
ce n’étaient pas
des pas
mais des feuilles ?
J’écris pour retrouver la trace
du sentier de l’enfance
qui mène à la lueur blanche
de l’aube
qui danse
comme un point de silence
entre les feuilles hautes
Géraldine Andrée

J’écris pour retrouver la trace
du sentier de l’enfance
qui mène à la lueur blanche
de l’aube
qui danse
comme un point de silence
entre les feuilles hautes
Géraldine Andrée
Débranche
le téléphone
éloigne-toi
de toutes
les agitations
de cette époque
de tout
ce qui te demande
d’avoir un avis
de prendre parti
dans d’inutiles
dialogues
Puis ouvre
la porte
de ta chambre
où luit
le point
d’or
de la lampe
et entre
dans l’espace
-temps
d’une page
blanche
Pour écrire
c’est-à-dire
converser
avec ton coeur
demeure
au coeur
du silence
Géraldine Andrée

La violette cachée dans l’herbe
me montre que toute existence a un sens
Tableau : Samoukan Assaad, Huile sur toile, 60×70, Damas, Syrie
Poème : Géraldine Andrée, Nancy, France
On écrit pour
*Apprendre à se connaître afin d’être Soi
* Comprendre sa vie, en tirer le fil directeur dans les événements qui nous sont arrivés
* Profiter du présent en témoignant de chaque jour qui s’écoule
* Retrouver le passé et le faire revivre
* Guérir des traumatismes, faire le deuil de ce que l’on a perdu ou de ce que l’on n’a pas vécu, devenir un(e) résilient(e)
* Être l’auteur (e) du futur que l’on souhaite voir advenir
* Avoir des preuves de ce que l’on a vécu dans le but d’une démarche spécifique, une réhabilitation, une demande de pardon ou, tout simplement, pour garder trace de tous ces instants qui rendent l’âme riche à la fin d’une existence
* Faire de sa vie ou de la vie d’un proche un livre vivant pour les descendants
* Devenir authentique pour autrui ; rendre ses actes compréhensibles, d’une certaine manière, lisibles
* Dire l’indicible afin qu’une expérience personnelle devienne universelle
Quoi que l’on accomplisse, quelle que soit la place que l’on tient dans la société, quel que soit le rôle que l’on y joue, on écrit pour donner à sa vie un sens.
Géraldine Andrée
Elle avait arrêté d’écrire. Elle avait abandonné son journal intime très loin dans l’obscurité de l’armoire. Elle l’avait chassé de sa mémoire.
Elle avait arrêté d’écrire pour ne pas perdre son temps, pour ne pas se retarder car elle avait son histoire d’amour à vivre. Alors, elle s’est précipitée dans ses sensations. Elle a connu l’ardent, le vif, les fleurs puis les larmes, le temps coupant de l’attente, la fièvre sans espoir d’apaisement, la colère aux tempes battantes, l’entaille indicible de l’âme. Elle s’est jetée à corps perdu dans le nom de l’Amour. Elle s’est abîmée dans ses émotions.
Un matin où elle s’est réveillée seule dans le silence aux mille portes closes, elle s’est acharnée à comprendre. Et elle s’est souvenue de son journal. Elle l’a délivré de la nuit, honteuse comme si elle avait trahi un ami.
Elle a fixé la page blanche qui succédait à son ancienne vie. Elle aurait voulu y voir notées les différentes étapes de sa douloureuse traversée. Elle aurait souhaité retrouver les mots du beau temps qui précède la tempête. Elle aurait beaucoup donné au passé pour pouvoir se relire avec ses connaissances du présent. Il lui paraissait si urgent de se comprendre.
Mais il était trop tard. Rien de ce qu’elle avait vécu n’était écrit. Comment pourrait-elle guérir de cet abandon ?
Alors, elle écrivit cette phrase qui résumait toute son expérience :
« Si l’on n’écrit pas pour vivre, on écrit pour revivre. »
Géraldine Andrée
Relire dans Les Malheurs de Sophie
les phrases que j’ai déjà lues petite fille
c’est comme emprunter à rebours
un sentier de vacances
qui me mène à la lumière
de mes boucles
c’est revenir à chaque mot
sur les pas de l’enfance
et retrouver les feuilles de trèfle
les frêles cailloux les fraises douces
les bouquets d’angélique vive
les prunes dorées les abricots roux
que récolte en toute
clandestinité
Sophie mon héroïne
dans ces histoires
où elle joue à faire des bêtises
depuis toujours
et qui sont ensuite
déposés
au seuil de ma mémoire
en guise
de Présents
dérobés au temps
Géraldine Andrée
Il est des mots qui détruisent, tuent, saccagent mais il est aussi des mots qui enveloppent, bercent et guérissent l’âme.
Ruth Fishel, auteure de livres inspirants, témoigne qu’elle a guéri d’une dépression grâce au mot aimant Joie.1
Chacun connaît le pouvoir des mots dans une thérapie, combien ceux-ci peuvent permettre à l’inconscient d’ouvrir une porte libératrice pour le Moi.
Jacques de Coulon prône également la puissance thérapeutique, voire salvatrice, de la poésie sur le corps et l’esprit. 2
Certains prisonniers des camps ont résisté en se récitant jour après jour, heure après heure, instant après instant des poèmes qu’ils avaient appris par coeur avant leur déportation. D’autres cousaient des papiers sur lesquels ils avaient recopié des poèmes à l’envers de leur camisole rayée. La poésie au contact de leur peau les protégeait du froid et leur donnait la force énergétique nécessaire pour continuer à vivre en démystifiant la peur engendrée par les paroles de leurs bourreaux.
Je me souviens d’un soir d’hiver glacial où les bus avaient cessé de circuler à cause d’une grève impromptue. J’ai dû traverser la ville dans une bise mordante qui annonçait la neige. Les rues étaient noires. J’ai scandé alors ma marche avec les vers de Sensation d’Arthur Rimbaud :
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds,
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme. 3
Aujourd’hui, j’en suis persuadée, le picotement des blés, la fraîcheur de l’herbe, le bain du vent, le bleu bienfaisant d’un crépuscule de juillet ou d’août m’ont protégée des morsures de janvier, de l’inconnu de la nuit urbaine en avivant ma volonté de marcher malgré ma fatigue. J’ai pu rentrer ainsi dans mon appartement douillet saine et sauve.
Prenez un mot qui vous est doux – qu’il soit Lumière, Mer, Bonheur, Vérité, Amour
ou prenez même une phrase – Je suis la rose étale
ou encore un vers – « Sois sage, Ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille ! ». 4
Entrez dans ces mots choisis comme dans votre maison. Lovez-vous en eux comme en un édredon. Écoutez leur coeur vibrer au coeur de votre coeur. Prononcez-les uniquement pour vous-même ; faites-en une source de chaleur ; imaginez que vous en éclairez votre chambre. Vous êtes ces mots. Vous les incarnez avec votre voix et votre être.
Ils seront vos mantras dans les temps difficiles et feront advenir pour vous ce qui est possible dans l’Univers – c’est-à-dire Tout.
Géraldine Andrée
1 Ruth Fishel, S’aimer un jour à la fois, édition Modus Vivendi
2 Jacques de coulon, Exercices pratiques de poésie-thérapie pour retrouver son calme, récupérer de l’énergie, libérer sa créativité
3 Arthur Rimbaud, Les Cahiers de Douai, Poésie Gallimard
4 Charles Baudelaire, Recueillement in Les Fleurs du mal, Poésie Gallimard
J’ai souvenance
des matins de mon enfance,
beaux comme les sous neufs
d’une bourse qui s’ouvre.
J’espérais toujours quelque chose
du scintillement d’une jeune aube.
J’avais tant de choix devant moi
que je ne savais que faire
face à la naissance
de cette lumière.
Baigner mon ours
dans la rosée fraîche ?
Suivre à bicyclette
ce sentier
pour aller à la cueillette
du trèfle mouillé ?
Déchiffrer l’alphabet
des racines qui s’enchevêtrent ?
Ou alors colorer des cailloux
de bleu, de rouge, de roux ?
J’attendais de ces matins
un véritable miracle
qui changerait mes peines
en joie,
qui détournerait le cours
des événements de la veille
jusqu’à l’embouchure
de tous les possibles,
qui multiplierait le soleil
dans une seule goutte.
Et mon coeur battait
jusqu’à l’heure de la sieste
où le rêve remplaçait
mon heureuse attente.
C’est parce que j’ai eu foi
en ces matins de jouvence
que j’écris de préférence
quand le jour commence.
Et même lorsqu’il fait noir
dans le froid qui s’attarde,
je donne à ma page le pouvoir
de devenir fenêtre
pour qu’une clarté d’enfance
puisse à mes yeux apparaître.
Géraldine Andrée
Je suis allée
dans le jardin
écrire
à l’heure
de la rosée
Et quand
je suis rentrée
dans ma chambre
les yeux
bleus
de mes mots
pleuraient
Géraldine Andrée
On écrit non pas pour mesurer le temps qui passe
en contant ses regrets,
mais pour se voir passer à travers le temps
et, au fil de l’encre qui sèche,
se sentir toujours plus vivant.
Géraldine Andrée