Publié dans C'est ma vie !, Mon aïeul, mon ami., Psychogénéalogie

Stéphane

Je remercie Monsieur V. d’avoir été le messager de mon grand-oncle Stéphane de Zalewski, noble d’origine polonaise, mort juste après la Deuxième Guerre Mondiale pour avoir eu le coeur brisé de chagrin.

Persécuté par les nazis, contraint à l’exil à Metz, il s’est vu ensuite spolier de tous ses biens à Varsovie par le communisme stalinien. Je comprends mieux maintenant la signification du foulard rouge que je dois retrouver dans la maison familiale.

J’ai toujours su que ce grand-oncle vivait près de moi, qu’il ne me quittait pas. Très souvent, je prononce son nom. Une nuit, il m’a montré en rêve sa ville natale, Varsovie, que je visiterai en cette vie, c’est promis. J’entrais à l’intérieur de sa demeure qui appartient désormais à d’autres. Je me chauffais à son feu qu’il avait allumé pour moi. Je dois faire beaucoup de voyages et la Pologne, avec des villes comme Cracovie et Varsovie, figure en tête de ma liste.

Stéphane était passionné par les livres, la littérature, l’étude, tout comme moi. Souvent, je retrouve des pages de livres anciens soulignées et annotées de sa main, une écriture fine et élégante, comme sa prestance, et aussi cette signature alerte – Stéphane.

Je suis reconnaissante de savoir que c’est lui l’auteur de ces murmures près de mon coeur et de ces connaissances qu’il insuffle à mon oreille intérieure.

Maintenant, je peux mettre un visage à mon intuition.

Si je recueille suffisamment d’éléments biographiques, ici, en Lorraine ou là-bas, en Pologne, j’écrirai le livre de sa vie.

Cet après-midi, j’ai renoué avec mes racines.

Merci !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

Mes héritages

Je suis née dans une région de mines et de forges rouges, où la brume tarde parfois jusqu’à la fin du jour, où les froids sont coupants et les étés brûlants et où la terre givrée craque sous le pas : la Lorraine, alors que je suis faite pour la lumière effilée du Sud, les terrasses blanches et l’azur bleu. Il faut croire que j’avais besoin de m’incarner au contact de la matière.

J’ai reçu en héritage de mon grand-père paternel le goût de la connaissance sous la lampe de la chambre, le souci de la précision et de la rigueur.


J’ai reçu en héritage de ma grand-mère l’amour des livres, des mots, de l’encre, ce sang bleu qui irrigue la page de mes jours. J’ai reçu d’elle également la vie intérieure, la spiritualité, l’imagination. Si elle avait vécu plus longtemps ou si j’avais grandi plus vite, nous serions allées voir des pièces de théâtre à Paris. Comme nous nous serions amusées ensemble ! 


J’ai reçu en héritage de mon grand-père maternel l’attention portée à chaque chose de la nature, une tendresse particulière pour les jardins et les jeunes pousses, la patience de l’éclosion car tout se présente à la bonne saison, une prédilection pour l’enseignement. Mon Grand-Père était instituteur, « ce hussard noir de la République », fédérateur de tout un village. J’ai suivi sa trace jusqu’à Dunkerque où il a fait la guerre.


J’ai reçu en héritage de ma grand-mère maternelle les adages (« C’est le métier qui entre ! », « Telle va la cruche à l’eau qu’elle se casse ! »), les matins clairs où l’on équeutait les haricots tandis que l’eau chantait dans la bassine, l’humble philosophie des tâches ménagères.


J’ai reçu en héritage de mes aïeux la capacité à me souvenir : la maison aux volets bleus des vacances de mon enfance habite toujours ma mémoire. J’ai aussi reçu en héritage d’eux le flamboiement des moissons, les senteurs de la terre, la tendresse de la pâte faite main lorsqu’on s’enfonçait au coeur de la campagne pour leur rendre visite.


J’ai reçu en héritage de mon père cette fascination pour l’Univers et les civilisations antiques, le don d’observation – comment je peux contempler longtemps par exemple le mouvement de rotation d’une bulle irisée dans l’air -, l’interrogation métaphysique du temps qui passe, la sensibilité pour les arbres et les animaux.


J’ai reçu en héritage de ma mère la révélation d’une vie antérieure en Chine, le bonheur de me faire belle, de me maquiller, de m’acheter des vêtements qui me vont bien, la passion pour la poésie – elle m’aidait à apprendre les poèmes de Maurice Carême, le soir dans mon lit et j’entendais encore sonner les rimes argentines quand la silencieuse vague du sommeil m’emportait -, le développement d’une vie artistique où couleurs et sons s’entrelacent. J’ai reçu de ma mère le plaisir de chanter, de raconter la vie de toute une époque, une tache de naissance bien rose sur la nuque, visible à fleur de cheveux lorsque le souffle du vent les soulève. Souvent, la cascade d’un rire nous réunit.


Riche de ce patrimoine immatériel, je vais naturellement vers ce que j’aime, vers ce qui me fait vibrer.
Les longs après-midi de mauvais temps m’ont permis de créer, d’inventer.
Je sais aujourd’hui qui je suis car je sais d’où je viens.
Un arbre sans racine ne peut donner de belles feuilles.
Et si je suis aujourd’hui une feuille vive, 
c’est parce que je le dois à ces racines qui m’ont élevée dans la lumière.

D’âge en âge
je garde
en moi
le jardin
de Pierre

mon Grand-Père 

avec ses tomates
rouges
ses fraises
vermeilles
qui attirent
les météores
des abeilles
et ses herbes
un peu folles
entre lesquelles
la chatte Bobine
de sa prunelle
maligne
me regarde
encore

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Le cahier de mon âme, Un cahier blanc pour mon deuil

Légère, si légère…

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je profite pleinement de la Vie.

Ecrite comme cela, cette phrase peut en choquer plus d’un.
Alors, je rectifie :

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je sais la Vie fragile alors je fais tout pour la rendre légère.

Quarante ans ou même quatre-vingts ans passent en un clin d’oeil. Et on se retrouve inéluctablement en deuil. Un jour, viendra mon tour.

Les visages, les voix, les regards s’effacent et il ne reste que les miroirs. On se demande même si on n’a pas rêvé tous ces gens avec qui on a vécu si longtemps.

Alors, je suis attentive au battement d’aile de chaque instant.

Une sortie à l’opéra imprévue avec un vieil ami ? Vite ! Je m’achète un sandwich pour l’entracte et j’y vais.

J’ouvre grand la fenêtre quand il fait soleil. Qu’importe que les insectes entrent.

Et je ne ferme pas les volets s’il pleut. J’aime entendre les notes des gouttes contre la vitre et tant pis si elles laissent ensuite des ronds de silence que mon chiffon devra enlever.

Je lis ou j’écris au coeur de la nuit. Avoir les yeux cernés le lendemain au travail n’est pas très grave.

Je suis libre pour le Grand Amour.

Je craque pour l’achat d’une belle robe, même si cela fait un trou dans mon budget.

Je projette un grand voyage après avoir rénové ma maison. Je n’ai pas oublié l’élan de la première vague de Méditerranée.

Je ne m’encombre plus de gens toxiques qui vous mangent l’âme par petit bout. Hop ! A la porte !

Je ris des bêtises de mes élèves.

Je suis attentive au papillon d’or qui précède ma sortie de l’école.

J’écoute l’Arpeggiata en boucle.

Bien sûr, je pleure encore souvent mais je m’amuse aussi comme quand j’avais dix-sept ans.

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je sais que la Vie peut s’envoler à tout instant.

Alors, je la rends légère, si légère,
comme un souffle de lumière.

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

Tu veux écrire parce que le temps passe.

Tu veux écrire parce que le temps passe et qu’il te faut garder un souvenir de ce que tu as vécu : l’enfance, le murmure des sous-bois dans le vent, le regard du premier amant, la famille réunie dans le jardin juste avant que l’aïeule ne s’éloigne.

Mais l’encre, c’est le temps. Les mots sont des secondes. Assise, tu ne peux ignorer que le mouvement de ta plume t’emmène toujours vers l’instant suivant.

Phrase après phrase, tu vieillis.

Et si tu atteins déjà minuit, c’est parce que le temps passe trop vite quand tu écris.

Mais peut-être qu’un jour, l’heure de chance sonnera. Quelqu’un trouvera l’un de tes cahiers, parmi tous ceux dispersés lors des déménagements.

Quelqu’un que tu ne connais pas encore, un ami, un petit-enfant prendra le temps à rebours en tournant les pages.

Et il reviendra vers les longs cheveux de l’enfance,  le bercement des sous-bois, la peau de l’amant, la joie du jardin, le sourire de l’aïeule – tout ce qui fut éphémère car trop vite vécu, tout ce que la volonté de mémoire des mots ne réussira jamais à ressusciter complètement.

Quelqu’un qui se voudra fidèle à ton espoir initial suivra à son rythme le fil de l’encre,

s’arrêtera puis continuera le chemin, toujours plus proche de ce que tu souhaitais revivre.

Et lorsque le temps sera venu de refermer le cahier, ton lecteur te dira, à toi peut-être disparue :

Bien sûr que cela fut.

Puissance de ce temps du verbe « être » au passé

qui  contient en une syllabe toute l’éternité.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Cahier du matin, Créavie, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Méditations pour un rêve

Ecrire, se dit-elle.

Ecrire, se dit-elle.

Le miroitement de l’encre où elle se reconnaît.

Les mots qu’elle trouve dans le blanc de la page et qui la surprennent par leur éclat de jais.

Ce crépitement de la pointe de la plume contre le grain du papier à l’heure où tout s’absente encore.

Bruit frêle

de la vérité qui approche

et traverse la porte.

Je suis vivante, écrit-elle.

Seule phrase qui importe.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Je pour Tous, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Créavie : C’est ma vie 1

C’est ma vie. Je veux en faire une oeuvre de Beauté, de Bonté, de Vérité.

Noble tâche !

Mais il y a les aléas, les tracas, les embûches, les obstacles. Les velléités. De moi et des autres. Parfois la boue, les sanglots, les larmes, le découragement.

Alors, il me faut franchir les obstacles, continuer la route, contourner les pièges – avancer, même si mes pieds se sont blessés dans les ornières. Qu’importe la trace de mes pas. Seul compte le prochain pas que je vais faire.

C’est ma vie. Je l’écris chaque jour.

Mes choix, mes acceptations, mes refus, mon libre arbitre lui donnent une ligne directrice que j’essaie de suivre aussi sur mes pages du matin.

Je fais signe à l’Univers au milieu de l’océan blanc de mon cahier :

Je suis là ! Tu me vois ?

C’est ma vie.

Et je suppose que, vus d’en haut, mes mots sont de minuscules points bleus, de frêles feux que je lance pour être reconnue par Dieu.

C’est ma vie.

Beaucoup m’ont dit dans mon enfance :

C’est ta vie. T’en fais ce que t’en veux.

Ce n’est pas vrai.

On ne fait pas ce qu’on veut de sa vie. Croire le contraire est une illusion dangereuse.

Il y a les déviations, les ralentissements, les accélérations, les bifurcations, les priorités, les croisées de chemin sans aucune indication.

Les rencontres que je n’aurais pas dû faire, les aveuglements, les fausses amours, les trahisons, les erreurs d’étourderie – ou plutôt d’insouciance.

J’apprends, j’hésite, je trébuche, je tâtonne, je rectifie.

Certes, je suis l’auteure de ma vie mais il y a beaucoup de ratures, de changements, de brouillons, de recommencements.

Autant de signes que le manuscrit est bon, me dit l’éditeur.

C’est ma vie de Vérité. C’est la Vérité de ma vie, cette trouvaille que, plus on ajuste, plus on est dans le Juste pour soi.

Tant pis si je ne connais pas toutes les vérités.

L’essentiel est que je vive comme j’écris : avec sincérité.

Et que tous mes ratés en soient la preuve.

C’est ma vie, à chaque jour un peu plus neuve.

 

Géraldine Andrée