Publié dans Journal de la lumière, Journal de silence, Le journal des confins, peinture, Poésie, Récit de Vie, Un troublant été

Départ

Il est l’heure de fermer les volets sur le sentier qui flamboie encore, la senteur des lavandes et les herbes qui sèment dans le vent leurs fétus d’or.

L’ombre remplit la chambre comme si elle était tombée d’un encrier renversé.

Entre les rainures des persiennes, bat une aile détachée de la lumière.

On a recouvert les lits, vidé les paniers, clos les armoires.

Sous l’ampoule d’une lampe de chevet, tu veux vérifier si tu as tout emporté. La fermeture-éclair de ta valise luit en glissant, tel du vif-argent. Toutes tes robes de soleil semblent grises. Sans doute emmènes-tu vers l’automne quelques grains de sable de l’ultime jour de plage, étoilant en guise de mémoire ton maillot de bain replié sur ses bretelles noires… Tu ne le sauras qu’une fois arrivée là-bas.

Tu me souris tristement :

-Rien ne manque !

Alors, on dépose chaque bagage sur le perron de pierre blanche.

Il suffit d’un tour de clé pour franchir un autre temps.

Mais l’on demeure là, quelques instants,

chacune se demandant peut-être secrètement

comment le rayon du silence

traverse désormais le cœur des fleurs en faïence…

Géraldine Andrée

Photo de Hatice Nou011fman
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Le poème oublié

C’est un poème
que tu avais oublié
au fil
de toutes ces années

et que tu retrouves
par hasard
en rangeant les tiroirs
de ton bureau,

griffonné à l’encre noire
sur un vieux papier
un peu froissé.
Tu le relis

avec l’appréhension
de le juger
niais ou – pire –
complètement raté.

Mais plus tu avances
sur ce frêle
chemin
qui enjambe

les lignes,
plus il te semble
que tu te reconnais,
et que tu avais rendez-vous

avec ton autre toi-même
aujourd’hui,
depuis la lointaine
journée

où tu as tracé
cet itinéraire
qui te mène
à ton ancienne vérité.

Alors, tu souris
à cette jeune femme
timide
que tu étais

et qui te fait signe.
Puis tu recopies
son poème
sur ton cahier actuel,

même si tu sais
que d’autres cahiers
le recouvriront
de leur pile

et qu’il deviendra
au fil des années
un poème
oublié.

Géraldine Andrée

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Il n’y a rien d’autre à faire

Où aller
sinon au bout de ma phrase
Que prévoir
sinon un jour d’écriture
de plus
et à celui qui me demande
si j’ai des projets
en cours
simplement répondre
que je suis au bon endroit
de la page

Qu’importe
que je sois
en haut
en bas
au milieu
à gauche
à droite
je vis toujours
en mon centre

Il n’y a donc rien d’autre
à faire
qu’écrire
dès qu’apparaît
le premier point
de lumière

Géraldine Andrée

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Chemin de neige

J’avance,
je laisse mes traces
dans le silence.

Sont-ce
des empreintes
de pattes de chat ou d’oiseau ?

Je ne sais…
Je m’enfonce
dans cet espace de neige

pour voir éclore
la première primevère,
la lueur d’une brindille,

apparaître le miracle
d’une tige
qui percerait

toute cette blancheur
muette
et tandis que je me penche

sur un frêle
point d’espoir
à naître,

deux mots
mêlent
leur pétales,

Vie,
Étoile.
J’écris

jusqu’à Toi.

Géraldine Andrée

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L’ultime murmure

Le dernier convive est parti.
On a fermé la grille,
rentré la table et les chaises
pour la nuit.

Le silence
s’avance
sur la terrasse
sans laisser

trace
de ses pas.
Seule,
la lueur

de la petite lampe
du seuil
éclaire
le souvenir

de ton ultime
murmure
qui volette
encore

jusqu’à ma chambre,
telles
les virgules
de la phrase

d’or
d’une luciole
qui passe
sans cesse

devant
le regard
attendri
de ma mémoire…

Géraldine Andrée

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J’écris qui je suis

Écrivez cette simple question en haut de votre page : 

Qui suis-je ? 

Nous l’avons vu, vous êtes bien plus que ce que les gens disent de vous. Les sagesses ésotériques enseignent que nous venons tous de la Lumière, que, selon les mots de Teilhard de Chardin, nous sommes un esprit “venant faire une expérience humaine” dans cette matière terrestre qu’est le corps. 

Autrement dit, notre nom, notre visage, notre métier, notre entourage sont éphémères. Nous passons en tant qu’esprits à travers eux pour rejoindre ensuite une vibration immense. 

Il est peut-être temps de trouver notre essence… 

  • Si vous étiez un vaste espace, que seriez-vous ? Un océan ? Un ciel ? Un désert ? Une nuit étoilée ? Écrivez un petit texte poétique commençant par Je suis. 

“Je suis la nuit qui porte toutes les étoiles. Une seule brille en moi, plus intensément que toutes les autres. C’est l’étoile de ma naissance. Elle m’indique le chemin à suivre ; le chemin à vivre.”

  • Maintenant, imaginez que vous êtes le tout petit. Que seriez-vous ? Une brindille ? Une pervenche ? Un caillou ? Un cheveu d’enfant ? Un fétu de paille ? Une aiguille ? Une goutte ? Rédigez un petit texte où vous vous inventez… grain, pétale, étincelle flottant dans le très grand – le ciel, l’océan, le désert, la nuit… 

Je suis libre comme un fétu voguant dans le vent.

  • Que ressentez-vous ? Notez ces mots-clés : ouverture, liberté, épanouissement, expansion… 
  • Associez-y des sensations : ma poitrine se dilate ; j’ai chaud ; je me sens bien, apaisée, délivrée… Je me gorge de silence… 
  • Coloriez ces mots. Entourez-les. Vous pouvez même les peindre, y associer un dessin ou une image qui vous inspirent… 

Voilà. C’est Vous. Votre plume vous a défini de manière plus large que la définition courante que vous vous donnez et que les autres vous donnent.  

Et vous voilà parti pour un autre voyage. 

Géraldine Andrée

Extrait de mon livre J’écris ma vie

Publié dans Poésie

Sans titre

Ouvre
toutes
les portes
Que le poème
venu du point
le plus lointain

entre
et te fasse entendre
comme un vieil
ami retrouvé
les battements
de ton cœur

Géraldine Andrée

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L’envol

Une fois que tu as obtenu ton Bac de Français,
tu prends ton envol.
C’est le jour de l’embarquement.
Tu te souviens encore du tee-shirt blanc à pois bleus
qui dénude tes épaules et dessine ta poitrine naissante.
Tu prends l’avion pour des vacances à Sallanches.
En vérité, l’avion est tout petit et il y a peu de monde qui monte.
« C’est un coucou » comme dit ta mère.
Mais peu importe.
Tu prends ton envol
pour le marché aux fleurs et aux fruits
que tu parcours le matin avec ta tante,
un panier d’osier à la main.
Tu prends ton envol 
pour le chemin derrière la maison
qui fleure bon le gazon.
Tu prends ton envol
pour le champ d’avoine folle
que tu traverses
à toute vitesse,
juste avant l’orage,
pour le sifflement du vent
qui t’enivre
et dont la force
s’apprête à arracher ton livre
que tu tiens pourtant serré
contre ton sein.
Tu prends ton envol
pour la chanson de Cabrel,
L’encre de tes yeux,
que ton oncle te fait écouter
près de la lampe à pétrole.


Tu prends ton envol
pour les après-midi de pluie
qui frappe
la mansarde
pendant que tu recopies
des poèmes que tu ne trouves jamais réussi
dans des cahiers neufs
et vite salis.
Tu prends ton envol
pour ton désir de ressembler
à la poétesse Marie Noël
sans jamais y parvenir,
mais tu es si jeune alors !
Tu prends ton envol
pour cette journée au lac
que tu passeras seule,
tes cousins t’ayant abandonnée
pour jouer avec leurs copains.
Et tu prends ton envol
pour chaque grain de sable
que tu compteras
en les laissant glisser
entre tes doigts.
Tu prends ton envol
pour la conscience
que tu as déjà
de la vie qui passe
et de la solitude
qui t’accompagne
en tout lieu.
Et tu te revois,
adolescente
qui te sourit
de loin
aujourd’hui.
En vérité,
c’est toi qui t’envoles
vers elle,
en prenant pour ailes
ce poème.

Géraldine

Extrait de mon récit de vie inédit
La Dernière
qui sera publié où quand comment je ne sais



Photo de Anna Shvets
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Méditation pour un cahier

Voilà. C’était écrit.
J’arrive à la dernière page et à la ligne ultime de mon cahier.
C’est toujours un petit deuil de terminer un cahier,
surtout celui-là,
à la couverture argentée,
car j’ai eu beau chercher dans toutes les librairies-papeteries de la ville,
je n’ai pas trouvé le frère qui lui ressemble.
J’avais acheté ce cahier à Florence,
dans une petite ruelle transversale au Palazzo Vecchio,
non loin d’une église
dont le soleil d’août
rassemblait les étincelles des tuiles
en un bouquet roux.
Mais ce cahier ne doit pas me faire oublier que chaque cahier est unique,
qu’il soit le précédent
ou le suivant.
Aussi le fermer équivaut-il à clore la fenêtre d’une énième maison de vacances
dans laquelle je ne reviendrai pas de sitôt.
Je le relirai dans six mois peut-être,
avec suffisamment de distance
pour le considérer comme le journal de quelqu’un d’autre.
Je dresserai un sommaire de mes idées essentielles,
réunies en un titre évocateur pour mon cœur.
Je soulignerai les passages qui m’étonnent
avec une encre brillante.
Je suivrai le chemin de mon écriture jusqu’à celle que j’étais
à un moment précis, dans la couleur du jour où j’écrivais.
Je retrouverai ce cahier comme la chambre d’un ancien été
après avoir longtemps voyagé.
C’est ainsi que je vieillis
de cahier en cahier.
Chaque jour vécu est une page tournée.
L’écriture est une traversée de ma vie
et j’accepte ce destin
sans mot dire.
Certes, il y aura bien d’autres cahiers à la suite de celui-ci
car comme je vais écrire, je vais vivre.
Je me vois relier plus tard tous mes cahiers
avec un long fil argenté,
le fil de la vie,
car ce geste aussi,
il est écrit.

Géraldine Andrée

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Dans mon rêve,

le ciel
d’une page
dont je suis
la fenêtre.

Géraldine Andrée