Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Collections de l'esprit, Créavie, Journal d'instants, Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Le livre de vie, Poésie-thérapie, Récit de Vie, Toute petite je

Je me souviens à la manière de Georges Perec sur le thème de l’Enfance

Je me souviens du flamboiement de la forêt à la fenêtre de la maison disparue
Je me souviens de la gorgée de miel sur mon angine
Je me souviens des brûlures d’ortie que je frôlais quand je marchais dans les herbes folles
Je me souviens du bouquet de la mer qui s’ouvrait par surprise entre deux terres après de longues heures de route
Je me souviens de mon adieu au cèdre du Liban du haut de mes sept ans
Je me souviens de l’odeur d’imprimerie des catalogues de jouets dont je passais commande au Père Noël
Je me souviens des indigestions de brioche
Je me souviens des bâtons de réglisse que je suçais pendant ma varicelle
Je me souviens de la croûte que j’enlevais avec délectation de mes blessures
Je me souviens de ma longue conversation avec le noisetier j’en ai retenu le murmure des feuilles et le grand vague du vent
Je me souviens de la bulle de chewing-gum rose qui a éclaté dans mes cheveux et l’institutrice m’a fait faire le tour des classes ainsi coiffée
Je me souviens de ma rencontre avec l’abeille dans une corolle de rose
Je me souviens de l’odeur de tabac dans le salon de mon grand-père
Je me souviens du minuscule service à thé argenté pour petite fille
Je me souviens de la panthère du tapis persan qui voulait me dévorer de toutes ses dents quand je marchais sur elle
Je me souviens des sauces caramélisées de ma grand-mère
Je me souviens des pleurs et de la morve ravalés sur l’insoluble problème de géométrie
Je me souviens de mon cartable trop lourd dont la lanière me sciait les épaules
Je me souviens d’un pays du Sud qui m’est revenu dans la triste salle d’étude alors que je n’y étais jamais allée
Je me souviens de mon cahier ouvert après avoir marché longtemps dans la neige bleue
Et j’ai compris bien après l’enfance qu’écrire c’est marcher dans la neige tous les jours même lorsque la lumière de l’été accroche sa dentelle dorée aux volets vénitiens
Je me souviens de mes seins qui me faisaient mal quand j’enfourchais mon vélo C’était fini J’avais grandi

Et vous, quels sont vos souvenirs d’enfance ?

Géraldine Andrée

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C’est un cahier si beau

C’est un cahier si beau que l’on ne se sent pas digne d’y écrire nos petites tragédies personnelles et quotidiennes – déceptions, projets avortés, rêves déchus, peines de cœur. Et pourtant, ce cahier nous dit, dans le blanc silence de ses pages :


-Tu peux transformer la tristesse de ta vie en arabesques multicolores comme celles qui dansent sur ma couverture ! Et métamorphoser tes fardeaux en ces pétales de roses qui constellent ma reliure. Aussi, ne crains pas de venir te réfugier ici, en héros exilé !

Je suis là et je te recueille
de toutes mes feuilles.

Géraldine Andrée

Mon cahier des jours et mon hortensia bleu
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J’écris

J’écris pour franchir la barrière du jardin interdit et cueillir quelques prunes de jadis aux taches rousses

J’écris pour me perdre dans la couleur magenta de l’encre de mon enfance

J’écris pour retracer le petit sentier jusqu’au temple chinois

J’écris pour t’envoyer des lettres là où tu es dans ce pays dont tu ne reviendras pas

J’écris pour partir en promenade en ta compagnie Et c’est ta main que je serre à travers le stylo

J’écris pour croire aux histoires folles que je me raconte

J’écris pour témoigner de la lumière du jour dans les marais salants

J’écris pour convertir Jamais en Toujours

J’écris pour que la lueur de cette bougie ne soit pas vaine

J’écris pour donner suite au poème inachevé de la petite fille trop vite emportée

J’écris pour faire de mon cahier une corbeille qui ressemble à celle de Grand-Mère au retour du verger

J’écris pour semer des fleurs de silence une fois que l’orage s’est apaisé

J’écris pour replanter la roseraie sur un simple feuillet

J’écris pour dire à la fontaine de Damas que je ne l’ai pas oubliée

J’écris peut-être en désespoir de cause pour émouvoir le roi d’une vie antérieure

J’écris pour attraper le temps alors que c’est lui qui me rattrape

J’écris pour prouver l’improbable la résistance d’une feuille au passage des saisons

J’écris pour que ma chambre soit à ciel ouvert

J’écris pour consteller ma maison

J’écris pour rendre la vie plus douce

Géraldine Andrée

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La plume de la lumière

Aujourd’hui, elle a décidé d’écrire sa vie, non comme les autres la lui avaient prédite, mais comme elle l’avait choisie. Alors, elle s’est acheté à la papeterie Lotharingie un stylo aux reflets de lumière, pour noter dans l’espace de chaque page nouvelle ses projets et ses rêves, ses souhaits les plus chers, toutes les aventures qu’elle se permettrait, les expériences qui naîtraient de sa confiance en l’Univers. Elle ne demeurerait plus en arrière, retenue par les oracles d’autrui. Le stylo la ferait avancer vers la version la plus claire d’elle-même.

Visualisez votre stylo magique. Visualisez sa pointe, son coloris, l’encre qui passe par lui pour incarner votre vie sur le papier, dans ce texte qui prendra corps.

Qu’allez-vous écrire aujourd’hui pour devenir un peu plus ce que vous êtes promis à être ?

Géraldine Andrée

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Chaque matin

Chaque matin,
avant d’ouvrir
ma fenêtre
sur le ciel
du jour,

j’ouvre
une autre
fenêtre,
mon cahier,
sur le ciel

toujours
blanc
du papier
et je vois
le jour

de mon âme
apparaître
pour éclairer
ce que je vivrai
aujourd’hui.

Géraldine Andrée

Photo de Pixabay
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Pourquoi tu écris ?

J’écris pour retrouver le soleil des anciennes vacances qui dansait sur le carrelage de faïence de la cuisine à Porto.

J’écris pour que ma main refasse connaissance par la pointe d’un Bic bon marché avec la légèreté de mes pieds d’enfant.

J’écris pour emprunter dans ma chambre une passerelle qui mène à l’infini.

J’écris pour pardonner à la vie ses coups bas, même si ce n’est pas facile.

J’écris pour m’émerveiller du reflet du matin dans ma cartouche d’encre, tout simplement.

J’écris pour me sentir écoutée par le bruissement du papier.

J’écris pour faire de chaque carnet un voyage et quand on me demande : « C’est pour où ? », répondre : « Vers moi-même. »

J’écris pour m’imaginer que mon souffle se répand dans les feuillages du jardin disparu.

J’écris pour célébrer la compagnie de la solitude.

J’écris pour puiser la force de continuer ce livre chaque jour.

J’écris pour conclure chaque page de mon journal par cette fidèle phrase : « Il ne te reste qu’à te mettre à l’ouvrage. »

J’écris pour semer des mots quand je me suis égarée sur des chemins que d’autres ont tracés pour moi – Petite Poucette qui ne renonce pas.

J’écris pour ne plus avoir à me justifier par la suite, car je préfère laisser de la place aux corolles futures.

J’écris pour rien ; j’écris sur rien. Et si l’on me dit que c’est ridicule, j’écris pour accorder de l’importance à un pépin de pomme.

J’écris pour que, dans mon histoire à moi, au moins, ce petit pépin tout brun donne un pommier qui va grandir au fil de ma vie.

Géraldine Andrée


Photo de Tom Swinnen
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La chemise de grand-père

Publié dans Créavie, Ecrire pour autrui, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Récit de Vie

Le chemin de la biographie

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La foi de la page

Ma collaboration dans le magazine Les Mots Positifs

Géraldine Andrée

Photo de ANTONI SHKRABA
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Danser

Je ne sais ce qui m’a réveillée, sans doute non seulement le sentiment d’être dans un nouvel endroit, mais aussi le plancher illuminé par l’aurore qui était apparue à la fenêtre sans rideaux.

Je venais d’emménager la veille.

Les cartons s’empilaient dans les coins, non défaits. J’avais juste déplié sommairement mon canapé-lit pour passer la nuit.

Et, au moment d’ouvrir les yeux, j’ai été éblouie par les scintillements des lambris au soleil. Je me souviens que j’ai été gagnée par un tel vertige que je me suis tenu la tête. Puis je me suis levée. Après avoir bu un café presque froid dans ma kitchenette et avoir fait un brin de toilette dans une salle de bains qu’enfin je ne partageais plus avec d’autres, j’ai revêtu ma robe fleurie.

Mon copain passerait en début d’après-midi pour m’aider à choisir des meubles à la Trocante.

Mais, en attendant, j’ai contemplé longuement le sol ensoleillé de mon nouveau studio. J’étais perdue. Qu’allais-je faire de cet espace, bien plus grand que celui de ma chambre d’étudiante ?

Même si ce n’était qu’un appartement d’une pièce, il me paraissait aussi immense qu’un palais. De quelles joies, quels peines et quels espoirs allais-je donc le peupler ?

C’est alors que je me suis sentie étreinte par la solitude. Je n’avais plus de nouvelles de mes parents qui s’étaient opposés à ce que je fréquente ce petit copain pour lequel j’avais emménagé là parce qu’il voulait préserver sa liberté.

J’ai laissé cette triste amie-pour-la-vie qu’est la solitude me prendre par le cœur. Je lui ai dit, du haut de mes vingt-deux ans :

-Viens ! Invite-moi à être ta partenaire, puisque c’est ainsi !

Sur le plancher baigné par la lumière du matin, il y avait ma petite chaîne Hi-Fi et à côté, quelques Cds : Maxime Le Forestier, Véronique Sanson et surtout, Supertramp.

Afin d’avoir plus de trempe face au commencement de ma nouvelle vie et pour m’aider à accomplir mes rêves déjà bien clairs, j’ai inséré dans le lecteur le Cd de Supertramp qui a démarré sur le morceau Dreamer :

-Dreamer ! You are a dreamer !

Et une certitude s’est mêlée à la fête.

Le plancher de l’appartement était mon espace. Qu’importait qu’il fût désert ! Qu’importait que mon pas y résonnât et renvoyât chaque matin ma présence à son propre écho ! Je ne l’entendais déjà plus, éteint par le son rock’n’roll de la batterie de Dreamer

Sans le prévoir quelques instants auparavant, j’ai commencé à danser. Je tournais autour de moi-même, comme guidée par un cavalier imaginaire. Ma robe à fleurs se déployait en corolle jusqu’en haut de mes jambes. Il me semblait qu’elle remplissait tout l’espace et qu’en virevoltant de cette manière, elle apportait au jour un rayon de soleil supplémentaire, un rayon de flanelle bleu myosotis.

Sur ce plancher sans meuble ni tapis, il y avait la légèreté de ma danse et la musique – rien que la musique pour moi seule, entraînée par le mouvement de mon corps qui se suffisait à lui-même.

Bien plus tard, quand il m’est arrivé de penser que ma vie était telle une maison inhabitée, je me suis consolée à me souvenir de ce sol inondé de soleil.

Et j’ai retrouvé la précision de mon pied qui se posait entre deux étincelles de musique sur chaque lambris. Je crois que c’est ce jour-là que je me suis juré de faire de chaque espace-temps qui m’est donné une opportunité, un rêve qui m’entraîne toujours plus loin vers mon désir de vivre, une danse rien que pour le déhanchement avec les multiples reflets de l’aurore qui dansent, eux aussi, sur le plancher de bois verni.

Géraldine Andrée