Je dédie ma vie
au Poème
et je dédie mon poème
à la Vie.
Géraldine Andrée
Je dédie ma vie
au Poème
et je dédie mon poème
à la Vie.
Géraldine Andrée
On se méfie souvent des poèmes simples.
C’est comme si les mots de l’enfance étaient suspects.
On se demande : Qu’est-ce qui se cache ? Quel sens ?
C’est trop facile pour être vrai !
Ce n’est pas normal qu’un poème aille droit au coeur !
Il en est ainsi de la vie dont on peut ressentir l’unique bonheur en ayant seulement les coudes posés sur la table baignée de soleil.
Et, au lieu de se dire qu’aucun instant ne peut être mieux que ça, on se répète :
Allons ! Le bonheur ne peut pas être que ça…
Ce n’est pas possible !
Prenons la vie comme un simple poème.
Y a-t-il besoin de trente-six mots et métaphores avec variété de rythmes savants et de rimes riches
pour dire le chemin de la lumière sur la peau,
ce chemin qui s’écrit sans laisser de trace ?
Y a-t-il besoin de réfléchir profondément pour vivre ?
Faisons d’un simple poème
notre vie
pour que nous puissions nous dire
lorsque le jour rencontre par hasard notre sourire :
C’est bien ça !
Géraldine Andrée
La mer
tourne
doucement
ses pages
et annonce
au monde
à chaque
seconde
une phrase
nouvelle
qui brille
dans le soleil
Géraldine Andrée
Géraldine Andrée
J’écris pour retrouver le murmure de l’eau de mon enfance.
J’en ai bien souvenance :
il était vif et brillant au soleil,
riche de pétales, de brindilles, de branchettes,
de feux qu’allumait en lui le reflet du ciel.
Parfois, il s’enroulait autour d’une souche
puis reprenait sa course
entre les lèvres de la rive,
toujours plus rapide,
toujours plus ivre.
Et s’il disparaissait un instant
sous un peu de limon
ou quelques racines,
c’était pour mieux rejaillir
et faire signe
par des méandres
qui se dessinaient sous mon doigt
et il me semblait
que c’était moi l’artiste.
Souvent, la lumière
de l’encre qui sèche
doucement au soleil
me le rappelle
mais le silence
me prouve
qu’il n’est pas encore là.
Alors, je recommence.
Je recommence.
J’écris pour retrouver le murmure de l’eau de mon enfance.
Géraldine Andrée


M’acheter un carnet pour faire une liste des nuages que je vois chaque jour;
noter leurs déliés sur la page du ciel ;
que s’efface enfin la frontière
entre l’écriture et le dessin ;
et que ma plume épouse à chaque phrase
la grâce légère d’un nuage.
Géraldine Andrée
Ouvrir la fenêtre : que la lumière du jour se pose sur les feuilles de sa saison de vie.
Fermer la porte : que les enfants se disputent pour une broutille ; que le conjoint s’ennuie ; qu’importe. Laisser chacun aujourd’hui découvrir son chemin, même s’il est désagréable.
Ne pas répondre au téléphone : la sonnerie a beau s’entêter ; dans un proche instant, elle se confondra avec la note du silence.
Suivre la volute de fumée qui danse au-dessus du thé.
Passer la main sur la douce encolure du chat…
Mais, quelle est cette lueur rose, soudain ?
C’est un pétale échappé du jardin d’enfance qui ouvre sa porte…
Tenter alors de l’attraper dans le ciel de printemps de la page
en écrivant,
en écrivant…
Géraldine Andrée
Prends soin de ta Vie comme d’une jeune plante. Surveille la germination, la pousse, l’éclosion.
Il existe de nombreux moyens de faire fleurir ta Vie : la méditation, la gymnastique, la marche, le yoga, la peinture, la musique.
Toutes ces pratiques appartiennent à un seul domaine : la botanique de l’âme.
Moi, ma botanique, c’est l’écriture.
Je tiens un petit carnet et je note au jour le jour comment ma Vie s’épanouit : je veille à l’arroser à des heures précises, je surveille la santé des graines, l’apparition du bouton d’or, puis l’éclat de la corolle.
Je suis vigilante en ce qui concerne la moindre tache, la moindre menace de fenaison précoce, le moindre signe d’assèchement.
Mes mots accompagnent ma Vie. Aussi vifs que les rayons du soleil, ils l’encouragent.
Je veux que ma Vie soit haute et vigoureuse car je l’ai définie ainsi.
Tu peux, toi aussi, écrire ta botanique de l’âme.
Prends, si cela te plaît, un petit carnet ; note tout ce qui fait du bien à ta fleur intérieure : quelle musique, quelle couleur, quelle ambiance de qualité ?
Les plantes – c’est connu – poussent mieux dans le calme et la paix. Offre par conséquent à la tienne le présent du silence à fleur d’eau.
Ainsi, la page sur laquelle tu te pencheras au jour le jour sera la fenêtre qui te montrera ton infinie éclosion, quelle que soit la saison.
Géraldine Andrée
Moi aussi, je vais faire un tour dans mon cahier en 1987.
1987,
l’année de mon bac français, l’explication de texte de La Parure de Maupassant, un commentaire sur Les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand ;
le tube Joe le Taxi de Vanessa Paradis dans l’ombre de ma chambre le soir ;
un détour parmi les mirabelliers ;
mon rêve du grand amour ;
lire les Poésies d’Arthur Rimbaud au coeur de la nuit ;
bronzer en maillot de bain dans le jardin qui existait encore ;
puis écrire des poèmes sous les feuilles du marronnier ;
être réveillée par les coups de soleil – non, je n’ai pas écouté mon père ;
commencer sans cesse un nouveau cahier ;
la découverte de Radio Nostalgie et du parolier de Julien Clerc, Etienne Roda-Gil ;
recopier ses chansons dans un carnet Bleu Majuscule ;
les vacances chez ma tante ;
les promenades quotidiennes au lac d’Annecy ;
me demander si cela vaut la peine que je poursuive mon journal intime puis le continuer tout de même jusqu’à l’Université :
prendre la première fois l’avion toute seule ;
faire une indigestion de Pépitos ;
écouter A l’encre de tes yeux de Francis Cabrel avec mon oncle revenu d’Italie;
vouloir écrire comme Marie Noël et ne pas y parvenir ;
maquiller mes cils en bleu clair pour rester discrète ;
mon premier rouge à lèvres ;
ma robe à bretelles sous laquelle pointent mes seins ;
penser à entourer de rouge la date du mois futur dans le calendrier pour prédire quand « elles » vont réapparaître ;
sortir en discothèque avec les amis de ma classe et ne pas savoir quelle tenue mettre ;
enfin, me débarrasser de mes vieilles couettes ;
traverser le champ de blés où saignent les coquelicots ;
l’impression que je suis seule mais avec un don inné pour la joie ;
m’accouder à la fenêtre et interroger les étoiles sur mon avenir ;
ne rien s’entendre dire de la part de l’Univers ;
ignorer que je serai amoureuse dans deux ans.
1987, l’année où tout est possible ;
où les musiques, les livres et les êtres faits pour moi me trouvent
avant que je me sois trouvée moi-même.
Et vous, si vous étiez sur cette terre, que faisiez-vous en 1987 ?
Géraldine Andrée
Comment vous dire ce que j’ai ressenti quand j’ai appris que cet auteur qui évoquait avec tant de force et d’éclat
le chant du vent dans les bambous, sa fenêtre illuminée à l’est, les frémissements d’ailes des abeilles, les reflets blonds du miel, l’alphabet écrit par le temps dans la roche, les senteurs des roses-thé qui vous suivent jusque dans votre rêve, le ruissellement du vert des arbres après l’averse, le bercement de l’éternité dans sa demeure
– toute cette vie plus que vivante, oui, ardente, irradiante de ce lointain coin de monde
jusqu’à mon coeur -,
n’était plus de ce monde ?
Géraldine Andrée