Publié dans Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Le journal des confins, Le poème est une femme, Poésie, Poésie-thérapie

La barque du poème

Le poème

est une barque

qui attend

entre les feuilles

que quelqu’un

veuille

la détacher

de ce qui la relie

au trop connu

et s’en aille

à son bord

jusqu’au point

du tout

premier jour

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, Méditations pour un rêve, Un cahier blanc pour mon deuil

Te reconnaître

Une question me hante.
Si je te retrouvais, te reconnaîtrais-je ?
On dit que les défunts prennent souvent l’apparence
d’un papillon, d’une colombe…

Et si tu te décidais à me surprendre,
serais-je sensible à cette surprise ?
Tu pourrais, après tout,
être un flocon de neige sur ma joue,
cette poussière dans l’œil
qui fait jaillir des larmes
aussi brillantes que celles
de mon vieux chagrin
ou le baume d’un rayon de soleil
sur les lèvres sèches
de mon insomnie…

Tu pourrais être
simplement
le petit matin,
quand l’étoile
du Nord
laisse dans mon rêve
le souvenir
de son point
d’or.
Tu pourrais être encore
un crayon de couleur,
l’appel
de mon cahier blanc
à cinq heures,
la paisible respiration
du chien qui dort,
un laurier-rose
dont les branches
se penchent
par-dessus la clôture
du jardin interdit,
un tableau qui m’attire
dans une vitrine
– et voilà que je m’échappe
sur un sentier de printemps
en pleine ville,
guidée par l’ombrelle
dansante
d’une jeune fille
qui me fait signe
en se retournant
de temps en temps -,
l’ultime note
d’une symphonie de Mahler,
la brise qui me suit
derrière son feuillage vert,
un compliment espéré
depuis si longtemps,
un ami qui me revient de loin,
le seuil d’une maison
quelque part en Camargue,
un poème qui me parle
en silence,
une lampe d’enfant
dans ma solitude…

Mais peut-être
que tu ne serais rien
de tout cela
et que tu attendrais patiemment
que je te reconnaisse
au cœur
de mes habitudes,
comme, par exemple,
dans mon regard
que je pose
sur moi-même,
mon regard qui s’attarde,
chaque soir,
dans mon miroir,
mon regard devenu
plus doux,
plus clément
au fil des ans
et qui me dit
en souriant :

« Tu vois !
Ce n’est pas grave !
Tout passe ! »,

mon regard
qui, entre les battements d’ailes
de quelques secondes
de grâce
me montrerait
qu’en me voyant,
moi,
je te verrais,
Toi,
allumer en mon âme
la flamme
si frêle
mais si présente
de l’envie
d’être en vie
et d’écrire
jusqu’à la fin
cette vie-ci,
humble
comme le nouveau-né
tout nu.

C’est ainsi,
je crois,
que je te reconnaîtrais
car j’aurais la certitude
que tu renaîtrais
dans cette reconnaissance
de qui nous avons été
ensemble
et de qui nous sommes devenus
l’un sans
l’autre.

Géraldine Andrée

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Elle couche doucement son stylo

Elle couche doucement

son stylo dans l’étui

bordé de dentelle blanche.

Puis elle referme sur lui

son couvercle bleu de nuit

qui claque juste avant

sept longues heures de silence.

Il leur faudra bien tout ce temps de repos

car demain, elle a rendez-vous très tôt

avec l’œuvre de sa vie.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de ma résilience, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Le cahier Blueday

C’est sur le sentier bleu

C’est sur le sentier bleu
que j’ai su
où se cachait Dieu :

dans le silence
entre les feuilles.

Géraldine Andrée

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La chemise de grand-père

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La foi de la page

Ma collaboration dans le magazine Les Mots Positifs

Géraldine Andrée

Photo de ANTONI SHKRABA
Publié dans Journal de la lumière, Journal de silence, Le journal des confins, peinture, Poésie, Récit de Vie, Un troublant été

Départ

Il est l’heure de fermer les volets sur le sentier qui flamboie encore, la senteur des lavandes et les herbes qui sèment dans le vent leurs fétus d’or.

L’ombre remplit la chambre comme si elle était tombée d’un encrier renversé.

Entre les rainures des persiennes, bat une aile détachée de la lumière.

On a recouvert les lits, vidé les paniers, clos les armoires.

Sous l’ampoule d’une lampe de chevet, tu veux vérifier si tu as tout emporté. La fermeture-éclair de ta valise luit en glissant, tel du vif-argent. Toutes tes robes de soleil semblent grises. Sans doute emmènes-tu vers l’automne quelques grains de sable de l’ultime jour de plage, étoilant en guise de mémoire ton maillot de bain replié sur ses bretelles noires… Tu ne le sauras qu’une fois arrivée là-bas.

Tu me souris tristement :

-Rien ne manque !

Alors, on dépose chaque bagage sur le perron de pierre blanche.

Il suffit d’un tour de clé pour franchir un autre temps.

Mais l’on demeure là, quelques instants,

chacune se demandant peut-être secrètement

comment le rayon du silence

traverse désormais le cœur des fleurs en faïence…

Géraldine Andrée

Photo de Hatice Nou011fman
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Chemin de neige

J’avance,
je laisse mes traces
dans le silence.

Sont-ce
des empreintes
de pattes de chat ou d’oiseau ?

Je ne sais…
Je m’enfonce
dans cet espace de neige

pour voir éclore
la première primevère,
la lueur d’une brindille,

apparaître le miracle
d’une tige
qui percerait

toute cette blancheur
muette
et tandis que je me penche

sur un frêle
point d’espoir
à naître,

deux mots
mêlent
leur pétales,

Vie,
Étoile.
J’écris

jusqu’à Toi.

Géraldine Andrée

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L’ultime murmure

Le dernier convive est parti.
On a fermé la grille,
rentré la table et les chaises
pour la nuit.

Le silence
s’avance
sur la terrasse
sans laisser

trace
de ses pas.
Seule,
la lueur

de la petite lampe
du seuil
éclaire
le souvenir

de ton ultime
murmure
qui volette
encore

jusqu’à ma chambre,
telles
les virgules
de la phrase

d’or
d’une luciole
qui passe
sans cesse

devant
le regard
attendri
de ma mémoire…

Géraldine Andrée

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Les cahiers inachevés

J’ai toujours éprouvé de la compassion pour les cahiers inachevés :

Le journal intime que l’on se jure de tenir chaque jour des vacances et que l’on laisse de côté parce que l’on pense avoir rencontré le grand amour et que les mots manquent.
Le cahier que l’on ferme et que l’on ne rouvre plus parce qu’il y a le ménage, les courses, les enfants. Les siestes du petit dernier ? Elles sont toujours trop courtes pour que le récit d’enfance soit poursuivi !
Le cahier oublié sur un siège de métro. Pour effacer le regret de ton étourderie, tu en achètes un autre mais ce n’est plus la même chose : tu ne retrouves pas le vrai poème que le jardin du temps passé t’a inspiré…
Le cahier que l’on abandonne dans un coin parce que la vie est mille fois plus importante, qu’il ne faut pas la fuir en empruntant le fil de l’encre « et puis cela ne sert à rien d’écrire de toute façon qui me lira je ne suis qu’une personne lambda ».
Le cahier que l’on juge si mal écrit qu’il ne vaut pas la peine d’être rempli. On a trop honte et cette phrase bancale au feuillet 3, « c’est bien la preuve que je n’ai aucun talent ».
Le cahier jeté à la cave car franchement, qui suis-je pour parler de mes sentiments ?
Le cahier qu’il faut quitter d’arrache-cœur parce que les événements nous précipitent sur une autre route.
Le cahier interrompu par l’accident, le deuil brutal, la maladie foudroyante.
Et puis, les cahiers des déportées
– Etty Hillesum,
Anne Frank –
dont les pages blanches
demeurent des ailes
à jamais attachées à la terre
pour que chaque homme
s’élève
dans sa lumière.

Géraldine Andrée