Disposer
d’un après-midi d’été
infini comme le ciel
pour écrire un poème,
c’est cela,
la Liberté !
Géraldine Andrée
Disposer
d’un après-midi d’été
infini comme le ciel
pour écrire un poème,
c’est cela,
la Liberté !
Géraldine Andrée
Écris sur ce qui t’obsède, te chagrine,
sur ce qui éveille tes regrets et tes remords.
Puis, après avoir constellé
d’étoiles noires
tout l’espace de la page promise,
laisse dans ta vie
de l’espace au blanc
du jour à vivre.
Tu seras ainsi plus présent pour la cime
de chaque arbre
sur lequel le soleil
se penche.
Écris, par exemple, sur la musique
que te fait encore entendre
le jardin effacé,
la cour des jeux à cloche-pied,
les matins passés
avec ta grand-mère
à enlever les fils
des haricots verts.
Souviens-toi
comme les vacances
ainsi touchaient
à leur terme
au fil des haricots
que détachaient
les mains de ta grand-mère
déformées par les rhumatismes.
Il y aura toujours de la place
pour la nostalgie de l’enfance
dans ton cahier.
Je dirais même
que ton cahier se destine
à devenir la chambre de ton enfance
où tu inviteras ton lecteur
comme ton meilleur ami de jadis.
La liberté ?
C’est d’écrire chaque jour
dix minutes, vingt minutes
au sujet de cette famille,
de ce qu’elle est devenue,
faire de ton expérience
un chemin qui mènera
ton ami inconnu
vers une compréhension
plus intime,
plus aiguë
de Lui.
Géraldine Andrée
Un jour, elle a décidé d’écrire à l’Amie.
Oh ! Ce n’était pas l’une de ces copines de la cour de récréation, qui la débinait dès qu’elle avait le dos tourné !
Ce n’était pas non plus sa voisine d’études qui lui volait son goûter et qui copiait sur elle les réponses pendant les examens !
Non, cette Amie était Autre.
Certes, elle ne la connaissait pas mais elle apprendrait à la connaître dès le premier mot.
Elles se refléteraient réciproquement comme l’eau pure de ce lac des Vosges
au bord duquel elle avait passé ses précédentes vacances.
Cette amie lirait ses pensées et son silence lui ferait franchir le seuil
de l’écoute de la moindre prémonition. Elle entrerait ainsi dans l’acceptation inconditionnelle de sa vie.
En outre, si l’intuition qu’elle s’était à peine formulée le matin se vérifiait dans la journée, elle entendrait sa voix malicieuse au bout de la plume :
– Tu vois ! Je te l’avais bien dit !
Cette Amie la conseillerait mieux que personne sur la manière de combler ses souhaits et de réaliser ses rêves.
Elle ne saurait perdre son temps à chercher à rencontrer sa confidente en cette jeune fille qui s’attardait devant la lumière de la vitrine, en cette passante pressée qui faisait claquer ses talons hauts sur le trottoir ou en ce mannequin qui croisait ses longues jambes en se déhanchant sur l’affiche d’une publicité pour parfum.
Du reste, cette Amie pouvait être aujourd’hui une mésange, une corolle de rose blanche, la chatte sauvage, une goutte de pluie sur la rambarde… Tout ce qu’elle savait, c’était que cette Amie serait omnisciente dans sa présence insignifiante pour tant d’autres yeux…
Anne Frank en s’adressant à sa chère amie Kitty lui avait montré le chemin :
la page serait une paume tendre sous sa main.
Nulle obligation de timbrer la lettre. Le message partirait tout de suite par l’unique vibration du stylo obéissant à la volonté d’être fidèle au rendez-vous.
Nulle obligation, non plus, de sortir à l’insu de ses parents et de se rendre dans un café bruyant. La pénombre de la chambre était l’endroit le plus approprié. Il suffisait qu’un sourire précédât le regard pour que le désir fût accompli en un éclat d’instant, sans la nécessité de formuler une quelconque promesse…
De toute façon, il lui paraissait désormais évident que lorsqu’on écrit, on n’est jamais seul…
Alors, elle a ouvert avec sa petite clé d’or
son cahier intime aux cent feuilles
et avec la majuscule initiale dansant comme un signe
d’accueil,
elle a écrit
Chère Inge…
Géraldine Andrée
Écrire sur l’écriture d’été
celle qui au cœur
de la profonde solitude
de mon enfance
remplissait ma chambre
d’une vie débordante
telle une mousse de lumière
dans une tasse transparente
et qui me faisait entendre
un cœur dans le silence
le mien celui de l’Autre
peut-être
l’écriture d’été où bourdonnait
une mouche aux reflets bleu acier
entrée par la fenêtre
légèrement entrouverte
Ce bercement de la plume
par ma main
entraînait le temps
tout de même
dans la rêverie immobile
d’un après-midi de juillet
et me conduisait à penser
que le temps et ma plume étaient liés
ma plume étant sûrement alors
plus puissante que le temps
avec son don de réversibilité
puisque je pouvais revenir
vers les jours
où j’avais été accompagnée
par cette amie feue depuis
éblouie
par un bouquet d’instants
qui retombait dans ma mémoire
ultime signe
de la fête bien vécue
Mieux encore
l’écriture d’été
me faisait sentir
malgré la mort
intensément présente
tandis que bruissait
de manière indifférente
le jet d’eau qui arrosait les plantes
Écrire sur l’écriture d’été
qui invitait le monde entier
à m’intégrer
moi ma solitude ma chambre
en révélant à ma conscience
combien les étoiles de l’eau
et les gouttes de mon encre
étaient parentes
dans mon indicible
désir
de ressusciter
le Désir
Géraldine Andrée
J’ai écrit quand je n’avais pas la force de le faire
J’ai écrit quand tout ce que je désirais c’était dormir et rêver que je vivais une autre vie
J’ai écrit des poèmes quand il fallait que je mette un point final à cette histoire d’amour qui ne rimait à rien
J’ai écrit des romans quand la réalité me rattrapait
J’ai écrit des nouvelles quand personne ne me demandait comment j’en allais
J’ai écrit quand il n’y avait que le silence pour me répondre
J’ai écrit quand on me disait de me taire
J’ai écrit avec une encre éclatante quand on me conseillait de m’effacer
J’ai écrit des phrases dansantes des vers déhanchés quand on m’intimait de me tenir droite
J’ai écrit en accrochant une boucle ascendante au dernier mot quand il fallait que je me courbe
J’ai écrit en attribuant des majuscules à chaque idée quand on me suggérait fortement de voir petit
J’ai écrit en trouant le papier quand je ne devais pas blesser celui qui m’avait heurtée
J’ai écrit quand la poésie est montée en moi comme du lait
J’ai écrit quand j’ai pris conscience de la nécessité de me nourrir
J’ai écrit quand je me suis avoué que le passé était écrit que je ne pouvais plus rien y changer et qu’il ne me restait plus qu’à me bercer
J’ai écrit quand j’ai saisi ma destinée telle la plume d’un oiseau en plein ciel
J’ai écrit quand il m’a paru révoltant que d’autres écrivent mon avenir à ma place
J’ai écrit quand les mots me sont devenus une armure douce – un peu comme l’aura des grands maîtres
J’ai écrit quand je me suis envoyé un sourire dans le vieux miroir
J’ai écrit quand il m’a semblé évident que mes rêves étaient déjà accomplis avant la moindre promesse
J’ai écrit quand j’ai franchi la ligne de l’arrière-pays
J’ai écrit j’ai écrit j’ai écrit
Et c’est parce que j’ai aussi longtemps écrit que je suis toujours en vie
Et c’est parce que je suis toujours en vie que j’écris encore
Je prévois d’écrire à la prochaine aurore
Géraldine Andrée
La pluie
a tellement
gorgé les plantes
qu’il me semble
prendre
en marchant
une infusion
de verveine
et de menthe…
Quelles
sont donc
ces étincelles
pour mes yeux seuls ?
C’est l’herbe
qui s’ébroue
de tous
ses brins
après son bain
dans le premier
rayon de soleil !
Et ces pas
qui laissent
leur empreinte
dans la terre douce,
ramollie
par les averses,
ne sont-ils pas la preuve
que j’écris
le chemin ?
À mon retour,
je dispose
les fruits vermeils
dans la corbeille
et pour la récolte
de mon humble
expérience
du jour,
j’ai comme panier
mon carnet
de notes…
Géraldine Andrée
Je rêve
que mon poème
de ce jour
enjambe
de feuille
en feuille
chaque regard
chaque fenêtre
puis s’élève
tel le lierre
de mon enfance
vers
cet ultime
point de lumière
qui danse
Géraldine Andrée
Je suis toujours surprise, quand les gens font leur autoportrait, de la manière avec laquelle ils se décrivent, c’est-à-dire en assimilant ce qu’ils font à ce qu’ils sont : « Je suis médecin, je suis garagiste, je suis maîtresse d’école, je suis infirmière… ».
Dans ce billet, pour changer l’ordre établi, je vais me décrire par ce que je déteste et ce que j’aime.
Toutes ces listes ne sont pas exhaustives…
On pourra dire tout ce que l’on veut de moi : sensuelle, impatiente, trop gourmande, peut-être même avide… de vie surtout…
Je suis un peu tout cela et rien de tout cela à la fois.
Je suis, c’est Tout.
Et lorsque des gens veulent écrire leur vie avec ma plume, je les invite à être à la fois ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas, changeants comme l’instant, mouvants comme les ombres de leurs mains.
Géraldine Andrée