Publié dans Berthe mon amie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Mon aïeul, mon ami., Mon aïeule, mon amie

Tu veux écrire parce que le temps passe.

Tu veux écrire parce que le temps passe et qu’il te faut garder un souvenir de ce que tu as vécu : l’enfance, le murmure des sous-bois dans le vent, le regard du premier amant, la famille réunie dans le jardin juste avant que l’aïeule ne s’éloigne.

Mais l’encre, c’est le temps. Les mots sont des secondes. Assise, tu ne peux ignorer que le mouvement de ta plume t’emmène toujours vers l’instant suivant.

Phrase après phrase, tu vieillis.

Et si tu atteins déjà minuit, c’est parce que le temps passe trop vite quand tu écris.

Mais peut-être qu’un jour, l’heure de chance sonnera. Quelqu’un trouvera l’un de tes cahiers, parmi tous ceux dispersés lors des déménagements.

Quelqu’un que tu ne connais pas encore, un ami, un petit-enfant prendra le temps à rebours en tournant les pages.

Et il reviendra vers les longs cheveux de l’enfance,  le bercement des sous-bois, la peau de l’amant, la joie du jardin, le sourire de l’aïeule – tout ce qui fut éphémère car trop vite vécu, tout ce que la volonté de mémoire des mots ne réussira jamais à ressusciter complètement.

Quelqu’un qui se voudra fidèle à ton espoir initial suivra à son rythme le fil de l’encre,

s’arrêtera puis continuera le chemin, toujours plus proche de ce que tu souhaitais revivre.

Et lorsque le temps sera venu de refermer le cahier, ton lecteur te dira, à toi peut-être disparue :

Bien sûr que cela fut.

Puissance de ce temps du verbe « être » au passé

qui  contient en une syllabe toute l’éternité.

 

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Cahier du matin, Créavie, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Méditations pour un rêve

Ecrire, se dit-elle.

Ecrire, se dit-elle.

Le miroitement de l’encre où elle se reconnaît.

Les mots qu’elle trouve dans le blanc de la page et qui la surprennent par leur éclat de jais.

Ce crépitement de la pointe de la plume contre le grain du papier à l’heure où tout s’absente encore.

Bruit frêle

de la vérité qui approche

et traverse la porte.

Je suis vivante, écrit-elle.

Seule phrase qui importe.

 

Géraldine Andrée

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La langue de mon pays

La langue de mon pays
se fait comprendre avec
la haute voix du vent, l’accent des sources sur la rive, la courbure des blés, les ondulations de l’herbe, les pleins du chemin qui s’élance vers l’azur, ce soupir entre les notes de la pluie, les couleurs accrochées à la gorge des mésanges, les points qui étoilent la page du ciel, le silence de tout ce qui perle, de tout ce qui goutte au bout de l’attente.
La langue de mon pays ne suit aucune grammaire.
J’ai seulement appris
que beaucoup de feuilles se froissent pour la répandre dans le monde,
que beaucoup de flambeaux allument ses majuscules dans la nuit.
Je suis l’interprète de son souffle qui roule jusqu’à mes lèvres
quand j’accélère ma course vers Demain.
Je la respecte
en la transcrivant chaque matin
sous un long délié de lumière
qui tremble puis disparaît
pour renaître
à partir de la virgule
de l’instant suivant.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Journal créatif

Retrouver le fil

Il me semble parfois que ma vie m’échappe comme un tissu que l’on déroberait de mes mains.

Je me perds tellement dans les attentes, les désirs, les exigences d’autrui que ma vie ne m’appartient plus et même pire, ne me regarde plus.

Alors, j’ouvre mon journal. Je marque l’espace de la page. Je me redonne une place, une dimension, un pays. Ma plume porte ma voix en silence sur le chemin des lignes et ce n’est pas en vain car il reste une trace de ce voyage.

Peu importe ce que les autres en feront. Moi, je sais qu’elle me mène à MA destination.

En faisant miens les mots que j’emprunte, je redécouvre mon nom, ma signature, ma personne – ce mouvement de ma main qui témoigne de ma vibration unique.

Et c’est Tout.
C’est Tout ?
Oui, une seule page est amplement suffisante pour me réintégrer dans l’univers.

En écrivant, je retrouve le fil de ma vie.

Géraldine Andrée

***

Sometimes it seems to me that my life escapes me like a fabric that is being used in my hands.

I lose so much in expectations, desires, demands of others that my life doesn’t belong to me anymore and even worse, don’t look at me anymore.

So I open my diary. I mark the page space. I give myself a place, a dimension, a country. My feather carries my voice in silence on the path of the lines and it is not in vain because there is still a trace of this journey.

No matter what others do. I know she leads me to my destination.

By making the words I borrow, I rediscover my name, my signature, my person – this movement of my hand that testifies to my unique vibration.

And that’s it.
Is that all?
Yes, one page is ample enough to reintegrate me into the universe.

By Writing, I find the thread of my life.

Geraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Créavie

Créavie : le manque d’inspiration

Ne demeure pas immobile devant la page blanche.
Si tu ne peux rien écrire, va te promener.
Trace ton chemin d’une autre façon.

Géraldine Andrée

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Créavie : La botanique de l’âme

Prends soin de ta Vie comme d’une jeune plante. Surveille la germination, la pousse, l’éclosion.

Il existe de nombreux moyens de faire fleurir ta Vie : la méditation, la gymnastique, la marche, le yoga, la peinture, la musique.

Toutes ces pratiques appartiennent à un seul domaine : la botanique de l’âme.

Moi, ma botanique, c’est l’écriture.

Je tiens un petit carnet et je note au jour le jour comment ma Vie s’épanouit : je veille à l’arroser à des heures précises, je surveille la santé des graines, l’apparition du bouton d’or, puis l’éclat de la corolle.

Je suis vigilante en ce qui concerne la moindre tache, la moindre menace de fenaison précoce, le moindre signe d’assèchement.

Mes mots accompagnent ma Vie. Aussi vifs que les rayons du soleil, ils l’encouragent.

Je veux que ma Vie soit haute et vigoureuse car je l’ai définie ainsi.

Tu peux, toi aussi, écrire ta botanique de l’âme.

Prends, si cela te plaît, un petit carnet ; note tout ce qui fait du bien à ta fleur intérieure : quelle musique, quelle couleur, quelle ambiance de qualité ?

Les plantes – c’est connu – poussent mieux dans le calme et la paix. Offre par conséquent à la tienne le présent du silence à fleur d’eau.

Ainsi, la page sur laquelle tu te pencheras au jour le jour sera la fenêtre qui te montrera ton infinie éclosion, quelle que soit la saison.

Géraldine Andrée

Publié dans Méditations pour un rêve, Poésie

Je songe à l’ombre

Je songe à l’ombre qui baigne les choses là-bas,
à cette vague de silence qui avance sans cesse vers les livres clos et les lampes endormies
et je me demande ce qui se dit en mon absence :
quelle confidence entre la table et la chaise ? quel murmure caché sous le coussin du fauteuil ? quel pétale de soupir ?
Peut-être qu’une lueur détachée du soleil
traverse les persiennes, s’accroche à l’un des coins obscurs de l’oubli
et veille
jusqu’à ce que mon rêve s’envole vers elle
 
Géraldine Andrée
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Sculptrice d’encre

En regardant

les grandes

cartouches

d’encre

où tremble

le reflet

de la lampe

du soir,

elle songe

aux mots

qui naîtront

de ce noir

épais

et informe

comme

la nuit.

Elle rêve

à la silencieuse

parole

qu’elle sculptera.

Pendant

toute

son enfance,

on lui a dit

qu’elle était

incapable.

Maintenant,

elle sait

qu’elle s’apprête

à accomplir

une chose

capitale :

rendre

corps

à tout ce qu’on efface,

tout ce qu’on fait disparaître ;

donner

une expression

à l’inaudible

respiration.

Géraldine Andrée

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Les ciseaux d’une très vieille dame

J’ai retrouvé les ciseaux d’une très vieille dame
qui coupaient droit ou en biseau
de la soie du velours du taffetas
et qui allument des éclats d’argent à mes doigts
comme si j’étais celle de jadis

Les ciseaux n’ont pas changé
Ils brillent toujours autant en ce jour où je les manie
La nuit et l’oubli ne les ont pas ternis
Je glisse sous leur tranchant vif du papier d’aujourd’hui
et leur doux cliquetis

ressuscite
deux syllabes
de lumière
le prénom d’une aïeule
qui faisait des robes pour toutes les saisons à venir

Esther

Géraldine Andrée

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Les poètes

Les poètes
ne sont pas
morts

Il demeure
de leur voix
que l’on croit

enfuie
loin
dans la nuit

le feu d’or
d’une feuille
qui éclaire

notre pas
jusqu’à la prochaine
aurore

Géraldine Andrée