Publié dans Actualité, Ecrire pour autrui, histoire, Je pour Tous

Barberousse

Il est des mots qui demandent à sortir de la nuit.

Je m’apprêtais à prendre congé de ma mère. Le ciel s’obscurcissait. La pluie semblait imminente. Je voulais rentrer vite car, chaussée de souliers ouverts, j’avais peur d’avoir les pieds mouillés si je tardais trop.

Mais ma mère continuait de bavarder avec ses copines.
Il y avait là, en face de moi, une vieille femme en fauteuil roulant, les jambes bandées.

Soudain, elle a pris la parole :

« Je veux rentrer chez moi. Je veux me reposer. Il n’y a guère que ma maison qui me plaît. Je suis si fatiguée… J’ai fait de l’humanitaire, partout dans cette région – Toul, Nancy, Lunéville, Pont à Mousson…

Mais surtout, j’ai suivi mon mari en Algérie, pendant la guerre.
Mon mari était gardien d’une prison de trois mille détenus dont la plupart était des membres du FLN. La prison Barberousse.

Une fois par semaine, mon mari demandait à ce que les volets fermés le soir ne soient pas rouverts le lendemain matin. Il ne fallait pas que les enfants voient quoi que ce soit. Les pièces seraient plongées dans la pénombre toute la journée.

On était pourtant réveillés très tôt par des youyous et le vacarme des gamelles et des cuillères que les prisonniers faisaient tinter en rythme contre les barreaux. Puis résonnaient les chants des fellaghas en arabe, qui accompagnaient la marche des condamnés à mort. On ne bougeait plus, terrorisés.
On entendait ensuite le cahotement affreux du couperet métallique qui se baissait, se relevait, se baissait contre les tréteaux de bois et le bruit mou des têtes qui tombaient l’une après l’autre dans le panier.

Cela durait toute la journée. Une journée dédiée à la nuit, à la peur, au sang, à la mort. Et lorsqu’au soir le silence revenait, l’écho de ces bruits funèbres hantait nos oreilles comme un spectre.

Il y avait parmi les exécutés de simples ouvriers, d’humbles gens qui avaient avoué par contrainte des actes qu’ils n’avaient peut-être pas commis. Beaucoup sont passés également par les armes. « 

Le chariot du repas a traversé la salle dans un tintement joyeux de couverts et de verres. Ma mère a sursauté et s’est exclamée en riant :

-J’ai cru que c’était la guerre qui revenait !

Et toutes ses copines, dont celle qui a fait ce témoignage, se sont exclamées :

– Non ! C’est l’heure du dîner !

Et l’une s’appuyant sur sa canne, l’autre faisant tourner les roues de son fauteuil pour avancer, l’autre encore s’accrochant à son déambulateur… toutes se sont dirigées vers la salle à manger.

Ma mère m’a fait un signe derrière la porte vitrée.

Dehors, il pleuvait un peu. Mais je ne me suis pas pressée. J’ai pris le temps de flâner parmi les rumeurs de la ville. Le ciel avait une teinte gris bleu. On était passé à l’heure d’été. Il ne ferait pas nuit de sitôt.

Je suis rentrée sans avoir les pieds mouillés mais tous ces mots que j’avais entendus perlaient au bord de mon coeur.

Géraldine Andrée

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La guérison est ma priorité

La guérison est ma priorité.
Le calme. Le repos. Le silence où coule une musique secrète.

Une table ronde sur laquelle m’attend mon cahier ouvert.
A côté, une tasse de thé chaud.

Chaque chose importante est là, en abondance. La sérénité entoure mes mots. L’encre reflète la lumière de ma lampe.

Prendre le temps de respirer, de réfléchir, de méditer, d’être consciente du souffle qui franchit mes lèvres.

Ecouter le frottement de ma plume sur la feuille pendant que bat mon sang.

Quand j’écris, mon coeur devient le choeur de toutes les harmonies.

Quand j’écris, je vis chaque instant à mon rythme.

Géraldine Andrée
Journal

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Conversation avec Marilyn

« Il est peut-être plus pratique, plus confortable – voire plus poétique de mourir jeune et ainsi de ne pas supporter le poids de vieillir.
Mais dans ce cas, qui finira ma vie ? Quel être pourra dire qui je suis ? »


Voici les quelques lignes qu’a écrites Marilyn dans ses Carnets.


Et je répondrais à Marilyn :


« Il faut vivre en écrivant, écrire en vivant. C’est en écrivant qu’on finit le beau récit de sa vie, et cette fin signe toujours un commencement.
Être sa propre voix qui laissera longtemps sa trace dans le silence qui suivra :

telle est,
à mon sens,
la Vie
achevée. »


Géraldine Andrée

Quelques lignes de Marilyn… Juste un signe pour qu’au-delà de ta Vie on te devine, encore…
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Créavie : En complément à la conférence du 05 janvier 2019,

https://www.youtube.com/watch?v=t51cwxwrY_U&t=133s

Les mots, c’est de l’énergie, comme l’eau, le feu, le vent…

En complément à ma conférence sur Le Pouvoir spirituel de l’écriture du 05 janvier 2019, je vous joins la liste de livres sur lesquels vous pouvez vous appuyer pour ouvrir cette porte sacrée dans la page :

Le journal de la résilience :

Journal d’Anne Frank, J’ai lu

Une vie bouleversée d’Etty Hillesum, Points

Les pages du matin :

Libérez votre créativité de Julia Cameron, Aventure secrète

Le bullet journal :

Journal de la collection Respire : Des projets pour 52 semaines

Carnet de gratitude, collection Hachette Bien-Être

Le Défi des 100 jours de Lilou Macé (Cahier d’exercices pour une vie extraordinaire), Guy Trédaniel éditeur

Site Pinterest pour confectionner son propre bullet journal

L’art des listes :

Notes de chevet de Sei Shônagon, Connaissances de l’Orient, édition Gallimard
L’Art des listes de Dominique Loreau, collection Marabout

Le journal créatif :

Le nouveau journal créatif d’Anne-Marie Jobin, édition Le jour

Pour écrire sur du beau papier, doux comme un grain de peau :

Les carnets Hemingway

Belle écriture à vous !

Géraldine Andrée

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Créavie : Quelques mots

On a tendance, lorsqu’on se raconte ou qu’on raconte sa vie, à vouloir être le plus précis possible.

Aussi ajoute-t-on des adverbes, des adjectifs, des propositions à profusion :

« Le laurier-rose tout parfumé et qui fleurissait fidèlement à chaque saison me plaisait beaucoup. »

On se charge de la compréhension, de la sensation et de l’émotion du lecteur. On l’envahit de son intention, certes louable, de provoquer son empathie mais, en vérité, on le prive de sa place.

Et pourtant, raconter sa vie, c’est effacer les évocations redondantes, les descriptions inutiles, c’est barrer des mots pour réinstaurer les silences.

Un récit de vie peut commencer ainsi :

« Le jardin est là. »

« Pendant toute mon enfance, le pommier a fleuri. »

« Elles furent belles, les saisons de mon arbre. »

« Ah ! Les parfums du laurier-rose de jadis ! »

En une phrase brève, laisser le lecteur libre de suivre son souffle et son chemin jusqu’à notre univers.

Lui accorder de l’espace, du temps.

Lui offrir son propre rythme.

L’inviter dans nos silences.

Lui faire confiance.

Une écriture dépouillée est un acte de foi envers celui qui la reçoit.

Ou encore, débuter son histoire par une phrase simple qui contient toutes les saveurs, toutes les senteurs, toutes les couleurs d’un pays, telle Karen Blixen qui inaugure ainsi son récit de vie :

« J’avais une ferme en Afrique. »

Un sujet ; un verbe à l’imparfait ; deux compléments essentiels ;

pudique évocation du regret à partir de laquelle le livre d’une vie déploie ses pages dans le présent.

C’est alors par le coeur

que le lecteur comprend.

Géraldine Andrée

Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

Tu veux écrire parce que le temps passe.

Tu veux écrire parce que le temps passe et qu’il te faut garder un souvenir de ce que tu as vécu : l’enfance, le murmure des sous-bois dans le vent, le regard du premier amant, la famille réunie dans le jardin juste avant que l’aïeule ne s’éloigne.

Mais l’encre, c’est le temps. Les mots sont des secondes. Assise, tu ne peux ignorer que le mouvement de ta plume t’emmène toujours vers l’instant suivant.

Phrase après phrase, tu vieillis.

Et si tu atteins déjà minuit, c’est parce que le temps passe trop vite quand tu écris.

Mais peut-être qu’un jour, l’heure de chance sonnera. Quelqu’un trouvera l’un de tes cahiers, parmi tous ceux dispersés lors des déménagements.

Quelqu’un que tu ne connais pas encore, un ami, un petit-enfant prendra le temps à rebours en tournant les pages.

Et il reviendra vers les longs cheveux de l’enfance,  le bercement des sous-bois, la peau de l’amant, la joie du jardin, le sourire de l’aïeule – tout ce qui fut éphémère car trop vite vécu, tout ce que la volonté de mémoire des mots ne réussira jamais à ressusciter complètement.

Quelqu’un qui se voudra fidèle à ton espoir initial suivra à son rythme le fil de l’encre,

s’arrêtera puis continuera le chemin, toujours plus proche de ce que tu souhaitais revivre.

Et lorsque le temps sera venu de refermer le cahier, ton lecteur te dira, à toi peut-être disparue :

Bien sûr que cela fut.

Puissance de ce temps du verbe « être » au passé

qui  contient en une syllabe toute l’éternité.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est ma vie !, Créavie, Je pour Tous, Méditations pour un rêve, Poésie

Sculptrice d’encre

En regardant

les grandes

cartouches

d’encre

où tremble

le reflet

de la lampe

du soir,

elle songe

aux mots

qui naîtront

de ce noir

épais

et informe

comme

la nuit.

Elle rêve

à la silencieuse

parole

qu’elle sculptera.

Pendant

toute

son enfance,

on lui a dit

qu’elle était

incapable.

Maintenant,

elle sait

qu’elle s’apprête

à accomplir

une chose

capitale :

rendre

corps

à tout ce qu’on efface,

tout ce qu’on fait disparaître ;

donner

une expression

à l’inaudible

respiration.

Géraldine Andrée

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Créavie : C’est ma vie 2

Dans le très beau film Quelques heures de printemps, lorsqu’il est demandé à Madame Evrard si elle a eu une belle vie, celle-ci répond :

« C’est ma vie. »

Une vie entièrement vécue avec ses malheurs (un mari difficile, un fils distant) et ses bonheurs (les beautés et bontés du jardin, un voisinage agréable).

Une vie en apparence banale.

Mais une vie unique.

Déclarer ainsi

« C’est ma vie »,

c’est l’accepter telle qu’elle est, sans vouloir rien changer et ce n’est surtout pas se lamenter sur cette pseudo vie rêvée que l’on n’a pas eue.

Peu importent les événements (mariage, naissance, baptême, deuil, chômage, divorce).

L’essentiel est ce que l’on retient des moments avec lesquels on a traversé ces événements : l’éclat des pivoines qui revient à chaque printemps, la botte de radis que la voisine dépose sur le bord de votre fenêtre, la chanson préférée de vos dix-sept ans, les yeux d’émeraude de la chatte dans l’ancienne maison, l’eau de parfum qui fleure bon le muguet les matins…

Faites vous-même votre liste.

Vous pouvez tracer une frise du temps ; y poser des points tout petits – ce sont les événements – et de gros points de couleurs – ce sont les moments que vous nommez un par un, que vous effeuillez sur la vaste rose du temps.

Vous voyez ? La vie, c’est Cela.

Ecrire sa vie, c’est accorder beaucoup plus d’importance au relief de ces moments qu’aux événements.

Ce n’est pas se mentir en proclamant en épais caractères sur la couverture de son livre : « Voici ma belle vie ! »

C’est écrire tout simplement :

« C’est ma vie »,

où d’autres vies se retrouvent, s’entremêlent, se réunissent

dans l’écho d’une page

qui trouvera un rêve pour le porter

plus loin,

vers d’autres témoignages.

 

Géraldine Andrée

 

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Créavie : C’est ma vie 1

C’est ma vie. Je veux en faire une oeuvre de Beauté, de Bonté, de Vérité.

Noble tâche !

Mais il y a les aléas, les tracas, les embûches, les obstacles. Les velléités. De moi et des autres. Parfois la boue, les sanglots, les larmes, le découragement.

Alors, il me faut franchir les obstacles, continuer la route, contourner les pièges – avancer, même si mes pieds se sont blessés dans les ornières. Qu’importe la trace de mes pas. Seul compte le prochain pas que je vais faire.

C’est ma vie. Je l’écris chaque jour.

Mes choix, mes acceptations, mes refus, mon libre arbitre lui donnent une ligne directrice que j’essaie de suivre aussi sur mes pages du matin.

Je fais signe à l’Univers au milieu de l’océan blanc de mon cahier :

Je suis là ! Tu me vois ?

C’est ma vie.

Et je suppose que, vus d’en haut, mes mots sont de minuscules points bleus, de frêles feux que je lance pour être reconnue par Dieu.

C’est ma vie.

Beaucoup m’ont dit dans mon enfance :

C’est ta vie. T’en fais ce que t’en veux.

Ce n’est pas vrai.

On ne fait pas ce qu’on veut de sa vie. Croire le contraire est une illusion dangereuse.

Il y a les déviations, les ralentissements, les accélérations, les bifurcations, les priorités, les croisées de chemin sans aucune indication.

Les rencontres que je n’aurais pas dû faire, les aveuglements, les fausses amours, les trahisons, les erreurs d’étourderie – ou plutôt d’insouciance.

J’apprends, j’hésite, je trébuche, je tâtonne, je rectifie.

Certes, je suis l’auteure de ma vie mais il y a beaucoup de ratures, de changements, de brouillons, de recommencements.

Autant de signes que le manuscrit est bon, me dit l’éditeur.

C’est ma vie de Vérité. C’est la Vérité de ma vie, cette trouvaille que, plus on ajuste, plus on est dans le Juste pour soi.

Tant pis si je ne connais pas toutes les vérités.

L’essentiel est que je vive comme j’écris : avec sincérité.

Et que tous mes ratés en soient la preuve.

C’est ma vie, à chaque jour un peu plus neuve.

 

Géraldine Andrée

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Créavie : 1987

 

Moi aussi, je vais faire un tour dans mon cahier en 1987.

1987,

l’année de mon bac français, l’explication de texte de La Parure de Maupassant, un commentaire sur Les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand ;

le tube Joe le Taxi de Vanessa Paradis dans l’ombre de ma chambre le soir ;
un détour parmi les mirabelliers ;

mon rêve du grand amour ;

lire les Poésies d’Arthur Rimbaud au coeur de la nuit ;

bronzer en maillot de bain dans le jardin qui existait encore ;

puis écrire des poèmes sous les feuilles du marronnier ;

être réveillée par les coups de soleil – non, je n’ai pas écouté mon père ;

commencer sans cesse un nouveau cahier ;

la découverte de Radio Nostalgie et du parolier de Julien Clerc, Etienne Roda-Gil ;

recopier ses chansons dans un carnet Bleu Majuscule ;

les vacances chez ma tante ;

les promenades quotidiennes au lac d’Annecy ;

me demander si cela vaut la peine que je poursuive mon journal intime puis le continuer tout de même jusqu’à l’Université :

prendre la première fois l’avion toute seule ;

faire une indigestion de Pépitos ;

écouter A l’encre de tes yeux de Francis Cabrel avec mon oncle revenu d’Italie;

vouloir écrire comme Marie Noël et ne pas y parvenir ;

maquiller mes cils en bleu clair pour rester discrète ;

mon premier rouge à lèvres ;

ma robe à bretelles sous laquelle pointent mes seins ;

penser à entourer de rouge la date du mois futur dans le calendrier pour prédire quand « elles » vont réapparaître ;

sortir en discothèque avec les amis de ma classe et ne pas savoir quelle tenue mettre ;

enfin, me débarrasser de mes vieilles couettes ;

traverser le champ de bléssaignent les coquelicots ;

l’impression que je suis seule mais avec un don inné pour la joie ;

m’accouder à la fenêtre et interroger les étoiles sur mon avenir ;

ne rien s’entendre dire de la part de l’Univers ;

ignorer que je serai amoureuse dans deux ans.

1987, l’année où tout est possible ;
où les musiques, les livres et les êtres faits pour moi me trouvent
avant que je me sois trouvée moi-même.

Et vous, si vous étiez sur cette terre, que faisiez-vous en 1987 ?

Géraldine Andrée