Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Si présente est ton absence

Ta présence : la vérité d’un songe

Si présente est ton absence
Je ne cesse de t’entendre
comme à travers un drap
et de te voir
comme dans un lac

Tu me souris
et il n’y a que moi pour te répondre
Ensemble
nous sommes seuls au monde
et cela m’est suffisant

Le temps a le mérite
de ne plus te faire vieillir
Tu es vêtu de ton éternel
manteau rouge
et de ton pantalon de velours

Les mains dans les poches
tu te tiens
un peu voûté
à l’embrasure
de la porte

Tu n’entreras pas
même si ta chaise
est libre
car plus personne
ne t’attend

Tu habites l’espace
à la manière d’un songe
et pourtant
je retrouve
ton grain de beauté

incarnat
au bord
de la bouche
Tu t’es incarné
dans ta mort

et qu’importe
que plus rien
de toi
ne se retienne
ni ne se touche

pas un doigt
pas un morceau de vêtement
pas un cheveu
qui frise encore sur ta tempe
tu es là

Elle est à jamais
si intense
ta présence
Tu vis
davantage

pour moi
que tous les vivants
réunis
et le silence 
porte

ta voix
jusqu’à ma chambre
au-dessus
des éclats
de rire

d’en-bas

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

Tu veux écrire parce que le temps passe.

Tu veux écrire parce que le temps passe et qu’il te faut garder un souvenir de ce que tu as vécu : l’enfance, le murmure des sous-bois dans le vent, le regard du premier amant, la famille réunie dans le jardin juste avant que l’aïeule ne s’éloigne.

Mais l’encre, c’est le temps. Les mots sont des secondes. Assise, tu ne peux ignorer que le mouvement de ta plume t’emmène toujours vers l’instant suivant.

Phrase après phrase, tu vieillis.

Et si tu atteins déjà minuit, c’est parce que le temps passe trop vite quand tu écris.

Mais peut-être qu’un jour, l’heure de chance sonnera. Quelqu’un trouvera l’un de tes cahiers, parmi tous ceux dispersés lors des déménagements.

Quelqu’un que tu ne connais pas encore, un ami, un petit-enfant prendra le temps à rebours en tournant les pages.

Et il reviendra vers les longs cheveux de l’enfance,  le bercement des sous-bois, la peau de l’amant, la joie du jardin, le sourire de l’aïeule – tout ce qui fut éphémère car trop vite vécu, tout ce que la volonté de mémoire des mots ne réussira jamais à ressusciter complètement.

Quelqu’un qui se voudra fidèle à ton espoir initial suivra à son rythme le fil de l’encre,

s’arrêtera puis continuera le chemin, toujours plus proche de ce que tu souhaitais revivre.

Et lorsque le temps sera venu de refermer le cahier, ton lecteur te dira, à toi peut-être disparue :

Bien sûr que cela fut.

Puissance de ce temps du verbe « être » au passé

qui  contient en une syllabe toute l’éternité.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Je pour Tous, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Créavie : C’est ma vie 1

C’est ma vie. Je veux en faire une oeuvre de Beauté, de Bonté, de Vérité.

Noble tâche !

Mais il y a les aléas, les tracas, les embûches, les obstacles. Les velléités. De moi et des autres. Parfois la boue, les sanglots, les larmes, le découragement.

Alors, il me faut franchir les obstacles, continuer la route, contourner les pièges – avancer, même si mes pieds se sont blessés dans les ornières. Qu’importe la trace de mes pas. Seul compte le prochain pas que je vais faire.

C’est ma vie. Je l’écris chaque jour.

Mes choix, mes acceptations, mes refus, mon libre arbitre lui donnent une ligne directrice que j’essaie de suivre aussi sur mes pages du matin.

Je fais signe à l’Univers au milieu de l’océan blanc de mon cahier :

Je suis là ! Tu me vois ?

C’est ma vie.

Et je suppose que, vus d’en haut, mes mots sont de minuscules points bleus, de frêles feux que je lance pour être reconnue par Dieu.

C’est ma vie.

Beaucoup m’ont dit dans mon enfance :

C’est ta vie. T’en fais ce que t’en veux.

Ce n’est pas vrai.

On ne fait pas ce qu’on veut de sa vie. Croire le contraire est une illusion dangereuse.

Il y a les déviations, les ralentissements, les accélérations, les bifurcations, les priorités, les croisées de chemin sans aucune indication.

Les rencontres que je n’aurais pas dû faire, les aveuglements, les fausses amours, les trahisons, les erreurs d’étourderie – ou plutôt d’insouciance.

J’apprends, j’hésite, je trébuche, je tâtonne, je rectifie.

Certes, je suis l’auteure de ma vie mais il y a beaucoup de ratures, de changements, de brouillons, de recommencements.

Autant de signes que le manuscrit est bon, me dit l’éditeur.

C’est ma vie de Vérité. C’est la Vérité de ma vie, cette trouvaille que, plus on ajuste, plus on est dans le Juste pour soi.

Tant pis si je ne connais pas toutes les vérités.

L’essentiel est que je vive comme j’écris : avec sincérité.

Et que tous mes ratés en soient la preuve.

C’est ma vie, à chaque jour un peu plus neuve.

 

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Chanson, Créavie, Méditations pour un rêve, Poésie

L’instant poétique

Il est des mots qui n’ont nul besoin d’être écrits.

Ils déposent leur trace sur le chemin de l’âme grâce au souffle qui les met au monde.

Ces mots sont 
Lumière, Vérité,
Beauté, Foi,
Enfance.

Ils sont à la fois
le message et la lampe.

Il est des mots qui signent un sourire.

A travers eux, tu contemples
ce qui doit advenir
dans l’unique
compréhension du silence.

Géraldine Andrée