Partout, des chaussures. De différentes pointures. Du 34 au 44.
Des talons hauts qui claquent. Des bottines aussi. Des escarpins qui se rendent à une soirée. Des baskets de joggeurs. Des boots élégantes pour DRH qui viennent de quitter leur bureau.
Partout, des roues. De motos, de vélos, de voitures, de fourgonnettes, de bus.
Partout, des lignes. De couloirs. De sens interdits. D’obligations de bifurcations.
Le bitume ne garde pas trace de tous ces passages.
Combien ont marché sur l’asphalte depuis que cette ville moderne existe ? Une foule infinie de femmes, d’hommes, d’enfants, de vieillards. Tous ces passants chaussés pour la marche, protégés des pavés, des ordures, des bris de bouteilles éclatées qui jonchent le sol. Des myriades de souliers singuliers, donc, de pas uniques.
C’est comme ça partout dans nos villes.
Et soudain, arrêté à un feu tricolore, le pied d’un cycliste, un pied nu dans le couloir réservé aux vélos, aux ongles vernis de bleu, un pied svelte entre les roues des bus et des camions, un pied si fragile parmi les moteurs vrombissants des voitures.
Un pied délié, un pied d’esthète ou de méditant, qui attend son tour. Il a quitté la pédale du vélo pour reposer en toute confiance sur le bitume froid et mouillé de l’avenue. Les phares et les clignotants de cette fin de journée éclairent son réseau de veinules saillant sous la peau.
Un pied qui nous rappelle d’où l’on vient – de la terre, de l’herbe, de l’humus des forêts, du sable des plages ou des déserts.
Un pied dans l’instant présent – ici, maintenant. Un pied qui fait confiance au monde. Qui sait que le déferlement des automobiles ne l’écrasera pas. Car on ne broie pas une perle. On la repère, de loin, à son étincelle.
Un pied qui nous montre comment renouer contact avec notre nature profonde, à l’aurore des millénaires, quand nous marchions sans semelle.
Le feu est devenu vert.
Le pied s’est levé. A enclenché de nouveau la pédale en y appuyant fermement la voûte plantaire.
Et le vélo s’est évanoui parmi le flux des voitures.
Effacés les ongles bleus, dans le soir électrisé par le clignotement des enseignes.
Qui peut savoir que cette scène a existé ?
Qu’un cycliste, à la fin de la journée, a attendu, pieds nus, parmi les voitures, de passer ?
Nos regards sont des boulevards. Ils ne gardent pas trace de ce qui les traverse.
Mais, il y a ce souvenir inscrit sur le chemin de ma mémoire, dont j’ai composé un poème, à l’encre bleue, en attendant mon bus – le dernier de la journée – assise sur un banc en plastique, pour offrir un peu de repos à mes chevilles tellement oppressées dans leur gaine de cuir.
De combien de pieds se compose ce poème écrit à la va-vite et qui enjambe cette page surlignée ?
Je ne saurais vous dire.
Je sais uniquement qu’il attendra mon feu vert, et tout le temps nécessaire, pour que je le publie.
Les différentes biographies que nous pouvons réaliser ensemble
Le tableau de votre vie
Comme il n’y a pas qu’un seul parcours de vie, il n’y a pas qu’une seule façon d’écrire une biographie. Il existe autant de possibilités biographiques que de chemins de vie. La rédaction d’une biographie ressemble à la composition d’un tableau qui prend forme, touche après touche. Son achèvement permet de voir l’harmonie de la vision d’ensemble. Comme le peintre peut utiliser tous les types de couleurs, de matières, de techniques, je vous propose de multiples façons de mettre en livre votre vie. Ainsi, vous aurez déposé votre essence dans cet ouvrage qui reflètera fidèlement votre âme.
La biographie au fil de votre vie
210 euros la séance comprenant l’heure d’entretien et les deux heures de rédaction
C’est la biographie classique où vous racontez votre vie dans un ordre chronologique, une vie avec toute la diversité de ses expériences, toute la palette de ses émotions, où joies et chagrins, bonheurs et pertes s’entremêlent. Pour cette raison, je peux vous proposer l’insertion d’une structure thématique.
Notre livre a eu beaucoup de succès. Nous avons donné un exemplaire à chacun de nos enfants. Tous ont beaucoup aimé et ont trouvé cette idée formidable. Ils ont beaucoup apprécié le ton poétique que vous donnez à nos écrits.
Merci encore Madame et bonne continuation. »
La Vie nous regarde
Anne-L.J.
« Bonjour, Mme Muller
Encore merci pour votre travail. Mamie est ravie du rendu et du travail accompli.
Vous allez encore faire des heureux, c’est certain. Ils ne s’en rendent peut-être pas encore complètement compte en cours de parcours. Mais vous nous fournissez des trésors.
Je garde le mien précieusement.
Merci.
Bonne continuation et au plaisir ! »
La biographie spirituelle
210 euros la séance comprenant l’heure d’entretien et les deux heures de rédaction
Expérience de mort imminente, rencontre avec un défunt, conversation avec son ange gardien, développement d’un don médiumnique, d’un talent hors du commun, régression dans une vie antérieure… Je suis à votre écoute pour que l’énergie de votre âme passe par ma plume, afin de venir s’incarner dans votre œuvre qu’est le récit de votre expérience.
« Je viens témoigner ici d’un parcours d’écriture où j’ai été accompagnée d’une manière sécurisante, combative, énergique et parfaitement bienveillante ! Géraldine a su me guider sur de longs mois pour mettre au monde un beau bébé livre qui attendait de voir enfin la lumière !
Merci infiniment, gratitude infinie envers toi, Géraldine, pour cet accompagnement sans faille!
Merci infiniment !
Ton professionnalisme, ton âme, ton cœur vaillant, ta générosité ont revivifié nos âmes pour toujours car notre livre éclairera pour toujours les générations à venir !
Merci pour ce livre que tu m’as aidé à mettre au monde : il est une clé d’or!!!!
Un immense merci ! Bravo! »
En suivant l’Ariadne : Dans le jardin de Dominique et Joséphine
210 euros la séance comprenant l’heure d’entretien et les deux heures de rédaction
Une vie sans épreuve est rare. Notre existence se peut se retrouver bouleversée du jour au lendemain, d’un instant à l’autre… Abus, harcèlement moral, manipulation par un pervers narcissique, toutes les formes d’emprise, chômage, divorce, accident, survenue d’un handicap, annonce d’une maladie… Il arrive que notre vie se casse, tel un vase. Écrire son épreuve permet, dans un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur, de déposer ses émotions sur la page et de reconstituer son unité psychique dans un livre qui deviendra la trace de cette guérison. L’écriture d’un livre de vie participe au processus de résilience.
210 euros la séance comprenant l’heure d’entretien et les deux heures de rédaction
Un livre est l’espace sacré où vous pouvez rendre hommage à ce qui a été cher à votre cœur et que vous avez perdu. Que ce soit un ami, amoureux ou parent proche, un animal, un objet ou même un lieu (comme une maison, un jardin), votre voix passera par mon cahier pour redonner vie à vos souvenirs, les célébrer, les honorer. Dans ce cas, la biographie est semblable à un autel sur lequel vous déposerez vos sentiments les plus profonds, avant de continuer votre vie, habité(e) par cette mémoire.
210 euros la séance comprenant l’heure d’entretien et les deux heures de rédaction
Dates anniversaires… Prénom d’un aïeul donné à un enfant pour qu’il accomplisse la mission que cet aïeul n’a pu mener à bien suite à cette mort inacceptable, transmission de traumas, syndrome du gisant… Le fait d’entreprendre une biographie familiale met souvent à jour des problématiques transgénérationnelles qui conditionnent votre vie. Et si je vous aidais, dans le cadre de ce livre, à en reprendre le fil afin que vous redeveniez l’auteur de votre vraie vie, celle qui vous correspond, et non celle qui a été écrite par d’autres ?
210 euros la séance comprenant l’heure d’entretien et les deux heures de rédaction
Il n’y a pas meilleur projet que d’écrire la biographie d’un projet… Que celui-ci soit en cours ou déjà abouti, je peux vous accompagner dans la chronologie de cette matérialisation. Structurer ce livre de vie singulier, c’est non seulement donner de l’existence à votre projet dans le présent, mais aussi le rendre pérenne, car ma plume pour votre voix vous aidera à le visualiser, jour après jour, mois après mois, à renforcer la puissance de votre intention et à préciser la dimension positive de cette vision. Je peux également partir de vos notes personnelles, des feuillets de votre journal intime. Récit d’une grossesse, d’une naissance, d’une construction de maison, d’une création d’entreprise ou même de l’écriture d’un livre (il est très intéressant d’écrire sur l’écriture, de créer une œuvre sur une œuvre !)… La page et l’encre incarnent le projet dans la matière.
« Je tenais à vous remercier pour l’écrit de mon expérience. Vous avez su cerner ce que je souhaitais retranscrire et cela répond en tout point à ce que je veux transmettre. »
Le Sourire de ma fille
La biographie d’une métamorphose
210 euros la séance comprenant l’heure d’entretien et les deux heures de rédaction
La vie, pour 99% des gens, est rarement un chemin tranquille. Notre parcours terrestre est jalonné de défis, de remises en question, de renoncements. Il est fait de virages, de croisements, de carrefours, de bifurcations, de déviations, avant de reprendre une ligne droite. L’écriture d’un livre relatant cette période de changement vous permet de mieux anticiper les tournants et de les négocier. Déménagement, séparation, licenciement… Toutes ces ruptures annoncent, en réalité, notre renaissance. L’écriture d’un tel ouvrage préparera, page après page, la sortie du papillon de sa chrysalide. En parcourant avec ma plume toute la distance parcourue entre l’être ancien et l’être nouveau, je donnerai une résonance à une autre voix en vous, plus claire, plus ferme, plus joyeuse, en accord avec qui vous êtes vraiment.
210 euros la séance comprenant l’heure d’entretien et les deux heures de rédaction
Lorsque j’écrivais, enfant, un texte en prose (conte, nouvelle), il arrivait très souvent qu’une voix poétique s’insérât entre les différents paragraphes. La phrase, soudain, se déhanchait, devenait vers. Un mot enjambait l’espace pour atteindre le mot-ami suivant, le rencontrer, converser avec lui. Un poème s’insérait tout naturellement entre les aventures de mes personnages, pour exprimer leurs différents états d’âme. Je reprends cette habitude littéraire, venue de la créativité de mon enfance, dans l’écriture de vos biographies. Je peux, ainsi, y glisser des haïkus (que j’ai composés ou que nous ont transmis les poètes japonais) et qui condensent votre vécu, intégrer un morceau choisi des plus grands poètes ou de ceux que vous préférez, mettre en vers l’une de vos pensées intimes ou l’une de vos émotions les plus profondes. Je peux personnifier le jardin, la maison, la fontaine perdus en les faisant parler tout au long de votre ouvrage, refaire chanter par des rimes et des sonorités appropriées la plage de vos vacances, voire écrire le récit de votre vie comme un longue épopée au cours de laquelle s’entendra le rythme de votre souffle intérieur.
« Magnifique lecture. C’est tellement beau. Vous avez su toucher la porte de mon âme. J’en ai pleuré. Je suis bouleversée. Vous avez touché à mes rêves les plus fous. Merci pour les beaux voyages de mes rêves. Mille fois merci. »
La Vie par-dessus tout
La biographie sensorielle
210 euros la séance comprenant l’heure d’entretien et les deux heures de rédaction
Livre de gratitudes… Livret dédié aux cinq sens (visuel, auditif, olfactif, gustatif, tactile, sans oublier le sens kinesthésique)… Il existe une autre façon de raconter sa vie, personnelle, singulière, où nous évoquons ensemble votre univers intérieur par des listes, des juxtapositions de phrases brèves ou nominales, des catégories qui réunissent Les Choses de votre âme comme dans le journal Notes de chevet de Sei Shônagon. Dans ce cas, l’écriture biographique suit davantage le flux méditatif, très proche du rythme poétique le long duquel la syntaxe suit un nouvel ordre, celui de la mémoire instantanée, sœur de l’inconscient. Dans ce cas, nous mettons l’accent sur les associations d’idées ; un mot ou une image entraînant un autre motif d’écriture. Des répétitions de tournures comme Je me souviens (liste de Georges Pérec), Dans mon enfance, il y a, J’aimais/Je n’aimais pas permettent de relancer le processus mémoriel tout en cadrant l’écriture. Je pratique surtout ce type de biographie avec des personnes atteintes de troubles cognitifs, pour lesquelles les techniques de programmation neurolinguistique permettent une autre rencontre entre soi et sa mémoire.
210 euros la séance comprenant l’heure d’entretien et les deux heures de rédaction
L’écriture d’une biographie mobilise aussi des outils d’art-thérapie. Vous pouvez déposer dans cet ouvrage qui est le vôtre toute votre créativité. C’est donc l’occasion de faire fleurir vos dons artistiques… Insertion de photos, bien sûr, mais aussi de tableaux, de dessins d’enfant, d’extraits de journaux intimes ou des exercices de journal créatif, ajout de calligrammes intimes, de votre signature personnelle… La page est un cadre où les mots eux-mêmes se dessinent !Lorsque la parole atteint la frontière de l’indicible, les blancs, les images, les collages traduisent les silences, de même que l’aveu de ne pas pouvoir aller plus loin dans le souvenir. Le recours à la couleur est un excellent outil pour dire le cri, la douleur. Le Journal de Frieda Kahlo qui mêle phrases et encres multicolores pour représenter son corps souffrant est un exemple caractéristique.
Comme il n’y a pas de parcours de vie universel, il n’y a pas de biographie modèle. Il existe autant de récits de vie que d’âmes, autant d’histoires que de voix. L’enjeu de votre projet est de réaliser la biographie qui correspond à votre signature singulière – celle avec laquelle vous êtes venu œuvrer en ce monde -, pour toucher ensuite vos proches, voire le collectif si vous souhaitez publier votre ouvrage.
Ma plume vous accompagne sur ce chemin.
Vous pouvez m’exposer votre projet sur ma page Contact
Si je reviens toujours vers mon cahier, c’est parce que je sais qu’un Dieu s’y cache et qu’il attend de rencontrer la force délicate de ma première majuscule, celle qui annonce la vague d’une phrase dont le souffle efface déjà la limite entre le bord et l’infini.
Ce Dieu ne répond à mes questions que par le blanc du silence suivant. Mais je continue à écrire, à confier mes peines, mes interrogations, mes incertitudes au petit tout qu’est la feuille, car c’est cela, la foi, être convaincue que l’absence de Dieu n’est qu’apparente et que la solution poindra, comme une frêle lueur dans la nuit qui s’attarde.
Où est Dieu dans la page ?
En haut, en bas, au centre, à droite, à gauche, entre les lignes où l’encre déborde. La page est l’embarcadère qui me mène à l’inconnu dont ma lampe est le phare. Et peut-être que Dieu est dans mon regard contemplant cet espace pour y déceler un signe…
On peut m’objecter que tout cela n’est que spéculation. Mais qu’importe ! J’ai appris par l’expérience de l’attention que si la réponse divine ne s’inscrit pas immédiatement, elle me parvient plus tard, comme un message enroulé autour de lui-même dans sa bouteille translucide, lancée depuis l’autre rive par cet autre moi-même qui pense à moi,
message que je défroisse et qui me dit :
N’abandonne pas !
Tu ne me chercherais pas avec ta plume, si tu ne m’avais pas trouvé au commencement de ta vie, dans l’une des premières pages de ton cahier d’enfance. Alors, continue à écrire au large du silence. J’existe dans le mot prochain, à hauteur de ta main.
Écris avec des lettres frêles comme des pattes de mouche ou en te laissant porter par l’ample vague d’un délié ; Écris le jour ou la nuit ; sous la lampe de ta chambre ou sous le soleil de midi ; Écris bien à l’abri ou au milieu des remous du monde ; Écris sans penser à rien puis capte la sensation qui vient ; Écris tantôt à gauche, tantôt à droite avant de trouver le juste milieu ; Écris à l’intérieur de tes limites ; écris en franchissant toutes les lignes de sécurité ; Écris bien sagement sans envahir les bords de la page puis écris pour faire reculer les marges ; Écris dans la nuit en avançant vers le blanc ; Écris en effaçant le mot de trop ; écris en ajoutant un détail oublié ; Écris jusqu’en bas et remonte vers le haut de la feuille pour trouver la cime invisible ; Écris penché sur la page comme sur la terre mais écris tout de même à ciel ouvert ; Écris parce que tu es seul ; écris parce que tu ne veux plus rester seul ; écris parce qu’il est important de tendre un fil entre les autres et toi ; Écris dans le silence ; écris pour prendre ta revanche sur l’indicible ; Écris afin de rester centré ; écris afin de te laisser dériver toujours plus loin ; Écris et rature, comme le promeneur recouvrirait son pas de fétus ; ensuite, réécris ce qui doit subsister malgré tout en tant que trace ; Écris pour confier tes soucis à la gomme du temps ; Écris car c’est essentiel, bien que ce soit inutile aux yeux de la majorité des gens ; Écris pour tous ceux que tu ne rencontreras jamais, ces intimes inconnus ; Écris car ton cœur se vide par ses fêlures ; écris car chaque trait est une cicatrice ; Écris jusqu’à ce mot ultime que tu ignores parce que tu n’es pas arrivé au bout ; écris pour qu’au moment de ta disparition, demeure la Vie, rien que la Vie.
Comment prendre conscience de l’histoire qui se raconte en nous ?
On croit souvent, à tort, qu’une autobiographie doit contenir des événements importants de notre vie – naissances, baptêmes, fiançailles, mariages – pour être palpitante…
Pourtant, lorsque l’on a acquis une certaine expérience de l’existence, on peut s’apercevoir que ce ne sont pas ces événements extérieurs qui composent la trame de notre vie, mais bel et bien des événements intérieurs – ces révolutions intimes, vécues dans le secret absolu de l’âme, ces révélations muettes et néanmoins éclatantes, ces prises de conscience qui, considérées isolément, semblent si minimes mais qui, additionnées les unes aux autres, ont la capacité de modifier notre trajectoire, ces fulgurances silencieuses comme des météores traversant un ciel de campagne, ces métamorphoses lentes ou soudaines de l’être, pourtant imperceptibles au regard d’autrui, ces petits bouleversements qui, certes, n’ébranlent pas tout notre quotidien mais qui, à la longue, changent notre perception sur celui-ci, nous incitant à sortir inéluctablement de notre zone de confort…
– C’est parce que la voie était libre et que le feu était vert que j’ai emprunté ce boulevard ! Maintenant que j’y songe, c’est le meilleur choix que j’aie pu faire… Si j’avais emprunté la voie où le feu était rouge, comme à mon habitude, je ne serais plus là pour vous raconter cette expérience…
– En plongeant ma main dans la pâte, j’ai mesuré combien mon existence auprès de cet homme était dure. Assurément, je ne pouvais plus continuer comme ça… J’étais une « trop bonne pâte ».
– La dixième fois, ce fut la goutte de trop ! Je n’étais pas le vase qui devait contenir son poison. Cela n’avait que trop duré…
En effet, rien n’est écrit et l’on peut changer son destin si l’on prête suffisamment attention à ce qui se passe en soi !
L’année 2000 fut pour moi décisive. Oh ! Ce n’était pas parce qu’elle initiait un nouveau millénaire ! Dans le récit que je vais vous raconter ici, l’événement qui a provoqué un changement radical de vie paraît relever de l’anecdote.
C’est en allant flâner dans le rayon d’une librairie dans la ville de D. que j’ai feuilleté le livre d’Eva Arkady, Dépendance affective : Oser être soi et s’en libérer. Préoccupée par mes soucis sentimentaux, j’ai lu quelques pages qui, certes, me parurent intéressantes mais mon esprit était trop en alerte pour que je prenne le temps d’acheter cet ouvrage que j’ai négligemment posé sur le rayon. En sortant cependant de la librairie, j’ai entendu une voix qui me disait bien distinctement :
– Achète ce livre ! Ta vie en dépend !
À contre-cœur, je me suis ravisée, pensant :
– T’es complètement folle, ma pauvre !
Et je suis à nouveau entrée dans la librairie pour acheter ce livre… Dix euros… Je me souviens encore du prix.
Le témoignage d’Eva Arkady fut une véritable planche de salut. Je me souviens que je l’ai lu d’une traite, allongée sur le grand lit de couple et qu’en le refermant, j’ai mesuré combien je vivais avec un homme invivable que je tentais de sauver désespérément de ses démons… Mais c’était une bataille perdue d’avance et j’allais y laisser ma peau. N’était-ce pas cela, la définition de la codépendance ? Se noyer avec l’autre en tentant de le ramener sur la berge ?
Inutile de dire que ces pages ont déclenché des événements extrêmement douloureux mais salvateurs : une scène conjugale d’une rare violence, une nuit passée seule à l’hôtel, un changement de serrure puis, à la fin de ce parcours chaotique, un déménagement dans une autre ville, une autre région…
Parce que, voyez-vous, ce sont les événements intérieurs qui déclenchent les événements extérieurs ; c’est le détail insignifiant qui vous fait signe pour vous indiquer qu’il est urgent d’évoluer.
Dans son ouvrage qui constitue une réflexion introspective sur la tenue de son journal intime, Une vie à soi, Marion Milner étudie ses conditionnements qui la projettent tantôt vers le passé, tantôt vers l’avenir, l’empêchant de se concentrer sur l’enjeu de tout ce qui se passe dans l’instant présent – ici et maintenant.
Un jour, la lassitude et l’ennui mènent la narratrice sur une falaise au bord de la Méditerranée. La fatigue l’accapare tellement qu’elle décide de lâcher prise sur ses velléités en déclarant « je ne veux rien« .
Et il se produit alors un insight – un éclair de perception – qui dégage son regard de toutes les illusions qui l’obscurcissaient :
« D’un seul coup le paysage se débarrassa de son vernis de carte postale et se mit à resplendir comme au premier jour de la création, y compris les herbes poussiéreuses au bord de la route.«
Non seulement la vision claire de la narratrice développe sa faculté de voir de la beauté et de la vie dans « les herbes poussiéreuses« , mais aussi elle restitue pour elle l’éclat originel du paysage comme au début du monde.
S’ensuit tout un apprentissage du regard – à travers la contemplation des paysages ou des tableaux de Cézanne – qui change sa façon de ressentir des émotions et donc de vivre.
Parfois, ce sont des événements extérieurs spectaculaires – tels des accidents – qui provoquent cet insight. Mais souvent, c’est l’insight lui-même qui déclenche un événement spectaculaire, positif pour l’évolution du protagoniste car les prises de conscience initient un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur. Le mouvement inverse – de l’extérieur vers l’intérieur – se produit lorsque le Moi a été sourd aux différents appels, signaux et clignotants envoyés par la Vie et qu’il devient urgent qu’une prise de conscience s’effectue. Ce que l’on prend pour un choc isolé dans la vie nous amène en réalité à davantage de compréhension de soi.
Marthe Marandola et Geneviève Lefebvre l’expliquent très bien dans leur essai Le Déclic libérateur : La prise de conscience : enquête et récits :
Aussi soudaine et brusque soit-elle, la révélation profonde de la prise de conscience est toujours précédée par une période de travail invisible au plus profond de notre inconscient. »
Et c’est ce travail souterrain pour un jaillissement en plein jour de votre être que le parcours d’écriture biographique met en valeur.
Comment allons-nous procéder concrètement ?
Nous allons retracer, par l’écriture, le cheminement qui vous a conduit à cet « insight« , ceci afin que vous puissiez en reconnaître toutes les étapes bénéfiques, lors de vos révélations futures.
Il est pertinent de retranscrire dans votre autobiographie les différentes questions que vous avez utilisées pour vous permettre d’y voir plus clair – questions qui, généralement, sont sous-tendues par toute une série de Pourquoi : « Pourquoi partir maintenant ? », « Pourquoi partir plus tard ? », « Pourquoi est-ce que je ressens une telle urgence ? », « Pourquoi ai-je envie de trouver une solution, alors que je n’ai pas toutes les réponses encore ?«
De même, une énumération d’hypothèses enrichira l’évocation de votre déambulation intellectuelle ou émotionnelle : « Et si je nomme Jean dans ce livre, qu’arrivera-t-il ? », « Et si je le désigne par un vague Il, existera-t-il toujours aussi intensément dans mon cœur ?« . Nous pouvons ensuite passer en revue les sensations et sentiments que vous éprouvez face à l’alternative A ou B. Vous êtes-vous senti plus léger ou, au contraire, votre ventre s’est-il serré ? Quel est l’élan qui vous a électrisé, de façon à ce que vous optiez définitivement pour l’alternative A ?
Nous pouvons aussi mettre en scène sur le papier un dialogue avec vous-même, avec deux instances opposées de votre être, la face claire et la face obscure. En ce qui me concerne, j’aime affronter dans mes cahiers le démon Niege – qui nie tout – et l’ange Inge – qui me met au contact de ma divinité profonde :
Niege – Géraldine est victime de son destin. C’est ainsi. On ne peut rien y faire ! Inge – Est-ce que, justement, on ne laisse pas le Destin s’accomplir inexorablement lorsque l’on n’a pas confiance en soi, lorsque l’on croit que l’on ne peut écrire sa vie ?Quand on n’agit pas pour soi, alors c’est le Destin qui décide parce qu’on le laisse dicter sa loi à notre subconscient !
Nous mettrons l’accent sur tous les termes modalisateurs qui vous rapprochent de votre voix secrète, de votre ressenti intime, de cette subjectivité incontestable car elle vous révèle votre vérité à vous : « Je pense que Paul ne m’aime plus ; tout cela me semble absurde, feindre un couple harmonieux ; je trouve que je me porte mieux quand je m’octroie quelques moments en solitaire. C’est comme si je passais un doux tête-à-tête avec une amoureuse complice, moi-même« …
Nous pouvons, de même, focaliser l’écriture sur la symbolique d’un objet, dont la présence, si significative, éclaire tout un pan de votre conscience resté dans l’ombre – jusqu’à cette vision. Dans le Journal d’une solitude, May Sarton insiste sur la lumière sanguine de son chrysanthème de Corée qui lui transfuse la vie après un week-end entier passé auprès d’un amant toxique qui l’a laissée émotionnellement exsangue. Dans Le Déclic libérateur, ce sont les feuilles desséchées d’un géranium qui ont montré à Michel que son existence ne dépendait pas d’un sens ou d’une mission quelconques, que le principe de vie se faufilait partout, y compris jusque dans les tiges les plus affaiblies pour les revivifier parce que le fait d’Être est la seule justification… Ce peut être une citation qui saute aux yeux lorsque l’on prend un dictionnaire, le vers d’un poème qui nous revient « par hasard » en mémoire, un slogan publicitaire qui nous fait s’exclamer : « Mais c’est vrai, ça ! »
En prêtant attention par l’écriture à tous ces signes, vous vous mettrez à l’écoute de toutes ces synchronicités qui jalonnent votre vie. Vous apprendrez à les déchiffrer et ainsi, à donner une vraie signification à vos décisions ultérieures.
De plus, votre autobiographie sera bien plus qu’un récit d’événements extérieurs, chronologiques et visibles par tous. Elle reconstituera vos déambulations intérieures et mettra en valeur votre être en permanente évolution – parce qu’il est riche de ses questionnements comme de ses certitudes, de ses doutes comme de ses intuitions, de ses manques comme de ses ressources.
Vous prendrez conscience que non seulement vous aurez écrit un livre, mais aussi que vous serez ce livre que d’autres ouvriront, afin de s’inspirer de l’éclat de vos prises de conscience dans le tracé de leur propre chemin.
Le succès de la Vie consiste à prendre du plaisir !
Je me souviens de cette difficile année 89. Malgré un travail acharné, je ne récoltais que des notes médiocres.
Je ne savais pas pourquoi j’entreprenais des études si difficiles, pourquoi je me maltraitais tant à vouloir prouver à ma famille que j’étais la meilleure, pourquoi je m’efforçais à être excellente pour ma mère.
Incertaine « d’avoir mon année » comme on dit en langue estudiantine, je me suis dit, un soir d’hiver, en allumant la lampe de ma minuscule chambre sur l’un de mes cahiers noircis :
– Faute d’avoir une réponse à mes problèmes, je vais prendre du plaisir, profiter de chaque instant de mon existence et tant pis pour mes échecs !
Je ne me dépêchais plus autant pour rentrer après les cours. Je me donnais le temps de flâner devant les vitrines éclairées de Noël ; j’appréciais le halo blanc du froid que mon souffle déployait comme une corolle autour de mes lèvres, la douce laine de mes gants et de mon écharpe, mon parfum de pêche Eau Jeune offert par mon oncle et dont je déposais du bout de mon index trois gouttes sur mon col chaque matin avant de fermer mon cartable, le croissant chaud aux amandes que je m’achetais en sortant de mon module de dix heures et dont les miettes dorées tombaient sur mon manteau…
En prenant simplement du plaisir, j’ai lâché prise sur l’envie féroce de réussir ; j’ai goûté le chemin en abandonnant toute velléité de contrôle ; j’ai étudié avec plus de légèreté, de détachement et – vous savez quoi ? –
J’ai eu mon année !
C’est ce que je vous souhaite, ce que je me souhaite aujourd’hui alors que toutes nos certitudes s’effondrent et que le monde semble se dérober sous nos pieds, nous plaçant devant des challenges de plus en plus complexes pour notre avancement :
Avoir toutes nos années de vie parce que l’on aura profité de chaque instant où l’on est vivant !
On se sent si seul quand on écrit, avec le seul frottement du stylo sur le papier, si seul avec soi que l’on doute fort qu’un autre est sur le point d’apparaître au large de la page.
D’ailleurs, le passage de l’autre – ce promeneur sur nos propres traces – est bien improbable tellement il est lointain dans le temps et dans l’espace…
Comment cet autre peut-il, du reste, nous connaître, lui que l’on ne rencontrera sans doute jamais ?
Et pourtant, c’est parce que l’écriture est une traversée de la solitude qu’elle est véritablement un pari pascalien sur la foi.
Écris en t’abandonnant tout entier à ta solitude. Écris en confiant ce sentiment à cet inconnu au loin qui deviendra ton ami au-delà des époques et des distances :
« Voilà comment je me suis senti seul en longeant les vitrines illuminées de Noël. J’étais triste qu’il n’y ait que mes pas dans la neige. J’aurais vraiment aimé que Catherine marchât à mes côtés. Je lui avais laissé un message sur son répondeur, la veille, mais elle ne m’avait pas rappelé… »
« Voilà comment je me suis senti seul en conduisant sur cette route marocaine… Les ombres du crépuscule s’allongeaient devant moi… Je pensais que je n’atteindrais jamais ma destination…«
« Voilà comme je me suis sentie seule quand j’ai emmené ma chatte Noisette chez le vétérinaire. Je l’entendais miauler dans mes bras sans que je puisse rien y faire... »
Ne cache pas ta solitude dans des considérations générales dont ton lecteur n’aura que faire. Évoque au contraire comment elle a envahi ton regard, hanté tes oreilles ou collé à ta peau. Dis le craquement de sa neige jaune sous tes souliers, le ronronnement de son moteur, sa couleur mauve qui effaçait la ligne de démarcation entre la route et la terre, sa fourrure douce comme un adieu…
Et alors, il se produira un véritable miracle de foi. Ta page renverra comme un miroir à cet autre dont tu ignores toute l’existence – ton lecteur anonyme – sa solitude au cœur de laquelle il puisera ses mots :
« J’ai bien connu ce sentiment moi aussi… »
Lui aussi prendra un stylo pour écrire un poème, un début de nouvelle ou de roman sur un coin de table, quelque part en Israël ou en Angleterre :
« Voilà comment Paul s’est senti quand, au moment de franchir la porte A de l’aéroport, il n’a pas vu Claudine. Parmi tous ces visages, il n’y avait pas un regard familier. Les signes des mains qui s’agitaient en guise de reconnaissance n’étaient pas pour lui… Il s’est dit qu’il allait vivre trois mois dans une ville qui ne lui disait rien, une ville où il avait atterri pour une fille qui n’était même pas là pour l’accueillir…«
C’est ainsi que, quelque part, sur un point précis du globe, le frottement d’un stylo sur un papier répondra au bruit de ta page sous ton stylo à toi.
Tel est le miracle de l’écriture : faire correspondre deux solitudes ; faire converser deux cœurs sans que l’un et l’autre n’en sachent rien ; créer une complicité d’autant plus subtile qu’elle repose sur le frêle fil de l’encre tendu entre deux mains parfois distantes de centaines de siècles ; retrouver l’Autre qui invite avec sa plume à partir plus loin en soi :
« Lui aussi a vécu la même chose que moi. S’il en parle avec une telle intimité, une telle simplicité, je peux le faire, moi aussi…«
L’écriture pratiquée avec une semblable sincérité permet de transformer la solitude en une preuve de foi qui consiste à continuer à écrire, à bien suivre ton chemin qui ne mène qu’à une seule destination :