclairait au fur et à mesure que nous avancions
tout comme le mot allume la lueur du mot suivant.
De chaque côté de la vitre, c’était le désert de l’Atlas
et de frêles touffes d’herbes brunes
qui apparaissaient devant les phares.

L’écriture et le voyage ont un point commun :
la confiance en sa propre trace,
quels que soient l’intensité du noir,
la faiblesse de la lampe,
la sécheresse qui menace.

L’écriture me conduit
dans la nuit.

Géraldine Andrée

Publié dans L'alphabet de l'herbe, Poésie

Juste revenir

Juste revenir
sur les mots anciens
et retrouver
tout le sens

qu’ils avaient alors
comme on se replace
en suivant ses propres traces
sur la beauté du chemin

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Journal créatif, Journal de ma résilience

En ces temps où nous pouvons faire peu de choses

En ces temps où nous pouvons faire peu de choses, je bénéficie d’un grand luxe :
celui d’écrire dans mon journal,
et d’être heureuse de le faire,
peu importent les humeurs que j’y confie.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie, Poésie-thérapie

Il se fait tard

Il se fait tard
Alors sur ma page
où se dessine
un chemin à l’encre fine
un rayon de lune
m’accompagne

Géraldine Andrée