Publié dans Journal de ma résilience, Le cahier de la vie, Le journal de mes autres vies, Toute petite je

La chambre de l’enfance

Retrouver
la chambre
de l’enfance
et sous l’édredon

qui fleure
bon
la lessive
de lavande

vivre
mes rêves
pendant que le feu
vermeil

et tranquille
d’un bouquet
de roses
me veille

Puis le lendemain
me voir
dans l’aube
du miroir

un peu autre
plus neuve
plus heureuse
ignorante

de toutes
ces épreuves
qui m’attendent
Sourire

ainsi
à mes yeux
tranquilles
en bordant

chacun
de mes cils
de mascara
bleu

sans me soucier
d’entendre
la voix inquiète
de ma mère

qui s’exclamera :
Voyons !
C’est beaucoup trop tôt !
Tu es si jeunette !

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Le cahier Blueday, Le journal des confins

Le retour

Me voici :
Je rentre
dans mon cahier
doux

et douillet
pour rêver
à loisir
et me reposer

de la Vie.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Journal d'instants

Tant pis

Tant pis si je n’y suis pas encore arrivée :
au moins ai-je posé le premier mot sur la page, le premier pas sur le chemin…
Et tant pis si ce chemin est encore long :
au moins ai-je connaissance de la destination…
Et tant pis si la destination me paraît bien lointaine :
au moins puis-je préparer un bagage pour savourer mon voyage…
Et tant pis si le temps de ce voyage dure une vie :
au moins sais-je profiter de chaque instant présent qui le compose…
Et tant pis si toute ma vie est dirigée par ce désir :
au moins aurai-je appris à déployer la voilure nécessaire à ma réussite…
Au pire, tant pis si je n’ai toujours pas réussi
car je me donne l’opportunité de rêver encore plus haut !
Alors, tant mieux
que ce soit tant pis :
ce qui me semble inaccessible aujourd’hui
possède l’éclat de l’astre
qui guide mes yeux
quand il fait trop nuit…

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Récit de Vie

Sans titre

Je veux rendre honneur
à tous ces objets
qui accompagnent
mon écriture quotidienne :

ma vieille tasse
dans laquelle les thés
de différentes saveurs
ont laissé trace,

ma bouilloire
dont le ronronnement sûr
répond
à toutes mes questions,

mon bâtonnet
d’encens
écrivant
en silence

sa phrase
qui danse
en volute
grise

jusqu’à la page
blanche
du plafond,
et surtout

ma pierre
d’améthyste
dont les lueurs
m’inspirent

un mot de foi
à chaque fois
que j’ai noté
un mot triste…

Géraldine Andrée

Publié dans Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Récit de Vie

Le pays

Lorsque je vis si intensément que j’en oublie d’écrire, je sais que l’écriture est là, malgré tout, avec son encre à la source de qui je suis.

Et lorsque viendra le temps de me reposer, je pourrai reprendre mon cahier Blueday afin d’ajouter aux épisodes passés la goutte et la note de l’instant présent, faire paisiblement le point.

J’entrerai dans le silence de la page comme dans une maison qui m’aura attendue depuis longtemps. Chaque carreau de la ligne sera une fenêtre ouverte qui m’offrira le plus juste regard sur le monde.

L’écriture est ce pays où je reviens toujours après avoir vécu.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Le livre de vie, Récit de Vie

Le témoignage

Plus que des événements
la biographie peut être
le témoignage
du souffle du vent

qui mélange
les couleurs
de la colline
à la fenêtre

de jadis
demeurant
ouverte
aujourd’hui

et elle peut laisser
pour ciel
une page
aux ailes

de la mésange
recueillie pendant l’enfance
et qui prête
son bleu à l’encre

en chemin

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie-thérapie

Un poème de la Chine ancienne

Un poème
de la Chine ancienne
me fait entendre
dans la chambre

le chant
de la pluie fraîche,
une pluie qui date
d’un millénaire

et qui déverse
toutes ses notes
sous ma lampe,
de telle sorte

que le silence
de cette nuit
crépite
comme une brindille

sur le sentier
que le poème
de l’an mil
me dessine

depuis jadis
– ce temps
où n’étant moi-même
que silence,

j’ignorais tout
de l’existence
des poèmes
et de la pluie…

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Le livre de vie, Récit de Vie

Pourquoi écrire sa biographie ?

  • Pour laisser une trace à ses proches, ses descendants, léguer un patrimoine spirituel, donner en guise d’héritage le bien le plus précieux : qui l’on a été au cours de sa vie, ce que l’on a ressenti, aimé, pensé, éprouvé. Faire de sa vie écoulée un présent. C’est le motif le plus répandu.
  • Retrouver le passé et l’actualiser avec les détails les plus fidèles. Il s’agit, alors, d’un acte de foi envers sa mémoire. On fait confiance au processus des souvenirs – y compris les plus enfouis – qui permettent de ressusciter son histoire. Prendre sa revanche sur ce que l’on croyait à jamais écrit : l’oubli.
  • Se réhabiliter aux yeux de quelqu’un. L’inviter à comprendre les motivations qui nous ont poussés à agir ainsi et solliciter, peut-être, son pardon. S’apercevoir que l’on est, sans doute, ni pire ni meilleur qu’un autre et que ces défauts pour lesquels on endure tant de culpabilité sont le signe de notre appartenance à l’humanité.
  • Tracer le chemin qui nous a menés vers notre résilience. Voir comment l’on a métamorphosé les épreuves et donc, comment l’on s’est transformé, soi. On développera par ce biais un sentiment de fierté.
  • Se délivrer d’un événement qui nous hante encore. Lorsque cet événement a surgi de manière imprévisible dans notre vie, il était si violent qu’il était indicible. Reprendre par les mots cette maîtrise sur son destin que l’on avait perdue. Créer une distance temporelle nécessaire entre le Moi et l’événement pour parvenir à le relativiser ou, du moins, faire en sorte qu’il ne nous touche plus autant. Se séparer de la vision fragmentée que l’on avait de soi et reconquérir, dans la vision de son livre de vie relié, une meilleure unité narcissique, indispensable à l’épanouissement personnel.
  • Tenir à nouveau le fil da sa vie : au fil de l’encre, repérer les répétitions, les patterns qui ont entravé notre bonheur ou notre évolution personnelle afin de s’en libérer.
  • Revivre des moments heureux et voir que ce bonheur a souvent dépendu d’un lieu, d’une époque, d’une personne. Serait-on le même aujourd’hui si l’on n’avait pas eu cette chambre, cette grand-mère ? Ce jardin n’a-t-il pas développé l’espoir en la réalisation de nos rêves ? Cultiver la gratitude envers tout ce que la Vie nous a déjà offert, c’est se créer une vie meilleure.
  • Redonner du sens et de l’importance à un détail, du signifiant à ce que l’on croyait jusqu’ici banal et insignifiant : on mesure alors combien une odeur, la couleur d’une journée, une chanson particulière font partie de notre construction intérieure. La chanson Diabolo Menthe d’Yves Simon – entendue à la radio – m’a encouragée à reprendre mes carnets secrets au sortir de l’adolescence où j’avais commencé à douter du pouvoir de l’écriture. Il a donc suffi d’un rien – une chanson diffusée par hasard et que j’ai entendue au bon moment – pour m’empêcher d’abandonner l’écriture.
  • S’apercevoir que l’on est riche de tout ce que l’on a vécu et que c’est cette somme d’expériences qui forme le matériau d’une écriture vivante. Sans aucun orgueil de notre part, donner une forme de pérennité à notre passé afin que notre vie personnelle ait des échos universels. Telle ou telle épreuve, en effet, peut aider quelqu’un d’autre à triompher de ses propres difficultés. Parvenir à toucher une seule personne, c’est immense, c’est Tout.
  • Mieux vivre le présent : ici et maintenant. Comme notre histoire, longtemps restée silencieuse à l’intérieur de soi, a été extériorisée sur le papier, on devient ainsi qui l’on est vraiment. On ne se laisse plus avoir par de fausses images ou de fausses croyances sur notre être. On a accompli une sorte d’exorcisme qui nous a délivrés des sortilèges – c’est-à-dire des schémas qui nous empêchaient d’exister vraiment. J’ai connu cette satisfaction après avoir achevé mon roman Le Grand Retour. Enfin, j’étais sortie de l’emprise d’une histoire d’amour dont je n’avais pas vraiment fait le deuil, même vingt après. J’avais quitté pour toujours la maison blanche.

Tout cela pour vous dire ceci :

Parce que l’on a écrit notre vie, on peut Vivre !

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Journal de silence, Poésie

Confidence

Certains soirs,
lorsque la vie
m’est peine,
je confie

mon âme
à un poème
qui se confie
à mon âme

et même
si personne
ne le sait,
ce silence

qui tremble
dans la flamme
d’une bougie
en témoigne.

Géraldine Andrée

Publié dans Cahier du matin, Journal de ma résilience, Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Le rêve

Je suis retournée là-bas
en rêve
et j’ai retrouvé
l’empreinte de mes pas
sur la terre de l’allée,
le feu nacré des roses-thé,
les étincelles du rire de Maria,
l’ombre bleue du tilleul,
et quand j’ai franchi le seuil,
l’impression que je n’étais pas seule
car il y avait une fenêtre
ouverte pour moi
dans l’été.
À mon réveil,
je me suis sentie
si habitée
par la vie
de jadis,
que je me suis demandé
si l’absence
de toutes ces choses,
de tous ces êtres
n’était pas un rêve
et si ce qui m’était revenu,
le temps d’une nuit,
dans le secret
de mes yeux fermés,
n’était pas réel…

Géraldine Andrée