Je me souviens d’avoir été subjuguée, adolescente, par le tableau Le Cri d’Edvard Munch, ce cri lancé sur un pont face à l’ineffable, face à l’invisible et qui semble traverser la toile pour cribler le cœur du spectateur.
J’ai déjà expliqué dans mon billet Le cahier de l’indicible comment l’écriture reformulait ce qui était crié en silence, comment elle permettait à ta voix de reprendre toute sa place originelle sur la page, telle une constellation qui apparaît de manière évidente dans la nuit. Je t’ai montré comment mettre en voix le non-dit, voire le tabou.
Aujourd’hui, je souhaite que ton regard aborde un autre angle de l’écriture.
Certes, tu fais résonner, en écrivant, ta voix dans le silence.
Et si, dès demain, sur tes pages du matin, tu donnais une voix aux multiples silences de ta vie ?
L’écrivain – et chacun de nous est un écrivain à partir du moment où il fait de l’écriture une pratique quotidienne – parle souvent au nom de tous ceux qui ne peuvent s’exprimer.
Par des personnages emblématiques d’une classe sociale brimée – il en est ainsi du forçat comme Jean Valjean, de la prostituée qu’est Fantine, de l’enfant maltraitée Cosette -, par des héros fictifs qui affrontent, tels de courageux Misérables, le déterminisme d’une vie que la société a écrite pour eux, l’écrivain remet le lecteur au contact du vrai fil de son existence. On sait, comme dit Jung, que tout ce qui n’a pas été clairement énoncé en conscience revient sous forme de fatalité. Les écrivains offrent donc une chance à leurs lecteurs, par le truchement d’êtres de papier – y compris quand ce ne sont qu’eux les lecteurs -, de s’écrier :
– Mais, c’est mon problème, cela ! Comment puis-je faire pour le dépasser ?
De même, pour avoir lu beaucoup de poèmes, je crois que l’écriture donne une voix à tous ceux qui ne parleront jamais – tous ces animaux, toutes ces plantes et ces choses qui, pourtant, nous font signe chaque jour, en quête de notre reconnaissance.
Prends ton cahier et dresse une liste d’écriture de tous ces silences dont tu pourrais être le porte-parole.
Il en est ainsi
des amis que tu as perdus de vue et qui, parce que vos adresses respectives se sont égarées, ont cessé de te donner de leurs nouvelles et de te demander des tiennes. Écris une lettre comme si tu étais à leur place. Invite-les à te raconter leur vie – ce qu’ils sont devenus, comment ils ont évolué. Peu importe que cela soit vrai ou pas. L’essentiel est que tu métamorphoses leur silence en danse des phrases. Et qui sait si, demain ou après-demain, une synchronicité ne surgira pas sous forme de rencontre ?
des défunts, de tous ces êtres chers partis dans l’au-delà. Allume une bougie devant ton cahier et instaure un dialogue avec eux en laissant aller ta plume, tout simplement. Il arrivera un moment dans la page où ta main voguera sur le papier, traversée par un étrange courant, guidée par un mouvement qui vient de bien plus loin que ta volonté – comme si ta main vibrait. Ne t’inquiète surtout pas. Fais confiance à cette ondulation. L’Univers sait quel chemin tu peux suivre pour atteindre le mystère de l’autre rive.
des objets qui te sont précieux sentimentalement – ceux que tu as conservés et ceux que tu as perdus. Retrace, par exemple, l’histoire de ce service à thé de porcelaine de Chine qui a franchi les époques pour venir jusqu’à toi. Et ce tableau peint par ta grand-tante ? Raconte l’instant qui correspond au point initial, lorsque ton aïeule a posé la première touche de couleur sur la toile.
des animaux qui t’entourent, des animaux décédés ou encore des animaux sauvages qui te fascinent. Instaure un contact avec eux en décrivant par des phrases brèves ou amples le rythme de leur respiration, de leur course, de leur galop… Que contemples-tu dans leur regard ? Que comprends-tu à leurs jeux et à leurs cris ? Évoque comment tu perçois le caractère inconditionnel de leur présence qui dépasse les barrières du langage verbal.
des poèmes que tu écris au nom de la pluie, des forêts, des rivières. Qu’aurait à te dire une pervenche ? Quel message te transmettrait le chêne de ton enfance ? Que te chanterait un fleuve ? Quel mot placerais-tu sur la note de cet oiseau ? Écris sans t’interrompre, sans lever la main, pour laisser couler de source ce qui va se dire et dont tu es le messager.
Tu t’apercevras, ainsi, qu’en donnant une voix à tous ces soi-disant silences, en laissant parler librement tous ces êtres et toutes ces choses qui ne parlent pas le langage humain, tu te mettras à l’écoute de ce qui t’était caché.
Et ce ne sera plus ce que tu écris qui constituera une révélation, mais ce que tu entends dans ce que tu écris.
Tu seras sensible à tous les souffles ténus qui te soutiennent, qui ravivent et renforcent ton souffle. De surcroît, tu prendras conscience que le silence n’est pas une fatalité car tu n’es jamais seul. Jamais. Tu es en permanence entouré de signes – y compris ceux qui te paraissent les plus insignifiants comme le spot de cette vitrine qui s’allume quand tu passes.
Et – chose extraordinaire -, tu redonneras alors la parole à des sentiments que tu avais trop longtemps étouffés en toi. Tu te surprendras à les mettre en scène, à être à la fois le dramaturge, l’acteur et le spectateur de cette rencontre que tu retranscriras en vivante saynète de théâtre :
– Bonjour ! C’est moi, ta joie d’enfant ! Pendant trop longtemps, tu es passé à côté de moi sans me voir ! Ce soir, je vais te dire comment ton étoile s’appelle…
Alors, ne résiste pas, je t’en prie ! Note le nom de ton étoile pour mieux ensuite invoquer des réponses de sa part.
Quel éclat a-t-elle donc ? Ne ressemble-t-elle pas à cette goutte d’encre de couleur qui s’allume dans le ciel du papier et qui contient tous les mots du monde ?
Suzuki déclare que c’est dans le silence de la méditation que la présence se révèle et que le moment qui précède l’illumination est déjà l’illumination.
Et il se dessine dans la nuit un chemin de neige dans les Vosges de mon enfance. Je sais, en marchant, que tout peut apparaître dans ce blanc :
la trace d’une patte d’oiseau, la pointe d’une souche, l’éclat d’un caillou, un perce-neige précoce,
la frêle feuille d’une pousse nouvellement née. Alors, je suis à l’affût, en me penchant sur la page,
de la moindre trace de l’envol d’un poème, d’une virgule qui perle à fleur de ma plume
– invitation à aller plus loin que le premier signe -, du scintillement d’un mot qui m’annonce une autre saison.
J’observe ce qui surgit ça et là, dans l’espace devant moi, quelle phrase minime
qui, telle une tige timide, me promet sa radieuse croissance…
J’ai conscience que sur le long chemin de neige du papier, l’idée possible
qui précède mon œuvre est déjà une réalité.
Et parce que la discrète étincelle est à l’origine de la flamme la plus haute,
c’est ainsi que j’avance, en m’éclairant avec ce silence initial.
On croit souvent, dans notre vie quotidienne, que l’on est séparé du rythme des saisons, du souffle des marées, de la ronde des étoiles, de l’Univers et de la Vie elle-même.
Bien entendu, cette séparation n’est qu’une illusion.
Lorsque tu écris, le fil de l’encre te relie à tout ce qui a existé, à tout ce qui est présent et tout ce qui doit advenir. La force du ciel te traverse et tu en assures la transmission sur cette nouvelle terre qu’est la page.
Relie-toi aux feuilles chatoyantes du jardin de ton enfance. Et voici un poème.
Penche-toi sur la goutte de pluie qui luit sur le pétale d’une pervenche. Et tu vois poindre un haïku.
Va à la rencontre de ta tante Marie qui se coiffe dans la grande chambre ; envoie-lui un signe dans le miroir. Tu fais ainsi la connaissance du premier souvenir de ton autobiographie.
Sois ami avec le reflet du réverbère dans la flaque. Et tu marches sur les pas du détective de ton roman policier.
Retrouve comme le matin de tes cinq ans ton théâtre en carton-pâte. Ce sourire que la marionnette te renvoie, c’est le tien. Et tu peux diriger ta lampe de chevet vers cette scène exceptionnelle dont tu es l’heureux dramaturge.
Fais serment à la robe de Catherine de ne jamais la quitter du regard lorsque ses volants ondoient dans cette danse avec un fiancé fourbe. Et tu entres au cœur de cette nouvelle où tu comprends combien l’héroïne trahit ses propres espérances.
Sois à l’écoute des forêts, des espaces vierges, des abysses. Et tu seras le nouvel explorateur de ton roman d’aventure.
Permets au plus insignifiant brin d’herbe de te parler. Et tu détiendras la formule magique qui t’ouvrira les portes du royaume de ton conte.
Prends conscience du mégot dans le cendrier, du verre de coca, de l’ombre qui gagne la chaise, d’un nuage qui passe, de l’écho d’une sonnette quelque part. Et intègre tous ces détails à la page de ton roman. Ne ressens-tu pas comme tu es désormais uni à la Vie ?
Quant aux défunts, tes chers défunts… L’espace vide qu’ils te laissent n’est qu’une croyance. Si tu affines ta perception comme la mine de ton crayon, tu retrouveras le grain de beauté sur la joue de ton père, le col ouvert de sa chemise rouge, un bouton qui manque à sa veste, le lacis bleu des veines de ses poignets quand il lit le journal au soleil, sa façon lente de préparer le café – vois comme il remplit chaque tasse, cuillerée par cuillerée… Il a tout son temps dans ta mémoire…
L’écriture te relie à une autre forme de présence. Un visage que tu as connu dans l’une de tes multiples vies apparaît à la fenêtre d’un mot voguant sur le blanc pour t’accompagner dans ton voyage infini.
C’est ainsi. En suivant le fil de l’encre jusqu’au bord de ton cahier, tu es parvenu à l’autre rive sans jamais perdre de vue la rive que as quittée car tu as compris une chose essentielle :
L’écriture t’a guidé vers cet au-delà qui est en Toi.
La résilience, c’est faire de ses épreuves un livre de Vie.
Il n’y a pas de déterminisme, de fatalité, de chemin tout tracé, dicté par des circonstances extérieures contre lesquelles on ne peut rien.
Nous pouvons tracer notre chemin personnel sur le papier avec une plume qui va nous rendre plus légers.
Je vous parle avec mon cœur est la nouvelle biographie réalisée avec Axel.
Elle nous présente le parcours de la dyslexie vers la résilience car la souffrance est non seulement source d’enseignement, mais aussi elle contient en germe notre guérison.
« Mon désir ? Parler au cœur de chacun, au nom de tous les dyslexiques et de tous ceux qui sont handicapés – qu’ils soient visibles ou invisibles. Que ce récit, qui constitue l’œuvre d’une vie, retrace mon voyage vers la résilience car nous avons tous à apprendre de notre souffrance. Et quelle satisfaction, alors, que d’avoir transformé nos manques en ressources ! Je veux faire de cette longue lettre adressée à tous ceux qui sont rejetés pour leur singularité, un simple signe qui invitera chaque lecteur à mieux les connaître.«
« Je souhaite faire de ce livre non seulement un témoignage du calvaire que j’ai enduré, mais aussi une preuve selon laquelle on peut transcender ce handicap de la dyslexie, en avançant davantage, en faisant un pas de plus chaque jour, en se dirigeant sans jamais se décourager sur la voie de la guérison. J’utilise désormais chaque instant de ma vie comme l’occasion d’aller un peu plus loin vers moi-même.
Je veux montrer à tous les enfants et adolescents qui souffrent de ce diagnostic que l’on peut se battre et ainsi gagner en parole, en liberté et en droit de dire au monde qui nous sommes. «
Pour plus de précision, il est possible de se rendre sur l’article de L’Est Républicain :
retrouver sa vérité, après avoir fait le deuil de toutes ses illusions…
Toutes ces justifications sont pertinentes. Je te suggère de dresser une telle liste de motifs d’écriture, de l’accrocher sur la première page de ton journal intime et de l’enrichir au fil du temps. Cette liste t’accompagnera dans ton évolution personnelle.
Mais, puisque les raisons d’écrire ont souvent été étudiées par les psychologues et les critiques littéraires – dont Philippe Lejeune, en particulier, dans son ouvrage Cher cahier qui interroge les motivations de l’autobiographie -, je te propose aujourd’hui de te questionner non sur l’explication, mais sur le processus d’écriture.
Remplacer le Pourquoi par le Comment ?
Comment écris-tu ?
J’écris
pelotonnée sous ma couverture
après la douche, cheveux mouillés
mon chat à côté de moi
en buvant une tasse de Yoggi Tea
mon cahier sur les genoux…
Très vite, si tu développes l’exercice, tu t’apercevras que tu écris sur cette question fondamentale :
Comment je me sens lorsque j’écris ?
« Quand j’écris dans mon journal, j’habite simplement l’instant présent. Je suis là, dans l’éclat de l’encre sur le cahier blanc. Je suis attentive au mouvement de ma main qui va doucement pour rattraper ce rayon de soleil. Raconter ce que j’éprouve, ici et maintenant, ma main gauche posée sur mon front tandis que ma main droite trace son chemin sur la feuille posée devant moi. Écrire est un voyage immobile. Ma poitrine se soulève lentement ; mon souffle est calme. C’est une course patiente et lente, dont la justesse réside dans l’absence d’intention. Quand j’écris, je prends conscience que je vis.«
Tu explores ainsi la pureté de l’écriture en tant qu’acte gratuit. En écrivant pour écrire, tu te détaches de toute éventualité d’être lu, jugé, publié. Tu perçois combien tu gagnes en qualité d’être. Tu oublies que tu écris pour être pleinement dans l’action elle-même. D’ailleurs, tout ton corps se relâche ; tes épaules se détendent ; la pression sur le stylo se fait moins forte. Tu te laisses porter par ton propre rythme qui allie celui de l’écriture à ton souffle.
Anny Duperey, dans Le Voile noir, raconte que, pour alléger « le poids de son cœur » – qu’elle portait depuis l’âge de ses neuf ans quand ses parents moururent tous les deux d’une intoxication au monoxyde de carbone -, elle écrivait uniquement afin d’entendre le frottement de sa plume sur le papier : cela lui faisait perdre le désir de contrôler l’incontrôlable qui avait envahi sa vie.
L’écriture devient respiration.
Dès lors, la frontière entre « faire » et « être » s’amincit. Tu t’approches du seuil de la méditation.
Et c’est au moment où s’efface la ligne qui sépare ton être de ton texte, où ta phrase rejoint ta respiration que l’inattendu – voire l’impensable – se produit. Peuvent jaillir un haïku, un poème, une nouvelle… Mais loin de toi est l’envie de travailler ce texte comme un objet d’art car il se passe quelque chose de plus important que l’art en lui-même – qui, souviens-toi, a besoin du regard d’autrui pour exister -, tu deviens – comme le méditant devient ce qu’il voit -, ce que tu écris.
Tu deviens
le bleu de la fenêtre à l’aube
l’aile de ton songe
une flamme follette
un halo de buée
ta propre étoile…
Tu es Toi et, en même temps, la braise dans le cendrier, la mie de pain, la goutte d’eau, la maille de ton chandail, l’ongle de ton index – si tu écris sur ça.
Tu es Toi et tout cela à la fois. Tu es Toi parce que tu es Tout. Et tu es Tout parce tu es Toi.
En te fiant au processus naturel de l’écriture, tu parviendras alors, peut-être, à saisir l’essence de ton objectif : gagner en autonomie affective, en indépendance émotionnelle par rapport à autrui. Écrire parce que tu prends plaisir à le faire et surtout, parce que tu existes et que c’est ton droit absolu de naissance de t’exprimer.
Pour finir, je te propose une liste de sujets d’écriture qui t’aideront à voyager avec ta plume vers qui tu es vraiment, au moment où tu écris :
Quand j’ai ouvert ma fenêtre…
Si j’étais une couleur, je serais…
Je ne me souviens pas de ma petite enfance, mais tout ce que je peux dire…
Alors, je suis parti…
Aujourd’hui, il y a dans mon cœur…
Je suis…
Je ne sais comment cela commença…
Je ne sais comment cela se termina…
J’écris sur…
Vivre, dis-tu..
Tels les astres dont la présence ne se justifie pas,
La chambre à jamais perdue, et les rêves que tu y as faits, les rêves enfuis dans la nuit d’un autre temps, reconstitue-les comme un puzzle coloré
Les yeux émeraude de la chatte feue qui réapparaît au bout du sentier
L’histoire d’amour de tes vingt ans qui t’a tant meurtrie
Ton père lisant le journal dans la lumière du matin
La robe à volants de tes dix-sept ans, accrochée dans l’ombre de l’armoire que tu ne peux pas ouvrir pour l’instant
L’oiseau qui s’est cogné contre la vitre, la confondant avec le ciel
Les taches d’encre sur le buvard blanc, corolles d’avant les mots
Ta conscience qui est sans doute la même que celle tu avais quand, âgée de cinq ans, tu marchais dans le couloir de l’appartement rue Sigoyer, les yeux scellés par une conjonctivite
Tes boucles d’oreilles d’étudiante qui tintaient lorsque tu tournais la tête pour suivre le trajet de ton professeur préféré dans les allées de l’Amphi
La nappe à carreaux rouges sur laquelle est né ton premier poème
La fontaine de Damas à qui tu as fait la promesse de revenir, un soir d’avril, mais tu n’as pas pu. Pourtant, tu as promis. Alors, ce sera pour une autre vie. Tu reviendras au monde uniquement pour cela : tenir ton serment envers le murmure de la fontaine de Damas dans le bleu du soir
L’orage qui frappe pendant que tu es réfugiée sur l’île de la peau de l’amant
Ton foulard qui fleure bon le parfum que t’a offert une amie à jamais partie
Les quais de la gare gris de givre à l’aube et, les yeux cernés par l’insomnie, tu te demandes comment tu vas supporter cette journée qui commence si tôt
La clarté des crépuscules de Florence
Les livres que tu reliais toi-même quand tu avais dix ans ; les branchettes dont tu te servais pour joindre les feuilles de tes poèmes ; il te semblait, alors, que tu étais l’éditrice de la poésie de ta vie
Sur le siège de devant dans le bus, la nuque de l’inconnu que tu aurais aimé embrasser
Le tout premier matin à Majorque et les bretelles du maillot de bain que tu fais claquer contre tes épaules avant de rejoindre la vague initiale
Le visage endormi de ta grand-mère sous la lampe de ta mémoire
L’écriture inachevée tant que tu vis
Va à la ligne reprends ton souffle et continue je t’en prie
tu n’auras terminé ton ouvrage que lorsque tu auras été absorbée par la page laissant pour le regard