Publié dans Actualité, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Je pour Tous, Mon aïeule, mon amie, Psychogénéalogie

Où es-tu partie ?

Ma tante, qui souffrait de la maladie de l’oubli, est décédée.

Ma tante, présente bien qu’absente ou absente dans sa présence, est décédée l’avant-veille de la fameuse victoire de la Coupe du Monde.

Je n’ai jamais aimé ces manifestations de liesse populaire mais là, vivre un deuil quand on entend à l’extérieur les klaxons, les pétards, les vociférations fut pour moi une expérience saisissante de par son contraste indécent.

Ma tante, emmurée pendant près de trois années, a pris son envol.

Ce n’est pas triste quand on croit en la vie de l’âme car la mort, c’est la Vie.

J’aime penser que là où elle est, elle a retrouvé cette mémoire des jours mystérieusement confisquée.

J’avais commencé à écrire un recueil de textes sur l’expérience de la maladie d’Alzheimer intitulé Où es-tu partie ?

Puis j’ai abandonné. Plus le courage. Plus la force. Plus la lucidité peut-être. La volonté d’oublier pour moi aussi.

Paralysée également par ce fameux « à quoi bon, ça n’intéresse personne et ça fait peur, de toute façon, ce genre de situation… »

Oui, tout fait peur dans notre société, surtout ce qui suscite une réflexion profonde sur la faiblesse, la maladie, la mort. Seul le superficiel avec ses feux éphémères rassure.

Alors, ce soir, alors qu’un beau crépuscule rose éclate au-dessus de la ville qui a retrouvé sa tranquillité, la décision est prise. Je vais continuer et achever ce recueil puis le publier,

sans doute pour trouver une réponse possible parmi une myriade d’hypothèses à cette énigmatique question :

Où étais-tu partie, avant que de nous quitter ?

Géraldine Andrée

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René(e)

C’est quelques mois après ton décès, alors que je pressentais ta vie dans une autre dimension, que je compris le sens du prénom René(e).

Re-né(e) : né(e) encore, à nouveau né(e).

Renaître, c’est se voir offrir une seconde chance, bénéficier d’une grâce, d’un miracle.

C’est retourner au monde plus léger mais avec le bénéfice de ses expériences. On porte toujours en soi ses épreuves mais celles-ci ne sont plus un fardeau. Elles ont cessé d’être une entrave. Bien au contraire, elles constituent la force de notre élan ; elles nous ouvrent le chemin. On les considère avec distance. Renaître, libéré(e) de sa souffrance. N’est-ce pas d’une certaine manière l’accomplissement de l’enseignement du Bouddha ?

On croyait que tout était fini, que l’on avait disparu pour le monde ou que le monde avait disparu pour nous.

Et puis, voici un nouveau matin. On s’éveille, riche de ce que l’on a appris. Ce n’est plus l’insouciance, non, mais c’est une sorte de pureté reconquise dont on bénéficie. Un don d’enfance qui consiste à goûter le présent éclairé par le passé.

En effet, si l’on n’a pas souffert du manque d’amour, comment parviendra-t-on à bénir l’amour au moment où il se présentera ?

Et pour ceux qui y croient, naître en cette vie, n’est-ce pas aussi renaître, avec toutes les connaissances insoupçonnées de nos anciennes vies que la lumière de notre chemin nous montrera progressivement ?

Combien se souviennent de pays qu’ils n’ont jamais visités en cette existence, de scènes d’une autre époque, d’atmosphères qui les imprègnent mystérieusement ?

Comment expliquer nos passions, nos préférences, nos choix musicaux, nos goûts pour certaines couleurs, certains parfums

si ce n’est par l’hypothèse d’une ou plusieurs naissance(s) ailleurs qu’ici ?

Personne ne naît complètement nouveau. Nous avons tous des acquis, des prédispositions, des talents innés dont l’héritage s’est fait au-delà du champ de notre mémoire.

La psychogénéalogie enseigne aujourd’hui combien le choix du prénom est déterminant pour l’évolution de notre personnalité.

Le prénom signe le devenir de notre âme.

C’est encore plus vrai pour les René(e)s.

Nous devrions, je crois, autant que nous sommes, accoler ce prénom à notre prénom actuel car nous sommes tous Re-né(e)s,

telle est ma conscience à laquelle ta renaissance dans l’univers m’a éveillée.

 

Géraldine Andrée

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Il demeurera

Quand tout sera cendre,

il demeurera

la souvenance

des mots

 

qui bruissent

à l’aube

sur la feuille

blanche.

 

Quand tout sera sable,

il demeurera

le frêle fil

d’un poème

 

qui mène

en dehors

du cahier

vers le jardin

 

de l’enfance

renouvelée.

De ces traces

je suis certaine.

 

Géraldine Andrée

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Le refuge

Toute petite, j’ai

pour refuge

un large

feuillage

 

à l’ombre

duquel

je berce

ma poupée

 

qui garde

son visage

tourné vers

mon coeur.

 

Et je rêve

que le vent

au long

cours

 

m’emmène

à l’embouchure

où tous les possibles

se rencontrent

 

grâce

à une seule

coïncidence

entre

 

la lueur

d’un instant

et l’aile

de mon souffle.

 

Alors,

je me sens

traversée

par la si

 

délicieuse

certitude

d’être

à ma place

 

parmi ces ramures

dont le murmure

change

toujours

 

la trace

de la route

que je deviens

mon refuge,

 

vaste

chant

contenant,

j’en suis sûre,

 

tous les feuillages

enlacés

du monde

futur.

 

Géraldine Andrée

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Créavie : L’extérieur et l’intérieur

Tout ce que nous cherchons à l’extérieur, nous l’avons à l’intérieur.

Tout ce que nous cherchons

dans les autres – l’approbation, le soutien, l’amour, la compassion -,

dans les lieux – les bars, les pistes de dancings, les vacances tout inclus, les plages paradisiaques-,

dans les expériences – les étreintes des nuits, les tours de manège, les feux d’artifices, les voyages à l’autre bout du monde -,

nous l’avons en nous.

Nous avons depuis toujours nos fenêtres avec vue sur ciels étoilés, nos jardins d’enfance, nos jours de printemps, nos plus belles musiques.

Mieux que cela encore : nous avons les feux de la grâce, le fil de notre souffle qui réunit tous les instants dispersés au cours du temps, la conscience de nos pas, les lueurs de notre volonté, les éclats de notre foi.

Et mieux encore : nous avons notre vérité inconditionnelle, indépendante de celle d’autrui.

L’oiseau sait, de manière innée, avec son seul bec et quelques branchages, comment tresser son nid.

Nous savons comme lui nous créer notre demeure depuis notre naissance.

Et, si pour d’irrationnelles raisons sociales, nous l’avons oublié,

il nous est très simple de le réapprendre.

Il suffit, dans l’espace de deux battements de coeur, de retourner à Soi.

 

Géraldine Andrée

Méditations pour un rêve

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Parce que l’écriture

Parce que l’écriture permet de retrouver notre état d’enfant, ce « parlêtre » comme le disait Lacan, d’avant les traumatismes,

Parce que l’écriture est ce pont qui nous guide jusqu’aux épreuves les plus anciennes que l’on parvient enfin à nommer,

Parce que l’écriture est une force qui ramène le non dit de l’inconscient à la lumière de la conscience,

Parce que l’écriture qui avance sur la page fait reculer la mort,

Parce que l’écriture inscrit en nous ce rendez-vous avec notre force fondamentale, à l’origine de notre naissance,

 

Parce que le thérapeute-biographe vous aide à trouver les mots non seulement pour écrire, mais aussi pour vivre et être l’auteur de votre vie,

 

L’écriture est un remède avec effet désirable,

Celui de vivre davantage.

Géraldine Andrée

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Créavie : Ecrire sa guérison 2

Explorer toutes les possibilités du cahier

En faire des fragments d’infini

Ecrire en haut  en bas  à gauche  à droite  tout droit  c’est le plus sûr au début

puis lâcher prise  se laisser aller sans jugement

Ecrire en serpentant  en ondulant  en ondoyant

en boucle  en cercle  en carré  en losange  en triangle

de travers  sur le chemin de la lumière

Ecrire sur les lignes  entre les lignes et  en dehors

sur ce blanc d’océan

de l’intérieur de la reliure vers l’extérieur

de l’extérieur vers l’intérieur de la reliure  c’est le moins classique

Ne pas chercher à faire original  mais être celui ou celle qui écrit

Se laisser guider par l’encre

Chevaucher l’alezan de la phrase

Franchir les marges car elles sont faites pour ça

Voguer sans danger

Dépasser les limites sans se perdre

Déborder du tracé que d’autres ont décidé pour toi

parce que le temps est venu d’écrire qui tu es

c’est-à-dire

de vivre  d’être libre

Gribouiller  faire un pâté d’enfant  faire baver une couleur  c’est beau ce bleu qui coule dis donc   et qui efface les lettres d’avant

Griffonner  rayer  raturer  reprendre  remplir  car le cahier c’est ça  mon enfant  l’espace de l’abondance

Ne pas faire une page parfaite  surtout pas

Vivent la tache  le trait de travers  le mot écrasé  les syllabes inversées et qui changent tout le sens  qui donnent au phrasé de ton âme tout son sens  le trou parce que t’as trop appuyé avec la pointe  l’élan raté  qui permet de recommencer  de prolonger le rêve du voyage

Vivent la colle  la feuille chiffonnée  la corne

Vive le papier un peu malmené qui te laisse cette trace de l’instant parmi toutes les traces possibles

Ne signe pas

Ce n’est pas un contrat  un arrêté oh non

Mais dessine ton nom

Et puis

tourne la page

 

Géraldine Andrée

Thérapie par l’écriture

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Créavie : Ecrire sa guérison 1

Chaque jour,

je me fais

ce seul

serment :

 

« Demain

matin,

j’écrirai

mon journal. »

 

Si je suis fidèle

à cette rencontre

avec la grande

page blanche,

 

la Vie

prendra au sérieux

mes plus vastes

demandes.

 

***

 

Ouvrir son cahier secret

comme on ouvre une porte.

Passer le seuil de la marge.

 

Avancer vers l’inconnu

qui se présente

à portée de main.

 

Compter son temps

non plus en secondes

qui étincellent

 

toujours, certes,

sur le balancier

de la pendule,

 

mais en mots

qui luisent

dans leur reflet

 

d’encre fraîche.

C’est tout ce qui importe

en ce jour.

 

Géraldine Andrée

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Noms et visages

Ton nom ne volettera plus de nos lèvres à ton visage
Tes taches de rousseur luisent encore dans notre mémoire
Mais bientôt quelques-unes s’éteindront
car de nuit en nuit nous oublierons leur nombre

Et bien plus tard après ton départ
nos noms ne voletteront plus des lèvres de nos enfants à nos visages
Il n’y aura pour témoignage de la couleur de nos cheveux
que les futures mémoires

qui de nuit en nuit oublieront le tiroir des mèches rassemblées
C’est ainsi
Le temps passe
La vie va

Mais bien longtemps après
il demeura toujours
nos signatures
que nos souffles mêlés

au vent traceront
en courbant les herbes
déliant les nuages
étirant les branchages

et ce sera pour le monde l’annonce
que tous nos noms
recommencent leur voyage
vers d’autres visages

Géraldine Andrée

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Les femmes du temps jadis

Les femmes du temps jadis n’avaient pas le droit de découvrir d’autres pays, d’acheter des couleurs, de dresser leur chevalet sous la lumière des jours.

Ne sachant pas lire pour la grande majorité, elles ne pouvaient pas non plus écrire. Et les mots pour dire leurs joies, leurs chagrins, leurs passions, la flamme de leur âme qui leur montait aux joues, ne laissaient pas de trace. Envolés comme la lueur d’un fétu de paille au vent.

Ces femmes suivaient toujours le pas d’un père, d’un frère, d’un époux.

Gratitude au temps d’aujourd’hui où les femmes peuvent acheter toutes les couleurs et tous les pinceaux qu’elles veulent, où le ciel de nouveaux paysages est à la portée de leur désir…

Le travail de la femme que je suis, auteure-biographe (et j’insiste bien sur « auteure » au féminin), est de poser sur la page les mots que les aïeules ont prononcés pour elles seules – ces mots qui disaient si bien l’espoir et l’attente profonde que le coeur du monde change.

Faire de chaque page ce chevalet où se succèdent des tableaux que certaines ont peints en secret avant de les recouvrir d’un voile ;

faire éclore en chacune de leur voix cette étoile qui brillera au-dessus de la trace de leurs propres pas ;

tel est le rêve, je crois, de chaque femme biographe,

métier où enfin

l’on ne distingue plus le masculin… du féminin.

 

Géraldine Andrée

L’Encre au fil des jours

 

Women from time to time had no right to discover other countries, to buy colors, to erect their chevalet under the light of the fields.

Not knowing for the great majority, they could not write either. And the words to say their joys, their sorrows, their passions, the flame of their soul, which stood in their cheeks, did not leave a trace. Gone like the glow of a straw fétu in the wind.

These women always followed the footsteps of a father, a brother, a husband.

Gratitude to today’s time where women can buy all the colors and brushes they want, where the sky of new landscapes is within reach of their desire…

The work of the woman I am, author-Biographer (and I insist on a female author), is to put on the page the words that the aïeules have spoken for themselves – those words that said so well the hope and the deep expectation that the heart of the world changes.

Make each page that chevalet where the paintings are followed by the paintings that some have painted in secret before covering them with a veil.

Make each of their voices bloom that star that will shine above the mark of their own,

This is the dream, I believe, of every woman biographer,

Occupation where finally

There’s no distinction between men and women.

 

Géraldine Andrée

Ink over the days