Le poème n’est pas fini :
il manque encore
les points de suspension
au feutre d’or,
ces trois frêles
poussières
d’étoiles,
pour qu’il devienne
un météore
qui traverse
le silence
– ce ciel immense…
Géraldine Andrée
Le poème n’est pas fini :
il manque encore
les points de suspension
au feutre d’or,
ces trois frêles
poussières
d’étoiles,
pour qu’il devienne
un météore
qui traverse
le silence
– ce ciel immense…
Géraldine Andrée
Je me détache comme une feuille de la fenêtre de ma chambre où chatoyait le soleil
Je me détache comme une feuille des tuiles rousses de la véranda
Je me détache comme une feuille du jardin étoilé d’écureuils
Je me détache comme une feuille du banc de bois vert sur lequel je séchais mes cheveux après une grasse matinée
Je me détache comme une feuille de l’ombre violette de la vigne à la fin du mois d’août
Je me détache comme une feuille du panier rempli de mirabelles fendues jusqu’au noyau
Je me détache comme une feuille de la grille qui s’ouvrait sur les herbes sauvages
Je me détache comme une feuille des rosiers étincelants sous l’arrosoir
Je me détache comme une feuille du vent qui m’entraînait à la frontière du champ du voisin
Je me détache comme une feuille des cordes de la balançoire qui berçait mon âme à la tombée du soir
Je me détache comme une feuille du noisetier le seul témoin de mes histoires secrètes
Je me détache comme une feuille des cahiers de mon enfance bavant leurs couleurs
Je me détache comme une feuille du ventre blanc de la chatte feue
Je me détache comme une feuille du murmure du marronnier qui semait ses petites mouches bleues sur mes mots à peine tracés
Je me détache comme une feuille des poils de crin du balai crissant sur les carreaux de la cuisine après le déjeuner
Je me détache comme une feuille du cœur silencieux de mon père des yeux clairs de ma mère de l’échancrure de ma robe de fillette
Je suis libérée des jours anciens qui me retenaient captive de la tendresse
Votre regard peut me chercher le long de l’allée argentée
Je virevolte sur le menu sentier d’un poème presque effacé sous les pas du temps
Je vogue vers le point le plus brillant
au large de la page future
Je m’évanouis dans un souffle frêle
pour devenir enfin
le chant de ma propre aventure
Géraldine Andrée
J’aime
les après-midi d’août
quand l’or ardent
du soleil
derrière les persiennes
mi-closes
se pose
sur les paupières
de mes mots
que le rayon
du silence
traverse
le lac
de mon âme
pour l’éclairer
qu’une abeille
danse
autour
du temps
et que ma plume
voyage
d’un instant
à l’autre
sur la feuille
détachée
d’un vieux cahier
J’aime
les après-midi d’août
quand un poème
dans l’ombre
douce
se déhanche
vers moi
comme le corps
d’un amant
Géraldine Andrée
Ce noyau en moi
C’est lui que je dois toucher
connaître
découvrir
cœur d’or
pépite de lumière
étoile vibrante
pétale d’astre
déposé
par un souffle
inconnu
sur cette terre
ce noyau qui existait
bien avant ma naissance
recouvert ensuite
par les peaux de l’identité
les couches de la persona
les écorces de l’éducation
et qui repartira
vers là où il est venu
roulant parmi les météorites
suivant l’accélération
de l’hélice
de l’univers
ce noyau
d’où viennent
vérités perceptions
intuitions poèmes
ce noyau
que j’ai souvent ignoré
mais qui était toujours
présent
qui est
à cet instant
où j’écris
ce noyau
me préparant
à devenir fruit
au cœur
de la vie
Géraldine Andrée
J’écris pour que mes mots
soient des lampes
éclairant le cœur
des chambres que j’ai quittées
Géraldine Andrée
Remplis
toute la page
tout l’espace
qu’elle t’offre
Qu’aujourd’hui
ta vie
déborde
Géraldine Andrée
– Je cherche
un cahier
aux immenses
pages
blanches
pour que les plumes
de mes rêves
volent
jusqu’à moi
et me donnent
des ailes
– En fait
tu cherches
le ciel
sur lequel
écrire
Géraldine Andrée

Tout cahier est un oiseau qui ouvre ses ailes
Oui, ils sont durs, ces noyaux de pêche…
C’est toujours douloureux quand les dents se heurtent à un noyau…
Mais le noyau est le cœur du fruit.
Sans noyau, le fruit n’existerait pas.
Autrement dit, chaque expérience de vie vous permet d’atteindre – peau après peau, écorce après écorce – qui vous êtes :
votre noyau.
Alors, oui, ils sont durs, mes poèmes – percutants, dérangeants, incisifs.
Ils correspondent à un style d’écriture en écritothérapie se caractérisant par la rédaction d’un texte court, tranchant comme un couteau pour séparer définitivement la psyché du trauma qui la maintenait prisonnière dans un autre espace-temps. Et, chacun le sait, la vie peut être traumatisante avec les différents noyaux qu’elle nous sert et que nous n’avons pas choisis – deuils et ruptures en tout genre, violences, abus, trahisons…
D’une certaine façon, ces poèmes ont été ciselés dans la chair.
Elle,
ce peut être n’importe quelle femme,
celle qui traverse la rue en talons hauts, celle qui écarte ses cheveux en riant, celle qui s’achète un nouveau tailleur, celle qui approvisionne son compte en banque, celle qui se pomponne devant le miroir dans un nuage de parfums,
« celle dont on ne dirait pas que »,
celle qui est encore sous l’emprise de générations de femmes qui ont vécu bien avant elle, celle qui est réduite au silence par des déterminismes sociaux millénaires, celle qui est prisonnière de décisions prises par d’autres, celle qui se prétend libre et qui ne l’est toujours pas malgré les voix qui portent la sienne dans ce sacro-saint combat pour la condition féminine, celle qui est régulièrement abusée – y compris et surtout par elle-même.
C’est au nom de ce pronom féminin universel tendant à l’effacement que je parle dans ces poèmes.
Souvent, ce Elle rejoint le pronom Il de la condition humaine car la souffrance est commune à chaque sexe.
Ce type d’écriture s’inscrit directement dans ma pratique d’écriture en écritothérapie et biographie thérapeutique qui consiste à condenser le trauma autour d’une sensation bien précise pour la figer ensuite à jamais dans un texte bref afin qu’elle ne soit plus envahissante, invasive, putréfiante. Ces poèmes ne sont pas des haïkus – bien qu’ils puissent y ressembler parfois. Ce sont des fulgurances, des noyaux. Pourquoi ne pas faire de ces derniers un genre poétique à part entière ?
Noyau, comme tanka, ou sonnet, ou blason….
Certes, la chute de ces textes peut faire mal. Mais chacun le sait : la douleur est révélatrice, point de départ de la guérison. On ne cicatrise jamais sans mal. Au début, la plaie suinte, saigne pour ensuite s’assécher. Et l’écriture est la cicatrice des blessures intérieures. Je réserverai d’ailleurs un billet sur ce thème.
Chaque jour est une traversée de l’écorce.
À chaque jour donc, son noyau.
Ceux que ces noyaux choquent, heurtent peuvent se désabonner de ce site. Je le comprends tout à fait et ne les retiens pas.
Il reste vingt jours d’épluchage, vingt noyaux encore à atteindre
pour la plume
qui se fait lame
salvatrice de l’âme.
Quant aux autres, je leur annonce que ces poèmes,
noyaux de pêche,
noyaux de l’être
seront publiés dans un recueil.
Et s’ils veulent aller plus loin au cœur même du saisissement, je les invite à lire de véritables haïkus cette fois :
une anthologie de haïkus féminins, les Haïjins japonaises, intitulée du Rouge aux lèvres, publiée dans la collection Points, présentée par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku et que j’utilise dans ma pratique d’écriture résiliente. Ces poèmes disent notamment la précarité de la vie qui reprend après la bombe atomique. Je vous en livre un extrait :
Chaleur estivale –
J’ai reçu deux actes de décès
de morts sous la bombe A.
Sayo Hiwatari
Pour que la Poésie nous délivre toujours du sortilège de l’indicible.
Parce que ce qui est formulé est libéré.
Et enfin, les mailles s’écartent
pour révéler Le Noyau d’Or,
qui l’on est, qui l’on sera, ce que l’on a toujours été,
quelles que soient les entailles.
Géraldine Andrée

La connaissance est au centre de Soi
Reprendre mon cahier et écrire.
C’est tout ce qui importe.
En face de moi, ce tableau avec le bleu et l’ocre du port,
un trois-mâts, deux barques, un phare, des nuages…
C’est là que je dois aller. Au loin. Au large. Rompre les liens.
Je n’ai jamais vraiment regardé ce tableau quand j’y pense…
La baie. La virgule d’une mouette qui brasse l’infini.
Et si je l’imitais ?
M’accrocher à la crête d’une majuscule.
M’allonger sur la vague d’une phrase.
À me laisser bercer ainsi
par l’écriture,
à rêver mon poème
comme le prolongement de mon corps
qui vogue au fil de l’encre marine
sur le blanc,
je m’aperçois que c’est moi qui berce l’écriture.
J’initie cette douce ondulation avec mon simple désir.
L’étrange mouvement de ma main,
d’où vient-il ?
Quelle est cette vibration ?
Descend-elle des étoiles,
d’une immense paume invisible ?
Il est une lunaison de l’écriture
que mon souffle éclaire.
Oui, c’est vraiment là que je dois emmener mon poème,
jusqu’à la dernière étincelle avant l’azur.
Puis, une fois que mon poème sera suffisamment loin,
devenu un frêle point qui danse
à la lisière où le monde s’efface,
je ferai signe à mon prochain
avec l’ultime lueur du silence.
Géraldine Andrée
La plume
traverse la page.
Elle vole comme un oiseau à fleur de terre,
effleurant si légèrement le papier.
Puis, dans l’espace au-delà du point final, elle retombe.
Elle ne fait désormais plus partie du ciel.
Il ne reste que le souvenir de la vie qu’elle a déposé là,
entre deux feuilles,
c’est-à-dire un nid de mots tressés,
destiné à un autre oiseau de passage
– ton regard,
peut-être,
qui sait ? – …
Géraldine Andrée