Publié dans Cahier du matin, Journal de la lumière, Journal de mon jardin

Où va le jour ?

Où va le jour à l’heure du crépuscule ?

Sautille-t-il de violette en violette au bord du chemin?

Est-il ce souffle bleu qui s’échappe des rives -ces lèvres toujours ouvertes sur l’infini ?

Danse-t-il avec l’ombre de la fenêtre ?

Est-il ce silence qui se penche sur le jardin, une fois que l’on a rentré les chaises ?

Suit-il l’ultime lueur de l’abeille parmi les menthes ?

Traverse-t-il de son aile notre mémoire, comme un défunt auquel on songe,

pour annoncer la première étoile ?

Où va donc le jour quand il s’en va ?

Peut-être en toi. Peut-être en moi.

Mais peut-être aussi qu’il se dépose sagement sur les joues

de l’enfant qui s’endort

et qu’il y demeure

jusqu’à l’aurore…

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif

J’écris mon journal

J’écris mon journal
avec de l’encre noire
pour que ses feuilles
me montrent
entre les mots


leur éclat blanc
comme si chaque instant
futur
de relecture
était un printemps

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite

Ma mère me dit

Ma mère me dit :
Prends les clés de l’appartement
et ne rentre pas trop tard.
Il y a deux ans encore,
ces mots auraient eu un sens correspondant au présent où ils auraient été prononcés.
Mais aujourd’hui,
nul besoin de prendre les clés : toutes les portes sont ouvertes.
En guise d’appartement, ma mère a une petite chambre toute blanche, avec, en face de son lit, la photo d’un voilier, long pétale qui glisse à fleur de sa plage préférée : Roscoff où elle aurait aimé un jour retourner.
Et si je pars, je ne rentre pas. Je reviens seulement la semaine suivante.
Ma mère a beaucoup oublié. Elle n’a plus la notion du temps.
Mais ses mots, eux, ont gardé la mémoire.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'instants

Les instants émeraude

Tenir un journal
d’instants précieux
Tel est mon désir
en l’an deux-mille-vingt

Me sentir bien
à chaque instant
pour que chaque instant
soit un bien

Me sentir présente
à chaque instant
pour que chaque instant
soit un présent

J’aime
les instants simples
Ils sont pour moi
des gemmes dans le jour

Ces instants
ont la valeur
des étincelles
des pierres

le long
de ma promenade
Je les appelle
les instants émeraude

Que dans un instant
tombé
se reflète l’aube
de l’instant suivant

Que chacun
de mes pas
soit
un instant

qui se fait perle
sur mon chemin

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie

Au fil de l’encre

Peindre Ecrire Composer
Donner libre cours à l’encre
car la Vie passe

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Journal de la lumière

La couleur de l’instant

Si l’on me demandait
quelle est la couleur
de l’instant
je dirais bleue
comme le soir
qui annonce
la rencontre
entre soi
et l’encre

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Quand je t’écris

Quand je t’écris
je prends
tout le temps
de voir l’encre
tracer
sur la feuille
mon chemin
vers ton silence
Quand je t’écris
je vis le temps
du deuil

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Poésie

L’ombre du soir

L’ombre du soir
Tombe
Sur mes mots
Je ne distinguerai
Bientôt plus
L’encre de la nuit
Et pourtant
J’écris
J’écris

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Chambre de la douleur

Relire Chambre de la Douleur de René-Guy Cadou,
un poème que j’ai lu et expliqué dans un devoir quand j’étais adolescente,
un poème que j’ai ensuite oublié
sur mon chemin parsemé de rendez-vous avec d’autres poèmes,
un poème qui me rappelle le feu des soirs anciens, la lampe et le visage de mon père,
un poème qui me revient comme l’ami
pour me dire qu’on ne mesure pas toujours l’importance
de ce qui est essentiel dans notre vie,
tel le poème Chambre de la Douleur
qui a habité ma chambre
de toute sa présence
dans cette nuit de deuil entre
le onze et le douze novembre.

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal de mes autres vies, Toute petite je

Adieu mon enfance

Adieu
mon enfance
telle que tu as été
avec tes larmes
et tes secrets
enfouis
dans les cheveux
de mes poupées

Adieu
ta bicyclette rouge
dont les secousses
montaient
jusqu’à mon coeur
lorsque je dévalais
la pente
du Crève-Coeur

Adieu
mes peurs
qui criaient
en silence
dès que la lune
baignait
de sa clarté
rousse
ma chambre

Adieu
les maux
de ventre
quand
j’avais été
trop gourmande
de sirop
à la menthe

Adieu
le petit théâtre
de marionnettes
qui ouvrait
pour moi seule
son rideau
pour me divertir
de la solitude

Adieu aussi
mes conversations
avec les arbres
lors d’une fugue
dont je ne revins
jamais
tout à fait

Adieu les boucles
emmêlées
qui me faisaient hurler
sous le peigne
la bouche
entourée de terre
les écorchures

les mensonges
pour éviter
d’être punie
les Mange ta soupe
Elle est bonne
les chaussures
trempées
par la pluie
d’automne
qui me donnaient le rhume

Adieu
les fièvres
les brûlures
des gifles
sur les joues
les éclaboussures
de boue
sur la robe
qui me condamnaient
à me coucher
avant les premières
étoiles

Adieu
les devoirs
les mots barrés
les zéros
les remarques
dans le carnet gris
et qu’il fallait présenter
à la famille
à la fin d’une longue
journée d’hiver

Adieu
la sensation
troublante
à la fois exquise
et douloureuses
que mes seins
poussent
lorsque je passe
mes doigts
à l’échancrure
de ma chemise
pendant la sieste

Je suis devenue
une autre
Mais de toi
j’ai gardé
la force
des rêves
le mouvement
de sève
de la liberté
dont j’ai hérité
lors de mes échanges
avec le vent
ivre
du chant
des tiges

Maintenant
je suis capable
d’être seule
et de m’accompagner
Et je sais
que si je reviens
un jour
dans un autre corps
après ma mort
j’aurai une autre
enfance
qui me fera grandir
jusqu’à mon âme

Adieu

Géraldine Andrée