Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Ce message

Ce message 
dans le rêve de ma sieste :

une voix bien claire 
derrière l’ombre des persiennes

qui annonçait 
dans la chambre de mon coeur :

ton père est absent de cette terre
mais il est présent sous une autre forme.

Appelle-le :
il viendra à toi,

aussi léger 
qu’une lettre

qu’un souffle a dépliée
pendant que tu dormais.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est ma vie !, Cahier du matin, Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif

La page de chaque jour

Chaque
jour
m’offre
une page
rien
que pour moi

Océan
blanc
où luit
chaque
goutte
d’encre

Vaste
espace
où je me retrouve
seule étoile 
complètement 
présente

Éternel
instant
vers lequel
malgré tous
mes deuils
et mes manques

j’avance
à jamais
vivante

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de mon jardin, Mon aïeule, mon amie

Le jardin de ta mémoire

Tu me dis :

« Je sais un jardin magnifique au coeur de la ville.

Le jardin de Beaujour.

Les corolles des fleurs sont tellement ouvertes que tu crois qu’elles te regardent.

Il faut que tu y ailles

en dehors de ton travail. »

Je me suis levée tôt un dimanche de printemps.

J’ai pris le tram.

Et j’ai cherché, cherché longtemps,

à en avoir le vertige,

déambulant dans les ruelles,

de soleil en soleil.

Puis j’ai demandé à un passant

s’il connaissait un tel jardin.

Il m’a répondu :

« Mais Madame ! Ce jardin n’existe pas ici ! »

Alors, je suis revenue sur mes pas.

Je sais un jardin au coeur de ta mémoire,

dont le souvenir tremble comme une corolle

détachée de sa tige

par le souffle du temps

et qui se lève

puis s’envole

vers chacune de tes paroles

qui ravive

son nom.

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Un cahier blanc pour mon deuil

Un rien

Un rien
annonce
l’automne :

trois points
roux
sur les prunes,

l’herbe
qui s’incline
et parsème

la ligne
du chemin
de virgules

tremblantes
sous un soupir
qui se brise…

Un rien
annonce
le silence :

des points
de suspension
alors

que la phrase
s’élance
encore,

un espace
minuscule
comme

signe
que la page
se termine…

Et voilà
que malgré
l’attente

d’une suite,
tout
est écrit !

Mais
il suffit
d’un battement

de cil
pour reconnaître
la palpitation

des feuilles
d’une nouvelle
saison…

Un rien
suffit
pour désigner

le point
du jour
à l’horizon…

Un clignement
de l’oeil
qui encourage

ce souffle
en chemin
vers son message…

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, Bullet journal, C'est ma vie !, Collections de l'esprit, Créavie, Grapho-thérapie, Journal créatif, Journal de ma résilience, Le cahier de mon âme

L’Anthologie de mon Âme

Je suis riche de tous mes cahiers, qu’ils se présentent sous les titres de Cahiers du matin, Cahiers de l’âme, Carnets de gratitude, Journaux à bulles.

Il y en a de tous les formats – de celui que je glisse discrètement en promenade dans ma poche ou dans mon échancrure à fleur de coeur à celui qui, déployé comme une corolle, recouvre la moitié de ma table.

Cahiers de moleskine à la couverture noire entourée d’une lanière extensible, cahiers souples Clairefontaine, cahiers fleuris de midinettes qui se ferment avec une petite clé dorée… Pages surlignées, quadrillées, piquetées, ou blanches telle une belle matinée de printemps…

Papier de texture épaisse, voire cartonnée, pour mes plus intimes secrets ou si fine que l’encre de mes mots y transparaît au verso comme si je me regardais dans un lointain miroir…

Quand je feuillette tous ces cahiers remplis, je prends à rebours les chemins de ma vie et je m’aperçois qu’ils sont bien souvent détournés.

Je voyage d’une humeur à l’autre. Mon écriture se fait douce, lente et régulière comme la rivière de mon enfance, puis soudain elle s’accélère, tourne sur elle-même, se perd dans ses méandres et je reconnais à ses saccades et à mes taches d’encre mon halètement, mes trébuchements. Une virgule, un point ont été perdus en cours de route, la syntaxe de la phrase est en suspens, ouverte encore, bien que le paragraphe soit achevé, sur tous les possibles.

Je découvre parfois dans la reliure des miettes égarées de pain ou de gâteau sec ou encore le cercle d’une goutte de thé versée à côté…

A la fin de ma vie sonnera l’heure où je me dirai peut-être que j’ai tout écrit.

Alors, je prendrai un fil quasi infini et je relierai ensemble tous ces cahiers que je ne peux relire dans leur totalité. Ce sera, pour ceux qui voudront découvrir l’inconnue que je fus, l’Anthologie de mon Âme.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal créatif, Journal de ma résilience, Un cahier blanc pour mon deuil

Ma carte postale pour ton pays

Il n’y a pas de carte postale pour le pays où tu es parti.

Alors, j’y mets les lumières, les herbes et les ciels que j’imagine.

Pour tes promenades, je veux un chemin de terre fine,

pour tes baignades, un reflet d’émeraude entre deux collines,

pour ton repos, le balancement d’une note argentine sur l’air d’une blanche matinée,

et puisque rien ne me dit que les ailes des oiseaux qui reviennent du Sud

pour la brève saison d’ici

m’apportent l’un de tes signes,

je signe mon poème avec ton nom.

Je fais ainsi de mon rêve une certitude,

et de ton absence un pays.

Guy

Géraldine Andrée

Publié dans Bullet journal, C'est ma vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Journal créatif

L’ultime page de mon bullet-journal

J’arrive à l’ultime page de ce cahier qui m’a accompagnée pendant toute une année. 

J’écris ces dernières lignes avec regret, comme si je quittais un pays que j’ai beaucoup aimé. 

Je me souviendrai longtemps des feuillets lisses, décorés et quadrillés, des traits fins pour m’inciter à dépasser chaque jour mes peurs et mes limites.

Bien sûr, mon aventure se poursuivra avec un autre cahier. Mais j’éprouve toujours un pincement de coeur quand je referme un journal intime qui est le dépositaire de toute une période de ma vie.

Tristesse, joie, espoir… De cahier en cahier, de feuille en feuille, les saisons passent…

Je songe à mon état d’esprit lorsque j’ai débouché mon stylo pour inscrire la date en haut de la première page, dont la blancheur brillait dans le matin.

Je ne savais pas que vingt pages plus tard, je vivrais un déménagement, une mutation ; que trente pages plus loin, le deuil me frapperait ; qu’après quarante pages de chagrin, ma guérison débuterait,  aidée en cela par les connaissances de mon âme libre de naissance. 

Dans la neige du papier, un chemin s’écrit toujours. Et si le chemin était déjà tracé par la destinée ? Et s’il suffisait de le deviner puis de l’esquisser avec la pointe de la plume?

Dans ce cahier déjà achevé, il y a tant d’idées, de projets, de rêves, de désirs encore non accomplis !

Au coeur de l’été qui s’annonce, je soulignerai avec des feutres de couleur tous ces voeux et je composerai un recueil de mes possibles lendemains. Faire un bullet-journal de ce qui demeure en attente dans ce bullet-journal. Preuve que j’ai toute une vie à vivre puisqu’il me reste tant de cahiers à écrire, le suivant n’étant que la continuité du précédent…

Quand je serai bien vieille – et donc quand le fil de ma vie sera sur le point de se briser -, je les coudrai ensemble avec un seul fil incassable.

Voici, cher lecteur, l’anthologie de mes chers moments vivants…

Dans ce journal, je découvre que j’ai été fidèle aux valeurs d’authenticité et de bien-être et que les grandes lignes de mon dessein ont été suivies.

Malgré les ruptures, les bouleversements, j’ai réalisé ce qui m’importait – l’écriture autobiographique, le développement personnel et spirituel, mes études en art-thérapie. 

J’ai pu exorciser mes anciennes douleurs dans le récit de mon enfance ; j’ai obtenu mon premier module de Psychologie ; j’ai tenu un cahier poétique de la traversée de mon deuil ; j’ai noté les gratitudes que m’offrait mon installation dans un nouveau département… Et surtout, j’ai toujours gardé en tête le Projet… d’avoir des projets !

Cette ultime page où je fais le bilan du tracé de ma voie est la plus importante.

Alors, en signe de remerciement, j’y appose cette phrase du célèbre écrivain Henry Miller qui pourrait servir d’exergue à mon futur cahier ainsi qu’à tous ceux qui débutent un journal 

« N’oubliez pas de ne pas oublier »

pour donner à la vie une mémoire

et pour donner à la mémoire une vie.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, Grapho-thérapie, Journal de mon jardin, Mon aïeul, mon ami.

Le jardin de mon grand-père

En pleine guerre mondiale,
sous les salves de la mitraille
à Dunkerque,
mon grand-père maternel
a écrit dans son Journal :

C’est pour mon jardin
que je résiste.
C’est pour les jeunes pousses
qui existent
déjà dans un futur proche
que je survis.
J’ai un jardin à faire fleurir.
C’est pour cela que je me dis :
Ne meurs pas.

Mon grand-père m’a inculqué
la valeur
de croire en un jardin qui dépend uniquement de soi.
Pour moi, c’est le cahier de ce journal
que je tiens comme lui chaque jour
et dans lequel je réécris
ces paroles de foi.

***

Mon grand-père avait une vie très ordinaire :
arrosage des plantes, observation des semis, attente de l’éclosion des tomates.

Dans chaque case du calendrier, il prenait des notes sur la santé du jardin. C’était son journal de vie, en quelque sorte.

Pas d’héroïsme ostensible chez mon grand-père, mais une patience qui se voulait légère, une abnégation joyeuse, une force quotidienne.

Et c’est cet héroïsme anodin, respectant le rythme des fleurs, que je retiens.

Géraldine Andrée

Publié dans C'est ma vie !, Mon aïeul, mon ami., Psychogénéalogie

Stéphane

Je remercie Monsieur V. d’avoir été le messager de mon grand-oncle Stéphane de Zalewski, noble d’origine polonaise, mort juste après la Deuxième Guerre Mondiale pour avoir eu le coeur brisé de chagrin.

Persécuté par les nazis, contraint à l’exil à Metz, il s’est vu ensuite spolier de tous ses biens à Varsovie par le communisme stalinien. Je comprends mieux maintenant la signification du foulard rouge que je dois retrouver dans la maison familiale.

J’ai toujours su que ce grand-oncle vivait près de moi, qu’il ne me quittait pas. Très souvent, je prononce son nom. Une nuit, il m’a montré en rêve sa ville natale, Varsovie, que je visiterai en cette vie, c’est promis. J’entrais à l’intérieur de sa demeure qui appartient désormais à d’autres. Je me chauffais à son feu qu’il avait allumé pour moi. Je dois faire beaucoup de voyages et la Pologne, avec des villes comme Cracovie et Varsovie, figure en tête de ma liste.

Stéphane était passionné par les livres, la littérature, l’étude, tout comme moi. Souvent, je retrouve des pages de livres anciens soulignées et annotées de sa main, une écriture fine et élégante, comme sa prestance, et aussi cette signature alerte – Stéphane.

Je suis reconnaissante de savoir que c’est lui l’auteur de ces murmures près de mon coeur et de ces connaissances qu’il insuffle à mon oreille intérieure.

Maintenant, je peux mettre un visage à mon intuition.

Si je recueille suffisamment d’éléments biographiques, ici, en Lorraine ou là-bas, en Pologne, j’écrirai le livre de sa vie.

Cet après-midi, j’ai renoué avec mes racines.

Merci !

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil

Le deuil

Le deuil est l’expérience suprême du détachement.

Même si beaucoup d’actions demeurent en suspens,

il n’y a plus rien à faire.

Même si des mots ont été retenus, des paroles interrompues,

il n’y a plus rien à dire.

Quoi qu’on fasse, la vie est à jamais écrite.

Il n’y a donc plus rien à désirer.

D’une certaine manière, cette tristesse procure la paix.

Remords et regrets peuvent durer des années, ils n’en seront pas moins inutiles

car ils ne feront pas revenir à soi les présents perdus.

On peut écrire de longues lettres à l’être disparu. 

Seul notre coeur en connaîtra le contenu.

On peut faire sonner le téléphone dans la maison de jadis.

C’est le silence qui répond 

ou une petite voix à l’intérieur de nous qui nous dit :

Tu sais tout ce qu’il faut savoir ! 

Il n’y aura pas de nouvelles ce soir, ni demain, ni plus tard.

Tout a été déposé dans ta mémoire.

Il semblerait, bien sûr,

qu’à la manière avec laquelle une flamme de bougie tremble

le défunt nous entende…

N’a-t-il pas spécialement placé pour notre regard

cet iris bleu au centre de l’or ?

Ne serait-ce pas son oeil, en cette lueur, qui nous contemple ?

C’est possible.

Une telle éventualité aide à vivre.

Alors, on place sa conscience

dans la caresse d’une brise, le frôlement d’un oiseau, l’éclat d’un flocon

pour retrouver celui qui s’en est allé.

Il n’y a, certes, plus rien à changer dans l’existence qui suit son cours.

Mais une chose importante nous métamorphose :

on est plus vigilant, dans notre quête de l’absent,

à l’instant présent.

Dès lors, on quitte la rive trop connue.

Et de brasse en brasse, dans l’océan de la solitude,

on se dirige vers la rive qui nous fait face.

Quand le courant se fait trop fort, on épouse le caprice de la vague.

On embrasse la violence du manque

et lentement l’on se rapproche

d’une terre où de nouvelles lueurs espèrent l’attention de notre regard.

Bientôt, on y posera le pas.

Et on ne le regrettera pas.

Pour celui qui demeure,

le deuil est l’expérience suprême du départ

vers une vie autre

où tout reste à écrire

pour qu’il existe une suite

aux phrases interrompues

qui rendra enfin possible

une myriade de lendemains.

Géraldine Andrée