Publié dans C'est ma vie !, Créavie, Journal de la lumière, Le cahier de mon âme, Le livre de vie, Le temps de l'écriture, Poésie-thérapie

Le retour

Dans ma chambre
d’hôtel
aux murs bruns
et anonymes,

j’ouvre
mon cahier intime,
blanc
comme les lueurs

du lilas
au printemps,
et les lampes
des mots

s’allument
lorsque j’entre
dans mon âme
qui s’exclame :

Te voilà !

Géraldine Andrée

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L’aurore du cahier

Je garderai
de mes promenades
du feu été
ces feuilles

toutes baignées
de rosée
qui entraîna
l’encre

dans sa trace
pour créer
en chaque mot
des fleurs

débordant
sur le silence.

Géraldine Andrée

Publié dans Un cahier blanc pour mon deuil, Un troublant été

L’encre du dernier été

C’était le dernier été.
Mais je ne le savais pas encore.
J’ai voulu acheter des cartouches d’encre.
Tu as souhaité m’accompagner.

J’entends dans mon souvenir
l’écho de tes pas
accompagnant les miens
jusqu’à la papeterie.

J’ai acheté une dizaine de cartouches.
La lumière douce
d’une fin d’après-midi d’août
se posait sur ta nuque.

Quelques semaines après,
sans que tes pas
ne fassent
le moindre bruit,

tu es parti
par une nuit de novembre.
Pendant longtemps,
j’ai hésité à écrire

avec les cartouches d’encre
du dernier été
où tu étais présent.
C’est comme si

de phrase en phrase,
je te laissais t’en aller
au large
de ma page.

Ce n’est qu’en janvier,
au temps du givre,
que j’ai commencé à écrire
Un cahier blanc pour mon deuil

avec l’encre
de cet été deux mille dix-huit.
J’ai découvert, alors,
au fil de mes jours

que tu ne t’éloignais pas
mais que l’écho
de tes pas
devenait des poèmes

et que chaque mot
tracé avec cette encre
achetée en ta compagnie
se faisait le témoin

du fait que tu étais toujours
en chemin
avec moi,
jusqu’à l’éclat

du prochain point.

Géraldine Andrée

Publié dans Journal de mon jardin, L'alphabet de l'herbe, Le journal de mes autres vies, Méditations pour un rêve, Un troublant été

Comment sera ma prochaine vie ?

Comment sera ma prochaine vie ?
Quel corps, quels regards, quelle chambre accueilleront mon âme en voyage ?
Le ciel sera-t-il le même que celui d’aujourd’hui, avec son seul nuage ?

Peut-être renaîtrai-je dans ce jardin
et les mille yeux des myosotis que voici
éclaireront mon chemin.

Géraldine Andrée

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L’adieu

Que j’emporte de cet été
un beau rayon d’or
qui éclairera

chaque feuille
de mon album
lors des nuits d’automne

Géraldine Andrée

Photo de Kaique Rocha
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À pas de mots et d’étoiles

Au cœur de la nuit, la fête nous a soudain lassés :
trop de musiques, de visages, de lumières.
Tu m’as demandé :
-Et si on sortait prendre l’air ?

Dehors, le feuillage doucement bruissait.
Et sur nos pas, le sentier exhalait une odeur d’herbe mouillée.
Nous étions déjà au bout du jardin quand j’ai appris
que tu étais marié et que tu habitais assez près d’ici.

Et toi, comment va ta vie ?
Nous ne nous sommes pas aperçu que nous franchissions le seuil de la grille.
Au fil du récit de nos épreuves et de nos prises de conscience,
nous nous étions éloignés du domaine d’Amance.

Les lampes se faisaient rares.
Bientôt, le chemin devint obscur
et le silence, absolu,
nous enveloppait comme du tissu

que piquetait de temps en temps
le frétillement
de quelques fétus
transportés par la brise.

C’est lorsque nous avons atteint
la Pierre de la Source
que je t’ai entendu dire :
-Maintenant, je suis paisible.

Tout autour de nous
– les arbres, les haies, les buissons –
était si noir
que nous ne pouvions plus voir nos yeux.

Mais nous nous regardions
par l’intermédiaire des mots
et au-dessus de nos cils,
tremblaient les lueurs d’Orion.

Je me souviens que nous n’avions, alors,
pour nous guider,
que le pas de l’autre
et ce mot qui s’ajoutait

par intermittence
en guise de réponse
à une phrase
qui demeurait en attente.

Géraldine Andrée

In memoriam G**

Publié dans Poésie, Un troublant été

La bibliothèque de la plage

Elle arrive
dans un nuage
d’or,
la bibliothèque
de la plage
et l’on peut suivre,

les pieds nus,
la trace
de sa venue
dans le sable
jusqu’à ce qu’elle cale
ses roues.

La voilà
qui ouvre
ses volets de bois
à la vue
et à la joie
de tous.

Et nous accourons
pour une autre
promenade
après notre baignade,
la peau encore
étoilée de sel,

l’esprit ivre
du souffle
de la mer.
L’escalier étroit
craque
sous nos pas.

À l’intérieur,
le silence
déploie
en un instant
son éventail
de pages.

Entre les étagères,
le petit Rémi
vient
à notre rencontre
sur son chemin de pluie
et il s’exclame

devant notre âme
qu’il a reconnue :
-C’est toi, ma famille !
Dans un ouvrage
à la couverture
brune,

Heidi danse
sur un rayon de lune,
chargée d’un bouquet
d’edelweiss
cueillis tout en haut
du monde.

Et dans un livre
brillant
comme une enluminure,
Jean Valjean
nous présente
Cosette

qu’il tient
par la main
à travers le temps.
Là-bas, au large,
la mer blanche
célèbre

le bon choix
de chacun
avec ses paillettes
qu’elle accroche
aux embruns.
Il est l’heure

de s’en revenir
sur sa serviette
multicolore,
de disperser
les grains
de sable

espiègles
qui cachent
les mots.
Vois comme le vent
tourne lui-même
nos pages !

Il nous invite
à lire,
à nous en aller
plus loin
avec nos héros
ou nos héroïnes,

avant que la vague
ne roule vers nous
et ne signe
la fin du jour
alors que l’histoire
commence…

Géraldine Andrée

Publié dans L'alphabet de l'herbe, Le journal des confins, Un troublant été

Les ombres d’été

Publié dans Le temps de l'écriture, Un troublant été

La page Atlantique

Rester un instant
tout au bord
du grand large
Avoir un peu peur
de cette absence
de repère
de cet infini possible
d’où point l’aurore

Partout c’est le blanc
du Nord
Tu peux prendre
l’immensité
qui s’offre à toi
dans tous les sens
et t’éloigner ainsi
du monde

Alors tu avances
vers l’espace
qui t’attend
Tu apprivoises
la ligne
ondulante
d’une vague
qui te frappe
au cœur

La profondeur
t’est désormais
abordable
toi qui n’y croyais pas
et si tu te baignes
davantage
dans le creux
que laisse
un silence

tu perçois
une algue
cette phrase
qui tremble
et se dilate
sous tes doigts
quand tu l’attrapes
en plein voyage

Enfin tu y es
sur la page
Atlantique

Géraldine Andrée

Publié dans Poésie, Un troublant été

Juste quelques jours d’été

Juste quelques jours d’été

Une pincée
d’herbe
Une goutte
de soleil

dans le rire
de la brise
Un peu de menthe
dans le thé

Le froissement
des oliviers
à fleur
de mer

et là-bas
sur le chemin
bordé de thym
l’enfance

en robe
blanche
qui revient
de l’éternité

Géraldine Andrée