Publié dans Journal d'une maison de retraite, Journal de mon jardin

La photographie

Elle me dit
Prends ton appareil
photo
et photographie
le jardin

Il ne faut pas oublier
toutes ces belles violettes
ces feuilles
de trèfle vertes
ces roses au soleil

Évidemment
il n’y a point
de jardin
entre les murs
de la maison de retraite

Alors j’écris
ce texte
pour garder souvenir
du jardin invisible
qui existe

dans le regard
sans mémoire
de ma mère

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Récit de Vie

Elle a commencé un journal intime

Elle a commencé un journal intime
Et un cahier de poésie à l’adolescence.
Elle se souvient que les crampes des premières menstruations tenaillaient son ventre alors qu’elle écrivait ses poèmes.
Une lunaison pour un cahier plein…
Le soir de la pleine lune blanche,
L’œuvre, aussi maladroite fût-elle, était menée à terme,
Bien qu’il parût évident
Qu’elle demeurait encore un peu une enfant.
C’est ainsi.
Son sang a toujours accompagné son encre
Jusqu’à chaque page ultime,
Jusqu’à la signature un peu timide
De ses recueils disparus aujourd’hui,

Géraldine
Alias Maureen,

Que seule ce soir
La lampe de sa mémoire
Souligne d’or
Et lui destine.

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Poésie, Récit de Vie, Un cahier blanc pour mon deuil

Le beau rivage de l’été

Le beau rivage de l’été
est parcouru d’un vent glacé
Je crois que je peux descendre
jusqu’à la vague

pour retrouver ce souffle
qui s’enroulait autour de mes hanches
et me faisait dériver doucement
vers la lumière

Mais le vent m’avertit
que si je vais plus loin
la vague fouettera mon visage
de sa haute main

et que le voyage
vers l’azur brun
sera inexorable
C’en est fini de l’été

de l’abandon
à la confiance
immense
de l’océan

Alors je rebrousse chemin
Je remonte la pente
de la plage
et je m’en retourne

vers une autre rive
celle de la page
que mon souffle
élargit

jusqu’à cette lueur bleue
là-bas
ce point ultime
qui me fait signe

aussi loin
que me porte
la foi
de mes yeux

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Journal créatif, Journal d'instants, Récit de Vie

Écrire mon journal

Écrire mon journal
c’est comme
marcher dans les feuilles
de l’ancien automne

tandis qu’apparaissent
entre deux intervalles
de ciel
les feuilles nouvelles

Géraldine Andrée

Publié dans Actualité, Cahier du matin, Ecrire pour autrui

Le cahier bleu ciel

Quand j’ai sorti de son tiroir ce cahier bleu ciel et que j’ai contemplé ses pages encore blanches qui allaient et venaient entre mes mains comme une balançoire dans le vent, je ne savais pas qu’il serait le recueil de tant d’enfances déposées.

Géraldine Andrée

Publié dans L'alphabet de l'herbe, Poésie

Juste revenir

Juste revenir
sur les mots anciens
et retrouver
tout le sens

qu’ils avaient alors
comme on se replace
en suivant ses propres traces
sur la beauté du chemin

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie, Poésie-thérapie

Il se fait tard

Il se fait tard
Alors sur ma page
où se dessine
un chemin à l’encre fine
un rayon de lune
m’accompagne

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite, Journal de nuages, Un cahier blanc pour mon deuil

Ma mère et moi

Ma mère et moi déplaçons nos chaises selon le mouvement des nuages devant le soleil.

Soudain, ma mère me demande :

-Qui est cette Autre assise à côté de toi ?

Je lui réponds de ma voix qui se veut la plus calme :

-Mais Maman ! Il n’y a que nous deux !

A moins que… ma mère ne voie une véritable amie d’âme, invisible pour moi qui me sens seule parfois…

Ma mère me donne des nouvelles de ses parents qui ont, paraît-il, loué un studio dans la grande avenue et font leurs courses tous les jours dans la petite épicerie qui n’est qu’à quelques pas d’ici.

Oui, ils sont bien revenus de l’au-delà, plus jeunes qu’autrefois.

Si tu le veux bien , on organisera un déjeuner dimanche prochain, puisque ce sera Pâques.

Tu pourras te libérer, j’espère… Il faut que je prévoie le menu. Et si je faisais un soufflé aux pommes de terre ? Après, on partira pour une promenade…

On est le quatre août mais peu importe. Claire et Pierre s’annoncent à notre porte dès la première note de cloche.

Ma mère s’inquiète de savoir si l’arbre sur la place du village de son enfance a dépassé les tuiles de sa maison.

Puis, elle se plaint que ses ongles sont trop longs.

Alors, je les lui coupe.

On est tranquille. Ils peuvent repousser au rythme monotone des jours

pendant que la mémoire gambade dans un autre temps

où les morts sont bien vivants.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, L'alphabet de l'herbe, Poésie

Quand l’enfance s’en est-elle allée ?

Quand l’enfance s’en est-elle allée ?

Est-ce lorsque j’ai rangé toutes mes poupées ?
Ou quelques jours avant,
lorsque, dévalant la pente à bicyclette,
j’ai senti le soleil monter dans mes reins ?

Ce qui est certain,
c’est que je n’étais plus une enfant
après la première goutte de sang carmin
sur ma jambe…

Et encore,
je cherchais le visage des fées
dans les édredons des nuages
bordés d’or

tandis que rien
dans le ciel
ne laissait présager
cet événement.

Mais pendant que je me baissais
pour tracer
la marelle
à la craie

et que j’y sautais ensuite
à cloche-pied,
je ressentais une présence
dense

tout près de mon coeur.
C’étaient – je m’en aperçus
au cours des baignades –
mes seins naissants.

Laquelle des deux,
mon enfance et moi,
a quitté l’autre
d’abord ?

J’ai seulement souvenance
que nos pas, un jour,
se sont confondus
au moment

d’emprunter
le chemin bleu.
Puis, je me suis perdue
au point

que le toit
de la maison
s’était échappé loin
de mes yeux.

J’ai bien sûr eu peur
de ma soudaine
indépendance
et à mon retour,

bien que l’on m’ait trouvée
la même,
je m’éprouvais un peu
différente.

En septembre,
j’étais trop grande
pour porter mon manteau
d’école

et je l’ai laissé
suspendu
sur le patère
de l’entrée.

C’est alors, je crois,
que j’ai pris vraiment
conscience
de cette absence.

Mon enfance s’en était allée
et il y avait désormais
entre elle et moi
la distance d’une vie

à combler.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de mon jardin, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe

Dans le calme d’aujourd’hui

Dans le calme d’aujourd’hui
je mire mon âme.
Ce jour ressemble aux jours de jadis
passés dans la maison
de mes feux grands-parents.
Le silence m’envoyait
le messages des arbres,
porté par les ailes d’une mésange.
Je n’attendais rien du temps,
aucune nouvelle,
sinon l’unique événement
d’une feuille
qui tombait inéluctablement
sur la page
de mon livre d’images.

Géraldine Andrée