Publié dans Grapho-thérapie, Je pour Tous

J’écris

J’écris parce que l’écriture est un chemin spirituel qui va de soi vers le monde.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Grapho-thérapie, Journal de mon jardin, Mon aïeul, mon ami.

Le jardin de mon grand-père

En pleine guerre mondiale,
sous les salves de la mitraille
à Dunkerque,
mon grand-père maternel
a écrit dans son Journal :

C’est pour mon jardin
que je résiste.
C’est pour les jeunes pousses
qui existent
déjà dans un futur proche
que je survis.
J’ai un jardin à faire fleurir.
C’est pour cela que je me dis :
Ne meurs pas.

Mon grand-père m’a inculqué
la valeur
de croire en un jardin qui dépend uniquement de soi.
Pour moi, c’est le cahier de ce journal
que je tiens comme lui chaque jour
et dans lequel je réécris
ces paroles de foi.

***

Mon grand-père avait une vie très ordinaire :
arrosage des plantes, observation des semis, attente de l’éclosion des tomates.

Dans chaque case du calendrier, il prenait des notes sur la santé du jardin. C’était son journal de vie, en quelque sorte.

Pas d’héroïsme ostensible chez mon grand-père, mais une patience qui se voulait légère, une abnégation joyeuse, une force quotidienne.

Et c’est cet héroïsme anodin, respectant le rythme des fleurs, que je retiens.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le cahier de mon âme

Que puis-je dire de ma vie ?

Que puis- je dire de ma vie ?
J’écris.
J’avance.
Je confie comme tout promeneur ma trace
au sable, à la terre, à la neige,
et au vent qui contient tout les souffles possibles
pour la répandre
grain après grain
dans l’espace.

Géraldine Andrée

Publié dans Non classé

L’encre du temps

On dit que le temps guérit les maux.

Pour moi, c’est l’encre qui soigne ma douleur, cette encre qui s’écoule et se répand comme un baume dans la lumière.

L’encre est mon temps, ma rivière.

Elle me porte d’une rive à l’autre sur la page. Les mots sont mes pierres de gué.

Bientôt, je cesse de boiter, je sautille au rythme des étincelles de ma plume dans le soleil.

Je parle moins de ma tristesse, j’ose écrire Bonheur avec une majuscule, les éventualités deviennent possibles et la peur de l’inconnu me fait rêver.

Dans le reflet de chaque goutte déposée, je me reconnais telle que je suis.

Aujourd’hui, je dis que le rythme tranquille de l’écriture qui glisse là, tout au bord de ma vie, me guérit de ma volonté de vouloir diriger le tracé du flot de ma destinée.

Je me laisse emporter vers le mot prochain

et c’est la Vie qui s’écrit en moi.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Mon aïeul, mon ami., Psychogénéalogie

Stéphane

Je remercie Monsieur V. d’avoir été le messager de mon grand-oncle Stéphane de Zalewski, noble d’origine polonaise, mort juste après la Deuxième Guerre Mondiale pour avoir eu le coeur brisé de chagrin.

Persécuté par les nazis, contraint à l’exil à Metz, il s’est vu ensuite spolier de tous ses biens à Varsovie par le communisme stalinien. Je comprends mieux maintenant la signification du foulard rouge que je dois retrouver dans la maison familiale.

J’ai toujours su que ce grand-oncle vivait près de moi, qu’il ne me quittait pas. Très souvent, je prononce son nom. Une nuit, il m’a montré en rêve sa ville natale, Varsovie, que je visiterai en cette vie, c’est promis. J’entrais à l’intérieur de sa demeure qui appartient désormais à d’autres. Je me chauffais à son feu qu’il avait allumé pour moi. Je dois faire beaucoup de voyages et la Pologne, avec des villes comme Cracovie et Varsovie, figure en tête de ma liste.

Stéphane était passionné par les livres, la littérature, l’étude, tout comme moi. Souvent, je retrouve des pages de livres anciens soulignées et annotées de sa main, une écriture fine et élégante, comme sa prestance, et aussi cette signature alerte – Stéphane.

Je suis reconnaissante de savoir que c’est lui l’auteur de ces murmures près de mon coeur et de ces connaissances qu’il insuffle à mon oreille intérieure.

Maintenant, je peux mettre un visage à mon intuition.

Si je recueille suffisamment d’éléments biographiques, ici, en Lorraine ou là-bas, en Pologne, j’écrirai le livre de sa vie.

Cet après-midi, j’ai renoué avec mes racines.

Merci !

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif, Le cahier de mon âme, Poésie

Gratitude à la page

Avant de raconter sa vie en long et en large,
honorer l’accueil du cahier
où l’âme peut s’étendre,
prendre toute la place,
se réchauffer grâce
à la flamme blanche
du papier
sur laquelle les mains s’ouvrent
et que la lampe
met bien en évidence.

Je te remercie, page de ce jour,
de m’accepter inconditionnellement.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Le deuil

Le deuil est l’expérience suprême du détachement.

Même si beaucoup d’actions demeurent en suspens,

il n’y a plus rien à faire.

Même si des mots ont été retenus, des paroles interrompues,

il n’y a plus rien à dire.

Quoi qu’on fasse, la vie est à jamais écrite.

Il n’y a donc plus rien à désirer.

D’une certaine manière, cette tristesse procure la paix.

Remords et regrets peuvent durer des années, ils n’en seront pas moins inutiles

car ils ne feront pas revenir à soi les présents perdus.

On peut écrire de longues lettres à l’être disparu. 

Seul notre coeur en connaîtra le contenu.

On peut faire sonner le téléphone dans la maison de jadis.

C’est le silence qui répond 

ou une petite voix à l’intérieur de nous qui nous dit :

Tu sais tout ce qu’il faut savoir ! 

Il n’y aura pas de nouvelles ce soir, ni demain, ni plus tard.

Tout a été déposé dans ta mémoire.

Il semblerait, bien sûr,

qu’à la manière avec laquelle une flamme de bougie tremble

le défunt nous entende…

N’a-t-il pas spécialement placé pour notre regard

cet iris bleu au centre de l’or ?

Ne serait-ce pas son oeil, en cette lueur, qui nous contemple ?

C’est possible.

Une telle éventualité aide à vivre.

Alors, on place sa conscience

dans la caresse d’une brise, le frôlement d’un oiseau, l’éclat d’un flocon

pour retrouver celui qui s’en est allé.

Il n’y a, certes, plus rien à changer dans l’existence qui suit son cours.

Mais une chose importante nous métamorphose :

on est plus vigilant, dans notre quête de l’absent,

à l’instant présent.

Dès lors, on quitte la rive trop connue.

Et de brasse en brasse, dans l’océan de la solitude,

on se dirige vers la rive qui nous fait face.

Quand le courant se fait trop fort, on épouse le caprice de la vague.

On embrasse la violence du manque

et lentement l’on se rapproche

d’une terre où de nouvelles lueurs espèrent l’attention de notre regard.

Bientôt, on y posera le pas.

Et on ne le regrettera pas.

Pour celui qui demeure,

le deuil est l’expérience suprême du départ

vers une vie autre

où tout reste à écrire

pour qu’il existe une suite

aux phrases interrompues

qui rendra enfin possible

une myriade de lendemains.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Bullet journal, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Grapho-thérapie, Journal de ma résilience

Je choisis ce carnet

Pour mon histoire douloureuse,
pour la chronologie de mes peines et de mes trahisons,
je choisis ce carnet
dont la texture est veloutée comme du lait de naissance,
la reliure blanche comme un drap entrouvert au matin,
la page légère comme un voile de berceau qui miroite sous le souffle du printemps,
le grain du papier doux comme une paume guérisseuse.

J’élis entre tous un carnet tendre
pour me reposer, m’apaiser, reprendre confiance,
m’abandonner sans crainte au secret de tout ce qui se dit sous la pointe de mon stylo bille
qui retracera, j’en suis sûre,
l’origine de la blessure
en y effaçant la douleur.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Créavie, Ecrire pour autrui, Grapho-thérapie, Journal de mon jardin

C’est magnifique !

Il est bien d’écrire que c’est une journée magnifique.

Il est conseillé de noter dans son cahier des termes positifs pour attirer encore davantage de choses positives et de lecteurs.

Mais qu’est-ce qui est magnifique ?

Le jardin si vert et tout gorgé de feuilles odorantes après l’orage ?

Les guêpes follettes autour des figues ouvertes ?

La perspective d’une sieste, chapeau sur les yeux, dans la fraîcheur bleue de l’ombre ?

L’épaule de l’amant(e) tout près de la sienne ?

La sève qui bat sous la peau tandis que les enfants se poursuivent en riant ?

Le goût du sel de la dernière vague du matin qui subsiste sur les lèvres avant qu’un baiser ne l’efface ?

Le bonheur qui se passe de mots ?

Oui, qu’est-ce qui est beau ?

Evoquer, touche près touche, les instants uniques de cette journée.

Une couleur exprimée dans un simple adjectif amène une note, une senteur, une saveur, un frôlement.

Caresser le temps avec chaque grain du papier

de telle sorte que le lecteur inconnu de demain

soit, comme devant un tableau,

l’auteur de ces mots :

« C’est magnifique ! »

Géraldine Andrée

Marc Chagall ; Intérieur rose à la fenêtre
Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Ecrire sur l’amant perdu

Ecrire 
sur l’amant perdu
Faire la liste
sous forme de notes
rapides
de ses caractéristiques
physiques
uniques

ce grain de beauté
sur sa nuque
sa mèche auburn
l’étoile pétillante
de son rire
son souffle
qui gonfle
sa veine 
là juste
derrière l’oreille
quand il dort

Par la caresse
furtive
de la main
sur le grain
du papier
faire l’amour
encore
de toute
sa mémoire
avec
ce qui semblait
mort

Géraldine Andrée