Écrivez cette simple question en haut de votre page :
Qui suis-je ?
Nous l’avons vu, vous êtes bien plus que ce que les gens disent de vous. Les sagesses ésotériques enseignent que nous venons tous de la Lumière, que, selon les mots de Teilhard de Chardin, nous sommes un esprit “venant faire une expérience humaine” dans cette matière terrestre qu’est le corps.
Autrement dit, notre nom, notre visage, notre métier, notre entourage sont éphémères. Nous passons en tant qu’esprits à travers eux pour rejoindre ensuite une vibration immense.
Il est peut-être temps de trouver notre essence…
Si vous étiez un vaste espace, que seriez-vous ? Un océan ? Un ciel ? Un désert ? Une nuit étoilée ? Écrivez un petit texte poétique commençant par Je suis.
“Je suis la nuit qui porte toutes les étoiles. Une seule brille en moi, plus intensément que toutes les autres. C’est l’étoile de ma naissance. Elle m’indique le chemin à suivre ; le chemin à vivre.”
Maintenant, imaginez que vous êtes le tout petit. Que seriez-vous ? Une brindille ? Une pervenche ? Un caillou ? Un cheveu d’enfant ? Un fétu de paille ? Une aiguille ? Une goutte ? Rédigez un petit texte où vous vous inventez… grain, pétale, étincelle flottant dans le très grand – le ciel, l’océan, le désert, la nuit…
“Je suis libre comme un fétu voguant dans le vent.”
Que ressentez-vous ? Notez ces mots-clés : ouverture, liberté, épanouissement, expansion…
Associez-y des sensations : ma poitrine se dilate ; j’ai chaud ; je me sens bien, apaisée, délivrée… Je me gorge de silence…
Coloriez ces mots. Entourez-les. Vous pouvez même les peindre, y associer un dessin ou une image qui vous inspirent…
Voilà. C’est Vous. Votre plume vous a défini de manière plus large que la définition courante que vous vous donnez et que les autres vous donnent.
Ce jour qui était écrit est arrivé. La valise est prête. Dedans, ont été rangés la robe de printemps au col ouvert comme une corolle, le maillot de bain bleu uni en une seule pièce, la collection de barrettes, un sachet de sucettes multicolores, Le Petit Prince de Saint-Exupéry, du papier à dessin, des feutres et la poupée Annie. Mon enfance s’en va pour des vacances qui dureront toute une vie. Mais mon enfance me dit :
« Je t’écrirai des lettres où je te raconterai comment j’ai sauté dans la vague, comment j’ai accroché toutes mes barrettes, tels des papillons, sur mes mèches de soleil, comment j’ai partagé mes sucettes avec une amie plus petite que moi, comment j’ai maquillé avec mes feutres le visage d’Annie pour les noces de l’astre et de la rose et comment ma robe en corolle annonce d’autres métamorphoses.
Ces lettres, je te les enverrai pendant toute ton existence pour que tu n’oublies pas que j’existe, pour que tu saches, malgré les épreuves, comment vivre et pour que tu en fasses un grand livre de dons et de grâces dédié au jour ultime. »
Tu t’assois à ta table pour écrire un poème, un poème que tu souhaites idéal, avec le juste rythme, la métaphore pertinente, l’assonance réussie. Tu rêves de ce poème comme d’un bijou étincelant. Mais tu ne parviens pas à le ciseler, à lui donner la forme parfaite. Alors, sors. Va te promener. Saute sur les cailloux irréguliers. Penche-toi sur les fleurs de la roseraie qui n’ont entre elles aucune corolle jumelle. Contemple l’entortillement d’un ver de terre à ton pied. Accepte que le balancement de la brise entre deux feuilles soit imprévisible. Fais du chemin que tu prends un poème vivant.
Je me plonge dans l’écriture comme dans la mer. Je me laisse porter par son mouvement et bercer par son souffle qui contient toute une myriade de gouttes constellant l’azur blanc. Je me détache du rivage. J’ai franchi ainsi la marge du monde qui me sépare de l’infini.
Bien sûr, je sais que je reviendrai de cette paisible nage. Et lorsque je m’en retournerai vers le sable avec la même légèreté que celle qui dépose la conscience sur le papier, je suivrai du regard les phrases que les vagues ont tracées – syntaxe éphémère, vite effacée dans la lumière.
Et je serai fière de m’être avancée jusqu’aux plus lointaines lisières de moi-même, fière d’avoir été cette mer inscrivant son voyage dans ma mémoire.