Ne t’acharne pas
à trouver un sens
aux pointillés d’or
que le jour laisse
entre les branches…
Voyage
simplement
avec eux
comme sur une phrase
dans une autre langue…
Géraldine Andrée
Ne t’acharne pas
à trouver un sens
aux pointillés d’or
que le jour laisse
entre les branches…
Voyage
simplement
avec eux
comme sur une phrase
dans une autre langue…
Géraldine Andrée
Quand j’écris
de bon matin,
je vois s’étendre
sur l’ancien jardin
la lumière
blanche
comme une nappe
de dimanche,
le forsythia de mon enfance
que je croyais déraciné
refleurir
pour l’éternité,
la flamme rousse
de la chatte décédée
s’élancer d’un taillis
vers mon souvenir,
et si je me laisse guider
par ce rythme régulier,
je retrouve
le petit sentier
qui mène
à l’étoile verte
de la clairière
où Marie la vive
vient de s’asseoir,
jupe retroussée
au-dessus des genoux
pour son amoureux…
Quand j’écris de bon matin,
des soleils s’alternent
devant mes yeux
et ma page est une vitre
où se rapproche
chaque instant
de jadis
qui m’attend…
Quand j’écris
si tôt,
je prends le train
du temps.
Géraldine Andrée
Cahier mauve lilas,
cahier rose forsythia,
cahier vert sauge,
cahier bleu menthe…
J’ai bien assez de feuilles
pour tout un été.
Géraldine Andrée
Offre des poèmes
à la Vie
pour que ta vie
soit Poème
Géraldine Andrée
Mon appareil photo est tombé en panne pour ma promenade.
J’ai alors emporté par dépit un carnet de notes.
Et, en chemin, au lieu d’inscrire en guise de laconique légende
en-dessous du cliché
« Arbre »,
ce que je faisais par confortable
habitude,
donnant plus d’importance
– je l’avoue –
à la photo qu’aux mots,
j’ai écrit au centre
d’un feuillet blanc
« Cathédrale de feuilles ».
Et je suis rentrée à la fin du jour,
riche
de cette image.
Géraldine Andrée

Les mots
te regardent
dans les yeux
pour te dire
de suivre
avec confiance
le fil bleu
de cette phrase
qui se balance
sur le blanc
Géraldine Andrée
Dans un recueil
de poèmes
de Chine
je cherche
avant le sommeil
un seul
mot
qui me fasse signe
plus que tout
autre
et c’est
Émeraude
qui accroche
des étincelles
de feuilles
au silence
de ma chambre
enclose
comme si c’était
une tonnelle
depuis celle
où se repose
le poète
de la dynastie Min
Han Wo
après avoir fait
du ciel jaune
de son parchemin
le messager
d’un poème
de cinq lignes
dont voici
la fin ultime
Je m’endors
sous la tonnelle de roses rouges
près des bananiers émeraude
Géraldine Andrée
J’ai écrit
un frêle
poème,
un poème
si petit
qu’il se destine
au souffle
qui viendra
à lui
comme
toute
brindille.
Géraldine Andrée
Que sont donc
devenues
nos ombres
sur le sentier ?
Je me le demande !
Alors, je recopie
à l’encre
bleu foncé
une phrase
de Sôseki
pour les retrouver :
« La suite reste enfouie au fond de mon cœur. »
Géraldine Andrée
Nulle promenade
aujourd’hui
Je veux seulement
à la lueur
de ma bougie
retrouver
dans l’anthologie
de mon enfance
ce poème
que j’ai tant aimé
jadis
et qui me regarde
entre deux feuilles
qui lui ressemblent
Géraldine Andrée