Temps
d’automne ?
Qu’importe !
J’ajoute
un pétale
d’encre
à ma feuille
présente.
Géraldine Andrée
Temps
d’automne ?
Qu’importe !
J’ajoute
un pétale
d’encre
à ma feuille
présente.
Géraldine Andrée
Je vous propose, tout au long de ces vacances, des textes sur l’été. Amour, mort, inspiration, enfance, sexualité, découverte, écriture, attente et résilience… Tels sont les thèmes de ce recueil
Un troublant été.

Elle pleure dans ses feuilles.
Elle pleure, tête penchée sur son cahier de mathématiques, son cahier qui n’a rien à lui dire. Elle vient encore de se faire humilier par cette enseignante à lunettes, au nez pointu comme un bec d’aigle.
Elle ne se souvient plus du motif. C’est sans doute bien véniel. Les larmes montent à ses yeux, débordent, dessinent de gros ronds gris sur le papier. Son chagrin fait des taches. Elle risque encore d’être punie pour cela. Cette prof la regarde pleurer, fixement, non sans une certaine jouissance.
Le soir, au retour de l’enfer, elle écrit. Elle lie amitié avec d’autres feuilles. Le papier l’écoute et reformule ses confidences sous forme de poésies.
Elle ne peut pas dire qu’elle écrit des poèmes, non. Elle dirait plutôt que ce sont les poèmes qui s’écrivent en elle. Des mots lui deviennent familiers comme « désarroi » qui rime avec « foi ». Elle donne la parole à une maigre jeune fille en robe blanche, à une morte qui espère renaître. Elle fait d’un long poème un sentier qui traverse plusieurs feuilles. Écrire, c’est sa force, déjà. Son pouvoir intérieur qui lui permet de résister au quotidien. Comme elle tient un cahier intime, elle sait qu’elle n’est pas toute entière livrée aux autres, que quelque chose d’elle, d’essentiel leur échappe, Quelque part, elle les dupe sur son image. Elle est davantage que ce qu’ils disent d’elle. Et cela lui fait infiniment plaisir.
À la fin de l’année, lorsqu’il lui sera autorisé de « passer dans la classe supérieure » malgré ses piètres résultats, sa mère lui dira :
– Va offrir l’un de tes poèmes à Madame K ! Qu’elle sache au moins ce que tu vaux !
Elle a choisi le poème le plus triste qu’elle a recopié sur deux pages quadrillées, long sentier de la peine que lui avait infligée Madame K tout au long de l’année 1980/1981.
Quand la cloche de la fin de l’ultime heure du cours retentit en ce chaud mois de juin, elle se lève, le ventre serré, le cœur battant. Elle se souvient…
Elle s’approche du bureau comme d’un échafaud, les deux feuillets de sa poésie à la main. Les fenêtres sont ouvertes sur la cour ensoleillée. On entend peut-être le chant d’un oiseau. Elle tend les feuilles à Madame K :
– C’est pour vous !
Madame K est toute surprise. Il lui semble voir, à elle la mauvaise élève, le regard de sa persécutrice s’allumer de curiosité derrière le reflet de ses lunettes.
-Lis-moi le texte, s’il te plaît !
Elle s’entend lire d’une voix tremblante, timide, ce poème qui vient d’elle. Les mots retentissent dans sa gorge. Le rythme des vers court dans son ventre. Ce sont ses dernières paroles. Elle va tout au bout du sentier de ce qu’elle a écrit, de la trace de ses épreuves.
S’ensuit un long silence. Elle s’est arrêtée. Elle y est arrivée.
-Merci ! s’exclame Madame K. Viens que je t’embrasse !
Elle s’approche, lui tend la joue. Le baiser claque, froid et humide. Elle surmonte son écœurement. Au fond, elle a pitié de Madame K qui n’a pas compris qu’elle est à l’origine de ce chant de douleur qu’elle lui dédicace par sa seule lecture.
À la veille des grandes vacances pendant lesquelles elle découvrira tôt le matin, dans son lit, des auteurs enchanteurs comme Pagnol, Peyramaure, elle reçoit un baiser de son bourreau en échange d’une poésie.
Géraldine Andrée
Au cœur de l’été,
en cette actualité tourmentée,
concentrez-vous sur la beauté
d’un paysage, d’une musique, d’un tableau,
d’un livre, d’un animal…
Et surtout, écrivez…
Journal créatif, bullet-journal,
biographies, récits…
Ouvrez votre cahier
pour conduire votre vie
au lieu de laisser la vie vous conduire,
et retrouvez ainsi le fil
qui vous mènera
vers votre vérité.
À bientôt
pour d’autres mots !
Géraldine Andrée
Hélas !
La fontaine est sèche,
depuis le temps
que le jardin est fermé !
Elle n’est plus
que pierres empilées
sous lesquelles
grouillent
des fourmis
rouges
qui transportent
des brindilles !
La prière
de mon cœur
n’a pas la force
nécessaire
pour faire jaillir
son eau
dans la lumière.
Alors, avec mon crayon,
je trace
d’un trait
le contour
de sa vasque
et en guise
de jet,
je compose
un svelte
poème
qui tombe
dans le cercle
puis s’élance
vers le ciel
blanc
du papier.
Voilà.
J’ai ressuscité
dans le plus grand
silence
le chant
de la fontaine
oubliée.
Géraldine Andrée
Dans l’étincelle
d’un point,
perle
le mot
de la phrase
suivante.
Géraldine Andrée
Lorsque tu écris,
tu retrouves
le fil de la vie
autour de la quenouille
du temps
et c’est ainsi
qu’en le dévidant
doucement,
avec toute
ta patience,
tu dessines
le sentier
qui te ramène
au sourire
ultime,
tu rallumes
le feu
des fleurs
dans la chambre
des amants,
tu relances
le cœur
des belles heures
au rythme
d’or
d’un poème
– cette horloge
éternelle -,
tu ranimes
le soleil
dans la profonde
peine
pour qu’une aurore
nouvelle
revienne.
Lorsque tu écris,
tu redonnes
des joues
rouges
à l’ancienne
enfant
ensevelie
dans l’oubli
des jours.
Une goutte
d’encre
est l’équivalent
d’un baiser
déposé
sur une feuille
que soulève
ton souffle.
Et ton âme
se réveille
à l’écoute
de son propre
conte.
Lorsque tu écris,
tu ravives
les mots dormants.
Géraldine Andrée
Mot après mot
je fais plus qu’écrire
je vis
car je sais
que le dernier mot
de chaque jour
annonce
l’aurore
Géraldine Andrée
Ne te laisse pas intimider par la page dont la blancheur te fait douter de ton inspiration.
Ne te laisse pas enfermer par son cadre illusoire. Je sais, on t’a habitué à ne pas franchir les lignes, à ne pas déborder de la marge, à écrire comme on avance, c’est-à-dire droit.
Et pourtant, si je te disais que la page est un vaste endroit où tu peux prendre toute ta place ?
Si je te disais que la page est un océan dont les vagues, en ondulant, en ondoyant te mènent vers toi-même ?
Regarde la page. Elle est ton miroir, non pas un miroir où tu te juges avec sévérité, où tu ne repères que tes défauts, mais un miroir qui te permet de te rapprocher de toi, de te regarder dans les yeux pour y voir se révéler tes rêves.
Considère la page comme la possibilité d’un voyage où il n’existe
nul sens unique.
Commence par un mot – un seul – n’importe où, à droite, à gauche. en bas, en haut.
Réinvente tes points cardinaux. Écris au Sud, écris à l’Est.
Écris avec confiance ce que tu éprouves, ce que tu penses, qui tu es.
Imagine que ta plume signe chaque battement d’ailes d’un oiseau.
Sois, grâce à la page, ce grand espace où tu contemples ton passage.
Géraldine Andrée
Les mots
te regardent
dans les yeux
pour te dire
de suivre
avec confiance
le fil bleu
de cette phrase
qui se balance
sur le blanc
Géraldine Andrée
Écrire, c’est se poser à côté de soi, s’observer, puis noter sans aucun jugement tout ce qui traverse le corps, le cœur et l’esprit dans toute la gamme du négatif comme du positif. C’est nommer précisément ce qui nous bouleverse et nous apaise.
En prenant la plume, on se prend par une main amie. On se dit :
“Viens ! Je chemine avec toi et à travers toi !”
Il est important de se laisser porter par la page initialement blanche comme par un océan, faire de la phrase une vague, lâcher prise.
N’ayez pas peur d’écrire. Écrivez ce qui se dit, ce qui se dicte en vous par une voix de confiance, celle de votre subconscient, cette zone dans votre psychisme qui détient une compréhension bien plus large que votre simple conscient.
Écrivez pour le plaisir d’écrire, de griffonner, de raturer, de dessiner ces mots.
Écrivez pour le mouvement de la main sur le papier. Vous ne contrôlez pas la trajectoire d’un train, d’un bateau ou d’un avion qui vous emmène au loin.
Alors, écrivez pour le simple voyage.
Écrivez pour déposer ici et maintenant le murmure et le mouvement de vos pensées.
Écrivez pour écouter ce qui se chuchote en vous, le passage de votre stylo sur le papier avec cette conscience du promeneur qui perçoit le bruit de ses pas sur le chemin.
Écrivez pour laisser la vie accomplir son œuvre en vous.
Et alors, une porte s’ouvrira dans la page, par laquelle un message vous parviendra et dont vous serez à la fois l’expéditeur et le destinataire.
Parfois, votre plume ira vite. Acceptez le fait que ce soit elle qui vous guide alors que vous avez l’impression de la tenir fermement.
Au milieu du fatras de vos pensées, une phrase ou une expression sonnera – claire et juste pour vous. Vous aurez trouvé votre vérité. Puis une autre phrase ou expression succèdera à la phrase initiale et fera encore plus sens pour vous.
Vous serez dès lors surpris par ce qui s’écrit et dont vous êtes le dépositaire. La tonalité et le vocabulaire auront changé. Les plaintes s’atténueront. Les souvenirs auront moins d’emprise. Vous prêterez davantage attention à l’instant de l’écriture.
Ne soyez pas étonné par de nouveaux mots qui apparaîtront – et que vous n’employiez pas auparavant. C’est vous qui les aurez mis au monde !
Parce que vous aurez repris confiance en la page, vous aurez ouvert la porte de vous-m’aime.
Et l’écriture donnera sens (signification et direction) à toute votre vie !
Je vous souhaite une belle découverte de qui vous êtes au fil de l’encre !
Bon voyage !
Géraldine Andrée