Le poème
est une barque
qui attend
entre les feuilles
veuille
la détacher
de ce qui la relie
au trop connu
et s’en aille
à son bord
jusqu’au point
du tout
premier jour
Géraldine Andrée
Tristesse de ne pas revoir aujourd’hui au Livre sur La Place Jeannine Burny, la compagne poétique de Maurice Carême et la fondatrice de La Fondation Maurice Carême.
En deux-mille-dix, elle m’avait montré dans un vers, parmi les bruits et les remous de la foule, le sentier calme, vert et vif d’un poème.
Les mots y étaient si simples, si peu nombreux et si vrais que ce sentier avait été tracé par le Poète pour aller droit à l’âme.
« Les jours n’avaient plus d’ombre.
Juin semblait infini
Et, dans les prés sans nombre,
Au loin, tout retardait la nuit.«
C’était tout simple extrait du recueil
Dans la main de Dieu
de
Maurice Carême
Géraldine Andrée
Pour écrire un poème,
entre
dans le silence
de la danse
qu’il t’accorde.
Enjambe
une ligne
jusqu’à l’espace
qui s’offre
à tes pieds.
Suis
son corps
qui se cambre
par instants
sur la page.
Apprends
à te déhancher
à ton tour
sous la lumière
du jour.
Pour écrire un poème,
sois toi-même
Poème
en étant le cavalier
de la Vie.
Géraldine Andrée
Note le poème dès qu’il te vient.
Ne remets pas l’écriture au lendemain
car qui sait si demain,
tu seras encore là ?
Mais en dehors de ce drame
mais imprévisible,
attendre un jour prochain
pour écrire ton poème
affaiblit la flamme,
émousse l’enthousiasme,
éloigne ton âme
des mots qui t’attendent
pour quelques instants
seulement.
Alors, prends n’importe
quelle feuille
– de papier, de chêne-
et griffonne
ton poème.
Tu te préoccuperas plus tard
de l’ordre possible
des vers et des rimes.
Mais ne détourne pas les yeux
quand le poème te fait signe.
Aurais-tu l’idée si, par pur hasard,
un oiseau se posait sur ta main,
de lui dire avec un sourire
qui te montrerait combien
tu te résignes :
« Reviens » ?
Géraldine Andrée
Si j’attends que la vie m’apporte l’inspiration, je n’écrirai jamais.
Alors, j’écris pour que la vie m’inspire,
comme si je semais des graines
pour que les oiseaux viennent.
Géraldine Andrée

C’est sur le sentier bleu
que j’ai su
où se cachait Dieu :
dans le silence
entre les feuilles.
Géraldine Andrée
À la fin
j’accepte
que mon poème
devienne
un oiseau
détaché
de ma plume
بالنهاية ساقبل أن تصبح قصيدتي عصفوراً منفصلاً عن ريشتي (قلمي)

Tableau : Samoukan Assad, peintre syrien, Digital Art, Lattaquié
Poème : Géraldine Andrée, poétesse lorraine, Nancy
Le plaisir de feuilleter
sur l’étalage d’un bouquiniste
un recueil de poèmes
de Maurice Carême
et de l’emporter
dans la lumière d’avril
en sentant sur mon cœur
son poids dont la légèreté
est celle d’une fleur
Géraldine Andrée

J’écris
pour faire de mon cahier
une maison en papier
dans laquelle conversent
autour de la lampe
toujours allumée
d’un poème
les amis
réunis
de toutes mes vies
Géraldine Andrée
Ouvre
toutes
les portes
Que le poème
venu du point
le plus lointain
entre
et te fasse entendre
comme un vieil
ami retrouvé
les battements
de ton cœur
Géraldine Andrée