Quand j’écris,
je me sens à ma place
dans l’espace
de la page,
et le point
qui termine
chaque phrase
fait partie
de la multitude
de points possibles
qui apparaissent
comme des astres
pour me faire signe.
Géraldine Andrée
Quand j’écris,
je me sens à ma place
dans l’espace
de la page,
et le point
qui termine
chaque phrase
fait partie
de la multitude
de points possibles
qui apparaissent
comme des astres
pour me faire signe.
Géraldine Andrée
Toutes ces pages
de vie
toute la vie
de ces pages
attendent
dans mon sac
que je les délivre
de leur nuit
et de leur silence
pour apporter
au monde
un jour neuf
à vivre
Géraldine Andrée
Écrire sur les roses
depuis longtemps feues
pour mes yeux
mais qui flamboient encore
dans la seule saison
de ma mémoire
pour que l’encre
des mots
en garde l’éclat
jusqu’à la lampe
cette ultime corolle
du soir
Géraldine Andrée
Un jour j’ai eu envie de partir loin
Mais je n’avais pas assez d’argent pour acheter un billet longue destination
Alors j’ai ouvert mon cahier brun
Qui était à portée de main
Mot après mot j’ai fait mon voyage
J’ai tracé mon chemin
J’ai franchi la ligne qui me séparait
De ma liberté de ma vérité de ma beauté
J’ai trouvé mon élan
J’ai déployé mes ailes dans le blanc
J’ai créé mon horizon
Et j’ai rencontré un pays si secret
Qu’il ne figure sur aucune carte du monde
Pas même un point ne le désigne
Seul un poème peut le rejoindre
Parce qu’il porte mon prénom
Géraldine
Rien ne me manque
J’ai assez d’encre
Pour traverser le silence
Géraldine Andrée
Nos temps deviennent de plus en plus incertains.
Chacun ignore où mène son chemin.
Puisque vous ne savez à quoi ressemblera demain,
faites du présent votre demeure.
Prenez une encre de couleur
qui plaît à votre cœur
et écrivez le mot Aujourd’hui
autour duquel vous noterez
sous forme de constellation
ce qui vous offre de l’intérêt
ici et maintenant,
les tâches immédiates,
les petits plaisirs
comme
« Changer la litière de la chatte,
arroser l’hibiscus géant,
écrire une lettre à mon amie,
terminer mon roman,
faire un gâteau de noix,
plier ma chemise en soie… »
Ces propositions
vous incarneront
dans votre propre présence,
dans la force de votre essence.
Et vous verrez bien
ce que vous noterez demain !
Géraldine Andrée
Il y a des moments
où vous perdez le livre de votre vie,
où celui-ci vous échappe,
emporté par le vent des épreuves
qui vous l’arrache
et il s’envole très loin
sur un chemin
qui n’est pas le vôtre.
Alors, il vous faut désespérément
tout réécrire,
réinventer votre histoire
ou prier
pour retrouver
le livre de votre vie.
pour en reprendre le fil,
le souffle interrompu.
À force de chercher,
d’espérer,
de vous appuyer
sur cette foi
qui ne ressemble pas
à celle d’un autre,
il arrive
que le livre de votre vie
vous réapparaisse
au hasard,
au cours d’une promenade
à l’aube,
entre deux feuilles
tombées
que constelle
la rosée.
Vous vous penchez
pour le recueillir
et la page
sur laquelle il a demeuré
ouvert
pendant ces jours de silence
et ces nuits d’égarement
est votre page du jour.
Il vous suffit
de continuer
votre récit
en laissant un espace
infime,
juste un peu de blanc
entre hier
et aujourd’hui,
signe
que le temps a passé
et qu’une autre phrase
peut commencer
sans que rien
de ce qui précède
ne soit effacé
ou renié.
Alors, vous refaites
un pas sur la route
en tenant bien,
cette fois,
votre livre de vie
dans vos mains
et vous avancez,
un rêve plus loin.
Géraldine Andrée
Quand le livre de votre vie est fini,
laissez quelques pages blanches.
Quand le livre de votre vie est fini,
votre vie, elle, continue.
Aussi, gardez prête votre encre future.
Vous avez écrit toutes vos peines ?
Alors, laissez quelques pages blanches
pour vos joies à venir.
Vous avez raconté toutes vos joies d’autrefois ?
Alors, laissez quelques pages libres
pour celles qui s’annoncent
à la seconde suivante.
Il vous semble que vous êtes parvenu
au bout du récit
de votre existence,
qu’il n’y a plus rien à dire,
que vous avez accompli
tout votre voyage
sur cette terre ?
Laissez quelques pages blanches
pour que quelqu’un y prolonge
votre trace.
Et qui sait ?
Peut-être
la reconnaîtrez-vous
et la suivrez-vous
avec confiance
à votre prochaine
naissance…
Combien de pages blanches,
me direz-vous,
faut-il laisser
en héritage
à vos myriades
de mots ?
Autant que vous voulez !
Et pourquoi pas,
un autre cahier
sur lequel vous inscrirez
votre nom
en guise
de signature
de l’aurore
qui se cache
encore
avant d’apparaître…
Le livre de votre vie s’achève
mais gardez ouverte
la fenêtre
sur le chemin…
Laissez quelques pages blanches
pour les présents
de Demain.
Géraldine Andrée

Je souhaite réserver ce post à un support unique : le cahier à clé. On le juge désuet et, pourtant, c’est ainsi que l’on représente dans l’imaginaire collectif le journal intime. Démodé et éternel, le cahier à clé est un refuge efficace, un asile rassurant pour la découverte de soi. Dans ce cahier, tout ce que vous écrivez vous est exclusivement réservé et interdit au regard extérieur ; d’où l’importance de l’adjectif intime qui caractérise le journal. Vos pages ne s’adressent qu’à vous-même. La clé donne à vos écrits ce côté secret qui préserve votre territoire psychologique et émotionnel de l’intrusion d’autrui.
Je me souviens avoir acheté mon premier journal intime à l’âge de quatorze ans. Je revois sa reliure fleurie, sa petite serrure et sa fine clé dorée. J’étais fière de posséder un espace enfin à moi. Je me réappropriais mon pouvoir. J’excluais de ma chambre toute intrusion parentale et familiale. Mon cahier était devenu une autre chambre, “une chambre à soi” comme le dit Virginia Woolf. Je le fermais dès le dernier mot et je cachais la clé dans le tiroir de ma table de nuit. Je n’appartenais plus aux autres. Je ne me sentais plus si effacée, inutile, transparente. J’avais la force d’une voix pour moi – la mienne. Je possédais une richesse que nul ne pouvait me dérober et qui consistait en la faculté de me confier quotidiennement à la page.
Grâce à cette clé, je commençais à cerner mes limites, à distinguer ce qui m’appartenait et ce qui ne m’appartenait pas dans les jugements que les autres portaient sur moi. Un seul mot et je dessinais les contours de mon identité dont je n’avais eu jusqu’à cette découverte qu’une conscience flottante. Je parlais pour moi ; je m’adressais à moi sans témoin. Je devenais l’auteur de ma vie d’adolescente puisque je pouvais me délester de mes peines et parler de mes rêves pour les concrétiser un peu plus chaque jour. Je partais à la conquête de moi-même.
Pourquoi ce petit récit ? Pour vous montrer que, peu importe le regard des autres, c’est le vôtre qui compte.
Aussi, choisissez votre cahier non pas parce vous voulez bien y écrire mais parce que vous vous sentirez bien en y écrivant – et surtout en sécurité, inconditionnellement accepté par la page et donc par vous-même.
Le cahier à clé est particulièrement indiqué si votre entourage est constamment présent, vous sollicite beaucoup et si vous avez peu d’espace à vous. Il est alors nécessaire de protéger ce que vous écrivez car le but de votre voyage est l’exploration d’une contrée singulière, unique : votre être.
Et même si vous vivez seul, la clé de votre cahier peut être riche symboliquement pour votre inconscient. Elle peut représenter le seuil à franchir de l’extérieur à l’intérieur de votre être, du monde à votre âme. Le cliquetis de la clé qui fait céder la serrure, le balancement de la chaînette vous rappelleront peut-être une porte qui s’ouvre.
Alors, posez chez vous – dans votre journal – vos bagages trop lourds, vos jugements, vos croyances, les faux habits qui vous empêchent d’avancer librement parce qu’ils vous serrent trop. Vos pas se font légers. Vous pouvez maintenant avancer !
Géraldine Andrée
Juste revenir
sur les mots anciens
et retrouver
tout le sens
qu’ils avaient alors
comme on se replace
en suivant ses propres traces
sur la beauté du chemin
Géraldine Andrée