Où se cache
donc
l’aurore
Dans l’étincelle
que te laisse
de chaque
mot
qui sèche
Alors
écris
écris
encore
Géraldine
des opéras au cœur de la nuit et des concerts sous les étoiles ; des villes découvertes au petit matin ; le lever du soleil sur le fleuve du Mississippi ;
un après-midi d’amour dans la chambre bleue qui donne sur le vieux port ; le froissement des voiles et le craquement des mâts dans le vent ; la zébrure scintillante des persiennes sur le mur blanc ;
des tableaux d’étoiles vertes dans l’ombre d’un petit musée ; le silence bourdonnant d’un jardin où entrer ; la balancelle du temps ; la porte d’un poème ;
des pages d’écriture longues comme la vie ; les frôlements d’ailes des idées qui demandent à se déposer au creux de soi pour que l’esprit les voie ; une immense bibliothèque ; un bouquet de fleurs chaque semaine sur la table du salon ;
des visages familiers autour de la petite lampe à pétrole ; les pas aimés sur la terrasse ; le rire d’Alice qui revient de sa promenade ; la perle de lait sur la bouche du nouveau-né ;
la fontaine dont on devine le murmure au début du chemin ; des mots en couleur et des feuilles entrelacées ; des pastels et des soupirs de bonheur ; des parfums acidulés ; des épices ; une vasque au bord de laquelle s’asseoir pour écouter, méditer, respirer ;
de la vivacité ; de la résilience ; de la bonté ; du partage ; la liberté enfin ; la paix que je nomme
Coin d’âme
car je ne crains plus la vague
qui, si je m’avance vers elle,
me hisse sur sa crête
et me fait voler vers son soleil.
Géraldine Andrée
Il me reste, là où je suis,
les titres de mes anciens journaux intimes ; ma force et ma foi en l’aurore ;
des encres de couleur et une page pour chaque jour à venir ; l’envie d’écrire à l’infini ; le goût de l’instant ; mes ressources cachées ; les secrets qui me rendent vivante ;
la contemplation des nuages ; mes cheveux dans le vent ; la lune ronde comme une mère quand je m’endors ; mes joues prêtes à rougir ; une flaque de pluie sur le chemin pour y sauter à pieds joints ; des histoires à raconter ;
la flamme de mon briquet ; des livres autour de ma tasse de thé ; le point incandescent du bâton d’encens ;
les nuits bleues d’un été qui dure dans ma mémoire ; des vacances constellées de sels et de rires ;
une broderie d’enfance ; la recette de la brioche ; le pouvoir de dire Demain ou à plus tard, mais cela viendra, c’est sûr et certain ;
les majuscules de mon prénom dans la lettre de l’amant ; l’expression que j’aime tant, Bien à toi ; les mots que je me destine au petit matin ; le pain chaud du repas partagé avec les amis de mon âme ;
mes yeux pour découvrir de quel pays je viens ; une étoile pailletée à accrocher en haut de ma feuille, juste avant la première ligne et qui cligne pour me dire que j’ai déjà atteint la cime ;
le soleil sur ma main et l’ombre sur le papier ; un poème devenu verger ou un verger devenu poème, qu’importe, puisque j’ai enrubanné le présent avec mon foulard dansant
et l’intention qui précède le rêve,
seulement l’intention
dont l’unique pétale
envoyé par mon souffle
est amplement
suffisant…
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Géraldine Andrée
les pantoufles qui attendent sur le seuil un retour impossible ; les chaussures inutiles puisque là où Ils sont, Ils flottent ; les comptes qui font mal ; les tasses de porcelaine ébréchées ; les assiettes de ces banquets qui ne se sont pas déroulés parce que les invitations n’ont pas été rédigées ; les trois profonds sucriers sans sucre ; les ustensiles où rien ne mijotera pour midi ; le miroir sans visage ; le vieux dictionnaire de médecine dépassé depuis plus d’un siècle ; ce mot doux griffonné, à l’encre presque effacée – « Bien à toi, Bijou » – ; les listes de courses faites depuis longtemps ; les bouteilles de vin oxydées ; la cafetière où a coulé le café de l’ultime matin ; les tickets de paiement pour des biens consommés et disparus ; les pyjamas souillés par l’urine qu’Il ne retenait pas ; les chemises au col élimé ; les vestes qui ont perdu plusieurs boutons ; les oreillers sur lesquels Elle a dormi pendant le tout dernier séjour et qui portent encore l’empreinte de son front ; les draps tachés par le sang des mois vains et la sueur des insomnies ; les couvertures mitées ; les pulls troués ou rétrécis ; les aiguilles à tricoter le temps ; les pelotes de laine emmêlées ; les chaussettes dépareillées ; les gants sans paires ; les tissus pour des robes imaginaires ; les mouchoirs mouillés par tant de sanglots ; les manteaux démodés ; les pendules arrêtées ; les montres dont les aiguilles se sont figées sur l’heure et la minute de l’éternité ; les ampoules aux filaments coupés ; les outils rouillés ; les fils électriques dénudés ; les boules de verre éclatées ; la télévision sans image ; le téléphone qui ne sonnera plus ; les pots de miel et de confiture vides ; les boîtes de conserve périmées ; les poudriers qui essaiment la poussière de leur poudre ; les fards ternis ; les crayons à paupières décapités ou dont la mine est aplatie ; les vases sans eau et sans bouquet ; les répertoires s’ouvrant sur des noms de défunts ; les ordonnances médicales pour des maladies qui ont eu le dernier mot ; les stylos asséchés ; les cahiers jaunis, cornés, froissés, aux pages déchirées, aux feuilles mortes sur leurs secrets inavoués ; les disques de vinyle rayés ; les herbiers si rigides que les plantes se cassent et se détachent en fétus lorsqu’on les feuillette ; les magazines qui ont cessé d’être d’actualité ; le tapis persan effiloché ; tous les contes de l’enfance ; tous ces merveilleux mensonges – « Le Père Noël viendra avec sa grande hotte« – ; ce fatras de désillusions et de regrets ; les poupées dans leur cercueil cartonné ; les jeux de cartes qui n’annoncent nul avenir ; les albums photos où l’on ne se reconnaît décidément pas, bien que l’on persiste à vous dire mais-si-c’est-toi-allons ; les dessins ratés ; les agendas aux rendez-vous manqués et aux projets avortés ; les non-dits ; les sentiments refoulés ; les amours trahies ; les déclarations oubliées ; les promesses non tenues ; la colère ravalée ; la solitude ignorée ; les poèmes écrits dans un coin et délaissés ; un peu des autres et un peu de soi ; l’enfant feu parce qu’il faut bien grandir et surtout, comment on se voyait dans les yeux de ceux qui ne nous voyaient pas, si pauvre, si dénué de son âme alors que l’âme a toujours été présente dans la chambre du silence
Il faut jeter le désir que tout soit comme avant
parce que l’on n’éclaire pas sa vie avec des cendres.
Et toi, que souhaites-tu jeter en ce début d’année pour te renouveler, te retrouver ?
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Géraldine Andrée
C’est un beau matin de vacances.
Sur le sentier de mon carnet,
qui vois-je soudain apparaître ?
Une petite fille qui me ressemble
trait pour trait :
l’écriture.
Elle me prend par la main
et m’emmène,
aussi légère qu’une plume :
Viens ! Allons jouer !
Ensemble,
nous sautons dans des flaques
d’encre et qu’importe
l’éclaboussure
du mot qui nous regarde
passer…
Nous enjambons une ligne interdite
pour nous ébattre
dans l’espace blanc d’une plage unique :
la page.
Nous courons vers une aile
aussi frêle qu’une majuscule
et qui virevolte
pour ne pas se laisser attraper.
L’écriture me dit en riant :
J’ai une nouvelle idée !
Vois-tu cette phrase là-bas ?
Si nous allions danser !
Et nous voici les cavalières
de cette vague
qui nous emporte
si vite
sur sa crête
que nous perdons haleine…
Temps, prête-nous
la virgule de l’un de tes instants
pour que nous puissions reprendre
notre souffle !
C’est ainsi
que nous nous approchons
de l’infini,
en dépassant les lisières
d’un rivage
bien trop connu
– notre esprit -,
et que nous pouvons enfin
nous étendre,
nous reposer,
étoiles
sur le courant,
juste avant de voguer
un peu plus loin,
moi confondue
avec Elle,
l’écriture,
ma fillette…
Nos deux rêves
mêlés
ne forment plus
qu’un point
minuscule
au large…
L’océan
nous happe,
nous fait
ondoyer,
basculer,
tournoyer,
disparaître…
En nous effaçant,
enlacées
dans notre liberté,
nous avons renversé
l’encrier
et la page
est devenue
Ciel.
Géraldine Andrée
Et vous, comment vivez-vous vos expériences d’écriture, de peinture, de composition – de création en général ? Votre créativité est-elle mouvement ou immobilité ? Contrôle ou lâcher prise ? Humilité ou grandeur ?
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Quand je rêve de ma mère,
elle est plus vivante que lorsqu’elle était en vie.
Elle marche, joyeuse et légère, sans sa canne.
Elle danse avec le soleil,
redevenue une jeune fille
dans son débardeur arc-en-ciel.
Et quand je me réveille,
je veux écrire ce rêve
aussi fidèlement que je l’ai vécu
dans la nuit :
chercher le mot juste,
la métaphore qui sied à ma mère
comme les robes qu’elle cousait.
Aussi, je barre, je rature, je réécris
chaque phrase qui parle d’elle.
Lorsque j’enlève un paragraphe
ou une strophe,
ma mère disparaît
avant de réapparaître de plus belle…
Et je cours avec ma plume
pour attraper le mot,
capter l’étincelle
afin que tous les deux,
ils se rencontrent
et se confondent
aux yeux du monde
futur.
La journée passe si vite
à écrire
que j’en oublie l’absence,
la lumière qui se penche
sur mon front
et l’embrasse
en me disant
dans le plus intime
silence :
Mon enfant,
il est temps
d’aller dormir.
Tu continueras
demain.
Telle est peut-être
la magie de l’écriture :
trouver
dans le ciel du papier
la formule secrète
qui permet
d’effacer la mort.
Géraldine
Mon plus cher présent de Noël,
Retrouver le journal bleu
que j’avais cru
pendant si longtemps
perdu,
découvrir
l’incandescence
de mes pages
secrètes
et me demander
avec une éclatante
lucidité :
Comment
ai-je pu oublier
en vivant
jusqu’Ici
tout ce que j’ai écrit ?
Géraldine
Récemment, une amie m’a dit :
– Je confie tous mes problèmes à mon cahier ! Oh ! Ce n’est pas grand-chose ! Ce n’est rien qu’un cahier…
Rien qu’un cahier…
Comme je te comprends !
Un cahier qui prouve, finalement, que tu n’as pas d’interlocuteur fiable, d’ami fidèle et compréhensif, de confident loyal. Tu n’as personne à qui parler. Alors, tu écris dans ton cahier.
Mais ce cahier est Tout, en vérité.
Je ne disserterai pas ici sur le fait que les vrais amis sont très rares… Quant à la famille, elle est susceptible, elle aussi, de te trahir ou, tout simplement, de ne pas être à la hauteur de l’idéal que tu te fais d’elle.
Alors, crois-moi, tu peux compter sur la présence de ton cahier :
Voilà. Même si tu ne peux converser avec le monde, TU EXISTES.
Tel un oiseau, tu donnes ta puissance à ta plume et tu prends toute ton expansion rien que dans un cahier, que tu peux nommer Recueil de ma vie car il est l’ami qui se recueille sur tout ce que tu lui confies.
Géraldine Andrée