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L’écriture est lecture

Je me réveille parfois
avec cette voix qui nie tout :
-Pourquoi écrire ?
Personne ne te lit de toute façon !

Et l’idée me traverse
d’abandonner
mon carnet de vérités
pour vivre, uniquement vivre.

C’est alors que j’entends
l’herbe me murmurer :
-Mais qui dira mon mouvement
sous le vent ?

Et la lumière d’ajouter :
-Qui saura que j’ai réuni
les pays et les temps,
si tu oublies mon journal ?

Même la chatte feue
de mon enfance
me dit du haut
de son silence :

-Mes yeux font confiance
en tes souvenirs
pour transmettre
leurs étoiles !

Alors, je reprends
mon carnet quotidien
pour noter ce que j’ai lu
sur le chemin de l’herbe,

dans les lettres de la lumière
au bord de la fenêtre
et dans la constellation du regard
de la chatte défunte.

J’écris pour faire lecture
de toutes les aventures
palpitantes
que tout ce qui a été créé

originellement
sans langage
– l’herbe, la lumière, la chatte –
raconte

au monde.

Géraldine Andrée

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La barque du poème

Le poème

est une barque

qui attend

entre les feuilles

que quelqu’un

veuille

la détacher

de ce qui la relie

au trop connu

et s’en aille

à son bord

jusqu’au point

du tout

premier jour

Géraldine Andrée

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Je jardine

Je vis en ville. Mais chaque matin, je vais dans mon jardin. Là, je sème un rêve ; j’observe comment pousse un projet, tenu droit par le tuteur de ma volonté ; je plante un espoir ; je fais mûrir des pensées en prenant bien soin de leurs graines. Je récolte des fruits qui sont souvent très différents de ce que je croyais. Qu’importe ! Je les répertorie patiemment sous ma paume en donnant un nom à chacun.

Parfois aussi, je désespère. L’étendue devant moi semble silencieuse et gelée. Alors, il faut que j’attende d’être réchauffée par une lumière qui vient des profondeurs pour creuser loin, jusqu’à la source du souci. Et quand une goutte de délivrance jaillit, je la dépose sur le brin d’une promesse. Je sais que seul le temps a le pouvoir de la floraison – et donc de la réponse.

Je me contente de me pencher sur ce qui doit advenir. La feuille ne peut m’accorder un signe que si elle est maintenue en vie par la sève montant des racines. L’encre du jour est cette sève qui me relie à elle. Je tends l’oreille pour témoigner de son voyage.

Je vis en ville mais chaque matin, je jardine, c’est-à-dire que j’écris dans mon cahier intime.

Géraldine Andrée

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Les feuilles arc-en-ciel

Je rêve
qu’une main
sème
sur mon chemin

des feuilles
où s’allument
des arcs-en-ciel.
Et je me demande :

– Mais de quel arbre
viennent-elles ?
C’est alors qu’une voix
s’exclame

dans la chambre
de mon âme :
-De toi-même !
Ce sont les feuilles

de tes poèmes
que ta plume
irise
entre tes larmes.

Géraldine Andrée

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Note le poème dès qu’il te vient

Note le poème dès qu’il te vient.

Ne remets pas l’écriture au lendemain

car qui sait si demain,

tu seras encore là ?

Mais en dehors de ce drame

certes improbable,

mais imprévisible,

attendre un jour prochain

pour écrire ton poème

affaiblit la flamme,

émousse l’enthousiasme,

éloigne ton âme

des mots qui t’attendent

pour quelques instants

seulement.

Alors, prends n’importe

quelle feuille

– de papier, de chêne-

et griffonne

ton poème.

Tu te préoccuperas plus tard

de l’ordre possible

des vers et des rimes.

Mais ne détourne pas les yeux

quand le poème te fait signe.

Aurais-tu l’idée si, par pur hasard,

un oiseau se posait sur ta main,

de lui dire avec un sourire

qui te montrerait combien

tu te résignes :

« Reviens » ?

Géraldine Andrée

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Sans titre

Si j’attends que la vie m’apporte l’inspiration, je n’écrirai jamais.
Alors, j’écris pour que la vie m’inspire,
comme si je semais des graines
pour que les oiseaux viennent.

Géraldine Andrée

Photo de Alexey Demidov
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Sa plume au cœur de l’été

Avec sa plume, elle retourne au cœur de l’été de ses dix ans, dans la maison de vacances de sa grand-mère où la brise se répond à elle-même par chaque fenêtre ouverte, où brille l’herbe sous le soleil d’août, constellée de lueurs vertes.

La maison de l’enfance fleure bon la confiture chaude de reines-claudes.

Le ventre rempli de fruits, un peu alourdie par sa gourmandise, elle joue près de la remise à la marelle dont elle a tracé les traits de craie blanche sur la pierre grise.

Elle sautille ainsi de case en case, depuis la terre jusqu’au ciel, c’est-à-dire jusqu’à la tache d’ombre dans laquelle se love la chatte qui parfois tressaille, traversée par un rêve – sans doute est-ce la rencontre d’un chat d’un autre pelage…

Puis elle répond à l’appel de sa grand-mère qui se pose, telle une aile chatouilleuse sur son oreille :

-Viens, ma petite ! C’est l’heure !

-Oui ! J’arrive !

Et elle se retrouve à vivre dans l’été de ses cinquante ans. Elle se sent alourdie par la vie qui lui a bien souvent offert des fruits verts. Elle a perdu l’insouciance qui l’incitait à sauter dans des cases blanches depuis cette terre dont elle a pensé, à plusieurs reprises, être étrangère.

Mais elle possède la maturité nécessaire de jouer à une autre marelle – celle d’un poème évoquant sa vie et qu’elle écrit dans son cahier gris par une chaude après-midi de dimanche d’août.

Elle saute lentement, de carreau en carreau. Les enjambements remplacent son cloche-pied de petite fille entre les numéros, désormais devenus des mots.

Et elle sait qu’elle a atteint le ciel lorsqu’avec la pointe de sa plume Major,
elle est arrivée jusqu’à son cœur.

Géraldine Andrée

Photo de Legend Vibe
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Le nid de l’écriture

J’entrelace
les branchettes
de mes lettres
de feuille
en feuille

Voilà
J’ai tressé
un nid
profond
pour mon âme

Géraldine Andrée

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Le miroir de la mémoire

Au mot mémoire j’associe le mot miroir
La mémoire est un miroir
où se reflète l’éclat des choses passées

le garage à vélos sous le feuillage
la serre de Grand-Père aux plantes entrelacées
les œufs de Pâques cachés sous le noisetier
les vitres vertes de la verrière qui rendaient l’ombre de ma chambre si claire
l’épais rideau derrière lequel j’avais peur de voir surgir le Gnolo ce monstre hydrocéphale
le tablier de Grand-Mère rempli de nèfles
les fleurs de porcelaine bleue des tasses de thé
le fauteuil à bascule sous le soleil de l’après-déjeuner
le vitrail de la porte qui allumait le long de l’escalier des lueurs orangées
le feu de feuilles flétries dont la fumée se dévidait jusqu’aux lisières de la ville

La mémoire est un miroir
où les souvenirs brillent encore
de tous leurs yeux d’or
à la manière des astres morts

Géraldine Andrée

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Sans titre

Alors j’ai prié
toutes les roses
de la roseraie
et la vie m’a offert
un bouquet
de souhaits
à écrire

Géraldine Andrée