Publié dans Grapho-thérapie, Un cahier blanc pour mon deuil

L’ami

Lorsqu’il faut que je me console
de ton absence,
je prends sous mon bras
ce vieil ami
qui sait garder
le silence,
mon cahier,
et je m’en vais loin
pour raconter
avec toute
ma sincérité
une histoire
où il est possible
que tu renaisses
en une feuille
dont le bourgeon
attend
patiemment
mes pas
pour éclore…

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Toussaint 2019

Comment est-ce possible
que je voie de manière si précise
ce grain de beauté sur ton menton,
les reflets roux du jour
sur ton crâne chauve,
les deux boutons gris
en haut de ton col de chemise,
l’éclat de ton alliance
quand tu lèves la main gauche
pour verser le vin du dimanche,
la paire de lunettes que tu changes
avant de lire le journal ?
Derrière les verres épais,
ton regard me semble loin
en allé sur le chemin
d’une phrase
et pourtant, je le retrouve
lorsque tu as fini
de lire ton article
et que tu quittes
ta chaise
pour éteindre la lampe…
Comment est-ce possible
que je te voie ainsi vivre,
alors que tu es mort
depuis presque un an ?

Géraldine Andrée

Publié dans Journal créatif, Journal de ma résilience, Un cahier blanc pour mon deuil

Ma carte postale pour ton pays

Il n’y a pas de carte postale pour le pays où tu es parti.

Alors, j’y mets les lumières, les herbes et les ciels que j’imagine.

Pour tes promenades, je veux un chemin de terre fine,

pour tes baignades, un reflet d’émeraude entre deux collines,

pour ton repos, le balancement d’une note argentine sur l’air d’une blanche matinée,

et puisque rien ne me dit que les ailes des oiseaux qui reviennent du Sud

pour la brève saison d’ici

m’apportent l’un de tes signes,

je signe mon poème avec ton nom.

Je fais ainsi de mon rêve une certitude,

et de ton absence un pays.

Guy

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Ecrire pour autrui, Je pour Tous, Le journal de mes autres vies, Mon aïeule, mon amie, Psychogénéalogie

René(e)

C’est quelques mois après ton décès, alors que je pressentais ta vie dans une autre dimension, que je compris le sens du prénom René(e).

Re-né(e) : né(e) encore, à nouveau né(e).

Renaître, c’est se voir offrir une seconde chance, bénéficier d’une grâce, d’un miracle.

C’est retourner au monde plus léger mais avec le bénéfice de ses expériences. On porte toujours en soi ses épreuves mais celles-ci ne sont plus un fardeau. Elles ont cessé d’être une entrave. Bien au contraire, elles constituent la force de notre élan ; elles nous ouvrent le chemin. On les considère avec distance. Renaître, libéré(e) de sa souffrance. N’est-ce pas d’une certaine manière l’accomplissement de l’enseignement du Bouddha ?

On croyait que tout était fini, que l’on avait disparu pour le monde ou que le monde avait disparu pour nous.

Et puis, voici un nouveau matin. On s’éveille, riche de ce que l’on a appris. Ce n’est plus l’insouciance, non, mais c’est une sorte de pureté reconquise dont on bénéficie. Un don d’enfance qui consiste à goûter le présent éclairé par le passé.

En effet, si l’on n’a pas souffert du manque d’amour, comment parviendra-t-on à bénir l’amour au moment où il se présentera ?

Et pour ceux qui y croient, naître en cette vie, n’est-ce pas aussi renaître, avec toutes les connaissances insoupçonnées de nos anciennes vies que la lumière de notre chemin nous montrera progressivement ?

Combien se souviennent de pays qu’ils n’ont jamais visités en cette existence, de scènes d’une autre époque, d’atmosphères qui les imprègnent mystérieusement ?

Comment expliquer nos passions, nos préférences, nos choix musicaux, nos goûts pour certaines couleurs, certains parfums

si ce n’est par l’hypothèse d’une ou plusieurs naissance(s) ailleurs qu’ici ?

Personne ne naît complètement nouveau. Nous avons tous des acquis, des prédispositions, des talents innés dont l’héritage s’est fait au-delà du champ de notre mémoire.

La psychogénéalogie enseigne aujourd’hui combien le choix du prénom est déterminant pour l’évolution de notre personnalité.

Le prénom signe le devenir de notre âme.

C’est encore plus vrai pour les René(e)s.

Nous devrions, je crois, autant que nous sommes, accoler ce prénom à notre prénom actuel car nous sommes tous Re-né(e)s,

telle est ma conscience à laquelle ta renaissance dans l’univers m’a éveillée.

 

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Le journal de mes autres vies, Méditations pour un rêve, Poésie

Qui étais-je ?

Qui étais-je avant d’être Moi ?

Une fleur, une pierre, un lézard, un cours d’eau ?

Avais-je conscience à chaque fois

de tous ces Moi ?

 

Eprouvais-je

la présence légère

des pétales de mon être

dans le soleil ?

 

Ressentais-je

mon coeur

ô combien pesant

de silence et d’immobilité ?

 

Avais-je connaissance

de la lenteur

des heures d’été

qui me faisait sommeiller,

 

caché à l’ombre

de la pierre,

non loin de l’éclat

de la fleur  ?

 

Me sentais-je fier

de jeter mon chant

dans l’embouchure

de l’immensité

 

tout en sachant

que j’étais emporté

par l’éblouissement

de ma mort ?

 

Qui ou quoi

que j’aie été

avant d’être

n’importe

 

peut-être

pas autant

que cela.

L’important

 

est que j’aie conscience

que ce Moi

d’aujourd’hui

est une porte

 

ouverte

sur d’autres portes…

Géraldine Andrée