Rêve de montgolfière
Le ciel est parsemé de montgolfières.
Où est la mienne ?
Flotte-t-elle, avide d’infini ?
Vogue-t-elle, libre dans sa solitude,
parmi toutes les autres ?
Ou est-elle encore
arrimée à la terre ?
Je scrute l’azur,
les mains en visière
au-dessus de mes paupières,
pour ne pas me laisser éblouir
par l’or de la lumière :
je ne la vois pas.
Et je songe :
« C’est peut-être mieux ainsi. »
N’existe-t-il pas une sensation plus légère
que celle de mon rêve de montgolfière ?
Je me souviens
de l’après-midi d’un dimanche de printemps.
Mon père et moi,
nous nous asseyons dans le panier,
qui tangue un peu sous notre poids.
Les couleurs du ballon ondoient
lorsque la montgolfière s’élève dans les airs,
aspirée par son désir de hauteur.
Mais, à ma grande déconvenue,
nous ne quittons pas définitivement la terre.
Dans mon esprit d’enfant,
je pense que c’est pour que je ne perde pas de vue
mes devoirs à faire
au retour,
et la perspective de l’école,
si tôt le lendemain.
En bas, je vois se dérouler
l’insolite tissu bigarré des prés,
bordé par le ruban des routes.
Les arbres ont rapetissé en bouquets.
Et les hommes, les animaux, les fleurs, les pierres,
que sont-ils devenus ?
Ils ne sont plus que des points invisibles,
comme s’ils n’avaient jamais existé.
Quant au grand champ du père Grandjean,
il pourrait tenir dans un mouchoir de poche.
Puis, la montgolfière amorce
sa descente
dans un bercement
qui me soulève
le cœur.
Elle n’en finit pas
de se rapprocher
de la terre,
de raser l’herbe,
et quand enfin le panier
touche
le sol
dans une secousse,
il me semble
que le contact
avec la terre
plate
déplace
mes reins,
me projette en avant,
me fait vivre
un insondable
vertige
alors que je suis
en bas.
Aussi,
voyez-vous,
à bien y réfléchir,
je préfère
vivre
le rêve
d’être
une plume,
une simple
plume,
grise
ou blanche,
peu importe.
Au moins,
je redescends
des cimes
en m’inclinant
gracieusement
dans la lumière,
telle
une ballerine.
Parfois,
je me penche
pour répondre
au désir
du vent.
De loin,
l’œil
peut croire
que je me cambre
sous la caresse
d’un amant.
Et dans
une infinie
glissade
entre deux
figures
de danse,
je me dépose
sur une feuille
de vélin
ou de soie
et j’attends
quoi ?
La main, le mot,
le souffle
d’un poème
peut-être,
avant de reprendre
mon vol
et de disparaître.
Géraldine Andrée


