
Laura m’a dit que l’écriture venait de la rosée.
Mais lorsque les premiers mots brillent à l’aube
Sur la feuille devant moi,
Je crois
Que la rosée
Vient de l’écriture.
Géraldine Andrée

Laura m’a dit que l’écriture venait de la rosée.
Mais lorsque les premiers mots brillent à l’aube
Sur la feuille devant moi,
Je crois
Que la rosée
Vient de l’écriture.
Géraldine Andrée

Je me souviens
De cet oiseau
Qui s’était fracassé
En plein vol
Contre la fenêtre
De la véranda
De mon enfance
Et qui était retombé
La nuque raide
Sur la pierre
Avec mon cahier
J’entrouvre ses ailes
Avec mon encre
J’efface le sang
De sa gorge
Avec ma feuille
A4
Je lui redonne
Une place
Sur l’arbre
Avec ma phrase
Je fais couler
Son chant
Vers l’infini
Depuis l’embouchure
De son bec
Avec ma plume
Je lui offre
Le ciel
L’oiseau n’est pas mort
Il s’est envolé
Dans les mots
Géraldine Andrée
Recommence
Donne-toi encore une chance
Recommence sur une feuille vierge
même au milieu du carnet
Taille la pointe de ton crayon
Dessine une majuscule
rien qu’une
puis dépose le premier mot
parmi les copeaux
Et s’entrouvre le chemin
parsemé de minuscules brindilles
qui crépitent
comme de petites flammes
nouvellement nées
N’attends pas un quelconque signe du destin
une approbation du voisin
une amélioration du monde
Tourne la page
gâchée inachevée ou trop remplie
Fais de ce matin
toute une vie
Fais de l’endroit où tu es
à l’angle d’une table
entre les miettes
ton lieu unique
celui qui te permettra d’advenir
car n’oublie pas
l’eau ensemence la terre
par les moindres interstices
Recommence
Tôt ou tard
il est toujours temps
il n’y a pas d’âge
pour rencontrer ton sourire
qui t’attend
de l’autre côté
La carte que tu as tirée
est bien la bonne
Alors recommence
Géraldine
En cette année qui se termine,
ma mère est devenue un livre
et sa voix, l’écriture elle-même.
Son corps s’est réincarné en œuvre,
son souffle en feuille.
Encre est son sang.
Poème est son déhanchement.
Maintenant, elle ne quittera plus la table.
Toutes ses épreuves et les miennes
ont laissé la place aux épreuves d’un roman.
Quand je tiendrai entre mes mains
en dix exemplaires
Le Regard de ma mère,
juste après les Fêtes,
je serai certaine
de la métamorphose de son regard
en une galaxie d’iris bleus.
Mes mots ?
Ce sont ses quatre-vingt-dix-mille yeux
qui me regardent vivre.
Dieu sait qu’à la fin du travail,
je me suis sentie nue.
Mais j’ai vite revêtu
une robe
que j’ai créée moi-même,
en relisant le récit de sa vie de couturière,
une robe dont chaque maille
est une lettre ourlée de boucles,
de roses d’encre,
de lignes de dentelle,
et dont après chaque point,
une nouvelle phrase
s’étire.
Cette robe me va à ravir
car elle s’élargit
au rythme de mes désirs
et elle me laisse enfin libre
de révéler qui je suis,
sans me dévoiler tout à fait.
Géraldine Andrée
Je digère le seuil de la chambre de jadis
Je digère le tapis de Perse
qui ne gardera pas trace de mon retour
Je digère la couverture fleurie
Je digère les ombres qui envahissent la fenêtre
Je digère la petite table d’acajou
Je digère la chaise d’osier haute comme trois pommes
Je digère la lampe au rayon roux
Je digère le miroir qui me reconnaît si je lui souris
Je digère le papillon de ma barrette
Je digère la montre que papa m’a offerte – corolle d’or du temps qu’il me reste
Je digère deux feuilles épaisses
Je digère les mots qui ont mariné dans leur encre onctueuse
et j’en laisse quelques miettes
à l’oiseau du silence
qui m’épie
avec envie
J’avais tellement faim
que dans ma boulimie de poésie
j’ai avalé la moindre lettre
vilaine ogresse
de mes rêves
qui prennent chair
sur le papier
Maintenant
mon cahier
est une assiette blanche
que je ne peux m’autoriser
à lécher
parce qu’on m’a dit
que c’était impoli
même si je suis
ma seule invitée
Alors je dresse la table
pour demain
Je place un autre cahier
tout au centre
à gauche un crayon de papier
à droite mon stylo plume brun
d’où sourd toujours une goutte noire
et en face
un encrier
pour la soif
si jamais mes larmes
sont un tantinet
trop salées
©Géraldine Andrée

Une astrologue énergéticienne m’a dit, un jour, que le chiffre 5 serait toujours une date-clé dans mon existence. Elle ne s’est pas trompée. Le Regard de ma mère est né après 9 mois de grossesse – fruit d’une écriture quotidienne durant tout l’été. La nuit précédant la parution de mon livre, j’ai rêvé d’un ventre bien rond. Moi qui me définis, en tant que biographe privée pour autrui et biographe familiale, comme « accoucheuse d’âme dans un livre de vie », j’ai accouché de l’âme de ma mère, et plus précisément de sa mémoire. Comme cela arrive souvent aux filles, je suis devenue une mère pour ma mère, c’est-à-dire dépositaire de sa mémoire et de son regard – les deux étant étroitement enlacés dans les pages de ce roman.
Dans la pénombre d’une chambre d’hôpital, une fille tient la main de sa mère mourante de la maladie d’Alzheimer.
Cette main qui a épluché les légumes, pétri la pâte, repassé le linge ; cette main qui, parfois, l’a aussi corrigé.
En la serrant une dernière fois, Géraldine entreprend un voyage singulier : remonter le fil du temps pour habiter le regard de celle qui l’a mise au monde.
De la campagne lorraine des années 1940 aux couloirs silencieux de l’Ehpad, ce récit tisse trois vies en une seule trame. Celle de Gisèle enfant, cueillant les mirabelles dans le verger familial de Chaudeney avant que la poliomyélite ne marque à jamais sa démarche. Celle de la mère exigeante et aimante, héritière des gestes ancestraux et des silences de femmes. Et celle de la fille, moderne et pressée, qui découvre enfin, par l’écriture, le chemin vers une réconciliation impossible de leur vivant.
Le Regard de ma mère est une ode lumineuse à la transmission féminine, un adieu qui devient renaissance. Géraldine Andrée y déploie une prose sensuelle et délicate, où le parfum des confitures de mirabelles se mêle à la douleur du deuil, où chaque souvenir restitué devient un acte d’amour.
Un livre sur ce que nous devons à celles qui nous précèdent et sur la grâce d’accepter enfin de voir le monde à travers leurs yeux.
« À présent que ses lèvres ne laissent plus échapper un mot, je suis son histoire. À présent que ses yeux sont clos, je suis son regard. »
.
Où trouver le livre ?
Disponible dès aujourd’hui dans toutes les bonnes librairies.
J’écris, c’est-à-dire que je redonne une voix à tous les êtres que les coups de la vie ont réduits au silence.
Parce qu’il y a toujours un regard à reconnaître derrière chaque mot.
Géraldine Andrée
La nuit, tu peux partir loin,
loin des régiments, des règlements, des jugements.
La nuit est en elle-même
un voyage.
Souviens-toi.
Oui.
La route dans la nuit.
De part et d’autre,
le sable brillant
comme du mica sous la lune,
des points d’herbe jaunie
que désignent
les yeux des étoiles.
Visions fugaces,
si vite évanouies
mais que tu gardes sur la rétine,
tel un signe
qui te guide.
Et dans tout l’habitacle,
la playlist d’Enya
– Celts, Aniron, Paint the sky with stars -,
infinie.
Combien de temps durera le voyage ?
Comment savoir ?
Le temps ne signifie rien,
car seul importe ce fragment de route
qu’éclairent les phares,
pour cette seconde,
cet instant
seulement.
Tu ne vois la route qu’en la traçant.
La destination ?
On verra plus tard.
Voici le ruban du voyage,
déroulé d’une lueur
à un accord,
d’une note
à un silence,
avant que le morceau
ne reprenne
sur la plage trois.
La nuit est un temps
dans l’espace,
un espace
dans le temps.
Nous arrivons à la baie
quand
l’aurore se répand
dans le ciel
comme un encrier
d’enfant.
Perclus de fatigue,
ivres de route,
d’inconnu,
de musique.
Étourdis par le ronronnement
du moteur
qui s’arrête soudain.
Perdus,
un peu étonnés
d’être au bon endroit.
Figés
dans un vertige
qui continue
à nous faire
tanguer
à travers
sa spirale.
Chancelants
comme si nous nous trouvions
au bord du vide.
Devant nous,
la marina,
immense
corolle blanche
épanouie
sur la taie
de l’azur.
La visière
de nos mains
sur nos paupières,
éblouis
par le dard du soleil
déjà vif,
nous croyons rêver
ce paysage.
Mais la mer est bel
et bien là,
bordée
de part et d’autre
de terrasses blanches,
dans le silence
translucide
du ciel.
Et notre voyage de nuit ?
Il n’est plus qu’une ligne temporelle
qui tremble
et qui s’efface
au loin.
Peut-être est-ce depuis
ce long voyage
que j’ai pris l’habitude
d’écrire de nuit.
Parce que je sais,
seule, à bord
de mon cahier d’or
qu’un mot,
parfois,
me sépare
de l’infini.
Géraldine Andrée
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Le 05 décembre 2025, est paru aux éditions Advixo le livreLe Regard de ma mère, qui croise la biographie de ma mère avec mon autobiographie.

« Dans la pénombre d’une chambre d’hôpital, une fille tient la main de sa mère mourante de la maladie d’Alzheimer.
Cette main qui a épluché les légumes, pétri la pâte, repassé le linge ; cette main qui, parfois, l’a aussi corrigé.
En la serrant une dernière fois, Géraldine entreprend un voyage singulier : remonter le fil du temps pour habiter le regard de celle qui l’a mise au monde.
De la campagne lorraine des années 1940 aux couloirs silencieux de l’Ehpad, ce récit tisse trois vies en une seule trame. Celle de Gisèle enfant, cueillant les mirabelles dans le verger familial de Chaudeney avant que la poliomyélite ne marque à jamais sa démarche. Celle de la mère exigeante et aimante, héritière des gestes ancestraux et des silences de femmes. Et celle de la fille, moderne et pressée, qui découvre enfin, par l’écriture, le chemin vers une réconciliation impossible de leur vivant. »
J’ai écrit ce récit pendant tout l’été 2025, à l’ombre de mes volets clos, les jours de grande chaleur et d’orage.
J’ai repris une partie du journal que j’ai tenu en automne 2023, lors du départ de ma mère pour sa traversée vers une rive inconnue.
J’ai pu constater que beaucoup de notations sensorielles et émotionnelles que j’avais notées en vrac, au milieu de l’étendue de mon chagrin, s’étaient transformées, précisées, métabolisées dans mon âme, avec le temps, pour devenir de véritables pages de roman.
Le thème principal du roman est la communication – et pourquoi pas, la communion – réparatrice qui transcende l’indicible de la maladie de l’oubli, et les non-dits dans la relation entre une fille et sa mère, tout au long de leurs vies respectives.
Que devient une fille que la vie invite à être une mère pour sa mère ?
Que devient une mère que la vie finissante incite à être une fille pour sa fille ?
Tout au long des pages, s’entrelacent l’ici et l’ailleurs, le présent et le passé, les herbiers et les bouquets d’algues de l’enfance.
Des vergers de mirabelles au lit de la maladie, de la joie au déchirement, de la ferme en peine campagne à un appartement citadin, de la nature à la sidérurgie…
Le livreLe Regard de ma mère est un voyage à travers ce pays que fut le bleu clair des yeux de ma mère. L’écriture m’a permis de comprendre toute une époque à travers son regard. Notre condition de femme a-t-elle tellement changé ? Une chose est sûre : celles qui nous précèdent ont tracé notre chemin. L’écriture rend hommage à cette trace et disperse le sable de l’oubli qui tend à la recouvrir.
Écrire parce que tout passe…
Écrire pour que rien ne s’efface…
Je pense que le plus grave n’est pas l’oubli dont ont souffert nos proches que la maladie d’Alzheimer a emportés.
Je pense que le plus grave est l’oubli de notre part de nos proches que la mort a emportés.
Puisque nous n’avons pas pu leur rendre la mémoire, l’écriture nous permet d’être leur mémoire.
« Le Regard de ma mère est une ode lumineuse à la transmission féminine, un adieu qui devient renaissance. Géraldine Andrée y déploie une prose sensuelle et délicate, où le parfum des confitures de mirabelles se mêle à la douleur du deuil, où chaque souvenir restitué devient un acte d’amour.
Un livre sur ce que nous devons à celles qui nous précèdent et sur la grâce d’accepter enfin de voir le monde à travers leurs yeux. »
« À présent que ses lèvres ne laissent plus échapper un mot, je suis son histoire. À présent que ses yeux sont clos, je suis son regard. »
Cet article donne lieu à une page Écrire pour se souvenir : l’héritage féminin
qui sera enrichie au fil du temps d’histoires de rencontres, de dédicaces.
Le livre est disponible en version broché sur le site de l’éditeur et en e-book sur des sites comme Amazon, la Fnac, avant de paraître dans toutes les bonnes librairies.
À bientôt,
À la fenêtre des mots !
Géraldine Andrée

« La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature. »
Marcel Proust
Elle ouvre le cahier bleu.
Le referme.
L’ouvre encore.
Claque les anneaux
des spirales.
Glisse son doigt
entre deux feuilles
parce qu’elle sait
qu’il est là.
Alors, elle le retrouve.
Elle peut soutenir
son profond regard
d’encre noire.
Lui le sien,
tout bleu.
Il lui vient
le désir brutal,
insolent,
pulsatile
de traverser la ville
pour le présenter
à son amant
qui doit sûrement
dîner
avec sa femme,
à l’heure
qu’il est.
Sonner
de manière
stridente
sur le palier
et le lui tendre
au cœur
de ses mains
ouvertes
pour lui dire :
Vois, comme je t’aime !
Mais est-il parfait ?
Quand elle le regarde
d’un peu plus près,
il claudique un peu
avec ce pied plus court
que l’autre.
Il se penche
même
vers l’autre
côté,
là où brille
le fil
ténu
de la lumière
de la lampe,
comme pour
se rattraper
à l’instant
final.
Ce déhanchement
est bien étrange.
À chaque souffle,
elle croit
qu’il va basculer
par-dessus
bord
puis s’effacer
dans la nuit,
se confondre
avec les pancartes
signalétiques
du quartier,
et de toute
la ville.
En même temps,
il lui semble
qu’il est prêt
à l’emmener
faire un simple
pas
de côté,
Ô pas très loin,
peut-être au-delà
du mur
mitoyen,
et c’est tout !
Alors, elle se dit
que, non, décidément,
elle restera
chez elle,
car elle n’a rien à offrir
à l’amant
trop lointain,
trop occupé,
trop pris,
trop marié
pour l’inviter
à danser.
Désormais
la voilà
prête
à détacher
cette feuille
de l’amarre
solide
du cahier
et à faire
de son poème
son cavalier
pour ce soir
et tous les autres
soirs.
Et, en signe
d’acceptation,
elle glisse
son doigt
dans le premier anneau
d’argent,
celui qui est
devant
son cœur,
pour valser
avec le mot
Demain.
Géraldine Andrée

J’écris,
tu écris,
nous écrivons,
c’est-à-dire
que tous nos pays
intérieurs
se touchent,
se relient,
parfois même
se confondent,
pour dessiner
un immense
continent
sur la carte
du monde
à venir.
Géraldine Andrée