Clore
les persiennes
pour garder
la senteur
de ta peau
et là entre
deux ombres
le souvenir
de la lueur
éteinte
depuis une heure
mais qui tremble
encore
sous le souffle
de notre ancienne
étreinte
Géraldine Andrée
Clore
les persiennes
pour garder
la senteur
de ta peau
et là entre
deux ombres
le souvenir
de la lueur
éteinte
depuis une heure
mais qui tremble
encore
sous le souffle
de notre ancienne
étreinte
Géraldine Andrée
Souvent, je me dis :
Il faut que j’écrive
ce que je veux vivre,
donner avec ma plume
de l’élan à ma vérité.
C’est alors
qu’une petite voix
d’enfant
m’interrompt
et me murmure
comme si c’était
un secret
dont je devais
absolument
me rappeler :
Tout est déjà
écrit dans ton coeur !
Géraldine Andrée
Depuis que j’écris mes intentions dans ce cahier rouge, j’ai découvert que ma mission de vie n’était pas de « faire » mais d’ « être ».
Je me suis tant perdue à aider les autres, à me sacrifier pour eux que je veux aujourd’hui me retrouver, me centrer sur moi, profiter de la vie, avoir plus de plaisir, créer ma liberté et ma joie.
Qu’est-ce qui me fait vibrer chaque jour ?
Ecrire dans mes blogs, sur mes cahiers, voir couler l’encre d’un poème de ma main à ma page, lire de la poésie aussi sous la lampe basse d’une fin d’après-midi, découvrir ce roman récemment acheté, me lancer le défi de lire tous les livres que j’ai acquis au cours de ces années et que je n’ai pas encore lus, écouter de la musique, danser, écouter des vidéos de développement personnel, sortir au théâtre, aller à des concerts, manger de bons gâteaux, de la crème au chocolat, me promener, suivre les sentiers étoilés de chants d’oiseaux.
Vivre pour moi car je suis née seule et je repartirai seule.
Être au centre de mon existence en étant consciente de ma respiration et de mes sensations.
Toucher, voir, sentir.
Être sensible à la couleur du jour qui change, au mouvement d’un nuage devant la lune qui tremble comme un voile, au reflet du vin dans le verre, au parfum de l’herbe après la pluie, à la texture d’une peau, d’un tissu, au bercement de l’instant sur une sonate de Chopin.
Cesser d’accomplir à tout prix mais laisser le temps et la vie s’accomplir en moi.
Géraldine Andrée
On se méfie souvent des poèmes simples.
C’est comme si les mots de l’enfance étaient suspects.
On se demande : Qu’est-ce qui se cache ? Quel sens ?
C’est trop facile pour être vrai !
Ce n’est pas normal qu’un poème aille droit au coeur !
Il en est ainsi de la vie dont on peut ressentir l’unique bonheur en ayant seulement les coudes posés sur la table baignée de soleil.
Et, au lieu de se dire qu’aucun instant ne peut être mieux que ça, on se répète :
Allons ! Le bonheur ne peut pas être que ça…
Ce n’est pas possible !
Prenons la vie comme un simple poème.
Y a-t-il besoin de trente-six mots et métaphores avec variété de rythmes savants et de rimes riches
pour dire le chemin de la lumière sur la peau,
ce chemin qui s’écrit sans laisser de trace ?
Y a-t-il besoin de réfléchir profondément pour vivre ?
Faisons d’un simple poème
notre vie
pour que nous puissions nous dire
lorsque le jour rencontre par hasard notre sourire :
C’est bien ça !
Géraldine Andrée
Ton pays ne figure sur aucune carte d’état-major
Aucune pancarte ne l’indique quelle que soit la route
On ne trouve pas de photo de lui sur Google Earth
Et pourtant je sais
son murmure de feuilles vives
le rire de ses cascades qui courent avec la brise
la couleur de sa terre dans la paume
la lumière que des oiseaux aux étranges plumages
annoncent très tôt
C’est comme si j’avais goûté ses fruits
croisé ses animaux sauvages
caressé son rayon de lune sur mon épaule
Pour ton pays nul besoin
d’un ticket de train
ou d’un numéro de porte d’aéroport au petit matin
Ton pays n’a ni tracé ni nom
mais sa langue déborde du silence
de ma chambre
pour me parler de la joie
de m’y rendre
Ton pays est en moi
Géraldine Andrée
Pour réaliser votre livre de Vie, je mets de la vie dans votre livre.
J’y glisse les couleurs, les senteurs, les saveurs, les musiques et les étoffes de la vie que vous avez suivie jusqu’ici.
Je rends si présents vos souvenirs que vous reviennent un chemin, un jardin, un visage, un sourire que vous croyiez avoir oubliés.
Je vous fais rencontrer votre mémoire.
Je donne de la voix à ce que vous portiez en silence.
Et la maison dont vous vous êtes séparé(e), l’aïeul en allé, l’arbre tant aimé se réincarnent dans vos mots.
Vous réalisez que votre livre ainsi écrit rassemble toutes les vies qui ont fait la vôtre !
C’est ainsi que l’on donne de la vie à ce que l’on écrit…
Géraldine Andrée
Mon chemin de vie :
noter tout ce qui passe, les instants présents comme les souvenirs
(ma mère, par exemple, qui parle de sa bicyclette d’adolescente qu’elle jure posséder toujours, de l’enfant qui aurait pu naître et qu’elle voit grandir, de sa malle égarée, des visages et des noms qu’elle sait ressusciter en oubliant qu’ils désignent des défunts)…
La vie n’est qu’une paupière qui s’ouvre puis se ferme.
Rien ne dure et pourtant, l’on retrouve si nettement le quartier de son enfance, l’éclat des après-midi passés dans le jardin et la course de la route !
C’est tout cela que je veux écrire et, comme je ne l’attraperai jamais tout à fait, en garder l’éclat dans la goutte d’encre qui précède le mot, comme la mémoire attrape la lueur de ce papillon qui s’échappe encore
alors que l’on croit l’avoir saisi en plein vol…
Géraldine Andrée
Dans le grand salon de l’Ehpad,
une dame vêtue de blanc
essuyant régulièrement
la bouche de son mari
qui bave
me dit :
« Est-ce que Dieu existe, ici ?
Est-ce qu’il existe
dans les varices,
le handicap,
l’arythmie,
l’amnésie,
l’aphasie ?
Est-ce qu’il existe
dans l’attente
de la prochaine visite ?
Dans les yeux anxieux
de Madame X.
qui fixe
la vitre ?
Pascal a dit
qu’il fallait en faire
le pari.
Si Dieu existe
ici,
alors, tant mieux !
Et s’il a oublié cet endroit,
on n’a rien perdu
d’avoir gardé la foi.
Toute notre vie,
après tout,
on l’a vécue.
Alors, le temps qu’il nous reste,
on peut bien le passer à croire.
Qui sait ?
Peut-être que Dieu
existe déjà
dans le regard
du nouveau venu,
un peu désorienté encore,
mais éclairé par la lampe
de notre table,
ce soir… »
Géraldine Andrée
En pleine guerre mondiale,
sous les salves de la mitraille
à Dunkerque,
mon grand-père maternel
a écrit dans son Journal :
C’est pour mon jardin
que je résiste.
C’est pour les jeunes pousses
qui existent
déjà dans un futur proche
que je survis.
J’ai un jardin à faire fleurir.
C’est pour cela que je me dis :
Ne meurs pas.
Mon grand-père m’a inculqué
la valeur
de croire en un jardin qui dépend uniquement de soi.
Pour moi, c’est le cahier de ce journal
que je tiens comme lui chaque jour
et dans lequel je réécris
ces paroles de foi.
***
Mon grand-père avait une vie très ordinaire :
arrosage des plantes, observation des semis, attente de l’éclosion des tomates.
Dans chaque case du calendrier, il prenait des notes sur la santé du jardin. C’était son journal de vie, en quelque sorte.
Pas d’héroïsme ostensible chez mon grand-père, mais une patience qui se voulait légère, une abnégation joyeuse, une force quotidienne.
Et c’est cet héroïsme anodin, respectant le rythme des fleurs, que je retiens.
Géraldine Andrée
Avant de raconter sa vie en long et en large,
honorer l’accueil du cahier
où l’âme peut s’étendre,
prendre toute la place,
se réchauffer grâce
à la flamme blanche
du papier
sur laquelle les mains s’ouvrent
et que la lampe
met bien en évidence.
Je te remercie, page de ce jour,
de m’accepter inconditionnellement.
Géraldine Andrée