Que puis- je dire de ma vie ?
J’écris.
J’avance.
Je confie comme tout promeneur ma trace
au sable, à la terre, à la neige,
et au vent qui contient tout les souffles possibles
pour la répandre
grain après grain
dans l’espace.
Géraldine Andrée
Que puis- je dire de ma vie ?
J’écris.
J’avance.
Je confie comme tout promeneur ma trace
au sable, à la terre, à la neige,
et au vent qui contient tout les souffles possibles
pour la répandre
grain après grain
dans l’espace.
Géraldine Andrée
Avant de raconter sa vie en long et en large,
honorer l’accueil du cahier
où l’âme peut s’étendre,
prendre toute la place,
se réchauffer grâce
à la flamme blanche
du papier
sur laquelle les mains s’ouvrent
et que la lampe
met bien en évidence.
Je te remercie, page de ce jour,
de m’accepter inconditionnellement.
Géraldine Andrée
Et Vous ?
Géraldine Andrée
Noter chaque jour le moment et l’endroit où j’écris.
Plus tard, au fil de la relecture de mes pages, recueillir ces notes sous forme de liste et en faire un poème, une sorte de voyage à travers une succession de paysages d’écriture comme, par exemple,
J’écris en ce soir de décembre sous la lampe de mon enfance
J’écris dans le train de 15 h 39 qui démarre
J’écris près du lilas d’avril
J’écris au bord de la lumière de l’aube
J’écris non loin de l’océan qui commence sa marée
J’écris parmi les miettes du croissant du petit déjeuner
J’écris en cachette pendant cette réunion soporifique de 16 heures
J’écris dans le jardin qu’un ami m’a prêté
J’écris comme chaque vendredi quand l’air se fait plus léger
Aujourd’hui j’ai écrit
Journal, Bonjour !
Il pleut et je t’écris sur ma petite table ronde derrière le store blanc. Les gouttes ont leur raison d’être comme mes mots.
Toute une liste de vies
à poursuivre…
Géraldine Andrée
Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je profite pleinement de la Vie.
Ecrite comme cela, cette phrase peut en choquer plus d’un.
Alors, je rectifie :
Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je sais la Vie fragile alors je fais tout pour la rendre légère.
Quarante ans ou même quatre-vingts ans passent en un clin d’oeil. Et on se retrouve inéluctablement en deuil. Un jour, viendra mon tour.
Les visages, les voix, les regards s’effacent et il ne reste que les miroirs. On se demande même si on n’a pas rêvé tous ces gens avec qui on a vécu si longtemps.
Alors, je suis attentive au battement d’aile de chaque instant.
Une sortie à l’opéra imprévue avec un vieil ami ? Vite ! Je m’achète un sandwich pour l’entracte et j’y vais.
J’ouvre grand la fenêtre quand il fait soleil. Qu’importe que les insectes entrent.
Et je ne ferme pas les volets s’il pleut. J’aime entendre les notes des gouttes contre la vitre et tant pis si elles laissent ensuite des ronds de silence que mon chiffon devra enlever.
Je lis ou j’écris au coeur de la nuit. Avoir les yeux cernés le lendemain au travail n’est pas très grave.
Je suis libre pour le Grand Amour.
Je craque pour l’achat d’une belle robe, même si cela fait un trou dans mon budget.
Je projette un grand voyage après avoir rénové ma maison. Je n’ai pas oublié l’élan de la première vague de Méditerranée.
Je ne m’encombre plus de gens toxiques qui vous mangent l’âme par petit bout. Hop ! A la porte !
Je ris des bêtises de mes élèves.
Je suis attentive au papillon d’or qui précède ma sortie de l’école.
J’écoute l’Arpeggiata en boucle.
Bien sûr, je pleure encore souvent mais je m’amuse aussi comme quand j’avais dix-sept ans.
Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je sais que la Vie peut s’envoler à tout instant.
Alors, je la rends légère, si légère,
comme un souffle de lumière.
Géraldine Andrée
Je vis,
même en hiver,
des matins
de printemps
en cheminant
à travers
les feuilles
de mon cahier blanc.
Géraldine Andrée
Ne pas noter les choses importantes
mais celles que j’aime
aussi minimes soient-elles
comme les lueurs des gouttes matinales
sur la rambarde de ma terrasse
Géraldine Andrée
Journal
J’écris pour retrouver le murmure de l’eau de mon enfance.
J’en ai bien souvenance :
il était vif et brillant au soleil,
riche de pétales, de brindilles, de branchettes,
de feux qu’allumait en lui le reflet du ciel.
Parfois, il s’enroulait autour d’une souche
puis reprenait sa course
entre les lèvres de la rive,
toujours plus rapide,
toujours plus ivre.
Et s’il disparaissait un instant
sous un peu de limon
ou quelques racines,
c’était pour mieux rejaillir
et faire signe
par des méandres
qui se dessinaient sous mon doigt
et il me semblait
que c’était moi l’artiste.
Souvent, la lumière
de l’encre qui sèche
doucement au soleil
me le rappelle
mais le silence
me prouve
qu’il n’est pas encore là.
Alors, je recommence.
Je recommence.
J’écris pour retrouver le murmure de l’eau de mon enfance.
Géraldine Andrée

La cicatrice est un souvenir, une trace de vie anciennement écrite sur la page de la peau.
Il faut en remonter le chemin jusqu’à son origine – une chute à vélo, un coup, un accident, une opération, une brûlure avec une casserole qui bout – pour mesurer combien elle est le signe d’un parcours, voire d’une métamorphose.
Il est aussi des cicatrices invisibles – celles de l’âme – qui provoquent une réaction encore douloureuse et souvent incomprise par l’entourage face à une situation, une image, une odeur, une voix précises.
De telles cicatrices constituent une mémoire gravée dans le corps subtil – qu’importe le nom qu’on lui donne ; astral, éthérique…
(J’imagine mes cicatrices émotionnelles, bordées de blanc ou de rose.)
Personne ne connaît leur existence, sauf celui ou celle qui la porte en soi. Et c’est bien comme cela car la résilience est d’abord intime.
A quoi bon essayer de réduire une cicatrice, de la gommer, de l’effacer, de l’oublier ?
Elle est à jamais destinée à combler une partie blessée de notre Être.
La cicatrice est le témoignage d’une guérison au fil des jours.
J’écris parce que je suis pleine de cicatrices.
Et j’aime, grâce au sang bleu de l’encre, voir s’inscrire les phrases sensibles
sur le grain de la page rencontrant le grain plus épais de ma peau,
là, à cet endroit de ma main qui fut malencontreusement brûlé lorsque j’avais deux ans par un fer à souder, alors que mon père bricolait.
J’ai toujours su qu’il y avait une conjonction entre le souvenir de cette brûlure et l’écriture : c’est la réminiscence de ce traumatisme qui me guide chaque jour vers le contact apaisant de la page du matin.
Géraldine Andrée

Changer un mot ou deux
Sauter plusieurs espaces
Laisser un blanc
que viendra plus tard
combler
la juste pensée
Et si l’histoire n’est pas belle pour soi
effacer les phrases
où s’essoufflent les rêves
Gommer les lignes
trop droites
qu’il faut suivre contre son désir
Oublier si c’est nécessaire
tout ce qui a été écrit
les jours sans foi
et puisque rien vraiment
ne s’achève
recommencer
à partir de la rature
car c’est de la pierre
grossière
que rejaillit
l’infini murmure
de la lumière
Géraldine Andrée