Publié dans C'est ma vie !, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

Mes héritages

Je suis née dans une région de mines et de forges rouges, où la brume tarde parfois jusqu’à la fin du jour, où les froids sont coupants et les étés brûlants et où la terre givrée craque sous le pas : la Lorraine, alors que je suis faite pour la lumière effilée du Sud, les terrasses blanches et l’azur bleu. Il faut croire que j’avais besoin de m’incarner au contact de la matière.

J’ai reçu en héritage de mon grand-père paternel le goût de la connaissance sous la lampe de la chambre, le souci de la précision et de la rigueur.


J’ai reçu en héritage de ma grand-mère l’amour des livres, des mots, de l’encre, ce sang bleu qui irrigue la page de mes jours. J’ai reçu d’elle également la vie intérieure, la spiritualité, l’imagination. Si elle avait vécu plus longtemps ou si j’avais grandi plus vite, nous serions allées voir des pièces de théâtre à Paris. Comme nous nous serions amusées ensemble ! 


J’ai reçu en héritage de mon grand-père maternel l’attention portée à chaque chose de la nature, une tendresse particulière pour les jardins et les jeunes pousses, la patience de l’éclosion car tout se présente à la bonne saison, une prédilection pour l’enseignement. Mon Grand-Père était instituteur, « ce hussard noir de la République », fédérateur de tout un village. J’ai suivi sa trace jusqu’à Dunkerque où il a fait la guerre.


J’ai reçu en héritage de ma grand-mère maternelle les adages (« C’est le métier qui entre ! », « Telle va la cruche à l’eau qu’elle se casse ! »), les matins clairs où l’on équeutait les haricots tandis que l’eau chantait dans la bassine, l’humble philosophie des tâches ménagères.


J’ai reçu en héritage de mes aïeux la capacité à me souvenir : la maison aux volets bleus des vacances de mon enfance habite toujours ma mémoire. J’ai aussi reçu en héritage d’eux le flamboiement des moissons, les senteurs de la terre, la tendresse de la pâte faite main lorsqu’on s’enfonçait au coeur de la campagne pour leur rendre visite.


J’ai reçu en héritage de mon père cette fascination pour l’Univers et les civilisations antiques, le don d’observation – comment je peux contempler longtemps par exemple le mouvement de rotation d’une bulle irisée dans l’air -, l’interrogation métaphysique du temps qui passe, la sensibilité pour les arbres et les animaux.


J’ai reçu en héritage de ma mère la révélation d’une vie antérieure en Chine, le bonheur de me faire belle, de me maquiller, de m’acheter des vêtements qui me vont bien, la passion pour la poésie – elle m’aidait à apprendre les poèmes de Maurice Carême, le soir dans mon lit et j’entendais encore sonner les rimes argentines quand la silencieuse vague du sommeil m’emportait -, le développement d’une vie artistique où couleurs et sons s’entrelacent. J’ai reçu de ma mère le plaisir de chanter, de raconter la vie de toute une époque, une tache de naissance bien rose sur la nuque, visible à fleur de cheveux lorsque le souffle du vent les soulève. Souvent, la cascade d’un rire nous réunit.


Riche de ce patrimoine immatériel, je vais naturellement vers ce que j’aime, vers ce qui me fait vibrer.
Les longs après-midi de mauvais temps m’ont permis de créer, d’inventer.
Je sais aujourd’hui qui je suis car je sais d’où je viens.
Un arbre sans racine ne peut donner de belles feuilles.
Et si je suis aujourd’hui une feuille vive, 
c’est parce que je le dois à ces racines qui m’ont élevée dans la lumière.

D’âge en âge
je garde
en moi
le jardin
de Pierre

mon Grand-Père 

avec ses tomates
rouges
ses fraises
vermeilles
qui attirent
les météores
des abeilles
et ses herbes
un peu folles
entre lesquelles
la chatte Bobine
de sa prunelle
maligne
me regarde
encore

Géraldine Andrée

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Noter chaque jour le moment et l’endroit

Noter chaque jour le moment et l’endroit où j’écris.
Plus tard, au fil de la relecture de mes pages, recueillir ces notes sous forme de liste et en faire un poème, une sorte de voyage à travers une succession de paysages d’écriture comme, par exemple,

J’écris en ce soir de décembre sous la lampe de mon enfance
J’écris dans le train de 15 h 39 qui démarre
J’écris près du lilas d’avril
J’écris au bord de la lumière de l’aube
J’écris non loin de l’océan qui commence sa marée
J’écris parmi les miettes du croissant du petit déjeuner 
J’écris en cachette pendant cette réunion soporifique de 16 heures
J’écris dans le jardin qu’un ami m’a prêté
J’écris comme chaque vendredi quand l’air se fait plus léger

Aujourd’hui j’ai écrit 
Journal, Bonjour !
Il pleut et je t’écris sur ma petite table ronde derrière le store blanc. Les gouttes ont leur raison d’être comme mes mots.

Toute une liste de vies
à poursuivre…

Géraldine Andrée


Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie

A chaque mot sur la page

A chaque mot sur la page
ma main prend de l’âge
mais ce que j’écris
J’aime le reflet de la lune dans la rosée du chemin
demeurera toujours jeune
comme si c’était la page du tout premier matin
qu’invite un signe de ma main

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Le cahier de mon âme, Un cahier blanc pour mon deuil

Légère, si légère…

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je profite pleinement de la Vie.

Ecrite comme cela, cette phrase peut en choquer plus d’un.
Alors, je rectifie :

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je sais la Vie fragile alors je fais tout pour la rendre légère.

Quarante ans ou même quatre-vingts ans passent en un clin d’oeil. Et on se retrouve inéluctablement en deuil. Un jour, viendra mon tour.

Les visages, les voix, les regards s’effacent et il ne reste que les miroirs. On se demande même si on n’a pas rêvé tous ces gens avec qui on a vécu si longtemps.

Alors, je suis attentive au battement d’aile de chaque instant.

Une sortie à l’opéra imprévue avec un vieil ami ? Vite ! Je m’achète un sandwich pour l’entracte et j’y vais.

J’ouvre grand la fenêtre quand il fait soleil. Qu’importe que les insectes entrent.

Et je ne ferme pas les volets s’il pleut. J’aime entendre les notes des gouttes contre la vitre et tant pis si elles laissent ensuite des ronds de silence que mon chiffon devra enlever.

Je lis ou j’écris au coeur de la nuit. Avoir les yeux cernés le lendemain au travail n’est pas très grave.

Je suis libre pour le Grand Amour.

Je craque pour l’achat d’une belle robe, même si cela fait un trou dans mon budget.

Je projette un grand voyage après avoir rénové ma maison. Je n’ai pas oublié l’élan de la première vague de Méditerranée.

Je ne m’encombre plus de gens toxiques qui vous mangent l’âme par petit bout. Hop ! A la porte !

Je ris des bêtises de mes élèves.

Je suis attentive au papillon d’or qui précède ma sortie de l’école.

J’écoute l’Arpeggiata en boucle.

Bien sûr, je pleure encore souvent mais je m’amuse aussi comme quand j’avais dix-sept ans.

Depuis le décès de mon père et la maladie d’Alzheimer de ma mère, je sais que la Vie peut s’envoler à tout instant.

Alors, je la rends légère, si légère,
comme un souffle de lumière.

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie, Parlez ! Je vous écoute !

Comment se passe, concrètement, l’écriture d’une biographie ?

Ecrire une biographie est un beau projet mais il peut sembler abstrait, surtout s’il est de longue haleine… Concrètement, comment cela se passe-t-il ?

Vous me contactez par le formulaire de contact de ce blog ou par téléphone.

Ensemble, nous cernons le motif de votre écriture biographique (rendre hommage, laisser une trace, léguer un patrimoine immatériel à ses descendants, mieux se comprendre à partir de ses ancêtres).

Nous avons ensuite un entretien soit à mon domicile s’il est proche de chez vous, soit au vôtre s’il est proche et accessible, soit par téléphone, soit par Google Hanghouts ou par Skype pour les longues distances, de région à région, de pays à pays et pour vous éviter d’avoir à payer un prix aux kilomètres que je parcourrais pour venir jusqu’à chez vous, ce qui se révélerait très vite exorbitant – sauf si vous tenez à ce que l’entretien ait lieu dans votre cadre.

Ensemble, nous prenons le temps. Vous prenez le temps de faire remonter les souvenirs et moi, je prends le temps de vous écouter. Ne vous souciez pas de l’ordre de ces souvenirs. Laissez-vous guider par le flux de votre mémoire. Elle sait très bien ce qu’elle fait. Les images ne surgissent jamais par hasard. Si vous avez des trous de mémoire, je peux vous aider à la relancer à partir d’un détail anodin – une couleur, une plante, un nom – ou à partir d’un visage, d’un épisode, d’un lieu.

Je prends des notes de ce que vous dites. Et si vous l’acceptez, je vous enregistre.

Vous payez ensuite l’entretien et la séance d’écriture à venir via Ma boutique ou par ma page Paypal .

Je rédige la séance d’écriture et je vous la propose – soit par envoi électronique, soit par courrier ; dans ce cas, des frais d’impression et d’envoi sont ajoutés, de 5 à 10 euros – tout dépend de la distance et du poids.

Vous me suggérez les éventuelles modifications nécessaires.

Je vous renvoie le texte modifié dans les mêmes conditions que celles décrites ci-dessus.

Lorsque vous vous sentez prêt pour une nouvelle séance, vous reprenez rendez-vous.

 

Une biographie demande de l’investissement – en temps et en argent.

Mais sachez que c’est vous qui définissez votre rythme d’écriture.

Vous êtes libre de poursuivre ou d’arrêter à tout moment.

Aucun contrat ne vous engage sur la durée.

Vous ne payez aucun forfait mais à la séance.

Une séance se compose d’une heure d’entretien à 50 euros et de l’écriture qui suit à 50 euros. Vous dépensez donc à chaque fois 100 euros.

Si vous voulez faire double séance (deux heures), vous payez 200 euros.

Vous ne payez pas d’avance mais au fil des séances. Je n’applique aucun forfait.

Si vous souhaitez un devis, en cas de travail particulièrement intense, c’est possible mais vous paierez toujours à la séance. Pour information, sachez qu’une biographie complète de 250 pages environ demande 25 séances, soit 2500 euros en tout, mais toujours en paiement fractionné au rythme des séances.

Vous êtes donc libre de disposer de votre temps et de votre argent, de gérer cet investissement comme bon vous semble. Le travail biographique avec moi ne vous emprisonnera pas car les valeurs de la liberté me sont chères.

C’est votre vie que j’écoute et que j’écris.

Je restituerai toujours votre voix – jamais la mienne et ce, dans un constant souci de fidélité envers vos souvenirs.

Si vous souhaitez publier votre biographie, c’est tout à fait possible. Je peux le faire pour vous, soit par le biais de la création d’un blog , soit par auto publication (par e-book ou livre Broché). J’ai déjà publié moi-même certains de mes propres livres et des sites comme Amazon, Chapitre ou des maisons d’édition alternatives comme Edilivre proposent ces services gratuitement.  Je m’occupe, en ce cas, de la mise en page et de l’envoi, sauf opposition de votre part. Si vous souhaitez passer par un éditeur classique, c’est possible aussi mais les chances de publication sont plus aléatoires.

Je reviendrai sur nos droits d’auteur dans un autre billet intitulé Charte.

Je vous souhaite de tracer avec plaisir votre vie au fil de ma plume !

A bientôt,

à la fenêtre des mots !

 

Géraldine Andrée

L’Encre au fil des jours

 

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Ma boutique

 

Accompagnement individuel d’un projet d’écriture

Type exercice de style, texte créatif, dissertation, mémoire, thèse. Aide à l’organisation du travail de rédaction.

€20,00

 

Corrections, relectures

de tous types de travaux (comptes-rendus administratifs, lettres, dossiers, mémoires, thèses).

€30,00

 

Rédaction d’un article de blog

Tous types de blogs (voyages, santé, culture, société...)

€30,00

 

Préparation à un entretien

Pour avoir confiance en soi et en ses ressources ! Possible par Skype ou Google Hanghouts !

€20,00

 

Biographie d’entreprise, fresque sociale

Faire une biographie d’entreprise, c’est placer l’individuel dans le cadre collectif. 50 euros l’entretien, 50 euros la séance d’écriture. Possible par Skype ou Google Hanghouts.

€100,00

 

Biographie personnelle, familiale, générationnelle, transgénérationnelle…

Parce que la Vie se trace du passé vers l’avenir ! 50 euros l’entretien, 50 euros la séance d’écriture. Entretien possible par Skype ou Google Hanghouts.

€100,00

 

Discours politiques, entrepreneuriaux

Parce que les mots témoignent d’un moment décisif !

€60,00

 

Hommages, discours

Discours de baptême, d’anniversaire, de mariage, de départ à la retraite. Hommages funèbres. Car la Vie coule au fil des mots...

€40,00

 

Séance de coaching littéraire

Outils d’exploration de la création. Thérapie par les mots. Entretien possible par Skype ou Google Hanghouts.

€20,00

 

Cours particuliers de français

De la classe de Sixième au niveau BTS !

€20,00

 

Lettres en tous genres

Lettres écrites pour faciliter les démarches administratives, aplanir une situation difficile, apaiser des relations, éclaircir des malentendus.

€20,00

 

Lettre de motivation

Lettre de motivation qui fait coïncider le profil du candidat avec le profil de l’entreprise !

€20,00

 

CV (pour trouver un emploi)

CV établi selon les normes professionnelles et mettant en valeur votre profil.

€20,00

 

Ecriture de poèmes

Poème de circonstances, d’anniversaire, poème sur une époque, un lieu, un état d’âme, un thème... Je suis la corde de votre lyre !

€40,00

 

Création d’une oeuvre d’imagination

Que ce soit un roman, un récit, un conte, une nouvelle, une saynète, une pièce de théâtre, je me propose d’être la voix de votre imagination ! 50 euros l’entretien, 50 euros la séance d’écriture.

€100,00

 

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Pourquoi faire écrire une biographie ?

A l’heure où tout va vite, où l’on vit dans l’instantanéité, voire dans un constant sentiment d’urgence, entreprendre une biographie avec un écrivain privé biographe, c’est prendre le temps de se souvenir et d’éprouver ces souvenirs ; c’est entrer dans l’éternité de la mémoire.

A l’heure où il est difficile de communiquer les uns avec les autres malgré tous les moyens modernes de communication mis à notre disposition, contacter un écrivain privé biographe pour mettre au monde son récit de vie ou une vraie fresque familiale, c’est retrouver le moment de l’écoute, de la compréhension, première étape vers une écriture fidèle au souvenir.

A l’heure où les noyaux familiaux se sont éclatés au gré des mutations, des licenciements, des deuils, des divorces, se constituer un projet biographique permet de renouer avec ses racines pour mieux s’épanouir ensuite. Saisir les clés du passé, c’est ouvrir la porte du meilleur futur possible.

A l’heure où le monde moderne nous prive des véritables couleurs, saveurs, senteurs, redécouvrir, au détour d’un mot, le jardin savamment entretenu d’une grand-mère, le mordoré d’une confiture faite maison, les brindilles de paille qui constellent l’air au temps des moissons, l’ondulation d’une fumée au coeur des hivers d’autrefois, est un inestimable trésor.

A l’heure où la jeunesse est en quête parfois désespérée d’une origine et d’une identité, écrire une biographie, c’est lui léguer les visages et les noms de ses ancêtres, la noblesse d’une demeure familiale, le chant d’un pays. Savoir d’où l’on vient permet de tracer sa route plus loin.

Prendre rendez-vous avec un écrivain biographe,

c’est s’asseoir, se faire écouter, être témoin du tracé de la vie sur le papier ;

c’est entendre comment le souffle d’une phrase redonne souffle au cher aïeul disparu ;

c’est renouer le dialogue avec l’indicible –  ce que l’on croyait condamné à jamais au secret, à l’enfouissement dans la mémoire ;

c’est contempler dans les mots la grâce d’un regard aimé ;

c’est continuer la conversation avec ses aïeux dont le silence n’est en vérité qu’une illusion.

Faire écrire une biographie coûte cher (2000 à 2500 euros en moyenne), le prix d’une armoire familiale ou d’un beau voyage.

Mais une fois le travail réalisé, on repart avec son comptant – de sensations, d’émotions, de compréhension.

On est comblé car on a transformé un patrimoine jusque là matériel en patrimoine immatériel, sentimental et peut-être même spirituel.

On a accompli le plus beau des voyages – à travers soi et les siens.

On se sent devenir racine de cet arbre généalogique.

On repart avec le livre de sa vie, certes, mais aussi un livre vivant.

Faire écrire une biographie, c’est s’engager avec toute sa famille, présente ou absente, existante ou décédée, en faveur de la Vie !

 

Géraldine Andrée

 

 

Publié dans Poésie

La signature du silence

Je sais

comment

signe

le silence :

 

je le vois

aux méandres

de l’onde

entre

 

les terres,

à la courbe

de la flamme

dans l’ombre

 

quand

passe

le souffle

de l’Ami,

 

au sentier

qui se déhanche

à l’approche

de la demeure,

 

aux déliés

du vent

sur l’herbe

tendre…

 

Aussitôt

que je me penche

pour lire

cette signature

 

à fleur

de murmure,

le silence

l’efface

 

de manière

à ne laisser

aucune

trace

 

et, l’instant

d’après,

la recommence

comme si de rien n’était…

 

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Tu me dis

Tu me dis
On t’a gardé
la grande
chambre

jusqu’à
aujourd’hui
Et je songe
oui

que j’ai eu besoin
sur mon chemin
de cette vaste
chambre

du silence
où la prière
touche
mon coeur

en le frôlant
dans son envol
comme une feuille
de septembre

Géraldine Andrée
Tous droits réservés@2018

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Le petit bistrot

Le petit bistrot est fermé.

Je me souviens des chaises et des tables de bois clair, de la lumière d’une après-midi de printemps dans les reflets de la bière, du robinet d’argent bien lustré d’où coulait la mousse blanche.

J’étais une jeune étudiante alors. Je retrouvais, toujours surprise, ma frêle silhouette dans le miroir, juste avant de m’asseoir devant le regard de mon premier amour.

Du toucher de la paume de nos mains, je me souviens bien.

Et puis ce jeune historien aux lunettes fines, rencontré au hasard des couloirs de la Fac, qui s’inquiétait de l’avenir de l’Afrique dominée par les puissances occidentales…

Je me souviens de son long discours qui ne s’adressait qu’à nous. Je l’ai écouté avec intérêt pendant que tournaient dans leur cadran doré, tout en haut du mur, les heures du jour.

Je songe au dernier verre, au dernier bonsoir, aux battants de la porte qui ont dérangé le rideau rouge pour l’ultime fois.

Sur la vitre par laquelle j’ai si souvent guetté avec une joie inquiète l’arrivée de J.Y, est désormais accrochée la pancarte d’une agence immobilière.

En passant devant le petit bistrot clos qui deviendra peut-être une banque ou une compagnie d’assurances, j’ai pensé à tous ces lieux de ma jeunesse évanouis comme des décors de théâtre successifs.

Fin de la représentation où l’on se voit pourtant encore vivre…

La vérité de ces yeux, de ces voix, de ces mots n’était donc qu’une illusion ?

Le petit bistrot n’existe plus

et l’avenir de l’Afrique demeure inconnu.

 

Géraldine Andrée