Publié dans C'est ma vie !, Le livre de vie, Récit de Vie, Toute petite je

L’enfant de papier

Je détestais mes livres de mathématiques, d’histoire-géographie, de sciences physiques.
Mais j’adorais d’autres livres, des romans.
Je me souviens d’avoir lu tous les livres de la Bibliothèque verte que j’empruntais sous la lumière jaune pâle de la bibliothèque municipale. Je rentrais le soir avec un livre dont les pages un peu rousses fleuraient bon la vieille encre d’imprimerie.
Le lendemain, malgré le froid et le temps qui tournait à la pluie, à l’écart de la cour de récréation, je m’asseyais sur une marche en béton et je commençais mon livre avec délectation. Mon héros ou mon héroïne me faisait signe et je partais en voyage dans une autre vie.
Les cris de la cour parvenaient à mes oreilles comme d’une rive lointaine. On ne me regardait plus. Enfin, j’étais absente.
Je ne supportais pas mes camarades de classe. Je les trouvais méchantes et arrogantes. Et elles me jugeaient étrange, voire « anormale ». Mais je m’étais fait d’autres amis dont je comprenais les sentiments et les aventures, dont les épreuves se mêlaient aux miennes. C’étaient souvent des enfants mal aimés. Et il me semblait qu’eux aussi savaient qui j’étais. Au détour d’une ligne, on se rencontrait, on se reconnaissait. Chaque page devenait un carrefour où le destin organisait nos rencontres d’âme.
Plus personne ne me faisait la morale ou ne prétendait avoir raison. Et des orphelins comme Rémi, Cosette, Heidi devenaient ma famille. Tous nous étions en chemin.
Dans ces romans, je me sentais vivante.
Je me souviens avoir acquis bien plus de connaissances lors de ces récréations consacrées à la lecture que dans les livres de mathématiques, d’histoire-géographie, de sciences physiques.
Je faisais l’expérience de ma vérité à travers le regard d’un enfant de papier.

Géraldine Andrée

Extrait de mon récit de vie
La Dernière

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie

Ce rendez-vous avec vous-même pour écrire : l’heure et l’endroit

Écrire, c’est se rencontrer.

Pour devenir l’auteur de votre vie – celle qui correspond à qui vous êtes -, il est important de vous réserver un rendez-vous avec vous-même le plus régulièrement possible, comme vous le feriez avec votre meilleur ami. 

  • Fixez dans votre agenda une heure et un jour qui vous conviennent. Beaucoup de techniques de développement personnel – comme le Miracle Morning de Hal Elrod – prônent le matin, moment idéal pour l’introspection. 
    Le Miracle Morning consiste à se lever tôt pour méditer, lire quelques pages d’un livre, faire du sport, écrire dans son journal intime. Selon Hal Elrod, c’est dans l’action que l’on reprend le contrôle de sa vie. Julia Cameron, elle, enseigne à tous – y compris ceux qui croient qu’ils ne sont ni écrivains ni artistes -, à pratiquer la méthode des pages du matin : écrire au lever trois pages de tout ce qui vous passe par la tête et le cœur, sans vous censurer. Ces techniques ont fait leurs preuves dans le monde entier. Mais il est des personnes pour lesquelles de telles techniques ne conviennent pas – celles qui, par exemple, doivent se lever très tôt, boulangers, chauffeurs de taxi, infirmiers ou celles qui rentrent se coucher au petit matin, tels les urgentistes… Comme l’affirme Hal Elrod lui-même, on n’est pas tenu de pratiquer le Miracle Morning le matin. Par conséquent, vous pouvez faire vos pages, écrire dans votre journal intime l’après-midi ou le soir, quand les enfants sont couchés et que le silence recouvre votre maison. 
     
  • Choisissez l’endroit où vous vous sentez le plus à l’aise afin de prendre toutes vos aises sur la page et toute la place que vous avez dans cet espace. Déployez-vous là où vous êtes. Épanouissez-vous là où vous êtes en sécurité. Ce peut être le calme d’une chambre, une terrasse, dans votre jardin quand vous n’entendez que les bruits de la nature. Pour d’autres, ce peut être un café animé, une salle d’attente, un train… Il est possible d’être emporté par l’élan de l’écriture aussi bien lorsque l’on est assis à sa table que lorsque l’on est dans l’action. Je me souviens de ce moment unique où j’ai écrit mon premier roman sur une plage espagnole. Les premières étoiles, le bercement incessant des vagues, les ombres bleues qui se mêlaient à mon encre sont entrés dans ma page. En me relisant, j’ai revécu ces instants. A ce moment d’écriture est également assimilé le souvenir olfactif du narguilé qu’un groupe de jeunes Iraniens fumait non loin de moi. 
     
  • Plus que le moment et le lieu d’écriture, c’est la sensation de l’instant où vous écrivez qui importe – un parfum, une musique, le contact du tissu ou du bois, le regard du chat… Philippe Lejeune met en évidence, à partir des témoignages sur le journal personnel qu’il a recueillis dans Cher cahier, l’importance de noter dans son journal les caractéristiques sensorielles, voire sensuelles de l’écriture : 

“Depuis peu, ce que j’appelle “mes albums de plaisirs” sont aussi des journaux intimes : recueils de notes écrites et plastiques en rapport avec le plaisir des sens (couleurs, odeurs, toucher…) “ 
Témoignage d’une femme de 42 ans 

  • A la date que vous inscrivez sur votre journal correspond toujours une saison particulière, concentrée en un fragment de journée, la saison de votre âme. Beaucoup associent l’écriture à la saveur du thé qu’ils boivent, à la couleur d’une après-midi, au bruit du café qui coule, à la position du soleil derrière le rideau, aux rumeurs de la rue par la fenêtre ouverte, à l’éclairage du bureau. Votre journal constitue un recueil précieux de tous ces contextes d’écriture, la prise de notes des circonstances de votre vie telle qu’elle est – toute simple. 
  • Pour cela, il me semble important dans ce rendez-vous avec vous-même d’instaurer un rituel. Vous pouvez créer un petit autel à l’écart de votre maison, derrière un rideau ; allumer un bâton d’encens ; tremper quelques roses dans un vase… Faites de ce lieu et de ce moment une exploration intérieure, une méditation. Se juge-t-on quand on médite ? Sans doute dans le tournoiement de nos pensées au départ. Mais, en apprivoisant ce que l’on ressent en soi, on devient de plus en plus libre. L’écriture vous emporte vers votre ici et maintenant. Faites de cette rencontre avec vous-même un temps de qualité, et non un défi. L’écriture doit être un plaisir du quotidien, un moyen de renouer avec votre enfant intérieur trop longtemps oublié. Écrire avec son doudou, en dégustant du chocolat ou des chamallows – pourquoi pas ? Là est votre espace-temps, dans la mise en scène que vous vous créez autour de votre cahier et dans lequel vous allez vous voir vous expanser et réaliser vos rêves à mesure que vous leur donnez forme avec vos mots. 

Comme le déclare Dominique Rolin, 

“J’ai mes rituels, un scénario très méticuleux, mes stylos, un papier spécial, une heure précise de la journée, un arrangement strict des choses autour de moi, mon café à bonne température…” 

Je vous souhaite un délicieux moment avec vous-même ! 

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Poésie

Il est des poèmes

Il est des poèmes qui nous sont destinés.

On les découvre, un jour d’enfance, à la lumière d’une classe en hiver

ou au détour d’une rangée de livres, dans le croisement des silences d’une bibliothèque.

Ils nous touchent car ils nous parlent de notre vie et ils nous regardent comme des amis.

On se reconnaît dans l’évidence de leur printemps.

Puis on les oublie

parce que c’est ainsi, qu’il faut avancer de page en page.

Mais bien plus tard – le nombre d’années ne compte pas -,

les poèmes que l’on a aimés nous retrouvent

et l’on sait qu’ils n’ont pas oublié notre âme qui s’est émue pour eux .

On les comprend, on les entend, on leur sourit comme lorsqu’on était enfant.

Le temps n’a jamais passé.

Il est des poèmes qui sont nos astres de vie

et qui nous reviennent au coeur le plus profond de nos nuits

parce que nous sommes destinés à leur éternité.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, C'est ma vie !, Cahier du matin, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif

Premier instant du jour :

je pose en me levant ma main sur la page

comme on pose son pied nu sur le carrelage.

J’ai la certitude alors de m’incarner dans mes mots,

ici et aujourd’hui,

paume contre feuille,

grain contre grain.

Je suis le mouvement de l’écriture,

ce silencieux murmure,

qui suit son propre chemin.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Je pour Tous

Ecris-toi des lettres !

Ecris-toi des lettres, le plus souvent possible !

Prends du beau papier, du vélin doux pour ta plume.

Inscris ton nom tout en haut de la page commençant par Cher(e)…

Demande de tes nouvelles. Décris comment tu te portes. Confie tes peines, tes joies, tes espoirs ; ce qui te met du baume au coeur ou te bouleverse.

Raconte tout ce qui a de la valeur à tes propres yeux, ce rayon de soleil sur ta chaise, le bâillement de ton chat qui te permet de voir sa langue rose, la floraison de la plante que tu aimes. Inscris tes projets comme s’ils étaient déjà actuels pour t’encourager à les réaliser pleinement.

Donne-toi des conseils venus de la source la plus sûre de toutes les connaissances : ton âme. Adresse-toi à toi avec bienveillance, générosité, non-jugement. Partage avec toi les moments de grâce ou de doute. N’oublie pas ! Tu es cet(e) ami(e) intime qui t’écrit !

Ensuite, plie la lettre ; glisse-la dans une enveloppe ; colle un beau timbre ; note avec soin tes coordonnées.

Quand tu recevras cette lettre quelques jours plus tard, ouvre-la lentement. Ecoute crépiter le papier qui se déchire, se déplie. Regarde la lumière du matin se refléter dans l’encre des phrases qui t’apaisent et t’orientent sur ton chemin d’aujourd’hui.

Toi, lisant et écrivant à la fois,

ne sens-tu pas comment

la partie vivante de toi-même,

s’adresse à cette autre partie

vibrante elle aussi,

en attente

d’être lue, reçue, comprise,

accueillie ?

Ecris-toi des lettres le plus souvent possible !

Géraldine Andrée

Publié dans C'est la Vie !, Mon aïeul, mon ami., Un cahier blanc pour mon deuil

Tu me regardes

Tu me regardes toujours sur la photo,
que je me décale à gauche ou à droite,
que je reste assise ou que je me lève,
que je m’approche ou que je m’éloigne,
que je rêve ou que je sois consciente des épreuves de mes veilles,
tu me regardes.

Et même lorsque je me tourne vers la fenêtre
pour écrire sans te voir,
pour ne faire confiance qu’à ma mémoire,
tu me regardes à travers ces mots
qui brillent dans leur encre noire.

La page est ce cadre
où m’apparaît
à chaque reflet du jour
ton visage.
Je n’ai alors

plus le droit
de te juger sans égard
car il me semble
que je vois les choses
qui nous entourent

avec ton regard.

Géraldine Andrée

Dans le cadre de la page, ton invisible regard.