Ne demeure pas immobile devant la page blanche.
Si tu ne peux rien écrire, va te promener.
Trace ton chemin d’une autre façon.
Géraldine Andrée
Ne demeure pas immobile devant la page blanche.
Si tu ne peux rien écrire, va te promener.
Trace ton chemin d’une autre façon.
Géraldine Andrée
Prends soin de ta Vie comme d’une jeune plante. Surveille la germination, la pousse, l’éclosion.
Il existe de nombreux moyens de faire fleurir ta Vie : la méditation, la gymnastique, la marche, le yoga, la peinture, la musique.
Toutes ces pratiques appartiennent à un seul domaine : la botanique de l’âme.
Moi, ma botanique, c’est l’écriture.
Je tiens un petit carnet et je note au jour le jour comment ma Vie s’épanouit : je veille à l’arroser à des heures précises, je surveille la santé des graines, l’apparition du bouton d’or, puis l’éclat de la corolle.
Je suis vigilante en ce qui concerne la moindre tache, la moindre menace de fenaison précoce, le moindre signe d’assèchement.
Mes mots accompagnent ma Vie. Aussi vifs que les rayons du soleil, ils l’encouragent.
Je veux que ma Vie soit haute et vigoureuse car je l’ai définie ainsi.
Tu peux, toi aussi, écrire ta botanique de l’âme.
Prends, si cela te plaît, un petit carnet ; note tout ce qui fait du bien à ta fleur intérieure : quelle musique, quelle couleur, quelle ambiance de qualité ?
Les plantes – c’est connu – poussent mieux dans le calme et la paix. Offre par conséquent à la tienne le présent du silence à fleur d’eau.
Ainsi, la page sur laquelle tu te pencheras au jour le jour sera la fenêtre qui te montrera ton infinie éclosion, quelle que soit la saison.
Géraldine Andrée
En regardant
les grandes
cartouches
d’encre
où tremble
le reflet
de la lampe
du soir,
elle songe
aux mots
qui naîtront
de ce noir
épais
et informe
comme
la nuit.
Elle rêve
à la silencieuse
parole
qu’elle sculptera.
Pendant
toute
son enfance,
on lui a dit
qu’elle était
incapable.
Maintenant,
elle sait
qu’elle s’apprête
à accomplir
une chose
capitale :
rendre
corps
à tout ce qu’on efface,
tout ce qu’on fait disparaître ;
donner
une expression
à l’inaudible
respiration.
Géraldine Andrée
Dans le très beau film Quelques heures de printemps, lorsqu’il est demandé à Madame Evrard si elle a eu une belle vie, celle-ci répond :
« C’est ma vie. »
Une vie entièrement vécue avec ses malheurs (un mari difficile, un fils distant) et ses bonheurs (les beautés et bontés du jardin, un voisinage agréable).
Une vie en apparence banale.
Mais une vie unique.
Déclarer ainsi
« C’est ma vie »,
c’est l’accepter telle qu’elle est, sans vouloir rien changer et ce n’est surtout pas se lamenter sur cette pseudo vie rêvée que l’on n’a pas eue.
Peu importent les événements (mariage, naissance, baptême, deuil, chômage, divorce).
L’essentiel est ce que l’on retient des moments avec lesquels on a traversé ces événements : l’éclat des pivoines qui revient à chaque printemps, la botte de radis que la voisine dépose sur le bord de votre fenêtre, la chanson préférée de vos dix-sept ans, les yeux d’émeraude de la chatte dans l’ancienne maison, l’eau de parfum qui fleure bon le muguet les matins…
Faites vous-même votre liste.
Vous pouvez tracer une frise du temps ; y poser des points tout petits – ce sont les événements – et de gros points de couleurs – ce sont les moments que vous nommez un par un, que vous effeuillez sur la vaste rose du temps.
Vous voyez ? La vie, c’est Cela.
Ecrire sa vie, c’est accorder beaucoup plus d’importance au relief de ces moments qu’aux événements.
Ce n’est pas se mentir en proclamant en épais caractères sur la couverture de son livre : « Voici ma belle vie ! »
C’est écrire tout simplement :
« C’est ma vie »,
où d’autres vies se retrouvent, s’entremêlent, se réunissent
dans l’écho d’une page
qui trouvera un rêve pour le porter
plus loin,
vers d’autres témoignages.
Géraldine Andrée
C’est ma vie. Je veux en faire une oeuvre de Beauté, de Bonté, de Vérité.
Noble tâche !
Mais il y a les aléas, les tracas, les embûches, les obstacles. Les velléités. De moi et des autres. Parfois la boue, les sanglots, les larmes, le découragement.
Alors, il me faut franchir les obstacles, continuer la route, contourner les pièges – avancer, même si mes pieds se sont blessés dans les ornières. Qu’importe la trace de mes pas. Seul compte le prochain pas que je vais faire.
C’est ma vie. Je l’écris chaque jour.
Mes choix, mes acceptations, mes refus, mon libre arbitre lui donnent une ligne directrice que j’essaie de suivre aussi sur mes pages du matin.
Je fais signe à l’Univers au milieu de l’océan blanc de mon cahier :
Je suis là ! Tu me vois ?
C’est ma vie.
Et je suppose que, vus d’en haut, mes mots sont de minuscules points bleus, de frêles feux que je lance pour être reconnue par Dieu.
C’est ma vie.
Beaucoup m’ont dit dans mon enfance :
C’est ta vie. T’en fais ce que t’en veux.
Ce n’est pas vrai.
On ne fait pas ce qu’on veut de sa vie. Croire le contraire est une illusion dangereuse.
Il y a les déviations, les ralentissements, les accélérations, les bifurcations, les priorités, les croisées de chemin sans aucune indication.
Les rencontres que je n’aurais pas dû faire, les aveuglements, les fausses amours, les trahisons, les erreurs d’étourderie – ou plutôt d’insouciance.
J’apprends, j’hésite, je trébuche, je tâtonne, je rectifie.
Certes, je suis l’auteure de ma vie mais il y a beaucoup de ratures, de changements, de brouillons, de recommencements.
Autant de signes que le manuscrit est bon, me dit l’éditeur.
C’est ma vie de Vérité. C’est la Vérité de ma vie, cette trouvaille que, plus on ajuste, plus on est dans le Juste pour soi.
Tant pis si je ne connais pas toutes les vérités.
L’essentiel est que je vive comme j’écris : avec sincérité.
Et que tous mes ratés en soient la preuve.
C’est ma vie, à chaque jour un peu plus neuve.
Géraldine Andrée
Faire écrire une biographie, c’est faire apparaître celui ou celle que l’on est fondamentalement.
C’est ôter les préjugés que l’on entretient sur soi ; se délivrer des étiquettes ; avoir une autre perspective sur ce que l’on a vécu, un regard plus large sur chaque événement.
C’est découvrir des qualités méconnues en soi à travers le miroir de la mémoire : Tiens ! Je ne me savais comme ça !
C’est s’étonner du moindre détail qui nous transforme.
C’est naître à nouveau dans ce passé que le présent de l’écriture actualise.
C’est renouer avec l’éternel enfant unique qui se cache derrière ce nom de famille que l’on porte depuis tant d’années.
Faire écrire une biographie, ce n’est pas seulement raconter sa vie. C’est aussi se raconter, soi, de plus en plus vivant sous l’encre au fil des jours.
Géraldine Andrée
J’écris pour dire
le souffle du jardin
qui s’en retourne
au silence
à la fin du jour,
ce murmure
qui sourd
du bleu de l’herbe
comme une senteur
de menthe
avant de s’en remettre
à la terre
d’où il est né.
J’écris pour dire
l’étoile
contenue
dans chaque note
qui s’éteint
lorsque
l’instant
est venu.
J’écris
pour marquer
de trois
pointillés
noirs
la voix
enfuie,
trace
du message
qui se poursuit
invisible
dans la neige
de la page.
J’écris
pour être
témoin
du chemin
de cette parole
qui continue
sans moi
à l’infini…
Géraldine Andrée
On a coutume de penser que la biographie est réservée aux gens célèbres, aux grands hommes, aux stars.
Quand le désir de faire une biographie se fait jour, on le chasse, ce désir, en disant :
-Une biographie, moi ? Mais je n’ai rien d’intéressant à raconter ! Je n’ai pas vécu de grands événements dans ma vie !
Détrompez-vous. La biographie s’adresse à tous, à toutes les voix.
Nul besoin d’avoir vécu des événements prodigieux pour confier à un biographe l’écriture d’une biographie.
Le livre de votre vie peut, bien sûr, contenir des étapes cruciales : vous pouvez y raconter vos périodes marquantes, les virages que vous avez pris, vos choix ultimes, vos échecs, vos réussites.
C’est important. Mais est-ce essentiel ?
L’essentiel est que la biographie contienne ce qui est important pour vous ou pour la personne à qui vous offrez ce présent : le souvenir de la grosse horloge d’or dans le salon de votre enfance ; les bruits du quartier au matin ; les senteurs et les couleurs du jardin ouvrier ; le lapin-nain que vous apportiez dans vos bras au dîner ; les cavalcades dans les sombres couloirs quand s’annonçait la veille des vacances ; le visage de l’aïeule qui coud encore, assise à la fenêtre de votre mémoire ; les longs rouleaux de réglisse qui noircissaient vos lèvres ; une journée à l’océan ; les tambours du vent dans vos oreilles et qui vous donnaient envie de courir…
Ainsi, nous réalisons bien plus qu’une biographie – un recueil d’instants de vie où tout futur lecteur saura d’emblée se reconnaître car la biographie, dans sa dimension intime, demeure à jamais universelle.
Chaque être humain de ce monde se retrouve davantage dans l’évocation d’un bouquet de cerfeuil mouillé, cueilli au cours d’une promenade, que dans une apparition sous les feux des projecteurs.
La biographie est un livre de vie où chaque mot invite autrui à écouter son battement de coeur.
Géraldine Andrée
L’Encre au fil des jours
It’s customary to think that the biography is reserved for famous people, great men, stars.
When the desire to make a biography comes day, we hunt this desire by saying:
– a biography? But I have nothing interesting to tell! I haven’t lived any great events in my life!
You’re mistaken. The biography is addressed to everyone, all voices.
No need to have experienced prodigious events to make a biography.
The book of your life can, of course, contain crucial steps: you can tell your memorable moments, the corners you have taken, your ultimate choices, your failures, your achievements.
It’s important. But is it essential?
The main thing is that the biography contains what is important for you or for the person to whom you offer this gift: the memory of the big golden clock in the living room of your childhood; the noises of the neighbourhood in the morning; the scents and the Colours of the worker garden; the dwarf rabbit you brought in your arms to dinner; the bruits sounds in the dark corridors when it was announced the day before the holidays; the face of the crone who still coud, sitting in the window of your memory ; the long rolls of liquorice that noircissaient your lips; a day in the ocean; the drums of wind in your ears and which made you want to run…
Thus, we will achieve far more than a biography – a collection of moments of life where any future reader can recognize itself because the biography, in its intimate dimension, remains forever universal.
Every human being in this world is more recognized in the évocation of a bouquet of wet cerfeuil picked during a walk than in an apparition under the spotlight.
The biography is a book of life where every word invites the other to listen to her heartbeat.
Geraldine Andrée
Ink over the days
Parce que l’écriture permet de retrouver notre état d’enfant, ce « parlêtre » comme le disait Lacan, d’avant les traumatismes,
Parce que l’écriture est ce pont qui nous guide jusqu’aux épreuves les plus anciennes que l’on parvient enfin à nommer,
Parce que l’écriture est une force qui ramène le non dit de l’inconscient à la lumière de la conscience,
Parce que l’écriture qui avance sur la page fait reculer la mort,
Parce que l’écriture inscrit en nous ce rendez-vous avec notre force fondamentale, à l’origine de notre naissance,
Parce que le thérapeute-biographe vous aide à trouver les mots non seulement pour écrire, mais aussi pour vivre et être l’auteur de votre vie,
L’écriture est un remède avec effet désirable,
Celui de vivre davantage.
Géraldine Andrée
Explorer toutes les possibilités du cahier
En faire des fragments d’infini
Ecrire en haut en bas à gauche à droite tout droit c’est le plus sûr au début
puis lâcher prise se laisser aller sans jugement
Ecrire en serpentant en ondulant en ondoyant
en boucle en cercle en carré en losange en triangle
de travers sur le chemin de la lumière
Ecrire sur les lignes entre les lignes et en dehors
sur ce blanc d’océan
de l’intérieur de la reliure vers l’extérieur
de l’extérieur vers l’intérieur de la reliure c’est le moins classique
Ne pas chercher à faire original mais être celui ou celle qui écrit
Se laisser guider par l’encre
Chevaucher l’alezan de la phrase
Franchir les marges car elles sont faites pour ça
Voguer sans danger
Dépasser les limites sans se perdre
Déborder du tracé que d’autres ont décidé pour toi
parce que le temps est venu d’écrire qui tu es
c’est-à-dire
de vivre d’être libre
Gribouiller faire un pâté d’enfant faire baver une couleur c’est beau ce bleu qui coule dis donc et qui efface les lettres d’avant
Griffonner rayer raturer reprendre remplir car le cahier c’est ça mon enfant l’espace de l’abondance
Ne pas faire une page parfaite surtout pas
Vivent la tache le trait de travers le mot écrasé les syllabes inversées et qui changent tout le sens qui donnent au phrasé de ton âme tout son sens le trou parce que t’as trop appuyé avec la pointe l’élan raté qui permet de recommencer de prolonger le rêve du voyage
Vivent la colle la feuille chiffonnée la corne
Vive le papier un peu malmené qui te laisse cette trace de l’instant parmi toutes les traces possibles
Ne signe pas
Ce n’est pas un contrat un arrêté oh non
Mais dessine ton nom
Et puis
tourne la page
Géraldine Andrée
Thérapie par l’écriture