J’écris pour que mes mots
soient des lampes
éclairant le cœur
des chambres que j’ai quittées
Géraldine Andrée
J’écris pour que mes mots
soient des lampes
éclairant le cœur
des chambres que j’ai quittées
Géraldine Andrée
Remplis
toute la page
tout l’espace
qu’elle t’offre
Qu’aujourd’hui
ta vie
déborde
Géraldine Andrée
– Je cherche
un cahier
aux immenses
pages
blanches
pour que les plumes
de mes rêves
volent
jusqu’à moi
et me donnent
des ailes
– En fait
tu cherches
le ciel
sur lequel
écrire
Géraldine Andrée

Tout cahier est un oiseau qui ouvre ses ailes
Oui, ils sont durs, ces noyaux de pêche…
C’est toujours douloureux quand les dents se heurtent à un noyau…
Mais le noyau est le cœur du fruit.
Sans noyau, le fruit n’existerait pas.
Autrement dit, chaque expérience de vie vous permet d’atteindre – peau après peau, écorce après écorce – qui vous êtes :
votre noyau.
Alors, oui, ils sont durs, mes poèmes – percutants, dérangeants, incisifs.
Ils correspondent à un style d’écriture en écritothérapie se caractérisant par la rédaction d’un texte court, tranchant comme un couteau pour séparer définitivement la psyché du trauma qui la maintenait prisonnière dans un autre espace-temps. Et, chacun le sait, la vie peut être traumatisante avec les différents noyaux qu’elle nous sert et que nous n’avons pas choisis – deuils et ruptures en tout genre, violences, abus, trahisons…
D’une certaine façon, ces poèmes ont été ciselés dans la chair.
Elle,
ce peut être n’importe quelle femme,
celle qui traverse la rue en talons hauts, celle qui écarte ses cheveux en riant, celle qui s’achète un nouveau tailleur, celle qui approvisionne son compte en banque, celle qui se pomponne devant le miroir dans un nuage de parfums,
« celle dont on ne dirait pas que »,
celle qui est encore sous l’emprise de générations de femmes qui ont vécu bien avant elle, celle qui est réduite au silence par des déterminismes sociaux millénaires, celle qui est prisonnière de décisions prises par d’autres, celle qui se prétend libre et qui ne l’est toujours pas malgré les voix qui portent la sienne dans ce sacro-saint combat pour la condition féminine, celle qui est régulièrement abusée – y compris et surtout par elle-même.
C’est au nom de ce pronom féminin universel tendant à l’effacement que je parle dans ces poèmes.
Souvent, ce Elle rejoint le pronom Il de la condition humaine car la souffrance est commune à chaque sexe.
Ce type d’écriture s’inscrit directement dans ma pratique d’écriture en écritothérapie et biographie thérapeutique qui consiste à condenser le trauma autour d’une sensation bien précise pour la figer ensuite à jamais dans un texte bref afin qu’elle ne soit plus envahissante, invasive, putréfiante. Ces poèmes ne sont pas des haïkus – bien qu’ils puissent y ressembler parfois. Ce sont des fulgurances, des noyaux. Pourquoi ne pas faire de ces derniers un genre poétique à part entière ?
Noyau, comme tanka, ou sonnet, ou blason….
Certes, la chute de ces textes peut faire mal. Mais chacun le sait : la douleur est révélatrice, point de départ de la guérison. On ne cicatrise jamais sans mal. Au début, la plaie suinte, saigne pour ensuite s’assécher. Et l’écriture est la cicatrice des blessures intérieures. Je réserverai d’ailleurs un billet sur ce thème.
Chaque jour est une traversée de l’écorce.
À chaque jour donc, son noyau.
Ceux que ces noyaux choquent, heurtent peuvent se désabonner de ce site. Je le comprends tout à fait et ne les retiens pas.
Il reste vingt jours d’épluchage, vingt noyaux encore à atteindre
pour la plume
qui se fait lame
salvatrice de l’âme.
Quant aux autres, je leur annonce que ces poèmes,
noyaux de pêche,
noyaux de l’être
seront publiés dans un recueil.
Et s’ils veulent aller plus loin au cœur même du saisissement, je les invite à lire de véritables haïkus cette fois :
une anthologie de haïkus féminins, les Haïjins japonaises, intitulée du Rouge aux lèvres, publiée dans la collection Points, présentée par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku et que j’utilise dans ma pratique d’écriture résiliente. Ces poèmes disent notamment la précarité de la vie qui reprend après la bombe atomique. Je vous en livre un extrait :
Chaleur estivale –
J’ai reçu deux actes de décès
de morts sous la bombe A.
Sayo Hiwatari
Pour que la Poésie nous délivre toujours du sortilège de l’indicible.
Parce que ce qui est formulé est libéré.
Et enfin, les mailles s’écartent
pour révéler Le Noyau d’Or,
qui l’on est, qui l’on sera, ce que l’on a toujours été,
quelles que soient les entailles.
Géraldine Andrée

La connaissance est au centre de Soi
Reprendre mon cahier et écrire.
C’est tout ce qui importe.
En face de moi, ce tableau avec le bleu et l’ocre du port,
un trois-mâts, deux barques, un phare, des nuages…
C’est là que je dois aller. Au loin. Au large. Rompre les liens.
Je n’ai jamais vraiment regardé ce tableau quand j’y pense…
La baie. La virgule d’une mouette qui brasse l’infini.
Et si je l’imitais ?
M’accrocher à la crête d’une majuscule.
M’allonger sur la vague d’une phrase.
À me laisser bercer ainsi
par l’écriture,
à rêver mon poème
comme le prolongement de mon corps
qui vogue au fil de l’encre marine
sur le blanc,
je m’aperçois que c’est moi qui berce l’écriture.
J’initie cette douce ondulation avec mon simple désir.
L’étrange mouvement de ma main,
d’où vient-il ?
Quelle est cette vibration ?
Descend-elle des étoiles,
d’une immense paume invisible ?
Il est une lunaison de l’écriture
que mon souffle éclaire.
Oui, c’est vraiment là que je dois emmener mon poème,
jusqu’à la dernière étincelle avant l’azur.
Puis, une fois que mon poème sera suffisamment loin,
devenu un frêle point qui danse
à la lisière où le monde s’efface,
je ferai signe à mon prochain
avec l’ultime lueur du silence.
Géraldine Andrée
La plume
traverse la page.
Elle vole comme un oiseau à fleur de terre,
effleurant si légèrement le papier.
Puis, dans l’espace au-delà du point final, elle retombe.
Elle ne fait désormais plus partie du ciel.
Il ne reste que le souvenir de la vie qu’elle a déposé là,
entre deux feuilles,
c’est-à-dire un nid de mots tressés,
destiné à un autre oiseau de passage
– ton regard,
peut-être,
qui sait ? – …
Géraldine Andrée
Tu es le pont
qui me mène
par-delà
le silence
vers l’étoile
prochaine.
Géraldine Andrée
J’écris pour toucher ta voix
qui – je le crois –
se cache
dans la feuille.
pour retrouver
l’instant
précis
où son inflexion
changea
quand elle prononça
avant le départ
ces mots
si clairs
et si fidèles
à la vérité.
Mais plus je m’enfonce
dans la blancheur
du silence
avec ma foi,
plus je creuse
ma propre trace
et si je me vois
avançant
vers l’inconnu
avec ma seule voix
pour oriflamme,
c’est parce que je t’aide
à accomplir
désormais
ce pour quoi
ton âme
est destinée :
me donner
comme ultime
signe
que tu m’écoutes
l’envie d’écrire
aujourd’hui
encore
en ne m’adressant
qu’à l’écho
fidèle
que mes mots
renvoient.
Géraldine Andrée
Je songe
à tous ces poèmes
auxquels j’ai donné
naissance,
que j’ai contemplés
en silence
jusqu’à ce que j’entende
leur frêle souffle
dans la chambre
profonde
de ma mémoire,
ces poèmes
que j’ai bercés
en secret
sur les langes
de la page
et que j’ai nourris
avec le lait
noir
de mon encre,
ces poèmes
que j’aimé
faire grandir
d’aube en aube
et dont j’ai désiré
ardemment
qu’ils existent
bien avant
qu’ils ne soient mis
au monde
aux yeux
des autres,
ces poèmes
dont je suis certaine
qu’ils ont trouvé
mon nom
pour vivre,
peut-être,
mais surtout
pour me rendre
vivante
dans le seul fait
parfait
en lui-même
qui consiste
finalement
à leur donner
naissance
dans la nuit
sans que jaillisse
l’étoile
de leur cri.
Géraldine Andrée