Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Journal de la lumière, Journal de silence, Poésie, Poésie-thérapie

Mon entourage

Lorsqu’il n’y a plus personne,
je m’entoure de mots
tels que « jardin », « lumière »,
« beauté », « source »,
« enfance »,
des mots qui éclairent
mon regard
quand ils voyagent
de la page
à mes lèvres,
des mots
dont le murmure
précède
le poème
et qui deviennent
enluminure
du silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Poésie-thérapie

La page blanche

J’aime
la page blanche
car je me demande
ce qu’elle s’apprête

à me révéler
si j’avance
en toute
confiance

et si je disperse
par ma trace
sa vierge
présence :

quelle pervenche,
quelle souche
quelle racine
peuvent apparaître ?

Peut-être
qu’elle cache
quelques
graines

pour les futures
semences…
Alors,
je prends note

des possibles
de la page
blanche
et j’en fais un poème

pour le jour
où je sentirai
que l’inspiration
est absente.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Journal de ma résilience, Récit de Vie, Toute petite je

Le souffle de l’instant

C’était une ardente après-midi de printemps.
J’avais attendu, dans le plein soleil tout étoilé de pollens, que ma mère vînt me reconduire chez nous à la sortie de l’école.
Dans la voiture, je cherchais mon souffle.
En rentrant à la maison, je respirais de plus en plus difficilement, de plus en plus désespérément.
Je m’assis, exténuée, dans la cuisine baignée de lumière.
Lorsque j’inspirais, mon souffle cheminait très lentement dans mes bronches comme si des obstacles s’étaient dressés à son passage, puis s’en retournait par ma bouche avec des râles rauques.
L’air gonflait mon estomac comme un ballon de baudruche.
Pour franchir le cap de chaque instant, je fixais les fleurs de la nappe.
Il y en avait des mauves, des roses, des blanches.
Je ne faisais que cela: regarder les fleurs une par une, comme si je les cueillais patiemment dans un grand champ.
Et je me disais, sans ces mots que j’écris dans mon journal d’aujourd’hui, mais avec le silence de ma pensée presque inconsciente:

« Tu as vécu un instant de plus, puisque tu as vu une fleur de plus.  »

Le docteur consultait à six heures. Ma mère m’y emmena d’urgence. En m’auscultant, le docteur décréta que je faisais une crise d’asthme et qu’il me fallait une injection de cortisone. De toutes mes forces d’enfant, je refusai l’injection de cortisone; ma détermination eut raison de mon étouffement. Pour la première fois, je CHOISISSAIS. Je posais un acte libre du haut de mes onze ans.

Lorsque nous rentrâmes à la maison, l’asthme avait cessé ; je respirais mieux.
Dès que je vis un moment difficile, je songe à chaque instant de mon souffle, au souffle de chaque instant.
Cela me rend plus libre dans le déterminisme apparent d’une situation :
je sais que je suis la seule souveraine de l’adéquation qui existe entre l’éclosion de mon souffle et l’instant présent.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le cahier de la vie, Récit de Vie

J’écris chaque jour pour changer

J’écris chaque jour pour changer.
J’écris chaque jour pour prendre conscience que je ne peux pas indéfiniment noter les mêmes constats, émotions ou pensées sans avoir le courage d’assumer un beau jour une décision.
Bien sûr, j’aime voir, au fil de l’encre, mon cahier se transformer, devenir une constellation de mots.
Mais j’écris surtout pour me voir me métamorphoser dans le miroir de ma page, faire en sorte que ma réalité devienne rêve réalisé.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Psychogénéalogie, Récit de Vie, Toute petite je

De mère en fille

Malgré nos nombreux désaccords, il y a un point commun
entre ma mère et moi :

Toute sa vie, ma mère a tracé son chemin
dans le tissu, point par point.

Et moi, j’ai avancé avec ma plume sur la page,
mot après mot, dès mon plus jeune âge.

De fil en aiguille, j’ai trouvé mon style
pendant que ma mère s’affirmait comme styliste.

Ma mère ne coud plus.
Elle n’en a ni les yeux, ni les mains.

Je songe à l’ultime point qu’elle a fait
sous la lampe, un soir,

au dernier fil qu’elle a noué
sous ses doigts douloureux.

Moi, je ne suis pas encore arrivée
au point final.

Le fil de mon encre
continue à se dévider

jusqu’à la prochaine majuscule.
Et je célèbre ce qui se perpétue

de mère en fille :
toutes deux tissent la vie.

Géraldine Andrée

Au fil de la vie…
Publié dans Créavie, Grapho-thérapie, Récit de Vie

Le livre de votre vie

Vous rêvez d’écrire le livre de votre vie…
Mais, au moment où votre rêve se transforme en projet sur le point de s’accomplir, vous avez peur de ce que ce livre va devenir.
Quelle structure, en effet, lui donner ?
Selon quel plan organiser les souvenirs ?
Est-il possible de répertorier des émotions qui, par nature, échappent à toute emprise ?

Et d’ailleurs, la vie peut-elle totalement se contrôler ?
L’écriture d’un livre est-elle toujours dirigée ?
Tout comme la vie révèle maints tours et caprices,
l’écriture de votre livre vous réservera beaucoup de surprises !

Je vous en prie, lâchez prise !
La vie n’hésite pas à vous envoyer un événement, une rencontre, une coïncidence – ou, comme dirait Jung, une synchronicité – au moment où vous ne l’avez pas décidé !
Aussi, gardez votre livre ouvert sur le hasard, sur une page où l’aile d’un souvenir que vous croyiez à jamais en allée
peut à nouveau se déposer.
Autorisez à entrer dans un chapitre une ancienne plaisanterie d’enfance, un parfum de vacances, le bruit de la vague quand elle se trémousse, la mèche rousse d’une amie qui se trouve, là, au bord de la marge, ramenée par votre mémoire comme sur un rivage…
Tout a une bonne raison d’exister, tout a sa place dans un récit, même l’odeur du lait qui a tourné, même l’éclat bleu de la neige quand vous vous rendiez aux latrines.
Tout est digne de présence. Tout est digne de votre présence.
Chaque détail insolite de votre histoire, qui surgit dans l’instant sans votre consentement intellectuel, mérite votre regard démultiplié
car c’est de vous dont il s’agit,
vous qui, tel un reflet répété dans l’encre de vos mots, demande à être accueilli.

Alors, prenez simplement un stylo et un papier.
Dans un seul élan – le vôtre -, harmonisez si naturellement la feuille et la plume
que vous êtes à la fois la feuille et la plume
et que vous ne savez plus laquelle guide l’autre.
Peu importe.
Laissez le temps respirer pendant qu’il est à l’ouvrage.
Laissez la vie s’écrire en vous!
Laissez le livre vivre en vous !

Géraldine Andrée

Laissez la vie écrire son livre pour vous !

Publié dans Créavie, Récit de Vie

Elle a commencé un journal intime

Elle a commencé un journal intime
Et un cahier de poésie à l’adolescence.
Elle se souvient que les crampes des premières menstruations tenaillaient son ventre alors qu’elle écrivait ses poèmes.
Une lunaison pour un cahier plein…
Le soir de la pleine lune blanche,
L’œuvre, aussi maladroite fût-elle, était menée à terme,
Bien qu’il parût évident
Qu’elle demeurait encore un peu une enfant.
C’est ainsi.
Son sang a toujours accompagné son encre
Jusqu’à chaque page ultime,
Jusqu’à la signature un peu timide
De ses recueils disparus aujourd’hui,

Géraldine
Alias Maureen,

Que seule ce soir
La lampe de sa mémoire
Souligne d’or
Et lui destine.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Poésie, Récit de Vie, Un cahier blanc pour mon deuil

Le beau rivage de l’été

Le beau rivage de l’été
est parcouru d’un vent glacé
Je crois que je peux descendre
jusqu’à la vague

pour retrouver ce souffle
qui s’enroulait autour de mes hanches
et me faisait dériver doucement
vers la lumière

Mais le vent m’avertit
que si je vais plus loin
la vague fouettera mon visage
de sa haute main

et que le voyage
vers l’azur brun
sera inexorable
C’en est fini de l’été

de l’abandon
à la confiance
immense
de l’océan

Alors je rebrousse chemin
Je remonte la pente
de la plage
et je m’en retourne

vers une autre rive
celle de la page
que mon souffle
élargit

jusqu’à cette lueur bleue
là-bas
ce point ultime
qui me fait signe

aussi loin
que me porte
la foi
de mes yeux

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Journal créatif, Journal d'instants, Récit de Vie

Écrire mon journal

Écrire mon journal
c’est comme
marcher dans les feuilles
de l’ancien automne

tandis qu’apparaissent
entre deux intervalles
de ciel
les feuilles nouvelles

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Poésie

La phrase de ta lettre

La phrase de ta lettre

Entre nous le printemps est revenu

m’emmène sur sa crête

jusqu’à l’infini

Géraldine Andrée