Pour voyager cet été,
le ciel du papier
que traverse une plume
peut suffire…
Géraldine Andrée
Pour voyager cet été,
le ciel du papier
que traverse une plume
peut suffire…
Géraldine Andrée
Écrire de la poésie, c’est découvrir l’amour inconditionnel.
Un mot est là, qui nous déplaît. On voudrait le changer, le remplacer par un synonyme plus éclatant, moins banal car ce mot nous paraît trop simple.
Mais c’est ainsi : même si on le barre, il revient car la nouvelle version du poème est moins émouvante que l’ancienne.
Le poème ne veut pas se laisser corriger pour satisfaire notre ego.
On ne peut retoucher certains traits d’un portrait sans en effacer définitivement le naturel.
Le poème est un visage qui nous regarde tels que nous sommes et qui nous dit:
Regardez-moi ! Regardez ce que je suis pour vous !
Regardez qui vous êtes à travers moi !
Géraldine Andrée
Écrire
Quitter la rive
des habitudes des pensées trop connues des sentiments maintes fois éprouvés
Se laisser porter
par le blanc devant soi
Lâcher prise
en dédiant son âme au courant
Cesser d’avoir raison
pour découvrir sa raison d’être
Offrir son souffle
à la feuille devenue immense
Apprivoiser la force océane
d’un seul mot
Embrasser l’infini
une fois la marge franchie
et approcher
instant après instant
des feux
qui brillent là-bas
des étoiles
qui attendent le regard
Faire l’expérience
du silence
qui crépite
tout au bord
de l’autre rive
Géraldine Andrée
Hélas !
La fontaine est sèche,
depuis le temps
que le jardin est fermé !
Elle n’est plus
que pierres empilées
sous lesquelles
grouillent
des fourmis
rouges
qui transportent
des brindilles !
La prière
de mon cœur
n’a pas la force
nécessaire
pour faire jaillir
son eau
dans la lumière.
Alors, avec mon crayon,
je trace
d’un trait
le contour
de sa vasque
et en guise
de jet,
je compose
un svelte
poème
qui tombe
dans le cercle
puis s’élance
vers le ciel
blanc
du papier.
Voilà.
J’ai ressuscité
dans le plus grand
silence
le chant
de la fontaine
oubliée.
Géraldine Andrée
Dans l’étincelle
d’un point,
perle
le mot
de la phrase
suivante.
Géraldine Andrée
Lorsque tu écris,
tu retrouves
le fil de la vie
autour de la quenouille
du temps
et c’est ainsi
qu’en le dévidant
doucement,
avec toute
ta patience,
tu dessines
le sentier
qui te ramène
au sourire
ultime,
tu rallumes
le feu
des fleurs
dans la chambre
des amants,
tu relances
le cœur
des belles heures
au rythme
d’or
d’un poème
– cette horloge
éternelle -,
tu ranimes
le soleil
dans la profonde
peine
pour qu’une aurore
nouvelle
revienne.
Lorsque tu écris,
tu redonnes
des joues
rouges
à l’ancienne
enfant
ensevelie
dans l’oubli
des jours.
Une goutte
d’encre
est l’équivalent
d’un baiser
déposé
sur une feuille
que soulève
ton souffle.
Et ton âme
se réveille
à l’écoute
de son propre
conte.
Lorsque tu écris,
tu ravives
les mots dormants.
Géraldine Andrée
Quand j’écris
de bon matin,
je vois s’étendre
sur l’ancien jardin
la lumière
blanche
comme une nappe
de dimanche,
le forsythia de mon enfance
que je croyais déraciné
refleurir
pour l’éternité,
la flamme rousse
de la chatte décédée
s’élancer d’un taillis
vers mon souvenir,
et si je me laisse guider
par ce rythme régulier,
je retrouve
le petit sentier
qui mène
à l’étoile verte
de la clairière
où Marie la vive
vient de s’asseoir,
jupe retroussée
au-dessus des genoux
pour son amoureux…
Quand j’écris de bon matin,
des soleils s’alternent
devant mes yeux
et ma page est une vitre
où se rapproche
chaque instant
de jadis
qui m’attend…
Quand j’écris
si tôt,
je prends le train
du temps.
Géraldine Andrée
Cahier mauve lilas,
cahier rose forsythia,
cahier vert sauge,
cahier bleu menthe…
J’ai bien assez de feuilles
pour tout un été.
Géraldine Andrée
Écrire,
c’est avancer
penché
parmi les feuilles,
et voir sa main
se frayer
un chemin
vers Demain.
Géraldine Andrée
