Catégorie : C’est la Vie !
Ton nom
Ton nom
Guy
Est un pont
Entre le silence
D’ici
Et les chants
De là-bas
Une seule
Syllabe
Et j’approche
Le mystère
De ta présence
Autre part
Toute une constellation
Luit
Désormais
Guy
Dans ton nom
Géraldine
Poème écrit pour mon père
Décédé dans la nuit
Du 11 au 12 novembre 2018
Créavie : En écrivant…
Ouvrir la fenêtre : que la lumière du jour se pose sur les feuilles de sa saison de vie.
Fermer la porte : que les enfants se disputent pour une broutille ; que le conjoint s’ennuie ; qu’importe. Laisser chacun aujourd’hui découvrir son chemin, même s’il est désagréable.
Ne pas répondre au téléphone : la sonnerie a beau s’entêter ; dans un proche instant, elle se confondra avec la note du silence.
Suivre la volute de fumée qui danse au-dessus du thé.
Passer la main sur la douce encolure du chat…
Mais, quelle est cette lueur rose, soudain ?
C’est un pétale échappé du jardin d’enfance qui ouvre sa porte…
Tenter alors de l’attraper dans le ciel de printemps de la page
en écrivant,
en écrivant…
Géraldine Andrée
En ce dimanche soir,
il me semble
que je ne suis faite
que pour écrire
mon journal,
relater
la simple vie.
Mais aujourd’hui,
je veux me passer des mots ;
me dépouiller
jusqu’au mutisme
que seule traverse
la musique,
celle
d’un nocturne
au piano ;
abolir la parole
pour accueillir
les notes ;
n’être plus
que silence
qui écoute.
Géraldine Andrée
Ecris ta vie !
Ecris ta vie
parce que personne ne peut la vivre à ta place.
Ecris tes rêves, tes désirs, tes projets.
Un seul mot…
Et c’est le point de départ
à l’élan d’une phrase.
Invente tous les futurs possibles,
et choisis parmi eux
celui qui convient à qui tu es,
celui par lequel ton âme doit advenir.
Prends note de tes peines, de tes joies
car ces sentiments sont une boussole
qui te permet d’emprunter
ton chemin de vérité.
Approche-toi du miroir de la page ;
tu ressentiras ta présence.
Passe devant la fenêtre de la page ;
ton souffle s’y dessinera.
Tu dis : Mais je ne sais pas écrire !
Je fais plein de fautes d’orthographe !
Tout le monde va rire !
Aussi, je te le dis :
Ecrire te regarde.
Les mots t’attendent.
Une fois qu’ils t’auront rencontré
dans le reflet de l’encre,
tu verras combien ils te contemplent
et te connaissent.
Alors, tu te pencheras sur tes épreuves
et tu t’exclameras :
Mais c’est ma vérité !
Qu’importe si les autres la contestent,
elle vibre en moi
comme la joie du vent
qui laisse pour trace
toutes les feuilles qu’il a semées.
Puisque tu ne peux effacer le désordre de certaines choses,
écris chaque jour
afin de suivre leur cours,
afin de décider en toute connaissance de cause
du déroulement de ton aventure personnelle.
Ecris ta vie
parce que rien ni personne
n’a le droit de te la dicter.
Géraldine Andrée
Créavie : J’écris
J’écris
pour accompagner
du murmure
de mon coeur
le cours
des choses
Géraldine Andrée
Tu veux écrire parce que le temps passe.
Tu veux écrire parce que le temps passe et qu’il te faut garder un souvenir de ce que tu as vécu : l’enfance, le murmure des sous-bois dans le vent, le regard du premier amant, la famille réunie dans le jardin juste avant que l’aïeule ne s’éloigne.
Mais l’encre, c’est le temps. Les mots sont des secondes. Assise, tu ne peux ignorer que le mouvement de ta plume t’emmène toujours vers l’instant suivant.
Phrase après phrase, tu vieillis.
Et si tu atteins déjà minuit, c’est parce que le temps passe trop vite quand tu écris.
Mais peut-être qu’un jour, l’heure de chance sonnera. Quelqu’un trouvera l’un de tes cahiers, parmi tous ceux dispersés lors des déménagements.
Quelqu’un que tu ne connais pas encore, un ami, un petit-enfant prendra le temps à rebours en tournant les pages.
Et il reviendra vers les longs cheveux de l’enfance, le bercement des sous-bois, la peau de l’amant, la joie du jardin, le sourire de l’aïeule – tout ce qui fut éphémère car trop vite vécu, tout ce que la volonté de mémoire des mots ne réussira jamais à ressusciter complètement.
Quelqu’un qui se voudra fidèle à ton espoir initial suivra à son rythme le fil de l’encre,
s’arrêtera puis continuera le chemin, toujours plus proche de ce que tu souhaitais revivre.
Et lorsque le temps sera venu de refermer le cahier, ton lecteur te dira, à toi peut-être disparue :
Bien sûr que cela fut.
Puissance de ce temps du verbe « être » au passé
qui contient en une syllabe toute l’éternité.
Géraldine Andrée
Ecrire, se dit-elle.
Ecrire, se dit-elle.
Le miroitement de l’encre où elle se reconnaît.
Les mots qu’elle trouve dans le blanc de la page et qui la surprennent par leur éclat de jais.
Ce crépitement de la pointe de la plume contre le grain du papier à l’heure où tout s’absente encore.
Bruit frêle
de la vérité qui approche
et traverse la porte.
Je suis vivante, écrit-elle.
Seule phrase qui importe.
Géraldine Andrée
La langue de mon pays
La langue de mon pays
se fait comprendre avec
la haute voix du vent, l’accent des sources sur la rive, la courbure des blés, les ondulations de l’herbe, les pleins du chemin qui s’élance vers l’azur, ce soupir entre les notes de la pluie, les couleurs accrochées à la gorge des mésanges, les points qui étoilent la page du ciel, le silence de tout ce qui perle, de tout ce qui goutte au bout de l’attente.
La langue de mon pays ne suit aucune grammaire.
J’ai seulement appris
que beaucoup de feuilles se froissent pour la répandre dans le monde,
que beaucoup de flambeaux allument ses majuscules dans la nuit.
Je suis l’interprète de son souffle qui roule jusqu’à mes lèvres
quand j’accélère ma course vers Demain.
Je la respecte
en la transcrivant chaque matin
sous un long délié de lumière
qui tremble puis disparaît
pour renaître
à partir de la virgule
de l’instant suivant.
Géraldine Andrée
Retrouver le fil
Il me semble parfois que ma vie m’échappe comme un tissu que l’on déroberait de mes mains.
Je me perds tellement dans les attentes, les désirs, les exigences d’autrui que ma vie ne m’appartient plus et même pire, ne me regarde plus.
Alors, j’ouvre mon journal. Je marque l’espace de la page. Je me redonne une place, une dimension, un pays. Ma plume porte ma voix en silence sur le chemin des lignes et ce n’est pas en vain car il reste une trace de ce voyage.
Peu importe ce que les autres en feront. Moi, je sais qu’elle me mène à MA destination.
En faisant miens les mots que j’emprunte, je redécouvre mon nom, ma signature, ma personne – ce mouvement de ma main qui témoigne de ma vibration unique.
Et c’est Tout.
C’est Tout ?
Oui, une seule page est amplement suffisante pour me réintégrer dans l’univers.
En écrivant, je retrouve le fil de ma vie.
Géraldine Andrée
Sometimes it seems to me that my life escapes me like a fabric that is being used in my hands.
I lose so much in expectations, desires, demands of others that my life doesn’t belong to me anymore and even worse, don’t look at me anymore.
So I open my diary. I mark the page space. I give myself a place, a dimension, a country. My feather carries my voice in silence on the path of the lines and it is not in vain because there is still a trace of this journey.
No matter what others do. I know she leads me to my destination.
By making the words I borrow, I rediscover my name, my signature, my person – this movement of my hand that testifies to my unique vibration.
And that’s it.
Is that all?
Yes, one page is ample enough to reintegrate me into the universe.
By Writing, I find the thread of my life.
Geraldine Andrée
