Publié dans Journal de la lumière, Journal de silence, Le journal des confins, peinture, Poésie, Récit de Vie, Un troublant été

Départ

Il est l’heure de fermer les volets sur le sentier qui flamboie encore, la senteur des lavandes et les herbes qui sèment dans le vent leurs fétus d’or.

L’ombre remplit la chambre comme si elle était tombée d’un encrier renversé.

Entre les rainures des persiennes, bat une aile détachée de la lumière.

On a recouvert les lits, vidé les paniers, clos les armoires.

Sous l’ampoule d’une lampe de chevet, tu veux vérifier si tu as tout emporté. La fermeture-éclair de ta valise luit en glissant, tel du vif-argent. Toutes tes robes de soleil semblent grises. Sans doute emmènes-tu vers l’automne quelques grains de sable de l’ultime jour de plage, étoilant en guise de mémoire ton maillot de bain replié sur ses bretelles noires… Tu ne le sauras qu’une fois arrivée là-bas.

Tu me souris tristement :

-Rien ne manque !

Alors, on dépose chaque bagage sur le perron de pierre blanche.

Il suffit d’un tour de clé pour franchir un autre temps.

Mais l’on demeure là, quelques instants,

chacune se demandant peut-être secrètement

comment le rayon du silence

traverse désormais le cœur des fleurs en faïence…

Géraldine Andrée

Photo de Hatice Nou011fman
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Cet été-là

Comme il est passé vite,
cet été-là.
J’ai souvenance
de la chatte blanche

qui se prélassait au soleil,
pattes en l’air,
du bercement du feuillage,
comme si le temps demeurait en enfance.

Le chant aux mille reflets
de la fontaine
promettait de couler
éternellement.

Et pourtant, cet été
a fui en un clin d’œil.
Nous avons glissé
vers la nuit des étoiles,

celle des météores
qui traversent le ciel,
laissant pour un bref instant
leur traîne d’or.

Cette nuit
de lumière,
je le savais,
annonçait l’automne.

Même si les pommes
étaient vertes encore,
je voyais déjà
quelques lueurs rousses

parsemer l’herbe
sous mes pas
et le soir, il fallait mettre
un chandail.

J’ai souvenance
d’un été
qui semble avoir duré
un dimanche.

Un matin, tu as rangé
les chaises pliantes
de la terrasse,
juste avant cette averse

qui a emporté
au passage
quelques feuilles
de la treille.

Après, plus rien
n’a été pareil.

Géraldine Andrée

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Le poème oublié

C’est un poème
que tu avais oublié
au fil
de toutes ces années

et que tu retrouves
par hasard
en rangeant les tiroirs
de ton bureau,

griffonné à l’encre noire
sur un vieux papier
un peu froissé.
Tu le relis

avec l’appréhension
de le juger
niais ou – pire –
complètement raté.

Mais plus tu avances
sur ce frêle
chemin
qui enjambe

les lignes,
plus il te semble
que tu te reconnais,
et que tu avais rendez-vous

avec ton autre toi-même
aujourd’hui,
depuis la lointaine
journée

où tu as tracé
cet itinéraire
qui te mène
à ton ancienne vérité.

Alors, tu souris
à cette jeune femme
timide
que tu étais

et qui te fait signe.
Puis tu recopies
son poème
sur ton cahier actuel,

même si tu sais
que d’autres cahiers
le recouvriront
de leur pile

et qu’il deviendra
au fil des années
un poème
oublié.

Géraldine Andrée

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Chemin de neige

J’avance,
je laisse mes traces
dans le silence.

Sont-ce
des empreintes
de pattes de chat ou d’oiseau ?

Je ne sais…
Je m’enfonce
dans cet espace de neige

pour voir éclore
la première primevère,
la lueur d’une brindille,

apparaître le miracle
d’une tige
qui percerait

toute cette blancheur
muette
et tandis que je me penche

sur un frêle
point d’espoir
à naître,

deux mots
mêlent
leur pétales,

Vie,
Étoile.
J’écris

jusqu’à Toi.

Géraldine Andrée

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Le platane de ton enfance

Le platane de ton enfance
flamboie encore
à la fenêtre de ton feuillet
encadré d’or

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie

Sans titre

Ouvre
toutes
les portes
Que le poème
venu du point
le plus lointain

entre
et te fasse entendre
comme un vieil
ami retrouvé
les battements
de ton cœur

Géraldine Andrée

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L’envol

Une fois que tu as obtenu ton Bac de Français,
tu prends ton envol.
C’est le jour de l’embarquement.
Tu te souviens encore du tee-shirt blanc à pois bleus
qui dénude tes épaules et dessine ta poitrine naissante.
Tu prends l’avion pour des vacances à Sallanches.
En vérité, l’avion est tout petit et il y a peu de monde qui monte.
« C’est un coucou » comme dit ta mère.
Mais peu importe.
Tu prends ton envol
pour le marché aux fleurs et aux fruits
que tu parcours le matin avec ta tante,
un panier d’osier à la main.
Tu prends ton envol 
pour le chemin derrière la maison
qui fleure bon le gazon.
Tu prends ton envol
pour le champ d’avoine folle
que tu traverses
à toute vitesse,
juste avant l’orage,
pour le sifflement du vent
qui t’enivre
et dont la force
s’apprête à arracher ton livre
que tu tiens pourtant serré
contre ton sein.
Tu prends ton envol
pour la chanson de Cabrel,
L’encre de tes yeux,
que ton oncle te fait écouter
près de la lampe à pétrole.


Tu prends ton envol
pour les après-midi de pluie
qui frappe
la mansarde
pendant que tu recopies
des poèmes que tu ne trouves jamais réussi
dans des cahiers neufs
et vite salis.
Tu prends ton envol
pour ton désir de ressembler
à la poétesse Marie Noël
sans jamais y parvenir,
mais tu es si jeune alors !
Tu prends ton envol
pour cette journée au lac
que tu passeras seule,
tes cousins t’ayant abandonnée
pour jouer avec leurs copains.
Et tu prends ton envol
pour chaque grain de sable
que tu compteras
en les laissant glisser
entre tes doigts.
Tu prends ton envol
pour la conscience
que tu as déjà
de la vie qui passe
et de la solitude
qui t’accompagne
en tout lieu.
Et tu te revois,
adolescente
qui te sourit
de loin
aujourd’hui.
En vérité,
c’est toi qui t’envoles
vers elle,
en prenant pour ailes
ce poème.

Géraldine

Extrait de mon récit de vie inédit
La Dernière
qui sera publié où quand comment je ne sais



Photo de Anna Shvets
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Les lettres de l’enfance

Ce jour qui était écrit
est arrivé.
La valise est prête.
Dedans, ont été rangés
la robe de printemps
au col ouvert
comme une corolle,
le maillot de bain
bleu uni
en une seule pièce,
la collection de barrettes,
un sachet de sucettes
multicolores,
Le Petit Prince
de Saint-Exupéry,
du papier à dessin,
des feutres
et la poupée Annie.
Mon enfance s’en va
pour des vacances
qui dureront
toute une vie.
Mais mon enfance
me dit :

« Je t’écrirai des lettres
où je te raconterai
comment j’ai sauté
dans la vague,
comment j’ai accroché
toutes mes barrettes,
tels des papillons,
sur mes mèches
de soleil,
comment j’ai partagé
mes sucettes
avec une amie
plus petite
que moi,
comment j’ai maquillé
avec mes feutres
le visage d’Annie
pour les noces
de l’astre
et de la rose
et comment ma robe
en corolle
annonce
d’autres
métamorphoses.

Ces lettres,
je te les enverrai
pendant toute
ton existence
pour que tu n’oublies pas
que j’existe,
pour que tu saches,
malgré les épreuves,
comment vivre
et pour que tu en fasses
un grand livre
de dons
et de grâces
dédié au jour
ultime. »

Géraldine Andrée

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Un peu de ciel

Entre deux phrases,
décris la couleur du ciel.

Dans l’espace
entre le point et la majuscule

ou entre deux paragraphes,
dépose une touche

de ciel avec ta main.
Entre deux phrases

qui t’emmènent loin,
n’oublie pas de garder

un peu de ciel
pour Demain.

Je souhaite à tous ceux qui passeront ici un beau Noël,
d’abord fête spirituelle.
Gardons espoir
dans le noir.

https://lencreaufildesjours.com/ vous dit
À l’année prochaine pour de nouveaux récits de Vie !

Géraldine Andrée

Photo de Abdullah Ghatasheh


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L’océan de l’écriture

Je me plonge dans l’écriture comme dans la mer. Je me laisse porter par son mouvement et bercer par son souffle qui contient toute une myriade de gouttes constellant l’azur blanc. Je me détache du rivage. J’ai franchi ainsi la marge du monde qui me sépare de l’infini.

Bien sûr, je sais que je reviendrai de cette paisible nage. Et lorsque je m’en retournerai vers le sable avec la même légèreté que celle qui dépose la conscience sur le papier, je suivrai du regard les phrases que les vagues ont tracées – syntaxe éphémère, vite effacée dans la lumière.

Et je serai fière de m’être avancée jusqu’aux plus lointaines lisières de moi-même, fière d’avoir été cette mer inscrivant son voyage dans ma mémoire.

Géraldine Andrée