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Ce rendez-vous avec toi-même (m’aime)

Tes retrouvailles avec ton cahier

Si tu fais de ta vie tout un chemin d’écriture et si tu fais de l’écriture tout un chemin de vie, n’oublie pas de t’accorder des retrouvailles régulières avec ton cahier.

Le matin, n’aborde pas tes mails ou tes sms sans avoir pris ta place sur la page, tout comme le méditant retrouve le sol d’un ashram avant de percevoir les rumeurs du monde. Ce sont ces rendez-vous réguliers avec ta plume qui te maintiendront en équilibre.

Beaucoup d’événements peuvent te faire quitter ton propre centre. Mais quelles que soient les circonstances – la lettre qui mine ta journée, la facture au prix exorbitant, la soupe qui a brûlé au fond de la casserole -, n’oublie pas que tu es sur cette terre pour accomplir ton œuvre.

Si j’ai décommandé une séance d’écriture à cause de certains impératifs, je me dis :

– Géraldine ! Tu as dit que tu continuais ton roman le vendredi. Tu n’as pas pu, ce vendredi ! S’il te plaît, par fidélité envers tes engagements, rattrape ta séance aujourd’hui !

Même – et surtout – si les autres t’accaparent lourdement et tentent de te faire sortir de tes gonds, entre dans ton cahier comme dans un foyer à l’intérieur de ta maison, une chambre au cœur de ta chambre. C’est là que réside Tout ce que tu es. Tu le sauras en y entendant résonner l’écho de ta voix intérieure au rythme de ton souffle.

Quand je pose ma main sur le grain doux et velouté de la page qui m’attend, il me semble que je touche mon visage pour en éprouver le relief – les sourcils, le nez, les pommettes, les contours de la bouche… Et cette expérience toujours renouvelée du contact avec le cahier me ramène à mon adolescence, à l’ivresse du mouvement quand, vêtue de ma robe des beaux jours, je sentais avec un joyeux étonnement le frottement de mes jambes l’un contre l’autre.

En étant l’écrivant, tu es celui qui avance sans perdre le contact avec la route qui se trace en lui.

Le fil de l’encre – qui participe à ce mouvement car il te suit en même temps qu’il te précède – te relie à ton ressenti :

  • Qu’est-ce que cela m’a fait quand elle m’a dit ça ?
  • Quel souvenir cette situation réveille en moi ?
  • De quoi ai-je vraiment envie ?
  • Comment me délivrer de ce carcan ? En déplaçant légèrement mon focus sur le positif…
  • Si j’obéissais à mes plus profonds désirs, qu’est-ce qui m’arriverait ?

La ligne d’écriture va très loin parce qu’elle te ramène à toi-même.

En pratiquant régulièrement l’écriture – bien que maintes conjonctures tentent souvent de m’en détourner -, je fais l’apprentissage de la vérité : non celle des autres, floue, approximative, et encore moins une vérité dite objective, extérieure à mon être, mais ma vérité, intérieure, certaine car elle constitue le fil directeur de ma vie.

Ainsi, je découvre une chose essentielle : ma vérité n’a pas besoin d’être complexe… Plus elle est simple, plus elle m’appartient – unique, fine, directe et singulière comme ma feuille du jour.

Comme moi, tu es fait de toutes ces feuilles qui dansent en même temps qu’elles t’enracinent dans la conscience de ton existence.

C’est toi, cette ligne, cette lignée, ce chemin qui progressent vers toujours plus de lumière.

Écris sur cela, dès aujourd’hui,
et continue demain.

Géraldine Andrée

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Choisis ton nouveau cahier

Le cahier des commencements

Voici venu le temps de tous les commencements !

Et, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, offre-toi en cette nouvelle année un nouveau cahier.

J’ai déjà expliqué comment la fin d’un cahier est une célébration :

Je vais te montrer aujourd’hui qu’ouvrir un autre cahier est également une fête.

Pour cela, il m’importe de t’aider dans tes critères de choix en jouant avec un peu d’espièglerie sur certaines contradictions, afin que tu puisses adopter en toute conscience le cahier qui te correspond.

  • Tu peux te choisir un beau cahier. Le visualises-tu déjà ? C’est un cahier à la couverture brillante, colorée, satinée. Sa reliure est dorée ou argentée ; son papier est dentelé ou parcheminé. L’avantage ? Il te semblera entrer dans un palais à chaque séance d’écriture. L’inconvénient est que tu n’oseras peut-être pas t’y livrer totalement, par peur de le salir. Par conséquent, tu seras susceptible de t’en sentir indigne : « Ce sublime cahier est-il destiné à accueillir mes plus basses doléances ? Quel dommage ! Quel gâchis ! » Dans ce cas, je te conseille de lui attribuer la haute fonction de cahier de gratitudes – exercice qui consiste à dresser une liste quotidienne de louanges à la Vie. Ainsi, tu ne te tourmenteras plus car tu retranscriras en beauté la récolte merveilleuse que t’adresse l’Univers. Et puis, comme ce serait également un gâchis de ne pas confier tes états d’âme à ton nouveau cahier, tu peux utiliser pour ton journal intime un cahier un peu plus simple, à la couverture d’écolier. Tu te sentiras libre de t’y épancher, d’y verser sans aucune inhibition tes larmes ou ton fiel, d’y écrire alors que ta main tremble d’émotion, d’y raturer autant de fois que tu le juges nécessaire : « Non ! Ce n’est pas ce mot qui me définit précisément… Je voulais te dire que… » Ce cahier relatera ton humanité, riche de toutes tes qualités et de tous tes défauts, de toutes tes ressources et de tous tes manques – signes de ta résilience.
  • Quelles sensations souhaites-tu expérimenter en écrivant ? Tu veux connaître une indicible légèreté ? Voici des feuillets légers comme des ailes d’oiseau ou des feuilles frémissantes à l’aube. Le papier est si fin qu’il miroite, tel le murmure de l’herbe au passage de la brise… Mais si tu éprouves le besoin de t’enraciner, de donner de l’épaisseur à ta voix, de l’existence à ce que tu ne parviens pas encore à nommer, des contours fermes à ton pays intérieur, élis un cahier aux pages épaisses et solides qui ne se déchireront pas au moindre mouvement de la main et de l’âme.
  • Tu souhaites suivre avec confiance la ligne déjà tracée de ta destinée sans t’interroger sur la manière avec laquelle tu avances ? Décide-toi, dans ce cas, pour un cahier au papier ligné. Tu n’auras qu’à te laisser porter par le rythme de ta calligraphie et le flow de tes pensées. Mais je t’entends déjà me rétorquer que tu préfères tracer toi-même la ligne de ton histoire, en toute liberté… Après tout, c’est de ta trace dont il s’agit ! Ce n’est pas rien ! Alors, n’hésite pas à accorder ta confiance à des pages complètement blanches. Et je te promets que tu seras émerveillé par ce paysage de neige, cette terre vierge qui s’étend devant toi – sans marge, sans frontière, sans le moindre pointillé d’une lisière. Enfant, je m’amusais à deviner ce que cachait un paysage enneigé – quel caillou coloré, quelle future pervenche, quelle brindille qui scintille pour le prochain printemps ? Redeviens, toi aussi, cet enfant. Imagine ce qui s’apprête à apparaître dans tout ce blanc : Quelle fleur d’émotion ? Quelle pousse de joie ? Quelle graine de patience ? Quelle empreinte de ce que tu seras bientôt ?
  • Une page, ça se tourne… Veux-tu avoir conscience des caps que tu franchis en l’entendant crépiter ? Veux-tu percevoir à la fois l’élan et le bruit que produit le fait d’emprunter un virage ? Opte pour le cahier à spirale ! Mais tu as le droit de me dire : Non ! Mon rêve est de passer d’une rive à l’autre sans avoir l’impression que je quitte le lit de l’eau. J’arrive de l’autre côté du silence… À peine ai-je senti ce souffle qui me déplaçait… C’est le cahier relié qui te convient ! Il te fera passer de terre en terre sans un adieu.
  • Enfin, l’ultime question : carnet ou cahier ? Le carnet est l’ami de tous les voyages. Il se glisse dans le sac. Il a le poids d’une fleur dont la corolle est capable de s’ouvrir pleinement dans la rame très fréquentée d’un tram ou d’un métro. Il est celui qui t’attend patiemment sur la table d’un bistrot, pendant que tu commandes ton capuccino. Le cahier, lui, plus large, sera l’île sur laquelle tu te reposeras et reprendras toute ta place, quand s’allumera la lampe du soir. Ce sera le cahier de la maison et des retrouvailles avec ton foyer intérieur.

Tu n’arrives pas à te décider ? Essaies-en plusieurs ! Fais de la quête de ton nouveau cahier une promenade que tu raconteras sur la première page. Et quel que soit ton choix, il sera indiscutable !

Pourquoi ?

Parce qu’il est important que tu choisisses le cahier qui réponde à tes vraies envies.
Ensuite, je t’en prie, ne tarde pas !
Écris qui tu es !
Sois ce que tu écris,
en toute authenticité,
car tu es en vie
aujourd’hui !

Géraldine Andrée

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Écriture et détachement affectif

L’écriture comme délivrance de la dépendance affective

Comme je l’ai déjà évoqué dans mon billet L’indépendance émotionnelle de l’écriture, l’écriture te rend autonome. L’écriture te guérit en te permettant d’entrer dans les pièces angoissantes de ton inconscient pour mieux les éclairer et ainsi, éviter qu’elles ne te hantent davantage.

L’écriture m’a été d’un précieux secours lorsque je vivais, à l’âge de vingt-cinq ans, un épisode de dépendance amoureuse. Je tenais alors un journal de traversée de la passion où les saisons ne se distinguaient plus les unes des autres, où seule importait la lumière de la peau de l’amant, où les reflets de ses yeux étaient mon unique horizon. L’avenir ne se formulait qu’en cette question :

Viendra-t-il aujourd’hui ?

Je ne possédais pour seul repère temporel que l’heure où Il viendrait puis repartirait. Je me consumais et, au moment où il m’a abandonnée – comme c’était prévisible -, c’est l’écriture qui m’a sauvée, qui a fait que je suis devenue une rescapée de cette dangereuse traversée qui m’éloignait de tout rivage quand il me semblait que je m’en approchais.

Comment me suis-je délivrée ?

En écrivant les souvenirs et les symptômes de cette passion jusqu’à la lassitude, jusqu’à l’écœurement, jusqu’à l’épuisement – de telle façon à ce que cet amour se détache de moi comme une peau morte. Alors que j’étais brûlée par cette dépendance affective, je me suis dépouillée, mise à nu dans une écriture qui fut aussi incisive qu’un couteau.

« J’ai écrit jusqu’aux os » pour reprendre l’expression de Natalie Goldberg.

Quand tu décris précisément une situation de dépendance affective avec toutes les obsessions dont celle-ci se nourrit, la souffrance se dépose à l’extérieur de toi, sur la feuille. Et une douleur ainsi extériorisée dans sa formulation ne te hante plus, ne te vampirise plus.

Alors, écris les obsessions qui t’habitent.

  • Cette scène d’adieu, raconte-la en variant les points de vue. En utilisant le Je, évoque sans retenue tes sentiments. Tu en as parfaitement le droit. En effet, non seulement ils te sont personnels et ils t’appartiennent, mais aussi tu les éprouves dans ton corps, dans ton cœur et dans ton âme. Puis instaure un dialogue avec toi-même en te tutoyant. Qui sait ? Cette partie de Toi bénéficie peut-être de la prise de distance nécessaire qui te manque, une sorte d’omniscience qui te guidera vers une solution… Enfin, en te projetant à la troisième personne du singulier, observe ta douleur comme si elle était vécue par quelqu’un d’autre, afin qu’elle relâche son emprise sur toi.
  • Ressasse les détails chargés de signification. Par exemple, fais encore le tour de son grain de beauté en rêve ; accompagne son pas avec ta plume ; regarde ton amour dans la page – comme à travers une vitre – allumer sa cigarette, boire son café. Ce sont souvent les détails d’une histoire qui nous tourmentent. Alors, écris une histoire sur ces détails en y instaurant de subtiles variations – quitte à te répéter. Entre dans l’obsession pour mieux l’étudier de près. J’ai écrit des pages et des pages sur le plancher qui craquait dans mon demi-sommeil puis sur ce crépitement qui s’arrêtait subitement – signe qu’Il était sur le seuil de ma chambre – pour qu’Il cessât définitivement d’apparaître et de me réveiller alors que cette liaison était finie depuis bien longtemps. Catherine, elle, s’est libérée du mauvais souvenir d’une expérience sexuelle en la racontant par écrit, encore et encore. Elle a évoqué précisément la chambre d’hôtel battue par les rafales du vent marin, la lumière des lampes qui déformait les fleurs de la tapisserie, les motifs entremêlés de la couverture. Tous ces signes ont contribué à exorciser le souvenir. Quelle sensation prédomine dans la mémoire de ton expérience ? Quelle couleur ? Quelle saveur ? Quelle odeur ? Quel son ? Comme je me souviens bien du bruit de la balayeuse automatique qui passait et repassait dans ma rue, à cinq heures du matin, alors qu’il m’avait dit, la veille, qu’il partait loin et que ce qu’il avait à vivre était plus important que Nous.
  • Ne lâche pas ta plume acérée avant d’avoir détaché l’ultime peau. Écris jusqu’à décortiquer l’émotion, jusqu’à lui ôter la pulpe, jusqu’à atteindre le noyau. Et tu découvriras, alors, que ce noyau, c’est ton être, c’est Toi, vraiment, que cachaient toutes les scories des mauvaises expériences accumulées – un noyau vivant, vibrant. L’écriture, pour être thérapeutique, doit parfois être tranchante – c’est-à-dire qu’elle doit creuser profondément dans ta vie pour te séparer de l’inutile.

    Tu peux me dire :

    – Mais c’est épuisant d’écrire sur ce qui fait mal !

Et je te répondrais :

– Peut-être ! Mais à la fin, il restera Toi, l’île vraie et sécurisante sur laquelle tu pourras te reposer !

Crée une œuvre d’art de tes obsessions. Ce sera la preuve suprême de ta délivrance.

  • Fais des scènes qui t’obsèdent encore des exercices de style, à la manière de Raymond Queneau, c’est-à-dire varie les registres, les angles d’approche, les regards afin que toutes ces scènes soient tellement semblables et différentes à la fois que tu oublieras quelle est celle que tu as véritablement vécue.
  • Compose un recueil de poèmes. Transfigurer le réel permet d’esthétiser la douleur, d’en faire une œuvre vivante où le caractère personnel de l’émotion ressentie s’effacera pour laisser la place à une émotion d’ordre esthétique.
  • Rédige une fiction (que ce soit sous forme de roman, de nouvelle) où le héros – qui n’est ni plus ni moins que ta propre projection – servira de réceptacle entre ta douleur et toi. Ainsi, ce sera cet être de papier que tes obsessions utiliseront comme jouet, et non plus ton être de chair et de sang.

Entre en écriture pour que celle-ci soit la porte de sortie de tes traumatismes.

Géraldine Andrée

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Histoire de regard

Qu’est-ce qui peut t’éveiller ici et maintenant, faire en sorte que tu comprennes la valeur de ta vie quotidienne ?

Pour moi, c’est le fait d’écrire sur Tout, c’est-à-dire sur la moindre chose, l’odeur du café le matin, la biscotte qui craquette comme du papier épais, un après-midi où je demeure dans mon journal intime, le bercement de l’écriture qui est le même que celui des vagues des vacances, ces objets que je ne vois plus avec conscience et qui, pourtant, me font signe dans leur apparente insignifiance si je veux bien être attentive à leur présence – la théière, le plumier, ce tableau où des jeunes filles lisent sous la lampe, par exemple -, le bouquet de fleurs séchées que ma mère avait disposées dans le vase il y a un lointain été, ces fleurs qui, à la manière avec laquelle elles se sont penchées, gardent encore le mouvement de sa main et dont le silence des corolles témoigne de l’éternité :

Des fleurs que furent les mains de ta mère il restera toujours trace.

Et puis la mèche de la bougie au rendez-vous de la lueur, la cire qui descend dans la coupelle tandis que j’écris, ce recueil de poèmes sur le lutrin que cache un rideau. Son titre Le Regard des mots

me regarde et insiste :

Tire donc le rideau !

Que je voie le jour car tu existes !

Géraldine Andrée

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Regarde-toi dans la page

Devant le miroir de la page

La page de ton cahier de chevet à la fin de ta journée est comme un miroir éclairé dans le soir.

Plus tu écris, plus tu avances vers toi-même. D’un mot à l’autre, ta silhouette se précise. Te voilà qui approches ton visage de ton regard.

En confiant tes yeux à ce regard, que vois-tu vraiment ?

Écris-le !

« Je vois combien j’ai ressenti, aimé jusqu’à maintenant, combien toutes ces peines et toutes joies du passé m’appartiennent encore, combien ces pensées me sont miennes.

Je vois tous les pays de ma vie que j’ai traversés pour arriver là où je suis. Je garde bien en mémoire mon enfance, cette chambre profonde qui m’a nourri au lait des rêves pour que je grandisse et que je sois là, à présent, conscient du mouvement de mon sang, promesse du cycle d’un autre sang, celui de l’encre que propulse aussi mon cœur.

Je sais que j’ai éprouvé des sensations et des sentiments communs à bien des individus. Au fond, quelle banalité ! Cependant, je dois avouer que personne ne me ressemble.

Je suis unique, comme n’importe qui est unique en ce monde. »

Telle est la vocation du miroir de la page : te faire répondre à ton appel de reconnaissance. Il n’est rien d’autre qui importe, que ce que tu es. Cela, écris-le aussi. La page te ramènera toujours au regard que tu poses sur ton histoire, à l’histoire de ton regard, à toutes ces évolutions dont tu es à la fois l’auteur, le protagoniste et le spectateur.

En écrivant, tu places ta main sur qui tu es. Certes, tu ne parviens pas à te toucher à travers ce miroir car tu réussis quelque chose de plus vaste encore et qui abolit tes limites : tu te rejoins complètement.

C’est ainsi que tu peux définir le miracle de l’écriture. Tu ignores désormais qui est le reflet de toi-même. Peut-être est-ce le principe de la réalité qui s’inverse : tu n’es devant ta page que l’image que projette ta vérité de l’autre côté, là où tout de toi s’écrit.

Pour cette vérité, écris plus loin encore, c’est-à-dire rapproche-toi au plus près de toi-même à cet instant précis.

Et souviens-toi, comme chaque instant change et te change, tu n’en finiras jamais d’apparaître dans le cadre du papier et donc d’écrire jusqu’à la fin de ta vie.

Géraldine Andrée

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Écrire ou donner une voix au silence

L’écriture du silence

Écrire, c’est s’écrier en silence

Je me souviens d’avoir été subjuguée, adolescente, par le tableau Le Cri d’Edvard Munch, ce cri lancé sur un pont face à l’ineffable, face à l’invisible et qui semble traverser la toile pour cribler le cœur du spectateur.

J’ai déjà expliqué dans mon billet Le cahier de l’indicible comment l’écriture reformulait ce qui était crié en silence, comment elle permettait à ta voix de reprendre toute sa place originelle sur la page, telle une constellation qui apparaît de manière évidente dans la nuit. Je t’ai montré comment mettre en voix le non-dit, voire le tabou.

Aujourd’hui, je souhaite que ton regard aborde un autre angle de l’écriture.

Certes, tu fais résonner, en écrivant, ta voix dans le silence.

Et si, dès demain, sur tes pages du matin, tu donnais une voix aux multiples silences de ta vie ?

L’écrivain – et chacun de nous est un écrivain à partir du moment où il fait de l’écriture une pratique quotidienne – parle souvent au nom de tous ceux qui ne peuvent s’exprimer.

Par des personnages emblématiques d’une classe sociale brimée – il en est ainsi du forçat comme Jean Valjean, de la prostituée qu’est Fantine, de l’enfant maltraitée Cosette -, par des héros fictifs qui affrontent, tels de courageux Misérables, le déterminisme d’une vie que la société a écrite pour eux, l’écrivain remet le lecteur au contact du vrai fil de son existence. On sait, comme dit Jung, que tout ce qui n’a pas été clairement énoncé en conscience revient sous forme de fatalité. Les écrivains offrent donc une chance à leurs lecteurs, par le truchement d’êtres de papier – y compris quand ce ne sont qu’eux les lecteurs -, de s’écrier :

– Mais, c’est mon problème, cela ! Comment puis-je faire pour le dépasser ?

De même, pour avoir lu beaucoup de poèmes, je crois que l’écriture donne une voix à tous ceux qui ne parleront jamais – tous ces animaux, toutes ces plantes et ces choses qui, pourtant, nous font signe chaque jour, en quête de notre reconnaissance.

Prends ton cahier et dresse une liste d’écriture de tous ces silences dont tu pourrais être le porte-parole.

Il en est ainsi

  • des amis que tu as perdus de vue et qui, parce que vos adresses respectives se sont égarées, ont cessé de te donner de leurs nouvelles et de te demander des tiennes. Écris une lettre comme si tu étais à leur place. Invite-les à te raconter leur vie – ce qu’ils sont devenus, comment ils ont évolué. Peu importe que cela soit vrai ou pas. L’essentiel est que tu métamorphoses leur silence en danse des phrases. Et qui sait si, demain ou après-demain, une synchronicité ne surgira pas sous forme de rencontre ?
  • des défunts, de tous ces êtres chers partis dans l’au-delà. Allume une bougie devant ton cahier et instaure un dialogue avec eux en laissant aller ta plume, tout simplement. Il arrivera un moment dans la page où ta main voguera sur le papier, traversée par un étrange courant, guidée par un mouvement qui vient de bien plus loin que ta volonté – comme si ta main vibrait. Ne t’inquiète surtout pas. Fais confiance à cette ondulation. L’Univers sait quel chemin tu peux suivre pour atteindre le mystère de l’autre rive.
  • des objets qui te sont précieux sentimentalement – ceux que tu as conservés et ceux que tu as perdus. Retrace, par exemple, l’histoire de ce service à thé de porcelaine de Chine qui a franchi les époques pour venir jusqu’à toi. Et ce tableau peint par ta grand-tante ? Raconte l’instant qui correspond au point initial, lorsque ton aïeule a posé la première touche de couleur sur la toile.
  • des animaux qui t’entourent, des animaux décédés ou encore des animaux sauvages qui te fascinent. Instaure un contact avec eux en décrivant par des phrases brèves ou amples le rythme de leur respiration, de leur course, de leur galop… Que contemples-tu dans leur regard ? Que comprends-tu à leurs jeux et à leurs cris ? Évoque comment tu perçois le caractère inconditionnel de leur présence qui dépasse les barrières du langage verbal.
  • des poèmes que tu écris au nom de la pluie, des forêts, des rivières. Qu’aurait à te dire une pervenche ? Quel message te transmettrait le chêne de ton enfance ? Que te chanterait un fleuve ? Quel mot placerais-tu sur la note de cet oiseau ? Écris sans t’interrompre, sans lever la main, pour laisser couler de source ce qui va se dire et dont tu es le messager.

Tu t’apercevras, ainsi, qu’en donnant une voix à tous ces soi-disant silences, en laissant parler librement tous ces êtres et toutes ces choses qui ne parlent pas le langage humain, tu te mettras à l’écoute de ce qui t’était caché.

Et ce ne sera plus ce que tu écris qui constituera une révélation, mais ce que tu entends dans ce que tu écris.

Tu seras sensible à tous les souffles ténus qui te soutiennent, qui ravivent et renforcent ton souffle. De surcroît, tu prendras conscience que le silence n’est pas une fatalité car tu n’es jamais seul. Jamais. Tu es en permanence entouré de signes – y compris ceux qui te paraissent les plus insignifiants comme le spot de cette vitrine qui s’allume quand tu passes.

Et – chose extraordinaire -, tu redonneras alors la parole à des sentiments que tu avais trop longtemps étouffés en toi. Tu te surprendras à les mettre en scène, à être à la fois le dramaturge, l’acteur et le spectateur de cette rencontre que tu retranscriras en vivante saynète de théâtre :

– Bonjour ! C’est moi, ta joie d’enfant ! Pendant trop longtemps, tu es passé à côté de moi sans me voir ! Ce soir, je vais te dire comment ton étoile s’appelle…

Alors, ne résiste pas, je t’en prie ! Note le nom de ton étoile pour mieux ensuite invoquer des réponses de sa part.

Quel éclat a-t-elle donc ?
Ne ressemble-t-elle pas à cette goutte d’encre de couleur qui s’allume dans le ciel du papier
et qui contient tous les mots du monde ?

Géraldine Andrée

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L’indépendance émotionnelle de l’écriture

On écrit pour

  • aller mieux
  • faire le point
  • éclairer son passé
  • dessiner ses projets
  • retrouver sa vérité, après avoir fait le deuil de toutes ses illusions…

Toutes ces justifications sont pertinentes. Je te suggère de dresser une telle liste de motifs d’écriture, de l’accrocher sur la première page de ton journal intime et de l’enrichir au fil du temps. Cette liste t’accompagnera dans ton évolution personnelle.

Mais, puisque les raisons d’écrire ont souvent été étudiées par les psychologues et les critiques littéraires – dont Philippe Lejeune, en particulier, dans son ouvrage Cher cahier qui interroge les motivations de l’autobiographie -, je te propose aujourd’hui de te questionner non sur l’explication, mais sur le processus d’écriture.

Remplacer le Pourquoi par le Comment ?

Comment écris-tu ?

J’écris

  • pelotonnée sous ma couverture
  • après la douche, cheveux mouillés
  • mon chat à côté de moi
  • en buvant une tasse de Yoggi Tea
  • mon cahier sur les genoux…

Très vite, si tu développes l’exercice, tu t’apercevras que tu écris sur cette question fondamentale :

Comment je me sens lorsque j’écris ?

« Quand j’écris dans mon journal, j’habite simplement l’instant présent. Je suis là, dans l’éclat de l’encre sur le cahier blanc. Je suis attentive au mouvement de ma main qui va doucement pour rattraper ce rayon de soleil. Raconter ce que j’éprouve, ici et maintenant, ma main gauche posée sur mon front tandis que ma main droite trace son chemin sur la feuille posée devant moi. Écrire est un voyage immobile. Ma poitrine se soulève lentement ; mon souffle est calme. C’est une course patiente et lente, dont la justesse réside dans l’absence d’intention.
Quand j’écris, je prends conscience que je vis.
« 

Tu explores ainsi la pureté de l’écriture en tant qu’acte gratuit. En écrivant pour écrire, tu te détaches de toute éventualité d’être lu, jugé, publié. Tu perçois combien tu gagnes en qualité d’être. Tu oublies que tu écris pour être pleinement dans l’action elle-même. D’ailleurs, tout ton corps se relâche ; tes épaules se détendent ; la pression sur le stylo se fait moins forte. Tu te laisses porter par ton propre rythme qui allie celui de l’écriture à ton souffle.

Anny Duperey, dans Le Voile noir, raconte que, pour alléger « le poids de son cœur  » – qu’elle portait depuis l’âge de ses neuf ans quand ses parents moururent tous les deux d’une intoxication au monoxyde de carbone -, elle écrivait uniquement afin d’entendre le frottement de sa plume sur le papier : cela lui faisait perdre le désir de contrôler l’incontrôlable qui avait envahi sa vie.

L’écriture devient respiration.

Dès lors, la frontière entre « faire » et « être » s’amincit. Tu t’approches du seuil de la méditation.

Et c’est au moment où s’efface la ligne qui sépare ton être de ton texte, où ta phrase rejoint ta respiration que l’inattendu – voire l’impensable – se produit. Peuvent jaillir un haïku, un poème, une nouvelle… Mais loin de toi est l’envie de travailler ce texte comme un objet d’art car il se passe quelque chose de plus important que l’art en lui-même – qui, souviens-toi, a besoin du regard d’autrui pour exister -, tu deviens – comme le méditant devient ce qu’il voit -, ce que tu écris.

Tu deviens

  • le bleu de la fenêtre à l’aube
  • l’aile de ton songe
  • une flamme follette
  • un halo de buée
  • ta propre étoile…

Tu es Toi et, en même temps, la braise dans le cendrier, la mie de pain, la goutte d’eau, la maille de ton chandail, l’ongle de ton index – si tu écris sur ça.

Tu es Toi et tout cela à la fois. Tu es Toi parce que tu es Tout. Et tu es Tout parce tu es Toi.

En te fiant au processus naturel de l’écriture, tu parviendras alors, peut-être, à saisir l’essence de ton objectif : gagner en autonomie affective, en indépendance émotionnelle par rapport à autrui. Écrire parce que tu prends plaisir à le faire et surtout, parce que tu existes et que c’est ton droit absolu de naissance de t’exprimer.

Pour finir, je te propose une liste de sujets d’écriture qui t’aideront à voyager avec ta plume vers qui tu es vraiment, au moment où tu écris :

  • Quand j’ai ouvert ma fenêtre…
  • Si j’étais une couleur, je serais…
  • Je ne me souviens pas de ma petite enfance, mais tout ce que je peux dire…
  • Alors, je suis parti…
  • Aujourd’hui, il y a dans mon cœur…
  • Je suis…
  • Je ne sais comment cela commença…
  • Je ne sais comment cela se termina…
  • J’écris sur…
  • Vivre, dis-tu..

Tels les astres dont la présence ne se justifie pas,

Que tes mots soient…

Géraldine Andrée

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Sujets d’écriture

Écris sur

  • La chambre à jamais perdue, et les rêves que tu y as faits, les rêves enfuis dans la nuit d’un autre temps, reconstitue-les comme un puzzle coloré
  • Les yeux émeraude de la chatte feue qui réapparaît au bout du sentier
  • L’histoire d’amour de tes vingt ans qui t’a tant meurtrie
  • Ton père lisant le journal dans la lumière du matin
  • La robe à volants de tes dix-sept ans, accrochée dans l’ombre de l’armoire que tu ne peux pas ouvrir pour l’instant
  • L’oiseau qui s’est cogné contre la vitre, la confondant avec le ciel
  • Les taches d’encre sur le buvard blanc, corolles d’avant les mots
  • Ta conscience qui est sans doute la même que celle tu avais quand, âgée de cinq ans, tu marchais dans le couloir de l’appartement rue Sigoyer, les yeux scellés par une conjonctivite
  • Tes boucles d’oreilles d’étudiante qui tintaient lorsque tu tournais la tête pour suivre le trajet de ton professeur préféré dans les allées de l’Amphi
  • La nappe à carreaux rouges sur laquelle est né ton premier poème
  • La fontaine de Damas à qui tu as fait la promesse de revenir, un soir d’avril, mais tu n’as pas pu. Pourtant, tu as promis. Alors, ce sera pour une autre vie. Tu reviendras au monde uniquement pour cela : tenir ton serment envers le murmure de la fontaine de Damas dans le bleu du soir
  • L’orage qui frappe pendant que tu es réfugiée sur l’île de la peau de l’amant
  • Ton foulard qui fleure bon le parfum que t’a offert une amie à jamais partie
  • Les quais de la gare gris de givre à l’aube et, les yeux cernés par l’insomnie, tu te demandes comment tu vas supporter cette journée qui commence si tôt
  • La clarté des crépuscules de Florence
  • Les livres que tu reliais toi-même quand tu avais dix ans ; les branchettes dont tu te servais pour joindre les feuilles de tes poèmes ; il te semblait, alors, que tu étais l’éditrice de la poésie de ta vie
  • Sur le siège de devant dans le bus, la nuque de l’inconnu que tu aurais aimé embrasser
  • Le tout premier matin à Majorque et les bretelles du maillot de bain que tu fais claquer contre tes épaules avant de rejoindre la vague initiale
  • Le visage endormi de ta grand-mère sous la lampe de ta mémoire
  • L’écriture inachevée tant que tu vis

Va à la ligne
reprends ton souffle
et continue
je t’en prie

tu n’auras terminé
ton ouvrage
que lorsque tu auras été absorbée par la page
laissant pour le regard

invisible
de ton prochain
l’ultime
signe

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Dialogue avec ma page, Journal de la lumière, Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Le cahier de la vie, Le temps de l'écriture, Méditations pour un rêve, Poésie

L’écriture est lecture

Je me réveille parfois
avec cette voix qui nie tout :
-Pourquoi écrire ?
Personne ne te lit de toute façon !

Et l’idée me traverse
d’abandonner
mon carnet de vérités
pour vivre, uniquement vivre.

C’est alors que j’entends
l’herbe me murmurer :
-Mais qui dira mon mouvement
sous le vent ?

Et la lumière d’ajouter :
-Qui saura que j’ai réuni
les pays et les temps,
si tu oublies mon journal ?

Même la chatte feue
de mon enfance
me dit du haut
de son silence :

-Mes yeux font confiance
en tes souvenirs
pour transmettre
leurs étoiles !

Alors, je reprends
mon carnet quotidien
pour noter ce que j’ai lu
sur le chemin de l’herbe,

dans les lettres de la lumière
au bord de la fenêtre
et dans la constellation du regard
de la chatte défunte.

J’écris pour faire lecture
de toutes les aventures
palpitantes
que tout ce qui a été créé

originellement
sans langage
– l’herbe, la lumière, la chatte –
raconte

au monde.

Géraldine Andrée

Publié dans Art-thérapie, C'est la Vie !, C'est ma vie !, Créavie, Dialogue avec ma page, Grapho-thérapie, Journal créatif, Journal de la lumière, Journal de ma résilience, Le cahier Blueday, Le cahier de la vie, Le cahier de mon âme, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Poésie-thérapie

Ce qu’est mon journal

Mon journal n’est pas constitué de sentiments éthérés, de quête d’amour éperdue, de grandes considérations spirituelles.

Un lecteur érudit serait bien déçu s’il s’y aventurait.

Non. Mon journal relate les miettes de biscotte qui traînent sur la table, la lettre qui se fait attendre, la poussière sur le téléviseur, la tache difficilement lavable sur la jupe, la mémoire perdue de ma mère, la chaise dans laquelle s’est assis pour la dernière fois mon père, ma soif de mots pour dire le réel.

On y trouve aussi des rêves que je fais dans d’autres dimensions mais toujours avec des mots terrestres : « les troncs serrés des arbres », « la forêt ouverte comme une échancrure de robe sur le ciel si je vais plus loin », « le ronronnement de mon sang maintenant que tu es absent pour toujours ».

On peut y lire des insultes comme des gratitudes, des colères comme des prières. Chaque mot existe. Rien n’est effacé. Le lapsus a sa place car il est le mot juste pour la part la plus secrète, la plus obscure de moi-même.

Et dans la lumière du jour, toutes mes ombres exécutent sur la page un beau ballet.

Julia Cameron, dans son best-seller The Artist’s way/ Libérez votre créativité, raconte comment, en écrivant ses pages du matin, elle sirote un café avec son ombre.

Et vous, quelles sont vos parts d’ombre ? En quoi se révèlent-elles aussi créatrices que vos parts de lumière ?

@L’Encre au fil des jours

Géraldine Andrée

Mon journal relate ma soif de mots pour dire le réel.