Tu avais mis une nouvelle
cartouche d’encre
à l’imprimante
pour mes poèmes futurs
que tu ne liras pas
que tu n’imprimeras pas
car de là-bas
ils n’ont nul besoin paraît-il
d’être lus pour être connus
Ils sont sans cesse annoncés
par l’élan des ailes
qui traversent la blanche nue
C’est ce que je me dis pour me consoler
de la belle encre neuve qui attend
à jamais dormante
sur son ruban
Étiquette : l’expérience de l’écriture
Je te destine

nés ou à naître
Je t’envoie l’enfance de mes mots
Je te destine
Toutes
Mes phrases
Sur la page
Les écrire
Lentement
En m’arrêtant
Pour reprendre
Souffle
C’est ma façon
D’entrer
En hivernage
Du noir
De la peine
Des dernières
Semaines
Il me reste
Ce cahier
Blanc
Faire
De ton absence
Un livre
Faire
De ta mort
Une oeuvre
C’est ainsi
Que je rendrai
Peut-être
Mes jours
Vivants
La lampe
De ce soir
De décembre
Allume
De multiples
Lampes
Dans l’encre
De mes mots
Comme jadis
Dans les larmes
De mon enfance
Incomprise
Sur les lignes
De mon journal
Intime
Même reflet
Même éclat
Le temps
Que cela
Sèche
Je peux
Maintenant
T’écrire
Autant de fois
Que je le désire
Puisque tu ne reviendras pas
Géraldine Andrée
Un cahier blanc pour mon deuil
Orpheline et libre

Cela fait longtemps que je ne suis pas venue sur ce site. Si longtemps qu’il me semble que tous mes posts précédents viennent d’un autre temps et que je relis une étrangère.
Dans la nuit du 11 au 12 novembre, alors que j’avais assisté à une conférence sur cette « frontière invisible » qui nous sépare, nous, vivants, du monde de l’au-delà, mon père est décédé d’un infarctus massif.
Ce décès, je m’y étais préparée depuis de nombreuses années. Mon père est plusieurs fois mort en moi et ce, depuis l’enfance.
Toute ma vie, je l’ai cherché. J’ai cherché son attention, son approbation qu’il était incapable de me donner. Je me suis construite seule. C’est la littérature qui m’a sauvée alors que lui voulait me rendre scientifique. Inapte à exaucer ses désirs, j’ai pensé que je le décevais. C’était plus profond que cela. Il y avait une autre origine que je viens seulement de découvrir. Je l’évoquerai quand j’en aurai la force.
Dans la chambre funéraire, je lui ai parlé longtemps – longtemps. J’entendais tomber la pluie dehors – une pluie violente comme jamais.
Je lui ai demandé en pleurant :
Qu’est-ce que tu m’as fait ?
Ce qu’il m’a fait…
Je me souviens comment il a gâché ma première histoire d’amour, comment il fouillait mes affaires, comment il était possessif et se raccrochait à moi quand je lui échappais, comment il manquait de protection – me laissant partir seule, si seule une veille de Noël, dans une nuit de neige, car il ne pouvait entendre ce que j’avais à lui dire, ainsi qu’à ma mère.
Je me souviens de ses intrusions dans ma chambre de jeune fille parce que je partais le lendemain en Ecosse avec mon amoureux, ses coups pour la moindre désobéissance, l’interdiction qu’il avait fait peser sur moi d’être moi-même.
Il y a eu, bien sûr, quelques bons souvenirs : les feux de septembre quand il fallait brûler toutes les herbes mortes, les promenades dans la fraîche forêt qui bordait la ligne Maginot, son savoir sur le cosmos, les étoiles, les trous noirs et sur le caractère irréversible du temps.
Irréversible.
Je pensais que, dans ses derniers instants, mon père pouvait encore réparer mon enfance, mon abandon de petite fille.
Il est mort sans nous avoir laissé le temps.
Il est mort pendant que j’étais heureuse, que je bavardais avec des amis, que je prenais des notes des nouvelles connaissances spirituelles acquises, que je regardais défiler, comblée, derrière la vitre du train du retour, les lumières de la ville.
Tous mes poèmes, tous mes textes étaient des lettres que je lui envoyais dans le secret du silence.
Mon père est décédé dans la nuit du 11 au 12 novembre.
Plus d’appels réitérés au téléphone, de pas qui traquait mon pas.
Plus de disputes et d’inquiétudes durant de longs mois d’indifférence où, après avoir téléphoné dix fois par jour, il cessait d’appeler car je l’implorais de « me laisser respirer ».
Plus de rêve de réparation qui m’emprisonnait dans une vaine espérance, une inutile attente.
Je suis libre.
Libre et orpheline.
Plus de compte à rendre.
Je n’ai que moi à m’occuper.
J’ai le temps de retrouver l’origine de mon rêve du père idéal, celui que je n’ai jamais eu et que je n’aurai plus jamais en cette vie.
Celui qu’il faut que je cesse de poursuivre car j’ai mon chemin à tracer.
Un chemin de mots et de souffles.
Un chemin de lumière et de vent mêlés.
Un chemin de bleu – outremer de mon encre qui, jour après jour, me mènera à mon pays futur.
Plus de défi.
Plus de cent jours d’objectifs à poursuivre. Mais toute une vie pour me redonner un père intérieur – c’est sûr.
Un père à l’écoute de tous mes murmures.
Mon père est mort d’un infarctus.
Mon nouveau père est mon coeur.
Lui ne me fera pas attendre un jour de neige car il m’aura guidée vers le soleil.
Excusez-moi si je consacre tous mes billets futurs à mon père – le père ancien et le père à venir.
Je veux en faire un livre, une sorte de journal de bord
où la vie est la condition de la mort
et la mort la condition de la vie.
Je suis orpheline et libre.
Géraldine Andrée
Un cahier blanc pour mon deuil
Créavie : Quelques mots
On a tendance, lorsqu’on se raconte ou qu’on raconte sa vie, à vouloir être le plus précis possible.
Aussi ajoute-t-on des adverbes, des adjectifs, des propositions à profusion :
« Le laurier-rose tout parfumé et qui fleurissait fidèlement à chaque saison me plaisait beaucoup. »
On se charge de la compréhension, de la sensation et de l’émotion du lecteur. On l’envahit de son intention, certes louable, de provoquer son empathie mais, en vérité, on le prive de sa place.
Et pourtant, raconter sa vie, c’est effacer les évocations redondantes, les descriptions inutiles, c’est barrer des mots pour réinstaurer les silences.
Un récit de vie peut commencer ainsi :
« Le jardin est là. »
« Pendant toute mon enfance, le pommier a fleuri. »
« Elles furent belles, les saisons de mon arbre. »
« Ah ! Les parfums du laurier-rose de jadis ! »
En une phrase brève, laisser le lecteur libre de suivre son souffle et son chemin jusqu’à notre univers.
Lui accorder de l’espace, du temps.
Lui offrir son propre rythme.
L’inviter dans nos silences.
Lui faire confiance.
Une écriture dépouillée est un acte de foi envers celui qui la reçoit.
Ou encore, débuter son histoire par une phrase simple qui contient toutes les saveurs, toutes les senteurs, toutes les couleurs d’un pays, telle Karen Blixen qui inaugure ainsi son récit de vie :
« J’avais une ferme en Afrique. »
Un sujet ; un verbe à l’imparfait ; deux compléments essentiels ;
pudique évocation du regret à partir de laquelle le livre d’une vie déploie ses pages dans le présent.
C’est alors par le coeur
que le lecteur comprend.
Géraldine Andrée
Créavie : En écrivant…
Ouvrir la fenêtre : que la lumière du jour se pose sur les feuilles de sa saison de vie.
Fermer la porte : que les enfants se disputent pour une broutille ; que le conjoint s’ennuie ; qu’importe. Laisser chacun aujourd’hui découvrir son chemin, même s’il est désagréable.
Ne pas répondre au téléphone : la sonnerie a beau s’entêter ; dans un proche instant, elle se confondra avec la note du silence.
Suivre la volute de fumée qui danse au-dessus du thé.
Passer la main sur la douce encolure du chat…
Mais, quelle est cette lueur rose, soudain ?
C’est un pétale échappé du jardin d’enfance qui ouvre sa porte…
Tenter alors de l’attraper dans le ciel de printemps de la page
en écrivant,
en écrivant…
Géraldine Andrée
Créavie : Le signe d’un jour réussi
Le signe d’un jour réussi,
c’est lorsque je me dis :
Aujourd’hui,
j’ai beaucoup écrit !
Je pourrais dire :
Aujourd’hui,
j’ai bien écrit !
Mais j’insiste sur le fait qu’avoir beaucoup écrit
signe un jour réussi.
J’entends déjà quelques uns qui se récrient :
Voyons ! Ce n’est pas la quantité qui compte,
mais la qualité !
Et j’entends la voix de mon amie Julia,
écrivaine elle aussi,
leur répondre :
« Chaque jour, je prie Dieu ainsi :
Mon Dieu ! Je m’occupe de la quantité.
Toi, Tu T’occupes de la qualité ».
Moi, je suis pleine de modestie.
Je ne peux prétendre bien écrire
car cela, seul le temps peut me le garantir.
A l’inverse, mal écrire
ne signifie en rien
que je n’écrirai jamais quelque chose de bien.
En effet, qui peut dire si
une tournure de phrase un peu bancale
ne constitue pas les soubresauts d’un nouveau style,
si une image étonnante, détonante, jugée par mes pairs « très kitsch »
n’annonce pas la métamorphose de mon âme
et par là-même la métamorphose de mon écriture ?
Qui peut prédire si l’essoufflement d’un chapitre
ne précède pas la respiration plus ample et plus profonde de mon histoire, le déploiement de son rythme sur la page suivante ?
Ecrivez ! Ecrivez ! Ne vous souciez pas de la réussite, encore moins de la performance.
Asseyez-vous devant votre cahier, prenez la plume.
Être fidèle à la page quotidienne est déjà une réussite en Soi.
Peu importe si vous y arrivez et où vous arrivez, l’essentiel est ce que vous ressentez au cours de votre voyage.
Ce ressenti est votre destination et mieux encore, votre destinée.
Alors, je persiste et je signe ici, sur le billet de ce site :
Le signe d’un jour réussi,
c’est lorsque vous vous dites :
Aujourd’hui,
j’ai beaucoup écrit !
Géraldine Andrée
Ecris ta vie !
Ecris ta vie
parce que personne ne peut la vivre à ta place.
Ecris tes rêves, tes désirs, tes projets.
Un seul mot…
Et c’est le point de départ
à l’élan d’une phrase.
Invente tous les futurs possibles,
et choisis parmi eux
celui qui convient à qui tu es,
celui par lequel ton âme doit advenir.
Prends note de tes peines, de tes joies
car ces sentiments sont une boussole
qui te permet d’emprunter
ton chemin de vérité.
Approche-toi du miroir de la page ;
tu ressentiras ta présence.
Passe devant la fenêtre de la page ;
ton souffle s’y dessinera.
Tu dis : Mais je ne sais pas écrire !
Je fais plein de fautes d’orthographe !
Tout le monde va rire !
Aussi, je te le dis :
Ecrire te regarde.
Les mots t’attendent.
Une fois qu’ils t’auront rencontré
dans le reflet de l’encre,
tu verras combien ils te contemplent
et te connaissent.
Alors, tu te pencheras sur tes épreuves
et tu t’exclameras :
Mais c’est ma vérité !
Qu’importe si les autres la contestent,
elle vibre en moi
comme la joie du vent
qui laisse pour trace
toutes les feuilles qu’il a semées.
Puisque tu ne peux effacer le désordre de certaines choses,
écris chaque jour
afin de suivre leur cours,
afin de décider en toute connaissance de cause
du déroulement de ton aventure personnelle.
Ecris ta vie
parce que rien ni personne
n’a le droit de te la dicter.
Géraldine Andrée
Tu veux écrire parce que le temps passe.
Tu veux écrire parce que le temps passe et qu’il te faut garder un souvenir de ce que tu as vécu : l’enfance, le murmure des sous-bois dans le vent, le regard du premier amant, la famille réunie dans le jardin juste avant que l’aïeule ne s’éloigne.
Mais l’encre, c’est le temps. Les mots sont des secondes. Assise, tu ne peux ignorer que le mouvement de ta plume t’emmène toujours vers l’instant suivant.
Phrase après phrase, tu vieillis.
Et si tu atteins déjà minuit, c’est parce que le temps passe trop vite quand tu écris.
Mais peut-être qu’un jour, l’heure de chance sonnera. Quelqu’un trouvera l’un de tes cahiers, parmi tous ceux dispersés lors des déménagements.
Quelqu’un que tu ne connais pas encore, un ami, un petit-enfant prendra le temps à rebours en tournant les pages.
Et il reviendra vers les longs cheveux de l’enfance, le bercement des sous-bois, la peau de l’amant, la joie du jardin, le sourire de l’aïeule – tout ce qui fut éphémère car trop vite vécu, tout ce que la volonté de mémoire des mots ne réussira jamais à ressusciter complètement.
Quelqu’un qui se voudra fidèle à ton espoir initial suivra à son rythme le fil de l’encre,
s’arrêtera puis continuera le chemin, toujours plus proche de ce que tu souhaitais revivre.
Et lorsque le temps sera venu de refermer le cahier, ton lecteur te dira, à toi peut-être disparue :
Bien sûr que cela fut.
Puissance de ce temps du verbe « être » au passé
qui contient en une syllabe toute l’éternité.
Géraldine Andrée
Ecrire, se dit-elle.
Ecrire, se dit-elle.
Le miroitement de l’encre où elle se reconnaît.
Les mots qu’elle trouve dans le blanc de la page et qui la surprennent par leur éclat de jais.
Ce crépitement de la pointe de la plume contre le grain du papier à l’heure où tout s’absente encore.
Bruit frêle
de la vérité qui approche
et traverse la porte.
Je suis vivante, écrit-elle.
Seule phrase qui importe.
Géraldine Andrée
Retrouver le fil
Il me semble parfois que ma vie m’échappe comme un tissu que l’on déroberait de mes mains.
Je me perds tellement dans les attentes, les désirs, les exigences d’autrui que ma vie ne m’appartient plus et même pire, ne me regarde plus.
Alors, j’ouvre mon journal. Je marque l’espace de la page. Je me redonne une place, une dimension, un pays. Ma plume porte ma voix en silence sur le chemin des lignes et ce n’est pas en vain car il reste une trace de ce voyage.
Peu importe ce que les autres en feront. Moi, je sais qu’elle me mène à MA destination.
En faisant miens les mots que j’emprunte, je redécouvre mon nom, ma signature, ma personne – ce mouvement de ma main qui témoigne de ma vibration unique.
Et c’est Tout.
C’est Tout ?
Oui, une seule page est amplement suffisante pour me réintégrer dans l’univers.
En écrivant, je retrouve le fil de ma vie.
Géraldine Andrée
Sometimes it seems to me that my life escapes me like a fabric that is being used in my hands.
I lose so much in expectations, desires, demands of others that my life doesn’t belong to me anymore and even worse, don’t look at me anymore.
So I open my diary. I mark the page space. I give myself a place, a dimension, a country. My feather carries my voice in silence on the path of the lines and it is not in vain because there is still a trace of this journey.
No matter what others do. I know she leads me to my destination.
By making the words I borrow, I rediscover my name, my signature, my person – this movement of my hand that testifies to my unique vibration.
And that’s it.
Is that all?
Yes, one page is ample enough to reintegrate me into the universe.
By Writing, I find the thread of my life.
Geraldine Andrée
