Publié dans Cahier du matin, Poésie

Le trésor

J’ai trouvé

un trésor :

la porte

qui s’ouvre

sur l’or

du chemin

dans le jour.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Cahier du matin, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Le journal de mes autres vies, Non classé

Les rêves

Les rêves sont ce que l’âme a vu avant de venir s’incarner ici. Ces possibilités destinées à se faire Chair, à prendre Vie, à devenir Vérité.

Aussi, ai-je souvent la réminiscence d’un rayon de soleil sur un mur de pierres ocre, du bleu tiède du soir au-dessus des toits, du chat qui s’étire en reconnaissant mon pas, de la brise qui porte les voix rassemblées autour de la table du dîner, des douces dalles de faïence pour le pied nu.

Tout à l’heure, on s’assoira sur le seuil et on discutera en regardant la lumière décliner pendant que s’allume Vénus.

Comment peut-on avoir souvenance de ce qui n’a pas existé en cette vie ?

Parce que je pense que ces souvenirs rêvés représentent le futur absolu que l’âme a contemplé avant de venir s’incarner ici.

Géraldine Andrée
Mon Journal

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Le cahier de mon âme, Poésie

Grandeur du minime

Avant

d’accomplir

de grandes

choses,

 

j’essuie

cette goutte

qui perle

sur mes cils.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, Non classé

Un cas concret d’écriture autobiographique : la forme achevée des souvenirs

Je soumets à Berthe, lors de la séance suivante, ces deux témoignages qu’elle valide car elle sent que sa voix est restituée. Il est désormais temps pour nous de définir clairement le projet qui doit appartenir, selon son souhait, au genre du « récit de vie ».

Dans cette optique, je demande à Berthe pour qui elle veut écrire : Berthe m’indique qu’elle veut d’abord écrire pour elle, pour se libérer de ce sentiment d’urgence qui l’habite depuis sa jeunesse, né de la peur d’être – comme elle l’a dit – « arrachée aux moments qui comptent le plus. » Elle ajoute que ce récit de vie s’adresse également à ses proches, surtout ses petites-filles auprès desquelles elle désire témoigner de l’éducation stricte qu’elle a reçue à son époque, éducation qui a façonné tant de jeunes filles dans un modèle, voire un carcan de « savoir vivre » qui empêchait l’épanouissement de l’Être.
« Que mes petites-filles prennent conscience de la chance elles ont d’avoir une éducation libérée aujourd’hui, une éducation qui leur donne la chance d’être à l’écoute de leurs désirs et de se rapprocher au plus près de ce qu’elles veulent faire, de ce qu’elles veulent devenir ! »

Ce récit intime possédera donc une dimension universelle, puisqu’il restitue la voix d’une jeune fille appartenant à l’ancienne génération et s’adressant aux jeunes filles de la nouvelle génération. De même, il illustrera un cahier d’or, « le cahier des jeunes années », substitut du journal intime perdu, que Berthe a préparé « pour laisser une trace de son passage sur cette terre » ; il accompagnera en tant que « légende personnelle » les trois photographies que je rends à ma narratrice.

Ensemble, nous définissons d’autres orientations à donner à l’écriture.

Les deux récits obéissent tout naturellement à une structure chronologique : le texte décrivant l’arrachement à la maison de Beaujour vient en premier ; lui succède le texte évoquant la délivrance du pensionnat du Luxembourg. Cette structure chronologique devient, de ce fait, circulaire, car les futures lectrices que sont les petites-filles de Berthe devineront qu’à cet épisode succédera un nouvel arrachement ; et ainsi de suite ; telle est, en effet, l’alternance qui a dominé la jeunesse de ma narratrice.

Cette structure chronologique conditionne aussi une structure thématique. Les deux textes seront construits sur des réseaux d’antithèses : la nuit qui s’annonce et le gris du pensionnat s’opposent à la lumière du jardin retrouvé ; les cheveux liés contrastent avec les cheveux déliés ; les vieilles galoches sont remplacées par de légères sandales d’été ; les motifs des fruits se gâtant et du brin de senteur se desséchant sont supplantés par le motif des senteurs qui s’exhalent dans l’air… Ces antithèses confrontent les deux univers qui ont marqué la psychologie de Berthe et l’ont intérieurement divisée. La douleur, exprimée sous forme d’images précises, pourra ainsi être mise à distance. L’écriture imagée donnera peut-être le pouvoir à Berthe de se sentir enfin en paix avec elle-même et réconciliée avec son adolescence.

Quel temps dois-je utiliser ? Nous décidons, d’un commun accord, que j’emploierai le présent pour les deux textes : un présent de narration qui aura pour effet d’actualiser le souvenir, de le rendre plus intense, de lui donner un effet d’immédiateté afin que, paradoxalement, il puisse perdre ensuite de son emprise.

Les deux textes seront-ils écrits en langue courante ou soutenue ? Berthe a reçu une éducation littéraire dans les institutions elle a fréquentées ; ses parents étaient lettrés ; son père lisait beaucoup et il était passionné d’œuvres d’art. Pour cette raison, le style sera soutenu, sans être pédant. Berthe demande à ce que les termes employés parlent à son coeur ; en effet, des « paysages – états d’âme » sont évoqués. L’emploi d’une langue poétique, qui ne sera pas ampoulée, conviendrait donc à l’expression d’une telle nostalgie. Mais cette langue exclut l’usage du vers dans lequel Berthe ne se reconnaîtrait pas. Une musicalité délicate – créée par les images, le rythme singulier de certaines phrases, les échos sonores – rapprocherait les textes du poème en prose, genre susceptible de donner à voir les deux univers. Lors de la séance suivante, j’apporte les travaux rédigés.

Je rentre toujours trop tôt au pensionnat. 
Bien sûr, j’ai joué longtemps sous les branches et les ombres mauves du jardin annoncent la nuit.
Mais je rentre toujours trop tôt au pensionnat.
Mes bottines blanches du dimanche claquent sur les dalles grises du couloir. Il me faut promptement les enlever et chausser les galoches de la semaine. Quand je roule mes cheveux en chignon, une feuille perdue tombe de l’une de mes mèches et se dépose sur la vieille table de bois. Je range dans la profonde armoire, à mon grand regret, les robes légères promises à l‘oubli. Ma chère colline bleue a quitté mes yeux. La fenêtre de ma chambre s’ouvre sur d’autres fenêtres semblables et sur une cour très commune. Je rapporte souvent de la maison les premières cerises de la saison que je dispose dans une coupe. Hélas ! Elles se gâtent vite ! Les journées d’étude sont si longues que je ne songe pas à les manger… Il est aussi ce brin de senteur que je trempe dans un verre d’eau fraîche pour que son parfum se prolonge de jour en jour. Il se dessèche malgré mes soins. Et un soir, après un devoir, je m’aperçois que sa senteur s’est tarie. Je cherche, suspendu peut-être quelque part, le frêle fil de son parfum : en vain.
Je ne peux rien y faire. Je m’éloigne doucement du souvenir de mon beau dimanche. Et la perspective des vacances suivantes est si lointaine que je me sens, en les espérant, exilée de moi-même.
Je rentre toujours trop tôt au pensionnat.

Mais lorsque j’ai barré tous les jours d’étude du calendrier et que la dernière note de la cloche tinte dans les longs couloirs, je sais que c’en est fini de ma solitude : je rentre à la maison de Beaujour ! Madame Paule m’attend à la grille. Dès que je suis sortie du pensionnat gris, j’ôte mes vieilles galoches ; je chausse mes sandales fines que j’ai à moitié cachées dans mes poches devant Sœur Cécile; je monte dans la voiture blanche.
Pendant le voyage, le soleil fait danser ses rayons sur mon front et je fredonne sans cesse : 
« La la la les vacances ! Tous les jours à Beaujour, ce sera dimanche ! » 
Quand je pénètre dans ma chambre aux volets clos derrière les feuilles, je respire la bonne odeur de confiture chaude de reines-claudes. 
Vite ! Je me débarrasse du poids de ma valise ; je vais à la penderie ; je décroche ma robe à bretelles et à volants fleuris ! 
Devant l’œil rond du miroir, je dénoue en un seul geste mon chignon et je cache l’épingle de fer noir dans le tiroir de la coiffeuse. Je retrouve comme de vieux amis mes cheveux longs, mes cheveux blonds. 
Puis, je dévale l’escalier tout brillant de cire pour embrasser Flore, Alain, Cathou dont les doigts constellés de grains de farine se posent sur mes joues. Le chat se frotte à mes jambes. Je l’accompagne dans le jardin ou c’est lui qui me guide à pas de silence… Les senteurs des plantes s’élèvent, enivrantes, dans l’air. L’herbe, un peu sèche, craque sous mes pieds.
Au fond du jardin, la petite barrière est ouverte. Malgré l’interdiction, je sors en cachette. Comme il bat fort, mon cœur ! 
Je veux précéder le bonheur…

J’ai présenté ces poèmes en diptyque pour bien marquer l’opposition entre les deux univers. Je me suis surtout attachée à enrichir certaines images poétiques : en effet, Berthe a évoqué « l’emprisonnement » et « la liberté » à notre première rencontre et j’ai noté moi-même, en consultant les photographies qu’elle m’avait confiées, des mots comme « rigueur », « obéissance » opposés à des termes comme « insouciance », « rêverie ». Aucun de ces mots n’est fidèlement repris dans les deux récits de vie ; en revanche, tout un réseau lexical renvoie à chacun des deux thèmes que sont « l’emprisonnement » et « la liberté ». Et pour accentuer la structure à la fois thématique et chronologique, j’ai désiré matérialiser les sentiments, concrétiser les impressions : il en est ainsi du « frêle fil » du parfum dispersé dans la chambre au bout de quelques jours de captivité – motif ajouté par rapport au témoignage retranscrit, de même que « la cour très commune » vue en photo qui s’oppose aux « feuilles » voilant « les volets clos ».
J’ai voulu, en outre, préciser chaque sensation éprouvée par la narratrice : l’odeur de « confiture chaude de reines-claudes » est  « bonne » ; le miroir a un « œil rond » – personnifier le miroir renvoie ainsi la jeune fille à la reconquête de son identité et de sa féminité perdues lors de sa scolarité au pensionnat du Luxembourg. Les échos sonores comme les allitérations de fricatives (« le frêle fil de son parfum ») ou de palatales appuyant sur la voyelle du « o » fermé (« volets clos », « reines-claudes ») renforcent cette dimension sensorielle à laquelle Berthe était si sensible jadis et que le souvenir aiguise.
Quant aux phrases qui reviennent dans les textes ou qui constituent une chute, elles sont mises en valeur à chaque fois par un alinéa : il en est ainsi de la tournure répétitive « Je rentre toujours trop tôt au pensionnat » et de la phrase finale « Je veux précéder le bonheur ». Un parallèle peut donc être fait entre les deux temporalités précoces, le fait que Berthe rentre trop tôt du pensionnat – et donc qu’elle veuille encore s’attarder à la maison de Beaujour – contrastant avec son empressement à vivre à la fin du second texte.

Dix heures m’ont été nécessaires pour effectuer un tel travail : cinq heures ont été consacrées à ma rencontre avec Berthe. Ces heures comprennent l’entretien initial, la transcription des deux témoignages, la soumission des témoignages rédigés, le dessin de l’écrit et enfin la restitution de l’écrit définitif. Les cinq autres heures ont été consacrées à mon travail personnel – l’une fut utilisée pour l’analyse des photographies et de la situation personnelle de Berthe ; les deux autres heures ont été employées à la rédaction des témoignages ; les deux heures finales m’ont permis de rédiger les poèmes. Une telle exploration aura duré trois semaines.
Le 30 mai, Berthe a validé les deux récits de vie. Elle a ensuite acheté son cahier d’or dans lequel elle a mis en page les photographies et les poèmes. Il n’est pas exclu que j’écrive pour elle d’autres récits de vie. Elle m’a dit qu’elle avait retrouvé la même façon de rire que lorsqu’elle était jeune fille ; les mots avaient remplacé la nostalgie par la joie.
Mais à notre grand regret, l’aventure s’arrêtait là, sur cette difficile et néanmoins fabuleuse expérience qu’est le partage de l’indicible entre l’écrivain public et son client.

Telle est la démarche biographique de mon entreprise.

Donner des mots à la Vie !

Donner Vie aux mots !

Tel est mon rêve, depuis l’enfance.

Donc, à bientôt,

à la fenêtre des mots !

 

Géraldine Andrée Muller

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Qu’est-ce qu’un écrivain public ?

Le métier d’écrivain public est très ancien. Il date de l’Égypte antique où un scribe assurait cette fonction en rédigeant les actes administratifs, religieux, juridiques et en participant à l’élaboration écrite des pyramides.

Ce métier a ensuite évolué au cours des siècles, l’écrivain public se mettant à disposition du peuple pour faire valoir droits et requêtes. Il jouait un rôle important dans la société puisqu’il était un intermédiaire entre le pouvoir central et les gouvernés.

L’écrivain public a toujours travaillé au milieu des gens, installant souvent sa table d’écriture en plein air, dans la rue. Les odeurs, les bruits, les voix, les couleurs, les aléas météorologiques constituaient le matériau de ses mots.

L’écrivain public est donc ancré dans les préoccupations quotidiennes et le vécu familier des gens.

Il est désigné par le cadi à Mayotte où il règle les problèmes de la vie courante et rédige les actes juridiques.

En France, il existe une distinction claire entre juge, notaire, avocat et écrivain public sur laquelle je reviendrai dans un prochain article consacré à la déontologie de ma profession.

Concrètement, que puis-je faire pour vous en tant qu’écrivain public-biographe ?

Je vous aide à retracer et à formuler votre parcours professionnel en l’adaptant au poste que vous désirez si vous souhaitez la rédaction d’un CV ou d’une lettre de motivation.

Je rédige des lettres administratives en prenant soin de cerner avec vous le problème, son enjeu, ses solutions sans empiéter sur les instances juridiques.

Je corrige tous types d’écrits ; je vous conseille dans le domaine de l’écriture et la transcription de divers documents. Mon métier d’enseignante m’a fourni les qualifications nécessaires pour accompagner un étudiant dans la rédaction de sa thèse ou de son mémoire, sans usurper les fonctions de son maître de thèse.

Je vous invite à mettre vos émotions à distance pour pouvoir précisément les nommer dans le cadre d’un discours, d’un éloge, d’un hommage, d’une lettre amoureuse. L’écrivain public, n’est, certes, ni psychologue ni psychanalyste, mais il exerce dans son métier une certaine fonction thérapeutique par les qualités d’écoute et d’empathie dont il fait preuve.

Je rédige des articles de journalisme et de publicité pour les entreprises, magazines. Je corrige les rapports d’administration.

Par les mots, je vous remets en contact avec la couleur, la voix, la senteur, le visage d’un souvenir. Je fais réapparaître un ancêtre. Je redonne vie à un proche décédé en écrivant sa biographie. Je vous guide verbalement dans la réappropriation de votre passé, de votre mémoire, de vos racines. Je prête à votre voix un langage essentiel, fidèle à qui vous êtes. J’attribue aux voix individuelles une dimension universelle. Je ressuscite votre entreprise familiale dans une fresque historique et sociale. Je retrouve pour vous la trace des disparus et je l’inscris dans le futur. Je dévoile le tableau de votre vie, fidèlement peint ou photographié selon vos paroles. Je compose pour les personnes âgées le puzzle fascinant de leur existence qu’elles pourront contempler, fières de leur destinée.

J’écris depuis mon enfance ; j’ai toujours aidé mon entourage avec les mots et j’ai décidé aujourd’hui de mettre ma passion à votre service.

Je suis polyvalente mais mon domaine de prédilection est le récit de vie, genre dont je suis la spécialiste.

Je vous donne rendez-vous sur mon blog afin que vous puissiez vous familiariser avec un cas concret d’écriture qu’est la rencontre avec Berthe.

A bientôt,

à la fenêtre des mots.

Géraldine Andrée Muller

Publié dans Non classé

Charte

Article 1 :

L’écrivain public a une obligation d’impartialité, d’objectivité et de neutralité.

Article 2 :

L’écrivain public est tenu au secret professionnel.

Article 3 :

L’écrivain public n’interfère pas avec les instances juridiques en place.

Article 4 :

L’écrivain public n’empiète pas sur les fonctions juridiques et judiciaires (notaires, huissiers, avocats, juges).

Article 5 :

L’écrivain public conseille le client dans les démarches administratives mais en aucun cas, il ne les accomplit à sa place.

Article 6 :

L’écrivain public ne rédige pas les thèses, mémoires ou dissertations à la place des étudiants. Il relit les pages, les corrige, aide à leur réécriture, à la planification du travail mais il n’assume pas la rédaction de leur contenu théorique.

Article 7 :

L’écrivain public fait preuve d’empathie et d’écoute. A ce titre, il a un rôle de conseil dans le domaine du rédactionnel.

Article 8 :

L’écrivain public s’engage à fournir la prestation écrite demandée, dans le délai imparti, fixé en accord avec le client, et qui dépend de la longueur du travail.

Article 9 :

L’écrivain public fournit au client un bon de commande et un reçu avec le code SIRET de l’entreprise. Pour les travaux conséquents, il s’engage à réaliser un devis pour le client.

Article 10 :

Pour toute prestation écrite, un acompte de 50°/° de la somme est demandé.

100°/° de la somme est exigé une fois la prestation réalisée. Les tarifs sont scrupuleusement ceux affichés dans https://lencreaufildesjours.com/a-votre-service-mes-prestations-2/

Géraldine Andrée MULLER,

votre écrivain public.

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Confidences

Toutes mes pensées

un peu tristes,

je les confie

aux feuilles

car je sais

qu’elles les répéteront

à la brise

pour que celle-ci

en fasse

un immense

chant

de grâce.

 

Géraldine Andrée

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Le jardin revenu

Le jardin
qui n’existe plus,
depuis longtemps disparu,
m’est revenu.

Je le vois
par la fenêtre
de mon rêve.

Voici
ses cailloux
qui brillent,

son sapin
d’argent
chatouillant

à l’aurore
le ventre
de la lune

qui tremble
dans un rire
silencieux,

les feuilles
dentelées
de sa haie

où la flamme
blanche
et vive

du chat
feu
se faufile,

le buisson
profond
auquel je confie

la tache
de sang
nouveau

tout en bas
de ma robe
à volants,

le sentier
se déhanchant
jusqu’au cordon à linge,

la vigne vierge
qui se constelle
de points roux

à la fin août
quand le vent
se lève,

et la terre
sous le marronnier
où repose

l’abeille
morte
ivre

des senteurs
de toutes
les fleurs.

Le jardin
s’apprête
à revivre

dans la mémoire
de mon songe,
dans le songe
de ma mémoire.

Est-il possible
que les jardins
évanouis
pensent

toujours
à nous
et que ce soient eux
qui gardent le souvenir

de notre enfance
dans le doux
bruissement
de leur souffle

se prolongeant
d’instant en instant
depuis leur ultime
soupir ?

Est-il possible
que ces jardins
éteints
nous redonnent

comme au temps
de leurs fruits
l’immense goût
de vivre ?

 

Géraldine Andrée

 

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La destination

J’avais noté cette destination sur un cahier que j’ai ensuite rangé dans la longue nuit d’un tiroir.

Puis tant d’années ont passé !

Tant de saisons ont semé leurs fleurs, feuilles, gouttes et flocons sur le souvenir de ces quelques lettres à l’encre noire !

Et voilà qu’aujourd’hui,

j’y suis !

Je reconnais de ce pays

le nom que j’avais tracé dans une sorte de désir sans raison

comme un enfant qui s’adresse à son rêve

dans un coin obscur de la maison.

Quelle joie !

Je crois que l’écriture prédestine la Vie

car elle est la marque de la Foi.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Du jardin qui fut

Du jardin qui fut,

il ne reste rien :

pas un pétale,

pas un parfum,

 

pas une brindille,

pas un brin d’herbe,

pas une feuille,

pas un grain.

 

Du jardin

qui allume

tous ses feux

dans le matin,

 

il ne reste rien.

Personne

aujourd’hui

n’a souvenance

 

du silence

aux pas

de chat

qui écarte

 

les branchages,

de la blanche

vasque

où tremble

 

le mirage

des ramures

sans qu’on entende

leur murmure.

 

Personne ne sait

le vert incendie

de la tonnelle

au mois de juillet,

 

et la lune

qui pose

son rayon roux

sur les roses d’août.

 

Qui connaît

encore

ces ombres

d’or

 

qui s’allongent

à l’heure

où l’on dresse

la table dehors ?

 

Qui garde

mémoire

des fleurs

rouies

 

en automne,

dernier éclat

avant l’oubli,

et du givre

 

qui luit

pour les Fêtes

de toutes

ses paillettes

 

sur la treille

nue ?

Du jardin feu,

il ne reste rien.

 

Pas une trace

de l’allée

qui mène

les visiteurs

 

à La Demeure.

L’asphalte

de la Zone

a tout effacé.

 

Mais il est

une trace

qui résiste

et qui prouve

 

que le jardin

existe

dans les songes

tus

 

de chacun,

ce poème

qui vous invite

à le suivre

 

jusqu’à

la grille

ouverte

sur le seuil

 

d’une enfance

qu’une seule

bribe

de souvenir

 

délivre

du deuil

par la grâce

définitive

 

d’un soupir…

 

Géraldine Andrée

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