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Photographie des mots

Mon appareil photo est tombé en panne pour ma promenade.
J’ai alors emporté par dépit un carnet de notes.
Et, en chemin, au lieu d’inscrire en guise de laconique légende
en-dessous du cliché
« Arbre »,
ce que je faisais par confortable
habitude,
donnant plus d’importance
– je l’avoue –
à la photo qu’aux mots,
j’ai écrit au centre
d’un feuillet blanc
« Cathédrale de feuilles ».
Et je suis rentrée à la fin du jour,
riche
de cette image.

Géraldine Andrée

Chaque mot est un regard.
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Un seul mot

Dans un recueil
de poèmes
de Chine
je cherche

avant le sommeil
un seul
mot
qui me fasse signe

plus que tout
autre
et c’est
Émeraude

qui accroche
des étincelles
de feuilles
au silence

de ma chambre
enclose
comme si c’était
une tonnelle

depuis celle
où se repose
le poète
de la dynastie Min

Han Wo
après avoir fait
du ciel jaune
de son parchemin

le messager
d’un poème
de cinq lignes
dont voici

la fin ultime
Je m’endors
sous la tonnelle de roses rouges
près des bananiers émeraude

Géraldine Andrée

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Tant pis

Tant pis si je n’y suis pas encore arrivée :
au moins ai-je posé le premier mot sur la page, le premier pas sur le chemin…
Et tant pis si ce chemin est encore long :
au moins ai-je connaissance de la destination…
Et tant pis si la destination me paraît bien lointaine :
au moins puis-je préparer un bagage pour savourer mon voyage…
Et tant pis si le temps de ce voyage dure une vie :
au moins sais-je profiter de chaque instant présent qui le compose…
Et tant pis si toute ma vie est dirigée par ce désir :
au moins aurai-je appris à déployer la voilure nécessaire à ma réussite…
Au pire, tant pis si je n’ai toujours pas réussi
car je me donne l’opportunité de rêver encore plus haut !
Alors, tant mieux
que ce soit tant pis :
ce qui me semble inaccessible aujourd’hui
possède l’éclat de l’astre
qui guide mes yeux
quand il fait trop nuit…

Géraldine Andrée

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Un poème de la Chine ancienne

Un poème
de la Chine ancienne
me fait entendre
dans la chambre

le chant
de la pluie fraîche,
une pluie qui date
d’un millénaire

et qui déverse
toutes ses notes
sous ma lampe,
de telle sorte

que le silence
de cette nuit
crépite
comme une brindille

sur le sentier
que le poème
de l’an mil
me dessine

depuis jadis
– ce temps
où n’étant moi-même
que silence,

j’ignorais tout
de l’existence
des poèmes
et de la pluie…

Géraldine Andrée

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La page blanche

J’aime
la page blanche
car je me demande
ce qu’elle s’apprête

à me révéler
si j’avance
en toute
confiance

et si je disperse
par ma trace
sa vierge
présence :

quelle pervenche,
quelle souche
quelle racine
peuvent apparaître ?

Peut-être
qu’elle cache
quelques
graines

pour les futures
semences…
Alors,
je prends note

des possibles
de la page
blanche
et j’en fais un poème

pour le jour
où je sentirai
que l’inspiration
est absente.

Géraldine Andrée

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Le silence

Le silence
est un ami
de longue
route
qui me montre
du doigt
le bourdonnement
de la rose
quand une abeille
se pose,
la note
de l’oiseau
enfui
entre les feuilles,
le crépitement
de la bulle
à fleur d’eau,
le sifflement
du fétu
que le rire
de la brise
mêle
à la larme
de l’oeil,
le chuchotement
de l’herbe
haute
dès qu’un pas
vient
puis s’en retourne,
et surtout
mon souffle
qu’il me désigne
par ce simple signe
de ma main
qui se lève
juste
devant mes lèvres :
« Chut !
Écoute ! »

Géraldine Andrée

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Sortir de sa zone de confort

Beaucoup de coachs en développement personnel et de thérapeutes disent que, pour progresser, il faut sortir de sa zone de confort.

Cette expression engendre automatiquement un sentiment de peur. Qu’y a-t-il de plus angoissant que de se jeter comme cela, dans l’inconnu, sans parachute ?

Et si cette expression était mal comprise ?

Pour progresser, on doit, certes, sortir de sa zone de confort, mais tout en douceur, progressivement justement, sans réveiller les phobies de l’enfant intérieur.

Sortir de sa zone de confort, ce peut être

*Modifier son rituel matinal : au lieu de se lever machinalement pour accomplir ses activités quotidiennes, se réveiller en conscience, écrire « ses pages du matin« 1 pour trouver son chemin d’âme, l’âme de son chemin ; faire quelques exercices d’assouplissement en musique ; méditer ; lire pendant dix minutes un livre de psychologie positive
*Aller au travail à pied plutôt qu’en voiture ou en transport en commun
*Parler à ce nouveau collègue qui vient d’arriver
*Manger son sandwich sous un arbre plutôt que de déjeuner dans une cantine bruyante
*Remplacer ses trois tasses de café par du yoggi tea
*Goûter à seize heures quelques figues ou amandes au lieu des classiques viennoiseries bourratives

Le soir, on se sentira enrichi sans avoir beaucoup dépensé et sans être allé très loin car chaque petite chose a un pouvoir de métamorphose.

Ce peut être aussi

*Déplacer sa chaise pour modifier son regard, son angle de perspective de là où l’on est
*Répondre à cette annonce qui attend sur le bureau
*Renvoyer cet article endommagé alors que l’on préférerait tout bonnement le jeter
*Ébaucher un dessin, un haïku dans son carnet
*Créer un blog qui correspond à nos envies, nos projets
*Préparer, crayon à la main, son prochain voyage

La liste est infinie…

Sortir de sa zone de confort, c’est surtout se lancer des défis mesurés dans un cadre familier ; à petits pas, avancer ; poursuivre son grand projet de changement au quotidien ; avoir foi à chaque seconde en sa transformation ; apprendre à être patient dans ses accomplissements ; découvrir les bienfaits de l’humilité tout en jouissant de ce que nous propose la vie – ici et maintenant.

On peut se préparer chez soi, étape par étape, à un départ qui est d’abord psychologique.

Ne sortons-nous pas de notre zone de confort, actuellement, alors que, paradoxalement, nous devons demeurer à la maison ?

Ce confinement nous invite, dans notre cadre ordinaire, à la créativité, à l’introspection, à la découverte de ressources intérieures insoupçonnées, à la lenteur et au silence, nous qui étions si peu habitués…

Aussi, je vous souhaite beaucoup de douceur et de bienveillance envers vous-même lorsque vous sortez de votre zone de confort !

Et surtout, n’oubliez pas de prendre votre enfant intérieur par la main pour lui montrer qu’à deux, vous pouvez changer… sans danger !

Géraldine Andrée

1 Julia Cameron, Libérez votre créativité : osez dire oui à la vie ! Collection Aventure secrète, 2007

La technique des pages du matin, préconisée par Julia Cameron, consiste à écrire trois pleines pages au lever, à noter sans inhibition toutes ses pensées pour commencer sa journée, libéré de ce qui parasite notre entrain. C’est une sorte de méditation active, qui correspond à la culture occidentale.