Publié dans Actualité, Collections de l'esprit, Créavie, Journal créatif, Journal d'instants, Le cahier de la vie, Récit de Vie

Laissez une trace

Laissez une trace de chaque jour qui passe.

Sur votre carnet de bord, collectez tous les menus détails, y compris ceux que vous jugez les plus anodins car c’est souvent l’insignifiant qui fait signe plus tard. On associe toujours à une époque ou à un événement une musique, un parfum, une lumière qui prennent parfois plus de place dans la mémoire que l’événement lui-même.

Notez sans vous soucier de votre syntaxe, sous forme de phrases concises, fulgurantes, incandescentes ce qui vous a marqué aujourd’hui (et n’oubliez pas : on est toujours aujourd’hui).

Jane Birkin, dans son journal adressé à sa peluche Munkey, écrit tout ce qu’elle a vécu sans se soucier de savoir si c’est important ou pas. De sa promenade à la plage, elle raconte qu’elle a trouvé une grosse balle de plastique jaune sous le sable et qu’au retour sa montre n’était pas à l’heure, reprenant ainsi les paroles de sa sœur Linda :

« Ce n’est pas moins vingt-cinq ! »1

Autant de menus clichés que permettent les mots et qui donnent à chaque jour sa singularité avec une touche humoristique, par exemple.

Faites, comme Dominique Loreau le conseille, des listes de vos accomplissements ou de vos projets immédiats ; des listes de saveurs, de couleurs, de musiques, d’odeurs et de textures quotidiennes. Qu’à chaque journée corresponde sa notation sensorielle. 2

Vous trouverez pour vous aider des cahiers présentés sous le principe du bullet-journal qu’il vous est possible de confectionner vous-même. Une notation ou une action correspondent à une pastille de couleur.

Vous pouvez tenir aussi une forme de journal de bord avec le carnet de croquis : dessinez le hall de gare, la salle d’attente, le café et sa banquette. Vous serez à la fois l’auteur et le spectateur de votre existence. Composez un air de musique quotidien si le cœur vous en dit.

Laissez votre trace en hommage à la Vie qui passe.

L’Encre au fil des jours prend quelques jours de pause. Mais je reviendrai pour l’année nouvelle, riche d’autres articles, d’autres vidéos et d’autres expériences d’écriture.

Je vous souhaite une belle fin d’année à écrire et…

À bientôt !

Géraldine Andrée

1 Jane Birkin, Munkey Diaries, collection Le Livre de poche, p58
2 Dominique Loreau, L’Art des listes : Simplifier, organiser, enrichir sa vie, éditions Marabout

Publié dans Journal de la lumière, Journal de silence, Le journal des confins

L’encre et la neige

J’ai souvenance
du bleu
que la neige
me révélait
lorsque mon pas
posait son empreinte
sur le chemin noir
du soir

Aujourd’hui
mon encre
a le même reflet
que la neige
de jadis
quand
j’écris
dans la nuit

Géraldine Andrée

Publié dans Créavie, Journal de ma résilience, Récit de Vie, Toute petite je

Le souffle de l’instant

C’était une ardente après-midi de printemps.
J’avais attendu, dans le plein soleil tout étoilé de pollens, que ma mère vînt me reconduire chez nous à la sortie de l’école.
Dans la voiture, je cherchais mon souffle.
En rentrant à la maison, je respirais de plus en plus difficilement, de plus en plus désespérément.
Je m’assis, exténuée, dans la cuisine baignée de lumière.
Lorsque j’inspirais, mon souffle cheminait très lentement dans mes bronches comme si des obstacles s’étaient dressés à son passage, puis s’en retournait par ma bouche avec des râles rauques.
L’air gonflait mon estomac comme un ballon de baudruche.
Pour franchir le cap de chaque instant, je fixais les fleurs de la nappe.
Il y en avait des mauves, des roses, des blanches.
Je ne faisais que cela: regarder les fleurs une par une, comme si je les cueillais patiemment dans un grand champ.
Et je me disais, sans ces mots que j’écris dans mon journal d’aujourd’hui, mais avec le silence de ma pensée presque inconsciente:

« Tu as vécu un instant de plus, puisque tu as vu une fleur de plus.  »

Le docteur consultait à six heures. Ma mère m’y emmena d’urgence. En m’auscultant, le docteur décréta que je faisais une crise d’asthme et qu’il me fallait une injection de cortisone. De toutes mes forces d’enfant, je refusai l’injection de cortisone; ma détermination eut raison de mon étouffement. Pour la première fois, je CHOISISSAIS. Je posais un acte libre du haut de mes onze ans.

Lorsque nous rentrâmes à la maison, l’asthme avait cessé ; je respirais mieux.
Dès que je vis un moment difficile, je songe à chaque instant de mon souffle, au souffle de chaque instant.
Cela me rend plus libre dans le déterminisme apparent d’une situation :
je sais que je suis la seule souveraine de l’adéquation qui existe entre l’éclosion de mon souffle et l’instant présent.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de mon jardin, peinture

Le jardin solitaire

On a fermé la grille.
Le jardin se retrouve seul.
Aucun pas ne pousse les feuilles
qui vont au gré du vent.

Les fleurs laissent choir
sur l’herbe brune
des pétales roux
que personne ne peut voir.

Pourtant, hier encore,
des jeunes filles en short
sirotaient à la paille
le lait des jours.

Et les parasols
donnaient à l’ombre
un contour
d’or.

L’arrosoir débordait
de la pluie des orages
dans laquelle un insecte
baignait ses ailes

et que l’on versait plus tard
sur les roses
rougies par le soleil
du mois d’août.

Mais aujourd’hui,
le jardin est seul.
Aucun promeneur
n’en franchit le seuil.

Si je prends ma plume,
ce soir,
c’est pour faire présent
au jardin

de la mésange
qui se cache
quelque part
dans mon souvenir

et parce que j’ai bon espoir
que ce poème
fasse renaître
en quelques

strophes
toutes les feuilles
qui entourent
son chant.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal d'une maison de retraite, Journal de mon jardin

La photographie

Elle me dit
Prends ton appareil
photo
et photographie
le jardin

Il ne faut pas oublier
toutes ces belles violettes
ces feuilles
de trèfle vertes
ces roses au soleil

Évidemment
il n’y a point
de jardin
entre les murs
de la maison de retraite

Alors j’écris
ce texte
pour garder souvenir
du jardin invisible
qui existe

dans le regard
sans mémoire
de ma mère

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de silence, L'alphabet de l'herbe, Poésie

Dans le silence

Dans le silence
d’un soir de novembre,
je trace


avec un poème lentement
recopié à l’encre
l’ancien sentier de lavande.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Un cahier blanc pour mon deuil

Sans titre

Comme nous ne pourrons plus jamais nous revoir,
je te laisse apparaître
à travers ces mots que je t’adresse
et qui me regardent sous la lampe du soir.

Géraldine Andrée

Publié dans Le journal de mes autres vies, Poésie, Récit de Vie

Le savon d’Alep

J’ai retrouvé le savon d’Alep
-depuis le temps que je le cherchais
dans toute sa rondeur
sa vérité
et son parfum de laurier

Celui-ci est traversé
par de légères
cordelettes
pour que je puisse l’accrocher
au mur de faïence

Et je prends conscience
après tant d’années
que je demeure
reliée
à ce beau soir étoilé

où nous sommes sorties
en clandestines
au hammam
Christiane
et moi

Est-ce que le miroir
au-dessus de la fontaine
-s’il existe encore –
reconnaîtrait
notre ancienne jeunesse ?

Je ne sais
Mais le savon d’Alep
laisse
la même trace
sur ma peau

que jadis
et je me surprends à penser
que je suis
pour ce temps
qui ne peut revenir

une page
sur laquelle
le savon
fait apparaître
en guise

de mots
des bulles de mousse
qui crépitent
en leur lueur
dorée

Géraldine Andrée

Publié dans Grapho-thérapie, Journal de la lumière, Méditations pour un rêve, Poésie, Poésie-thérapie

Sans titre

Que dans l’encre bleutée
de ton nom
qui achève
ta longue lettre

soit gardé
tout le ciel d’été
qui apparaissait
à ta fenêtre

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de la lumière, Journal de nuages, Le cahier de la vie

Il reste peu d’encre

Il reste
peu d’encre
c’est sûr
mais suffisamment

je pense
pour laisser
une trace
du chant

d’or
du poêle
qui attend
depuis la saison

de la mémoire
de s’allumer
sur la page
blanche

comme
les aubes
hivernales
de l’enfance

Géraldine Andrée